SUR LA PARURE PERNICIEUSE DES FEMMES
O femmes, considérez
Les mortelles blessures que vous faites ;
Dans vos regards
Vous portez la puissance du basilic.
Le serpent basilic
Tue l'homme rien qu'en le régardant ;
Son oeil empoisonné
Fait mourir le corps ;
Pire est votre aspect,
Qui fait périr les âmes
Que le Christ, doux sire,
A chèrement achetées.
(1) Biordo Brugnoli : Le satire di Jacopone da Todi rîcoslîluîle nella loro pià probabile lezîone origînaria con le varîanli deî mss. più imporlanli e precedule da un saggîo suîle sîampe e sui codîci Jacoponici,; Florence, 1914.
(2) Laude di fraie Jacopone da Todi seconda la slampa fiorenlina del 1490, con prospello grammaticale e lessico ; Rome, 1910.
(3) Jacopone da Todi : Le Laude seconda la stampa fiorenlina del 1490 ; Bari, 1915.
(4) O Femene, gaardate.
l56 ANTHOLOGIE FRANCISCAINE
Le basilic se cache, "
Il ne se fait pas voir ; Quand il reste sans regarder Il ne fait point de mal; Pires que ceux du basilic Sont vos déportements, O vous qui blessez les âmes Ayec vos perfides oeillades.
Comment ne pensez- vous pas, ô femmes, Qu'avec votre mise provocante D'innombrables âmes de ce siècle Sont envoyées par vous à leur perte ?
Par le seul désir.
Sans autre contact, Dès qu'elles sont occupées de vous Ces âmes sont tourmentées.
Ne pensez-vous pas, ô femmes,
A la grandeur du butin que vous enlevez
Au Christ, doux amour,
Que vous frappez de blessures mortelles ?
Serves du diable,
Vous vous compressez à le servir-;
Avec vos minauderies
Vous lui envoyez une foule drames.
Tu dis que tu te pares
Pour plaire à ton mari ;
Mais ta pensée te trompe.
Car tu ne gagnes point son amour ;
JAGOPONE DE TODI 167
Si tu regardes quelque sot, Tonjaiari se demande en son cœur Si contre son honneur Tu ne cherches point complot.
Puis tu te plains s'il te frappe,
S'il te garde avec jalousie,
S'il veut savoir les lieux que tu hantes
Et en- quelle compagnie,
S'il te tend des embûches.
S'il te tient pour suspecte et même coupable.
Si tu discours vainement
Pour chercher à t'excuser.
Considère maintenant tes actes, ô femme !
Combien tu sais contrefaire.
Combien ta personne si petite
Excelle à se produire,
Comme tu mets sous tes pieds
De quoi paraître une géante
En recouvrant d'une longue traîne
De hauts talons de liège.
Si la femme est pâle
Par un effet de sa nature,
Elle se rend rose, la misérable,
Avec je ne sais quelle teinture ;
Est-elle brune, elle se blanchit
A l'heure de sa toilette ;
Et l'exhibition de son visage peint
Faii tomber beaucoup d'âmes en enfer.
l58 ANTHOI-OGIE. FRANCISCAINE
Elle fait voir, la misérable,
Qu'elle a de longues tresses de cheveux ;
Mais sa tête est ornée '
De tresses ramassées on né sait où,
Ou de pommade avariée
Dans laquelle macèrent mille saletés,
Et c'est ainsi que les imbéciles
Par la femme se laissent duper.
S'il arrive par aventure Qu'un homme la surprend à sa toilette.
Il faut la voir faire la démone ■■ Avec Dieu sait quelle volubilité !
Elle accommode ses faux cheveux Avec un incroyable tour de main Et en fait un tout si parfait Qu'on les croirait poussés sur sa tête.
Que fait-elle, la misérable, Pour avoir le visage frais ?
Elle s'applique de la pelure Obtenue en grattant le vieux cuir ; Une fois enlevé ce cuir moelleux.
Elle paraît toute rajeunie ; Ainsi l'imbécile se laisse attraper Par ses falsifications...
J'en sais beaucoup qui pour leur mari N'apprêtent rien à la maison ; Elles s'amusent entre elles Et mènent grand luxe ;
JACOPONE DE TODI iSq
Gomment ne vois-tu pas, misérable, Que ces vains amusements Frappent le cœur De nombreuses infirmités ?
Tu n'as pas la force, ô femme,
De pouvoir combattre ;
Mais ce que tu ne peux faire avec les mains.
Tu sais le faire avec là langue ;
Tu n'as pas la langue liée,
Et tu sais fort bien lancer .
Des paroles cruelles
Qui transpercent les cœurs.
n ne pourra plus dormir, Celui que tu auras frappé ; Mais tel te donnera des coups Qui. t'enlèveront envie de rire ; Certains diront de toi des infamies . Qui te feront mépriser ; Puis tu mèneras une vie Remplie de nombreuses traverses.
Ton mari se demandera
Si c'est lui qui t'a rendue mère ;
Il lui viendra telle tristesse
Qu'elle lui desséchera toutes les veines ;
n te traînera dans une chambre
D'ovi le voisinage ne puisse t'entendre.
Et là tu trouveras Dieu sait quelle sorte
De mort au milieu de l'angoisse.
l6o ANTHOLOGIE FRANCISCAINE '