AVANT-PROPOS IX
sont que l'écho des voix des premiers temps ; il continue de fleurir, parce qu'il est fidèle.
A part un vivant récit, par Salimbene, de la visite de saint Louis aux Mineurs, tous les textes
.du présent recueil se rattachent à l'ascétisme ou à la prédication, ces deux moitiés de la vie fran^ ciscaine. L'ascétisme des Mineurs s'y montre avec son originalité propre : le culte de l'humanité pauvre et souffrante de- Jésus ; quant à la prédication, elle revêt toutes les formes : depuis les
• dits de jongleur de Jacomino ourles poèmes dramatiques de Jacopone jusqu'aux véritables sermons de Berthold ou de saint Bernardin ; mais, sous toutes ses formes, elle porte sur la morale S l'exclusion presque complète du dogme, ce qui ne veut point dire, d'ailleurs, qu'elle ne présuppose, pas celui-ci.
Autant que les documents parvenus jusqu'à nous permettent de l'affirmer, c'est par leurs écrits ascétiques et mystiques, plutôt que par la prédication, que les Franciscains ont exercé une influence sur la littérature en langue vulgaire et l'art de leur temps. Ajoutons toutefois que la prédication franciscaine a. sûrement fait naître et grandir dans les masses une forme de sensibilité dont la diffusion des écrits ascétiques :-^7| mystiques a singulièrement bénéficié. D'autré^^st les
ANTHOLOGIE FBANCISCAINE
abondants exemples destines à illustrer l^eiiséi- k gnement moral, et dans lesquels on voit jusqu'aux animaux jouer un rôle', rendent la prédication très proche du drame, si proche que rintervallè qui les sépare est franchi chaque jour : dès. lé temps de la première génération franciscaine, les stigmates du Père séraphique sont célébrés par un Drame liturgique ; Jacopone fait pai'ler ? dans ses laude le mort et le vif, le diable et les ; anges. La tradition dramatique s'établit si solidement qu'elle dure jusqu'à la fin du moyen âge : En i426, le frère William Melton réorga- ,. nise à York les pageants ou tableaux scéniqués joints aux cérémonies de la.fête du Corpus Chrîsti. En i448, le frère Robert de Lecce accompagne ses sermons de tableaux vivants : à Pérouse, par exemple, on voit sortir un jour de la cathédrale le Christ portant sa croix ; la Vierge Marie, vêtue de noir, s'avance à sa rencontre, puis lé groupé des acteurs se dirige vers le prédicateur, et, arrivé , au pied de la chaire, il représente les scènes de la crucifixion, des lamentations des saintes femmes au pied de la croix, et enfin de la descente de croix (i). En i557 oh joue encore la Passion : chez les frères Mineurs de Londres (2).
(I7 Pàstor : Histoire des Papes depuis la fin du moyen âge, tome V ; ^ Paris, 1898, p. 176.
(2) E. K. Chambers : The mediaeval stage ; Oxford, 1903, tome II, p. 112. y