Prologue
Ali jugement d'hommes vénérables qui, dans l'Eglise de Dieu, ont été plus spécialement' éclairés' de la divine lumière et que la dévotion céleste a enflammés plus abondamment, la pieuse contemplation du Verbe incamé" réjouit plus l'âme dévote que ïe miel et l'odeur des aromates, l'enivre davantage, la console et réconforte plus pleinement. Aussi, dans la mesure où je suis parvenu à me dérober au tumulte des pensées étrangères et à me récueillir silencieusement en nioî-même, je me suis appliqué à repasser en esprit l'Incarnation divine, et j'ai trouvé à ce faire une telle consolation spirituelle que j'ai goûté la divine douceur comme on peut la goûter en cette vallée de larmes, c'est-à-dire en image. Si peu que je l'aie goûtée, j'ai mieux compris que jamais combien étaient vaines les fantômières consolations d'ici-bas, et au plus profond de mon être j'ai senti que l'âme dévote peut, par la grâce de l'Esprit saint, spirituellement concevoir par la vertu du Très-Haut le Verbe et Fils unique de Dieu le Père, le mettre au monde,lui donner un nom, le chercher et l'adorer avec les Mages bienheureux, enfin le /présenter joyeusement au temple à Dieu son Père conformément à la Loi de Moïse. Ainsi, en vraie disciple de la religion du Christ, l'âme dévote peut célébrer en toute révérence
îles cinq fêtes que l'Eglise consacre à Jésus enfant. Ces pensées, huiubiement conçues, je les ai consignées dans ces quelques pages sans m'attarder à citer les autorités . sur lesquelles je m'appuyais, ce qui m'eût entraîné trop loin. Si, lisant ou méditant ce court et modeste traité, vous y trouvez quelque naotîf de dévotion au très doux Jésus, voyez-en la source et le principe dans l'Auteur même de tout bien' .et reportez sur Lui louange, gloire et bénédiction; si vous n'en trouvez pas, prenèz-vous-en à l'insuffisance de l'écrivain, et peut-être à quelque défaut tie dévotion et. d'humilité en vous.
Pbemièbe Festivité
Comment l'âme dévote peut concevoir spirituellement le Fils de Dieu, Jésus-Christ
Quand l'esprit, lavé dans le bain de la contrition, et quand le cœur, embrasé du feu de l'amour, s'élèvent vers Dieu, il convient tout d'abord de proposer aux chastes méditations et aux dévotes réflexions la manière dont i'âme pieuse peut concevoir spirituellement le benoît Fils de Dieu, Jésus-Chrit.
Quand l'ânie dévote, mue et stimulée soit par l'espoir de la récompense céleste, soit par la crainte du supplice étemel, soit par le dégoût de son maintien prolongé dans cette vallée de larmes, s'ouvre à de nouvelles inspirations, est enflammée de saintes . affections, est ravie par les méditations célestes, elle n'oublie pas cependant ses vieux défauts et ses désirs
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anciens, si atjects, si méprisables. Le Père de lumière, de qui provient tout ce qui est excellent et parfait, la féconde alors spirituellement d'un souffle do sa grâce, et «lie forme le dessein d'une vie nouvelle. Oui, par la vertu du Très-Haut et sôus l'ombrage du rafraîchissement céleste, qui apaise les concupiscences de la chair, fortifie les yeux de l'âme et guide leur vue, le Père céleste répand en quelque sorte dans l'âme une semence divine qui la rend féconde.
L'âme est aussitôt transformée par cette très sainte conception. Son visage pâlit par suite de la sincère humilité de son attitude, elle perd tout appétit dans le boire et dans le manger par son mépris complet et son horreur du monde, ses goûts se modifient en raison des biens si différents auxquels elle aspire, parfois m.ême elle en vient à tomber malade par la perte de sa volonté propre. Et voilà qu'elle s'attriste et s'inquiète en raison de ses méfaits passés, du temps qu'elle a perdu, du plaisir- qu'elle trouvait jadis à la fréquentation des mondains qu'il lui faut rencontrer encore. Peu à peu elle arrive à, trouver à charge et à prendre en dégoût toutes les choses du dehors, parce qu'elle saisit leur discordance avec ce qu'elle perçoit et sent au dedans.
O heureuse conception, d'oii résulte un tel mépris du monde et un tel appétit des opérations célestes et des occupations divines ! Déjà, quoique dans une mesure faible encore, le goût des choses spirituelles rend insipides celles de la chair, qui se lamente en
SAINT BONAYENTURE 53
vain ; l'âme se met à gravir les montagnes avec Maiie, car sa conception lui fait prendre en dégoût les choses d'en bas et désirer les biens du ciel et de l'éternité. Et voici qu'elle commence à fuir la société de ceux qui s'adonnent à celles-là, et ne souhaite plus entretenir de familiarité qu'avec ceux qui aspirent aux trésors célestes. Elle entreprend d'assister Elisabeth, c'est-à-dire ceux qu'illumine la divine sagesse et que la grâce enflamme toujours plus du feu de l'amour. Et voici qui est digne de remarque, parce que beaucoup ont besoin, de le savoir : autant ces âmes d'élite se -détournent du monde, autant elles se rendent amicales et familières aux gens de bien, car, si la société des méchants leur est insipide, elles ne savent rien de plus doux que d'honnêtes rapports avec Ie& personnes spirituelles ; leur coeur s'émeut et s'embrase à ces rapports : a Celui qui s'attache à un homme saint, dit saint Grégoire, le voit assidûment, l'entend parler, a devant lui l'exemple de ses actions,, et de tout cela retire un plus grand zèle de la vérité^ une ardeur plus vive à fuir les ténèbres des pécheurs,. ,un amour plus ardent de la divine lumière... » Songe, âme fidèle, à la chasteté, à- la sainteté, à la dévotion que peuvent avoir les entretiens des saints, aux divijis et salutaires conseils qui sortent de leur bouche, aux œuvres d'admirable sainteté et de fraternelle assistance qu'ils accomplissent, tandis qu'ils s'incitent les uns les- autres au mieux- par la parole et par l'exemple! - .
Agis ainsi, âme fidèle, si tu sens que, par l'action
de l'Esprit saint, tu as conçu le désir d'une vie nou-^ velle et céleste. Fuis la société des méchants, gravis les montagnes avec Marie, recherche lès conseils des personnes spirituelles, applique-toi à marcher sur les traces des saints, à contempler les paroles, lés oeuvres, les exenàples des gens de bien. Fuis les conseils pernicieux des méchants ; ils ne visent qu'à détourner le cours des désirs nouveaux qu'inspire l'Esprit saint, ils ne tendent qu'à les entraver, ils s'attachent sans relâche à les anéantir, et trop souvent sous^ le couvert dé la piété ils versent dans le cœur le poison d'une tiédeur impie : «- Ton entreprise est trop anibitieuse, disent-ils, ton dessein est trop ardu, tu te charges d'un poids trop lourd pour tes forces ; ne les sens-tu pas qui défaillent ? ta tête se brouille, tes yeuX tournent, et ce sont là les signes précurseurs de milleinfirmités qui vont fondre sur toi : la phtisie, la paralysie, la gravelle, le vertige, les éblouissements, l'hébétude des sens, l'obnubilation de la raison et la perte de toute force, tel est le destin qui t'attend si tu* ne t'arrêtes et ne traites ton corps avec plus d'égards. » Et voilà qu'on accueille comme un maître l'insensé qui ne sait pas régler sa propre conduite, comme un médecin l'ignorant qui ne peut guérir l'infirmité de son propre esprit ! Hélas I que de desseins inspirés d'en haut ont été abandonnés grâce aux maudits conseils des mondains I combien de fois n'ont-ils pas tué le Fils dé Dieu, conçu dans les âmes par l'opération de l'Esprit saint 1...
Voici maintenant d'autres gens, qui semblent bons
SAINT BONATENTURE ^ 55
et religieux et le sont sans ' doute ; mais, sauf leur respect, ils sont trop timides, ils ont l'air de -croire que la main de Dieu est trop éloignée d'eux pour qu'elle puisse les sauver, que le Très-Haut est trop ,peu pitoyable pour lès vouloir et les -pouvoir aider^; ils ont le zèle de Dieu, mais un zèle inintelligent, car, s'ils voient leur entourage agir virilement, ils trouvent bonne et sainte une telle conduite, ef cependant ils n'osent l'imiter ; bien plus, par compassion pour le corps en passe d'être réduit, ou peut-être
N par crainte de voir succomber la nature, ils entraînent autrui hors du chemin de la perfection ; ils le
, dissuadent de tout ce qui excède la commune médiocrité ; ils contredisent les saints conseils de î'inspi-
' ration divine et les trouvent d'autant plus dangereux
que leur importance est plus aulhentiquement vitale.
Parfois on les entend dire, écho d'une objection
pleine d'artifice de l'antique 'ennemi : Si tu fais ceci
- ou cela, on te jugera saint, bon et dévot. Et comme
la réalité ne sera pas de prime abord conforme à
cette .'appréciation, le souverain Juge, qui connaît tes
péchés, si grands, si graves, si horribles, te trouvera
coupable, et tu perdras tout le mérite de ton action,
taxée lâchant de simulation et d'hypocrisie. De tels
exercices conviennent tout au plus à ceux qui n'ont
rien fait de mal, qui ont vécu saints et innocents,
qui ont tout abandonné pour Dieu, qui lui ont été
attachés parfaitement à tous les instants de leur vie.
Fuis ces gêna aussi, ma bién-aiméé, âme dévote
à Dîeîi, et gravis les montagnes avec Marie. Paul
n'avait pas vécu sans péchés et ne servait pas Dieu depuis longtemps quand il fut ravi au troisième ciel et admis à la vision béatifique. Marie-Madeleine, vouée tout entière à l'orgueil, à l'ambition, aux^ va-, nités du monde, adonnée aux convoitises de la chair, vint peu après ses désordres s'asseoir aux pieds de J^sus, au milieu des saints apôtres, tout oreilles à la pieuse doctrine de la perfection ; à quelque temps de là eljie mérita de voir la première Jésus ressuscité, et nul ne l'entendit jamais prononcer que les paroles de la vérité. C'est que Dieu ne fait point acception de ^ personnes ; il ne tient compte ni de la noblesse de là race, ni de la longueur des services, ni du nombre imposant des œuvres, mais des progrès de l'âme dévote en ferveur et en charité. Il n'envisage point ce que nous avons été dans le passé, mais ce que nous avons entrepris d'être dans l'avenir. Aussi lies conseils des timides seraient-ils hautement répréhensibles, si leur stupidité ne/les rendait excusables-; bornons-nous dès lors à ne les point approuver.
Si donc, âme dévote, tu ne peux te sauver par l'innocence, applique-toi à te sauver par la péiiitence ; si tu ne peux être Catherine ou Cécile, ne ; dédaigne pas d'être Marie-Madeleine ou Marie l'Egyp- ~ tienne. Et s'il entre dans les intentions très saintes 7 de Dieu que tu conçoives sonNtrès doux Fils, fuis les poisons mortels que tu connais maintenant, et n'aie point d'autre hâte, d'autre attente, d'autre désir que de parvenir, comme une femine proche de son terme, à une heureuse délivrance.
saint bonaventube 67
Deuxième Festivité
Comment le Fils de Dieu peut naître spirituellement en l'âme dévote
En second lieu vois et considère comment ce benoît Fils de Dieu, déjà conçu spirituellement, naît spirituellement en nous. Il naît eii effet quand l'âme, ayant sagement considéré et pleinement délibéré, après avoir invoqué le secours divin, entreprend de mener à bien ses saintes résolutions; quand elle commence à traduire en actes ce qui n'était jusqu'alors qu'un dessein longuement mûri, mai? dans lequel elle . redoutait encore de s'engager, ' craignant de faillir en chemin. Dans cette bienheureuse nativité, les Anges se réjouissent, glorifiant Dieu et annonçant la paix, car, en même temps que le dessein longuement conçu dans l'esprit produit le fruit des bonnes œuvres, la paix de l'homme intérieur se rétablit. Dans le royaujme de l'âme, la paix divine ne peut régner quand la chair s'oppose à l'esprit et l'esprit à la chair, quand l'esprit recherche la solitude et la chair le tumulte de la foule, quand l'esprit chérit le Christ et la chair le monde, quand l'esprit aspire au repos de la contemplation divine et la chair aux honneurs des préséances mondaines. Et tout au contraire, quand la chair est assujettie à l'esprit, quand l'œuvre bonne longtemps entravée psur la chair arrive à s'édifier, la paix et l'exultation intérieure se rétablissent. O heureuse nativité, qu'acclament si
joyeusement les Anges et les hommes !... Heureuse ' épreuve de la parole évangeUque : Prenez mon joug ; sur vous, etc., et de cette autre, qui en exprime la ^ conséquence : Vous trouverez le repos de vos ânïesi car mon joug est suave et mon fardeau léger. ,-
Mais prends-y garde, âme dévote ; si cette heureuse nativité te réjouit, n'oublie pas que ton rôle est;; d'abord celui dé Marie. Marie, c'est à la fois l'océan " d'amertume "(i), l'illuminatric^ et la dame et maîtresse. Sois donc un océan d'an^ertume par tes pleurs , repentants, et lamente-toi très amèrement de tes péchés, gémis très profondément sur tout le bien' que tu as omis de faire, afflige- toi sans cesse suc les jours négligés et perdus. Sois ensuite illumînatrice par l'honnêteté de ton attitude, par tes actes de vertu, par ton applicafion à enseigner le bien. Sois enfin maîtresse de tes sens, des concupiscences de ta chair, de toutes tes actions, afin qu'elles soient toutes ; conformes au jugement de la droite raison et contribuent à ton propre salut, à l'édification du prochain, à la louange et à la gloire divines.
Ainsi l'âme devient l'heureuse Marie en pleurant et géihissant sur les péchés qu'elle a commis, en se parant de l'éclat des vertus, en maîtrisant les voluptés de la chair. Et, de cette Marie, Jésus-Christ ne dédaigne pas de naître spirituellement, sans douleur, r sans labeur, mais non sans joie. Après cette heureuse nativité, l'âme connaît et goûte combien est
(1) Le texte donne en réalité ici un jeu de -mots intraduisible : Maria' interpretatur amarum mare.
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suave le Seigneur Jésus. Qu'il est suave en effet quand on le nourrit de saintes méditations, quand on le baigne de larmes dévotes et passionnées, quand on l'enveloppe dans les langes des chastes désirs, quand on le porte dans les bras de la sainte dilection, quand > on lui donne pour baisers les élans répétés de la dévotion, quand on le réchauffe au plus profond du sein de l'âme. Voilà comment naît spirituellement le divin enfant.
Troisième Festivîté
Comment l'âm.e dévote donne spirituellement à l'enfant le nom de Jésus
Considérons en troisième lieu comment ce très benoît enfantelèt, né spirituellement, doit recevoir un nom. Et d'abord, n'est-il pas vrai, lie seul nom qui lui convienne est celui de Jésus, ainsi que le veut l'Écriture. C'est un nom très saint, prédit. par les Prophètes, annoncé par les Anges, prêché par les Apôtres, désiré par tous les Saints. nom plein de vertu, de grâce, de joie, de délices, de gloire! Plein de vertu, car par lui s'abat l'ennemi, se réparent les forces, se rénovent les esprits. Plein de grâce, car en lui se trouvent le fondement de la foi, la fermeté de l'espérance, l'accroissement de la charité, le complément de la justice. Plein de joie, car il est jubilation pour le cœur, mélodie pour l'oreille, : miel pour la bouche, splendeur pour l'esprit. Plein de délices, car il est apaisant à penser, doux à prb-
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noncer, onctueux à entendre, réconfortant à écrire, instruisant à lire. Plein de gloire enfin, puisque par lui lés aveugles ont vu, les paralytiques ont marché^ les sourds ont entendu, lès muets ont parlé, les morts ont ressuscité. nom béni, qu'avère tant d'efficace I O âme, soit que tu écrives, soit que tu lises, soit que tu enseignes, soit que tu fasses autre chose, que' Jésus soit ta seule science, ton seul amour. Nomme donc ton enfantelet, engendré spirituellement en toi, Jésus, c'est-à-dire sauveur dans l'exil et la misère de cette vie; qu'il te sauve de la vanité du monde, qui s'oppose à toi ; des embûches du démon, qui te livre ' assaut ; de la fragilité de la chair, qui te tourmente,^
Au milieu des multiples épreuves de cette vie, écrie-toi, âme dévote : O Jésus, Sauveur du monde, sauve-nous, toi qui nous as rachetés par ta croix et l'effusion de ton sang ; assiste-nous, Seigneur notre Dieu! Sauve-nous, dis-je, très doux Sauveur Jésus, et donne la force aux faibles, la consolation aux ■:, affligés^ le secours à ceux qui sont en péril, la fermeté aux pusillanimes !
Que de fois cette heureuse mère selon la nature et vraie mère selon l'esprit, la vierge Marie, sentit son âme inondée de douceur, quand, après l'avoir imposé à son enfantelet, elle vit ce nom béni mettre en fuite les démons, multiplier les miracles, illuminer les aveugles, guérir les infirmes, ressusciter les morts I De même, ô âme, mère spirituelle, dois-tu te réjouir et exulter, quand tu sens qu'en toi et dans les autres, - Jésus, ton benoît fils, met en fuite les déinons en
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remettant les péchés, illumine les aveuglëà en leur donnant la connaissance du vrai, ressuscite les morts au souffle de la grâce, . guérit les infirmes, redresse les boiteux, rend l'usage de leurs membres aux paralytiques en leur donnant le confort spirituel, si bien que la grâce rend forts et vigoureux ceux que leur propre fauté avait réduits à la faiblesse et à l'impuissance. Heureux et benoît nom, qui renferme tant de vertu et d'efficace I
Quatrième Festivité
Comment l'âme dévote doit spirituellem,ent chercher et adorer le Fils de Dieu avec les Mages
Vient maintenant la. quatrième solennité, qpii consiste dans l'adoration des Mages. L'âme ayant,, par; un effet de la grâce, spirituellement conçu, mis au au monde et nommé le très doux enfantelet, voilà' que trois rois ont de multiple, façon dans leur capitale la révélation de son existence; et se mettent en devoir d'aller à sa recherche. Ces trois rois, ce sont les trois puissances de l'âme, à qui le nom de rois convient excellemment, puisqu'elles commandent à la chair, dominent les sens, et que seule l'étude du divin est digne de les occuper- Leur capitale, c'est l'univers entier. Ils recherchent l'enfant divin par la méditation, s'informent à son sujet par de pieuses ai^ectipns, et leurs dévotes réflexions semblent demander : Où est celui qui est né ? Nous avons vu son étoile en Orient; nous avons vu sa. clarté se
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lever dans l'âme dévote, sa splendeur rayonner jusqu'au plus intime de l'être, nous avons entendu l'extrême douceur de sa voix, goûté sa douceur si suave, senti son odeur exquise, nous savons que son embrassement est délicieux. Hâte-toi, Hérode, de nous répondre, fais-nous voir celui que nous aimons, montre-nous l'enfantelet de nos désirs. C'est à liîi que nous aspirons, c'est lui que nous cherchons. '
Ô très doux, très aimant enfant éternel, quand te verrons-nous, quand te trouverons-nous, quand paraîtrons-nous devant ta face P Aucune joie n'est possible sans toi, mais avec toi il est doiix de se réjouir et de pleurer. Tout ce qui te contrai^ie nous affecte ; t'être agréable est notre indéfectible désir. Oh I si les larmes ^versées à ton sujet sont douces, que ne doivent pas être les joies que tu causes ? Où donc es-tu, toi que nous cherchons ? Où es-tù, toi que nous désirons en toutes choses et plus que toutes choses ? Où es-tu, toi qui es né roi des Juifs, loi dés coeurs pieux, lumière des aveugles, guide des malheureux, vie des mourants, salut éternel de tous ceux qui veulent vivre éternellement ?
Et voici la réponse appropriée : A Bethléem de Juda. Bethléem signiûe : la maison du pain, et Juda : l'aveu. Trouver le Christ, en e^et, c'est, après avoir fait l'aveu de nos crimes, consommer.ee pain de là vie céleste qu'est la doctrine évangëlique entendue, méditée et précieusement conservée , dans notre âme, puis traduite au dehors en actes exemplaires. Trouver l'enfant Jésus et Marie sa nàère, c'est j après avoir
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versé des pleurs repentants, après avoir fait une confession fructueuse, goûter la douceur de la contemplation céleste, parfois même la consolation d'en haut au milieu de torrents de larmes, car la prière' que l'âme commence au moment de sombrer dans lé désespoir s'achève dans la joie que cause la certitude du pardon, ô heureuse Marie, qui as conçu Jésus, lui as donné naissance, et sur le sein dé qpii nous le trouvons, dans la douceur et la joie !
Quant à vous, rois, je veux dire : puissances de l'âme dévote, cherchez le divin enfant avec les rois de là terre, pour l'adprer et lui offrir des présents. Àdorez-le avec réyérencèy car il est votre créateur, votre rédempteur et votre rémunérateur : votre créateur, car il VOUS- a donné la vie de la nature ; votre rédempteur, c£ir il vous a rendu la vie dé la grâce ; votre rémunérateur, car il vous réserve la vie éternelle. rois, adorez avec révérence ce roi très puissant ; adorez avec déférence ce maître très sage ;adorez avec joie ce prince très généreux. Et qu'à votre adoration se joigne votre offrande. Offrez-lui l'or de la plus ardente. dilection, l'encens de la contempla- . tion la plus pieuse, la myrrhe du plus amer repentir. L'or de la dilection lui est dû pour les biens qu'il vous a donnés, l'encens de la dévotion pour les joies qu'il vous réserve, lamyrrhe du repentir pour les péchés commis contre lui. Offrez l'or à sa divinité éternelle, l'encens à son âme très sainte, la myrrhe à sa chair passible.
Ames dévotes^, voilà. comment vous devez chercher, adorer et offrir.
64 antàologie franciscaine
Cinquième Festivité
Comment Vâm,e dévote peut présenter spirituellement le Fils de Dieu au temple.
En cinquième et dernier lieu l'âme dévote et fidèle doit considérer comment le cher enfantelet, né par l'accomplissement des œuvres divines, nommé par la dégustation des douceurs célestes, cherché et trouvé, adoré et honoré par l'offrande de dons spirituels, peut être présenté au temple et offert au Seigneur par une humble et dévote action de grâces.
Nous avons vu que l'heureuse Marie, mère spirituelle du divin enfant, grâce à la conception de ce benoît fils a été purifiée par la pénitence ; la nativité l'a en quelque sorte confirmée en grâce ; le jour où elle lui a imposé le doux nom de Jésus, elle a été remplie de consolation jusqu'à la moelle des os ; quand elle l'a adoré avec les mages, elle a été instruite des secrets divins ; que lui reste-t-il à faire, sinon de monter à la Jérusalem céleste, pour y présenter au temple de la Divinité Dieu même, le Fils de Dieu et de la Vierge.
O chère âme, Marie spirituelle, monte non plus sur la montagne, mais aux demeures de la Jérusalem céleste, aux palais de la cité d'en haut. Arrivée là, fléchis humblement les genoux devant le trône de l'étemelle Trinité et de l'indivisible Unité, présente ton fils à Dieu le Père, en louant, glorifiant et bénissant le Père, le Fils et le saint Esprit. Loue dans la
on Dieu le Père, par l'inspiration de qui tu ?u tes bonnes résolutions. Glorifie dans tes s Dieu le Fils, dont renseignement t'a permis uire en actes le dessein conçu. Bénis et honore saint Esprit, dont les consolations t'ont valu 5évérer jusqu'ici, ne, glorifie Dieu le Père dans tous les dons a faits et dans tout le bien que tu as accompli, !St lui qui t'a rétirée du siècle par une secrète tion, en disant : Reviens, revien^s, ô Sunamite, dire : âme que le péché voiie au malheur, fie Dieu le Fils dans tous ses saints, car c'est i, par son enseignement secret, t'a libérée de ritude du démon, en disant : a Prends mon sur ioi et rejette celui du démon. Le sien est □àeri le mien très suave ; le sien mène aux supet aux tourments éternels, le mien à la récolte is agréable et au repos abondant; le sien ne avoir qu'une douceur mensongère et xnomenla joie que donne le mien est vraie et salutaire, lève parfois quelque peu ses serviteurs, c'est es confondre éternellement ; celui qui m'honore ^tre un moment humilié, mais cette humiliaassagère lui vaudra une gloire éternelle. » Telle doctrine que le Fils de Dieu t'a enseignée, lui-même, tantôt par la voix de ses docteurs ses amis, et c'est ainsi qu'il t'a délivrée des , ïhes perfides du. dénaon, des séductions décède/ la chair et du monde. Bénis et sanctifié ixs Dièù le saint Esprit, qui t'a confirmée dans ■■■■■■■• ' ■ ■■,- • \ ' . ■ 6' ' " "~
66 ANTHOLOGIE FBANGISGAINE
le bien par. des consolations douces comme le miel en disant : Venez à moi, vous tous qui peinez et êtes chargés, et je vous soulagerai. O âme tendre et délicate, fragile et débile, accoutumée aux délices du monde, enivrée des joies de ce siècle comme les pourceaux de lie de y in, au milieu des filets si nonabreux et si résistants de l'antique ennemi, au miHîeu de tant de faux conseils, d'obstacles si divers, d'ef-; forts innombrables de tes amis, de tes parents et de. les proches pour te faire perdre le chemin de l'amour, comment aurais-tu pu te maintenir dans la bonne voie et, entravée par les liens si lourds de tes péchés, y progresser, si, l'Esprit saint ne t'avait miséricôrdieusement assistée de sa grâce et bien souvent consolée et réconfortée de sa douleur ? Ah I réporte surj lui tout le bien que tu as fait et ne t'attrib:iîè rien à" toi-même.
De toutes les forces de ton âme pure et dévote, dis au Seigneur : Tout ce que j'ai fait, c'est toi, Seigneur, qui l'as fait; devant toi je ne suis rien, je ne puis rien ; c'est par un effet de ta bonté que je subsiste, et sans toi je ne fais rien de bon. A toi, très clément Père des miséricordes, j'offre tout ce qui est à toi déjà, je me remets moi-même entre tes mains, quelque indigne que je sois, et je reconnais humblement mon ingratitude pour tous les bieniaits dont tu m'as comblée. A toi là louange, à toi la gïoire, à toi l'action de grâces, ô très benoît Père, éternelle majesté, qui m'as tirée du néant par un effet de ta puissanée infinie ! Et toi, Fils bienheu-
reux, lumière du Père, toi qui, par un effet de ta sagesse éternelle, m'as délivrée de la mort, je te loue, je te glorifie, je te rends grâces ! Enfin je te bénis, je te sanctifie, je t'adore, ô bienheureux Esprit de rafraîchissement, toi qui, par ta benoîte pitié et ta clémence, m'as appelée du péché à la grâce, du siècle à la vie religieuse, de l'exil à la patrie, du labeur au repos, de la tristesse à la joie et aux délices de la moisson bienheureuse ! Que Jésus-Christ, fils de la Vierge Marie,. nous accorde d'y parvenir, lui qui vit et règne avec le Père et le saint Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !