LES QUATRE FILETS DU DIABLE
, Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet dé l'oiseleur (Ps. GXXIII, 7). .
, Le diable dresse beaucoup de filets devant l'homme, -dans les plats qu'il mange, dans la boisson qu'il prend, sur la place publique, à l'église, le jour, la ■ nuit, au lit, à table, etc. Il est des gens qu'il prend par les yeux, comme David quand il regarda Bethsabée ; d'autres par le gosier, c'est-à-dire par la gourmandise ; d'autres par le cœur, comme l'orgueilleux Pharisien ; d'autres par lés mauvaises actions de leurs mains, comme Jacob ; d'autres par l'habit, comme les femmes qui mettent leur vanité dans leurs toilettes. Certains tombent dans la jeunesse.
comme Absàlon ; d'autres dans la vieillesse, comme . Salomon. Le diable jette le filet de. l'amour mauvais^ sur notre tête, le filet de la crainte mauvaise sous nos pieds, le filet de la prospérité à notre droite, le filet de l'adversité à notre gauche, le -filet des " voluptés convoitées devant nous, le filet des voluptés passées derrière nous.'
Et, en plus de tous ces filets, il dispose de quatre filets spéciaux, selon les gens qu'il veut prendre : le premier est destiné aux jeunes gens, le second aux vieillards, le .troisième aux femmes et le quatrième sert à prendre indifféremment tous les hommes. .
Le diable tend le filet de la luxure devant les jeunes^ . gens en raison de leur plus grande chaleur naturelle. Le /eu dévora ses jeunes gens, dit le Psalmistè ,(Ps. LXXVII, 63), et Job d'ajouter (XXXI, la) : C'est ' un feu dévorant jusqu'à la, consomption le corps et l'âme, la fortune et la bonne renommée... Saint Jean, dit dans l'Apocalypse (II, 22) que la fornication plongera ceux qui s'y livrent dans une grande tribulation. Celle-ci revêt mille formes : la perte des dents, de la vue, la fièvre, la mort, le purgatoire, quand ce n'est pas l'enfer lui-même. Les jeunes gens qui se livrent à la fornication sont immondes de corps et d'âme, car celui dont le corps est souillé de ce vice ~ péché comme l'abject Absalon, qui s'approcha de , dix concubines de son père et fut pour ce crime percé de trois lances et tué par dix jeunes gens. La~ première lance qui perce le fornicateur est la souillure de son corps et de son âme, la perte de , ses
.. ' - ' " BERTHOLO DE RATlàffONiVE ' 43'
biens et de son honneur. "La seconde, s'est la maie mort qui ne manque point de le frapper. La troisième est la damnation au plus profond de l'enfer, ce qui a fait dire à saint Augustin : « De même que <( les bienfaits de Dieu, coulant en torrents innom-
^ « brables, n'ont pu éteindre l'ardeur libidineuse du~ <( luxurieux, ainsi rien ne pourra éteindre le feu « qiji consumera dans l'enfer son corps et son âme', « et ce sera justice. » Comme le dit Isaïe (I,'3i) : ToiL^ Zes dzvLx brûleront ensemble sans qu'il y ait personne pour éteindre le feu. Oui, si, s'ajoutant aux autres bienfaits de Dieu, les sept ruisseaux de sang qui ont coulé des plaies du Christ en croix n'ont pu éteindre l'ardeur du luxurieux, il est bien juste qu'un feu inextinguible le punisse à jamais dans son corps et^ dans son âme. C'est pourquoi, jeunes gens, au nom de Dieu, de la bienheureuse Vierge et de tous les saints; gardez-vous chastes et détournez-vous soi-
" gneusement des vieilles proxénètes ; ce sont les chiens de chasse du diable, qui font tomber les jeunes filles et les femmes honnêtes dans la turpitude de la luxure ; puissent tous les maux fondre sur elles 1
Devant les vieillards, le diable tend le filet' de l'avarice. Les vieillards deviennent* en effet d'autant plus avares qu'ils sont plus séniles, tout comme le crapaud que l'âge rend de plus en plus vicieux. Et
"notez que le démon de l'avarice sait leur mettre en main des armes, leur donner des forces et une ardeur belliqueuse pour satisfaire leur avarice : l'un se fait processif, l'autre perçoit des droits injustes,
■•-'l'i un troisièioae se livre à là rapine et au larcin^ ëtci -^' ^^ 1^ les femmes sont tendus' les filets des petites
et banales tromperies, et surtout le filet de la vanité, qui- les fait s'enorgueillir d'un costume élégant ou d'un manteau richement brodé, d'une démarche altière, qui les fait s'attacher aux questions de préséance à l'église même, quand elles reçoivent la paix. C'est que le démon n'a guère de prise sur elles que. par de telles vanités. Les femmes ne sont en effet ni juges, ni avocats, ni soldats, ni clercs, et ne peuvent dès lors commettre les fautes inhérentes à ces différents étals de vie. C'est pourquoi, femmes de bien, songez à tout ce que votre bôime mère Eve a perdu par sa vanité, et à tout ce que notre bonne -. Dame, la mère du Seigneur, la glorieuse vierge Marie, nous a acquis par son humilité, et soyez humbles, car la femme humble est là parure de sa maison, tout comme le soleil est rornement du ciel, tout comme la pierre précieuse embellit l'or même qui la sertit. Le diable ne peut guère vous surprendre que par la vanité ; c'est donc par là qu'iL s'efforce de ~ vous faire tomber en enfer, coioame lui-même y est " tombé.
Enfin devant tous les hommes -^j'entends toutes les catégories du genre humain, -— le diable tend indifféremment un dernier filet : le retard apporté . à la conversion. S'il ne disposait de ce filet, bien des âmes euâsent échappé à l'enfer oii elles sont à tout janiàis, car à peu près tous les damnés ont eu l'intention de faire pénitence, mais ont remis au lende-
main leur c6nver8ioiï.?G'est iàonc en Vain qTie;^^w dites : a J'ai la fenne intention de faire péflitence^w^v^^^ L'Ecclésiastique vous répond (V, i8) : Ne tiirde poiai l à te tourner vers le Seigneur et ne diffère pas de jour en jour. Et, prenez-y garde, le démon réussit .à prendre 'dans ce dernier filet même des gens de bien, en leur faisant différer la pratique de l'oraison et des bonnes œuvres. H s'y prend surtout de trois moyens : i" il nous leurre sur la gravité du péché . mortel, qu'il nous dépeint comme léger ; a° il nous fait croire que nous avons encore de longues années devant nous ; 3° il met sous nos yeux l'exemple pernicieux des autres pécheurs. On raconte que la fille d'un roi déclara ne vouloir accepter pour époux que le prétendant qui la) dépasserait à la course. Elle se munit de trois pommes d'or et les laissa tomber successivement, alors qu'elle se voyait sur le point d'être atteinte. Gomme ses prétendants ne manquaient point de se baisser pour les prendre, aucun d'eux ne la put dépasser. Prenons garde que le ciel ne nous échappe de la même manière !