‹ Anthologie franciscaine du moyen age [microform]Chapitre 23 sur 63 · LES TROIS LABEURS DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LES TROIS LABEURS DE L'HOMME

Il y a trois labeurs différents, dont un tout au" moins s'impose à nous.

Tu mangeras le labeur de tes mains, dit le Psalmiste (Ps. GXXVII, a). Voilà la manière dont Dieu

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nous a prescrit le travail. .Avant la cliute du premier/'j homme, il avait d'abord établi que nous pourrions parvenir sans -labeur au royaume des cieux, mais, à la suite du péché d'Adam, il stipula que nul n'y pour- ' rait entrer aisément et sans peine, et il n'a exempté de cette loi du labeur ni lui-même, ni sa mère, ni les saints. Et, prenez-y garde, il y a trois labeurs différents, dont un tout au moins s'impose à nous. A vous de choisir ! Le premier est court et léger- et compte pour deux. Le second est long et rude et ne compte que pour un. Le troisième est effroyablement' long, effroyablement rude, et ne compte pour rien. - Entre ces trois labeurs il en faut choisir un. Que Dieu vous donne de choisir le plus court et le plus léger, à l'exemple de la bienheureuse Vierge, qui choisit la meilleure part. Je sais bien que tous, nous " aimerions beaucoup mieux n'avoir aucun labeur à accomplir, mais c'est là un vain souhait, ^ons ne voulons pas nous dépouiller, mais être doublement vêtus (2® Corinthiens, V, 4).

Le premier labeur s'accomplit en cette vie. Il' est-^ si court que parfois il ne dépasse pas un jour, et, quand bien même vous auriez à vivre mille ans, ce " ne serait rien en comparaison de l'éternité. C'est le labeur qu'ont choisi tous les justes aujourd'hui récompensés en l'autre vie. C'est le plus aisé 'à accomplir lcar aucun de nous n'a tant péché qu'il ne puisse donner satisfaction, et nulle satisfaction au-dessus de nos forces ne peut nous être imposée. Voilà pour-quoi l'homme de bien le trouve aisé à accomplir ;

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par contre; il semble dur à l'usurier, car la restitution, toutes les fois qu'elle est possible, doit s'étendre à la moindre obole aussi bien qu'aux -royaumes

"de la terre, sans quoi le royaume du ciel risque d'être perdu. Et, prenez-y garde, ce labeur compte pour' deux, car l'homme qpii l'accomplit et corrige ses péchés abrège le temps de son purgatoire et s'ac-

"quiert une plus grande récompense dans l'éternité. Le fardeau momentané de la tribulation nous crée en effet, en dehors de toute proportion, un poids éternel de gloire (2* Corinthiens, IV, 17). Malheureurement, beaucoup de gens ne veulent pas choisir ce premier labeur, ce qui les condamne au second ou au troisième.

Le second labeur est le purgatoire, qui est long et rude. Quiconque, en effet,- se trouve en purgatoire est entouré de peines de tous côtés, tout comme un"^ homme nu qui serait enfermé dans un four ardent. La souffrance y est si grande qu'un seul jour y semble une année entière, et pourtant il y a des gens qui y doivent demeurer dix jours, d'autres dix ans, d'autres encore jusqu'à la consommation des

' siècles. Jugez s'ils doivent souffrir ! Ge labeur est long, ai- je dit ; cependant il ne compte que pour un, car ceux qui l'accomplissent, même s'ils y consacrent mille ans, ne recevront de ce fait aucune rétribution au ciel ; ils ne font en effet que se puri- ' fier, faute d'avoir satisfait ici-bas. Il en. est ainsi

sp'arce que Dieu est la pureté même et qu'il ne veut pas qu'aucune âme soit admise à le voir au ciel, si elle

ne s'est d'abord purifiée de toutes les souillures du . péché. Les âmes du purgatoire ont péché et elles ont eu la contrition de leurs fautes, mais elles ne s'en sont pas suffisamment corrigé ; elles ont satisfait, mais trop légèrement, se bornant pour ainsi dire à remplacer la douceur du miel par celle du lait.

Si nous refusons d'accomplir le second labeur, le troisième s'impose à nous. C'est celui que vous choisissez,- usuriers et simoniaqiies, bien qu'il soit incomparablement plus rude que le premier ou le second. C'est le feu de l'enfer et le ver rongeur de la conscience qui, d'après saint Grégoire, fait plus souffrir que le feu sensible. Même si vous brûliez en ce feu autant d'années qu'il y a de gouttes d'eau dans la mer, vous n'auriez pas effacé le moindre de yos péchés. Que d'âmes, pourtant, ont choisi ce labeur ! A vous, maintenant, mes frères, de choisir entre les trois I Sans doute vous aimeriez mieux n'avoir à vous charger d'aucun labeur, mais cela ne se peut. Avisez donc à faire votre choix I Ah I mes bien-aimés frères, ne tenez pas pour plaisanterie ce que je vous dis Ikl

Saint Bonaventure domine de son nom toute la mystique franciscaine i aussi de nombreux et importants apocryphes , se sont-ils réclamés de lui jusqu'à nos jours. Ses œuvres authentiques ont fait l'objet d'une admirable édition critique, établie par les Franciscains de Quaracchi. (S. BonaventurcB opéra omnia, ii vol. gr. in-yj^, iSSS-igoa.) Les mêmes religieux ont réuni en un petit volume les Legehdœ duœ de vita S. Francisci Seraphici (Quaracchi, i8g8), dont la première était sous les yeux de Dante quand il écrivit le chant XI du Paradiso (i). Un autre recueil renferme les œuvres mystiques du. docteur séraphique. (S. Bonaventurie decem opuscula ad theologiam mystiçam spectantia. Quaracchi, igoo.) On y trouvera l'original latin des deux textes en prose traduits ici. La meilleure monographie sur saint Bonaventure est celle ^du P. Leonhard Lemmens : Der heilige Bonaventura. (Munich, igog.)

(1) V. sur ce poin^ le beau livre de Edmund G. Gardner i Danle aiid Ihe Mgatîca ; Londres, 1913, pp. 235 et suiv.

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