‹ Anthologie franciscaine du moyen age [microform]Chapitre 32 sur 63 · Y SONT PUNIS A JAMAIS · texte numérisé non relu

Y SONT PUNIS A JAMAIS

A l'honneur du. Christ, Seigneur et Roi dé gloire, Et pour le bien de l'homme je veux conter une histoire ; Qui souventes fois l'aura bien en mémoire Contre le faux ennemi remportera grande victoire.

Voici l'histoire : je vais vous dire des nouvelles De la cité d'enfer, combien elle est fausse et félonne ; Babylone la grande est le nom dont elle s'appelle, Suivant ce que les saints ont dit et raconté.

(1) Ozanam : Les poètes franciscains en Italie au treizième siècle ; ' S'édition, !>., 1882, p. 116.

126 ANTHOLOGIE FRANOISCAINE

Ojf, quand vous aurez entendu l'histoire et commentaire,

Comment cette cité est construite en. chacun de sea cantons,

Peut-être obtiendrez- vous de Dieu quelque pardon

De vos péchés, par un vrai repentir.

Et ce que je vais dire, prenez-y bien garde.

Ce seront paroles exprimées en langage figuré ;

Je veux vous en faire une lecture

Dont l'audition ou la vue vous paraîtront fort dures.

Néanmoins, quiconque en l'école spirituelle Voudra entrer, sans s'arrêter au seuil.

Pourra bien en appliquer au moins une petite ligné A sa propre vie, je crois, avant qu'il meure.

Commençons donc à lire cet écrit nouveau

Sur la cité du mal, par figure et ^ar glose, >, ,

Et prions le divin Docteur de tout art

Qu'il rende cet écrit profitable en nous 1

Le roi de cette terre est cet ange rebelle De Lucifer, qui dit : « Au ciel je placerai mon trône « Et je serai semblable au haut Seigneur Dieu », Ce qui le fît chasser du ciel avec tous ses suivants.

La ville est grande et haute et longue et compacte, Pleine de tout mal et de toute misère; Tous les saints tiennent pour certain et pour assuré Que quiconque entre là en doit sortir en hâte.

Au profond dé l'èhfer elle est placée,

De résine et de soufre toujours embrasée,

A ce point que si toute l'eau de la mer y était jetée,

Elle brûlerait aussitôt' comme cire fondue.

Au milieu coulent des eaux troubles.

Plus amères que le fiel, mêlées de poisons, De toutes parts entourées d'orties et d'épines Aiguës comme des couteaux et plus tranchantes que des épées. - .

Au-dessus de la cité s'étend un ciel rond D'acier et de fer, d'andragène '(i) et de bronze, Appuyé sur un cercle de rochers et de montagnes Sans issue permettant de s'enfuir au pécheur.

Une porte est dans ce roc, avec quatre gardiens : Triphon et Mahomet, Barachin et Satan, Si agressifs, si cruels et si grossiers Qu'on peut tenir pour bien malheureux ceux qui ^ tombent entre leurs mains.

La porte est surmontée d'une tour très élevée Sur laqpielle se tient une sentinelle Qui ne laisse jamais passer qui que ce soit Dont le destin n'ait été de venir là, de quelque point de l'univers.

(1) Métal ou alliage non identifié.

Et voici chose étrange et digne de tout étonnement : Ge gardien ne dort jamais, mais tout le 'temps veille, Faisant nuit et jour fonction de portier ,

Et ne laissant point aller ses gens à l'aventure.

Qui plus est : sans cesse on l'entend dire et crier :

« Prenez garde qu'entre vous ne règne félonie I

(( Tenez la porte close et gardez bien les passages et

le chemin !

« Que nul de vos gens ne s'échappe I

« Mais si quelqu'un vient à vous, comme sll- s'agissait d'un grand personnage « Allez à "sa rencontre avec l'allégresse au front ! 7 « Que la porte soit ouverte et le pont baissé, (( Et qu'il entre dans la ville au milieu des chants de triomphe 1

« Mais qu'on le fasse assavoir au roi Lucifer « Afin qu'il s'occupe de le faire pourvoir « D'un réduit ténébreux fait pour l'expiation, '-<{. Conformément à ses méfaits et^ à ses démérites I »

malheureux, mauvais, dolent, maudit

Quiconque' aura le triste honneur d'être mis là I

Il ne m'appartient point d'en parler, mais je peux

■ bien vous assurer -, ,

Que je ne l'en féliciterai pas ; qu'il s'en charge luimême !

• ' JÀCOMINO DE VÉRONE' - ~ ' Ï29

Que ce spectacle pourtant me soit présent à l'esprit et au cœur,

Si la loi du haut Seigneur Dieu n'est point mensongère,

Afin que me semble cruel et mauvais ce lieu

D'où la louange est bannie à tout jamais !

A peine est-il entré, qu'aussitôt

On lui lie les mains et les pieds derrière le dos,

Puis on le présente au roi de la mort

Sans rémission, en le battant très fort.

Celui-ci fait venir un de ses perfides ministres

Qui le met en prison, selon ce qui est écrit,

En un puits plus profond que le^ ciel n'est élevé

au-dessus de l'abîme.

Pour y être à toute heure tourmenté et affligé.

Si grande est la puanteur qui sort de l'orifice Que tout ce qu'on peut dire équivaut à> rien, Quei'homme qui seulement en approche ou le touche N'a plus jamais en aucun temps lé souffle libre.

Jamais on ne vit, en aucun temps,

Lieu ou quoi que ce soit si fétide,

Si bien que, de mille lieues de distance et plus, on sent

La puanteur et l'infection qui sortent de ce puits.

Là sont en grand nombre couleuvres, lézards, crapauds et serpents, Vipères et basilics et dragons mordants,

I>Qnt> la langue et les dente spitit ~" , • "-• .rasoir,. V" -.-■' ::v--:' - . - . ..^.■.-..

Qui mangent tout le temps et tout le temps ont faim.

Là aussi des démons avec de grands bâtons Qui rompent les os, les épaules et les flancs du damné ; Us sont cent fois plus noirs que des charbons, Si les récits < des saints sermons ne sont pas mensongers. '

Si horrible à voir est cette cruelle compagnie Qu'il serait plus agréable d'être, par monts et par

vaux, .

Chassé à coups d'épines de Rome jusqu'en Espagne Que de rencontrer un seul de ceux-ci dans la campagne.

Ils sont là à toute heure, celle du coucher comme

celle du réveil ; Un feu horrible s'échappe de leur bouche ; Ils ont le front cornu, les mains velues ; Ils hurlent comme les loups et aboient comme les

chiens.

Quand le coupable est là et qu'il leur est remis, Ils le jettent en une eau d'une si grande froidure Qu'un jour y semble un an, comme le dit l'Ecriture, Puis ils le mettent dans une fournaise.

îEtîfqtiind "il voudrait retourner

i;";-;;;,^^^-^- yidan8':l'eau, ■ > ' ■ '::'-'-■■■'"

Tàiït-^cë feu lui parait cruel, féroce, ardent et âpre, ■ Car il n'a jamais le moindre instant de répit

Sans pleurs, sans misère, sans peine atroce.

Tandis qu'il est ainsi tourmenté, survient un cuisinier Nommé Beelzébut, im des pires de l'endroiti Qui Je met à rôtir, conune porc gras, au feu. Traversé d'un grand épieu de fer pour qu'il cuise plus vite.

Puis ce diable prend de l'eau, du sel, de la suie,

du vin.

Du fiel et du fort vinaigre, du poison et du venin,. Et en fait un plat si bon et si fin" Que tout chrétien lève les yeux vers le divin Roi^

Au roi de l'enfer il l'envoie en suprême hommage j Celui-ci y mord et crie de toutes ses forces au valet : ,« Je ne donnerais pas de ce plat une figue sèche,. « Car la chair en est crue et le sang vermeil et frais,

« Mais retourne-t'en bien vite

« Et dis à ce félon cuisinier que je ne trouve pas le

-^morceau bien cuit; « Qu'il doit le mettre, en l'autre sens, (( Dans ce feu qui brûle sans cesse, jour et nuit.

l32 ANTHOLOGIE FRANCISCAINE

« Et surtout dis-lui bien encore de ma part

« Qu'il ne me l'envoie plus et le laisse brûler toujours,

« Et qu'il ne soit si négligent ni paresseux à ce faire

« S'il ne veut s'exposer à pareil sort, et pis encore.-»

Beelzébut n'est point contrarié de ce message ;

Il met sa victime en un feu qui brûle de si terrible

façon Qu'il n'est homme vivant ici-bas sous le ciel Qui puisse en éteindre une seule étincelle.

Jamais on ne vit, jamais on ne verra

Feu si grand ni si terrible que ce feu ;

Ni or, ni argent, ni château, ni ville :

N'y peuvent soustraire ceux qui meurent en péché.

Si grand est ce feu, si grandes sa flamme et sonardeur. Que la pensée défaut à le décrire :

Il ne rend nul éclat, car telle est- sa nature, Mais il est noir, fétide, et plein de toutes sortes de choses malpropres.

Et de même que n'est rien, comparé au feu terrestre, Celui qu'on peint sur du papier, sur un mur ou sur

quoi que ce soit, Tel le feu de l'enfer, quand on le compare au nôtre. Que Dieu nous garde de ses flammes, afin qu'elles .ne puissent nous nuire !

JACOMINO DE VÉRONE l33

Et de même que dahs l'eau vivent les poissons, Ainsi vivent dans ce feu d'horribles vers „ ;

Qui s'attachent aux pécheurs jetés là '

Et leur mangent les yeux et la bouche, les côtes et les jarrets. ~ .

Là tous les démons se crient entre eux à tue-tête : « Attise, attise le feu ! Malheur à cpii s'arrête I » Jugez quelle doit être la délectation Du misérable pécheur, héros de cette fête !

Un diable crie, l'autre lui répond;

L'un bat le fer, l'autre coulé le bronze,

D'autres attisent le feu, d'autres courent tout autour,

Pour tourmenter le pécheur et la nuit et le jour.

En dernier lieu sort un grand et affreux diable Du profond de l'abîme ; ce compagnon de Satan  trente pas de haut et un bâton à la main, Comme pour bénir l'escarcelle du faux chrétien.

Il dit à haute voix : (( Que chacun accoure au gain, « Car il importe fort qu'aucun de nous ne soit en

perte ; « Malheur à celui qui ne veut pas nous suivre « Et qu'il ne s'étonne pas s'il subit quelque dommage I »

Tous les diables répondent : a Très bien I très bien I « Voilà une bonne nouvelle ! puisse-t-elle se réaliser vivement I

l34 ANTHOLOGIE FRANCISCAINE'

« Tu te mettras à notre tête pour être notre guide « Et maudit soit' celui qui ferait le couard I »

Et voilà qu'accourent en foule sur les lieux des diablesplus terribles,

Les démons ordinaires ne convenant pas pour cette tâche. ' ; -

ils se crient entre eux : « Tue-le I Tue-lé 1 Tue-lë !

« Que cette tête de faux bonhomme ne puisse s'échapper 1 »

L'un saisit une pelle, l'autre prend un râteau, Celui-ci un tison enflammé, celui-là lance ou couteau; Ils ne cherchent point la protection d'un bouclier,

d'un casque ou d'autre coiffure.

Pourvu qu'ils aient un couperet, une pioche, une

fourche ou un marteau.

Ils sont si cruels et si coutumiers de mal faire Qu'aucun de ces mal-nés ne daigne attendre l'autre ; Ceux qui sont en avant sont les plus enragés, Courant comme chiens dressés à la chasse.

Le damné pense alors qu'il ferait bon sortir du jeu. Quand il voit tant de démons courir à sa poursuite Qu'on s'étonnerait d'en voir un seul rester en place ' Et ne point le poursuivre en criant : « Au f eu I au feu I »

JACOMÎMO DE VÉKONE l35

Ainsi font-ils tous, et le vacarme estvtel Qu'il suffirait à punir grandement le pécheur ; Un diable est-il mauvais, l'autre est dfr beaucoup pire,. Et que Dieu coiifonde le moins mauvais d'entre euxl

Je ne veux ni ne peux dire qui sont le meilleur et

le pire, - Car tous sont diables et ministres de l'enfer ; L'été, tout aussi bien que l'hiver.

Ils tourmentent l'homme en- ce feu éternel.

Ceux qui sont les plus coupables

Au DMlieu de la cité ont placé leur résidence ;

Tous les autres les adorent comme s'ils étaient Dieu,

Se tenant à genoux à leurs pieds.

Aussi chacun emploie-t-il toute sa volonté

A faire le plus de mal qu'il peut, et ne s'épargne guère,

Ce qui donne au damné profonde douleur

De se voir entouré de cette gent cruelle.

On le vise horriblement en pleine face, On le prend par la tête pour le jeter à terre ; Celui qui est loin voudrait être tout près Pour assouvir furieusement sa haine sur lui.

L'un le frappe aux bras, l'autre le frappe aux jambes, D'autres lui rompent les os à coups de bâton, d'épieu. De pioche, de pelle, de couperet, de bêche.

Son corps se couvre tout entier de larges plaies.

l36 ANTHOLOGIE FRANCISCAINE

Le pauvret, quasi mort, tombe à terre ;

II pleure, mais en vain : le pire des démons est

devant lui, Qui lui passe un licol au cou et une corde dans le nez Et le traîne au grand trot à travers la ville entière.

Pensez combien alors le pécheur se désespère De ne pouvoir attendre pardon de cette gent féroce, Mais bien peine sur peine, feu et prison cruelle. Qu'il a le triste espoir d'être à jamais son partage.

Aussi serait-il meilleur pour le malheureux damné

D'être mort mille heures que vivant une seule~;

Il n'a ni parents, ni proche, ni ami

Qui puissent lui donner aide qui vaille une figue.

Voulez-vous avoir idée des moqueries

Dont use l'horrible gent à chaque instant du jour ?

Les diables se disent l'un à l'autre : « Il l'a bien

mérité !

« Tant il aimait peu sur terre l'œuvre de Dieu !

« Mais le temps est venu pour lui d'être déçu,

« Où rien de bien ne lui arrivera plus,

« Car, même s'il nous donnait une montagne d'or,

« Il ne sortira jamais plus de ce lieu.

(( Et dès lors, tant que les masses et les armes ne

viendront pas à manquer, « Nous le ferons souffrir avec ce qui lui servit à faire

le mal. » ^

JAGOMÎNO DE VÉRONE iS?

C'est pourquoi commence alors à soupirer très fort Le malheureux pécheur, et à dire à haute voix :

« O misérable, méchant, dolent et malotru que je suis ! « A quels cruels ministres me voici donc livré 1 « Plût au Créateur que je ne fusse jamais né ! (( Je ne serais pas venu en ce triste lieu.

« Maudits soient l'heure, la nuit, l'instant

« Où ma mère et mon père me conçurent !

« Et celui qui mç tint aux fonts du baptême

({ Et ne m'y noya pas, pourquoi n'est-il pas là ?

« Mais j'en suis venu à ce point que rien ne m'est

plus, « Qu'il n'y a plus pour moi de Noël, d'Epiphanie ou

de Pâques.

« Ah ! celui qui cherche la mauvaise fortune (( S'épuise bien vainement, car je l'ai bien toute, à

moi seul I »

Combien volontiers le misérable prendrait la fuite 1 Mais il est impuissant, et la voie fait défaut, Car une fois que le diable tient quelqu'un en sa baillie, Tout l'or du monde ne l'en pourrait jamais tirer.

C'est pourquoi l'infortuné tourne et vire, Ne trouvant repos, ni lieu bon ou beau.

Car tout ce qui est là lui est mort et fouet ; Il est comme la chèvre qu'attendent seulement le bâton et le coutelas.

l38 ^ ANTHOLOGIE FRANCISCAINE

Tous les démons l'entourent de tous côtés Avec bâtons de fer plus pesants que le plomb Et lui en donnent tant de coups en long et en large Qu'il vaudrait mieux qu'il fût encore à naître en ce monde.

« Prends donc maintenant, disent-ils au damné, tes

fils et ta femme, « Tes amis et tes parents, tes armes et tes destriers, « Les manoirs et les châteaux quejtu as laissés 1 ; (( Tout cela doit venir en aide à son seigneur et

maître. »

Mais c'est là déception, car mon cœur me le dit, Si l'on doit tenir pour vraie la parole du haut Seigneur Dieu Que^rapportent les saints Jean, Luc, Marc et Matthieu, Que l'homme qui va en enfer ne revient jainais en arrière.

De tous ceux qui sont là, nul ne peut aider l'autre,

Car chacun a déjà trop de pourvoir à soi-même.

Et laissez-moi vous dire encore une chose, qui me

semble Ne pas être de nature à faire rire ou plaisanter :

Il en est des damnés comme du pré Que les bêtes tondent tout le jour jusqu'au plus ras du sol

JACOMINO DE véRONE l3g

Et qui, tout aussitôt, comme vous le savez bien, Fournit une nouvelle pâture, plus drue et plus verdoyante.

La plus grande peine dont souffre le misérable. C'est de penser que jamais ne finiront Le feu de l'enfer et l'ardent chemin \

Dans lequel il brûle jour, nuit et matin. /

Encore en ce lieu, qu'on ne sait comment nommer,

Le fils rencontre son père, et maintes fois ils se querellent :

« Père, ^ dit le fils, que Dieii, qui porte couronne au ciel,

«. Te maudisse dans ton âme et dans ton corps !

« Car tant que je fus au monde tu ne me châtias

point, « Mais tu m'encourageas toujours à progresser dans

le mal « Et.me donnas à foison de l'or et de l'argent ; Xi C'est ce qui m'a jeté en si cruel brasier.

((Et je me rappelle bien avec quel empressement

((Tu me poursuivais à grands coups de bâton

(( Distribués à ta guise, à tort ou à raison,

(( Quand je ne trompais point nos amis et voisins. »

Le père lui répond : (( Fils maudit, ((C'est pour t'avoir voulu trop de bien (jue je me vois mis en ce lieu.

l4o ANTHOLOGIE l^RANCISGÀINE

« J'ai abandonné Dieu et jusqu'à moi-même

(( Pour me livrer à la rapine, à l'usure et aux maltôtes^

« Jour et nuit j'endurai de grandes peines

« Pour acquérir les châteaux, les tours et les palais,

« Les monts et les campagnes, les bois, les vignes,

les clos, -r ■

« Afin que, dans ta vie, tu sois plus grandement à

l'aise.

« J'ai tant pensé à toi et tant peiné pour toi, «Beau doux fils, (que Dieu te maudisse 1) « Que des pauvres de Dieu je n'eus jamais souvenance, « Si bien que je les ai laissés mourir dans la rue, de faim et de soif.

<( Mais à quoi bon ! je me trouve fol et dément,

« Car il ne me sert de rien de me plaindre et de

discuter, « Et je suis bien payé de tout ce que j'ai fait « Puisque je reçois au quadruple la monnaie de ma

pièce. »

La lutte entre eux est grande et forte

Comme s'ils voulaient se donner l'un à l'autre la mort ;

S'ils pouvaient l'un l'autre en venir aux dents,

Ils se niangeraient le cœur dans la poitrine.

Si grandes sont les peines de ce feu ardent Que si j'avais mille ou cinq cents bouches

JACOanNO DE VÉRONE I^I

Parlant tout le temps, nuit et jour, Je serais impuissant à les^ décrire, n'en doutez nullement.

vous, gent cruelle qui demeurez dans le péché. Comment pourrez-vous endurer ces peines auxquelles

vous ne voulez penser ?

Le moindre mal de dent vous fait crier tout le. jour. Comment endurerez-voûs jamais la souffrance éternelle ?

Mais je veux vous donner un conseil, que vous suivrez

si vous voulez :

Faites pénitence, tant que vous le pouvez I De vos péchés repentez-vous devant Dieu !

En persévérant dans ce sentiment vous éviterez les

peines de l'enfer.

Car le mal et le bien sont là, devant vous ; Rejetez l'un, attachez-vous à l'autre I Le mal mène à la mort avec l'ange perdu.

Le bien donne vie au ciel avec le bon Jésus.

Et ^our que vos cœurs ne s'endorment point dans

. une sécurité trompeuse, Sachez que ce ne sont pas là fables ou dits de jongleur ; ^ Jacomino de Vérone, de l'Ordre des Mineurs, . L'a composé de textes, de gloses et de sermons.

Mais VOUS avez tout à fait compris les raisons qui

m'appuient ; Maintenant prions tous I qu'à celui qui a fait le sermon Et à vous, qui l'avez entendu avec grande dévotion. Le Christ et sa Mère donnent rétribution !

Page 1