‹ Anthologie franciscaine du moyen age [microform]Chapitre 46 sur 63 · LES TROIS COMPAGNES DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LES TROIS COMPAGNES DE JÉSUS

Le très haut Père céleste, par un acte de dispensation souverainement sage, a voulu que son Fils bienaimé eût en ce monde trois compagnes : d'aljord la pauvreté parfaite, continuelle, absolue ; ensuite l'ignominie parfaite,' continuelle, absolue ; enfin la douleur

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parfaite, continuelle, absolue. Voilà la société dans laquelle le Christ a passé toute sa vie, nous enseignant par son exemple à la choisir, à l'aimer, à la supporter jusqu'à la mort.

La première compagne de Jésus-Christ a été la pauvreté continuelle, absolue et parfaite. Celle-ci a revêtu trois formes : l'une grande ; l'autre plus grande, qui s'est unie à la première ; la troisième qui, jointe à la première et à la seconde, a été parfaite.

La première forme de la pauvreté parfaite du Christ consiste dans sa volonté d'être dépourvu de tous les biens temporels. Il n'a eu ni terre, ni vigne, ni jardin, ni propriété quelconque, ni or, ni argent, monnayé ou non, ni rien en propre. Il n'a reçu de secours que dans la mesure strictement indispensable au soulagement de l'extrême indigence corporelle. Il a eu faim et soif ; il a manqué de tout ; il a eu tantôt froid, tantôt chaud ; son labeur était immense, austère et rude, et cependant il a refusé toutes les commodités de l'existence et s'est contenté. des choses grossières et communes qui se rencontraient, selon les temps et les lieux, dans la province où il vivait en vagabond et en mendiant.

La seconde forme de la pauvreté du Christ est plus grande que la première : Il a voulu être pauvre d'amis et de parents, sans aucun lien d'intimité avec les grands et les puissants, sans aucune amitié natu-

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relie, si bien que, conformément à sa volonté, personne ne s'est trouvé, ni du côté de sa mère, ni du côté de Joseph, son père putatif, ni du côté de ses disciples, pour lui épargner un seul soufflet, un seul coup de marteau, un seul coup de fouet ou un seul • mot d'injure. Il a voulu naître de la mère la plus pauvre et la plus hun:ible, avoir pour père putatif un charpentier pauvre. 11 s'est dépouillé de l'amour et de la farailiarité des rois et des puissants, des pontifes et des scribes, des amis et des parents, si bien que, ni pour sa mère, ni pour un de ses parents, ni pour qui que ce fût, il n'a voulu s'écarter de ce qui satisfaisait ou pouvait satisfaire à la volonté de son très haut Père céleste.

Voici maintenant la troisième et suprême forme de la pauvreté du Christ : il s'est dépouillé de luimême, et de Tout-Puissant s'est rendu pauvre de puissance. Oui, il s'est fait pauvre de sa puissance propre et incapable de s'en servir. Lui qui était omnipotent, à qui rien n'était impossible, il a voulu paraître et vivre en ce monde impuissant, infirme et débile comme l'un de nous. Il a revêtu en toute vérité les misères humaines, la fragilité de la petite enfance, les faiblesses sans nombre de notre nature, sauf nos fautes et nos péchés. Il a connu la fatigue des courses, des prédications, des soins aux malades, des visites, des opprobres.

Qui plus est : il ne s'est pas borné à donner aux

hommes pouvoir sur lui, malgré leurs péchés, mais

"les choses inanimées et les quatre éléments qu'il

avait créés ont reçu pouvoir de le faire souffrir et de l'affliger. Il a joué l'impuissance, n'a pas résisté, ; a tout supporté pour nous, comme s'il n'eût pu faire autrement. Il a donné aux épines le pouvoir de péné-: trer et de percer, combien cruellement I sa tête divine et redoutable. Il a donné aux liens et aux chaînes le pouvoir de le serrer à la colonne et de l'y retenir, et Celui qui devait faire trembler la terre à l'instant de sa mort a eu les deux mains attachées ensemble. Donnez-moi, enfants de Dieu, la joie de vous voir rester fidèles à ce Dieu de fidélité ! En présence de tant d'humiliation dans la fidélité et de fidélité dans l'humiliation, arrachez- vous les entrailles I Voici que pour toi seul, ô homme, et pour te glorifier, l'Auteur de toute vie s'est abaissé au point que les créatures insensibles elles-mêmes le frappent et lé déchirent à l'envi, et que l 'Incirconscrit est attaché à une colonne ! Il a donné à un voile le pouvoir de le cacher à la lumière, lui, la vraie lumière qui illumine toutes choses. Il a doiïné aux fouets de le blesser aussi cruellement que possible. H a donné aux clous de pénétrer et de percer ces pieds, ces mains qui rendaient la vue aux aveugles et l'ouïe aux sourds. II a donné à la croix de le tenir suspendu, sanglant, meurtri, percé ; de l'exposer nu aux regarids de tous, de lui faire souffrir la plus cruelle des morts.. Il a donné au vinaigre et au fiel de remplir sa bouche d'amertume. Il a donné à la lance d'entrer, d'ouvrir et — qui pourrait l'entendre! — de déchirer. ce ' flanc divin, ce cœur, ces entrailles ; de répandre sur

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terre l'eau et le sang sortis du plus profond de ces entrailles et de ce cœur. Les créatures eussent dû obéir à leur Seigneur, à leur Auteur, et non à une autre créature qui abusait d'elles. Que l'humilité très, profonde, très fidèle, inouïe du Dieu de très haute majesté abatte du moins et confonde l'orgueil de notre néant. L'Auteur de toute vie, Celui qui seul a la plénitude- de l'être, s'est soumis à toutes les créatures, même à celles qui sont, dépourvues de sensibilité ; il s'est laissé anéantir par elles afin que l'honïme, qui était mort et rendu par là même insensible au divin, recouvrît la vie grâce à cette insurpassable humiliation d'un Dieu. Homme qui ne sais rien, il t'a voué un amour si fidèle et si pur que cet amour l'a conduit à s'anéantir pour t'ouvrir le chemin de la perfection. La lance eût dû se plier et résister à la créature qui abusait d'elle ; elle eût dû ne pas frapper, ne pas percer le flanc divin de son Seigneur et de son Auteur. Les autres choses insensibles auraient de même refusé d'obéir et de se tourner contre leur Seigneur si elles n'avaient reçu pouvoir sur lui.

n a donné aux bourreaux, aux soldats, aux Juifs, à Pilate, à tous les méchants, le pouvoir de le juger, de l'accuser, de le blasphémer, de l'insulter, de le . fra:pper, de se rnoquer de lui, de le tuer enfin, lui qui d'une seule parole eût pu tout empêcher, d'un seul geste tout renverser, tout anéantir, ou commander à un seul de ses milliards d'Anges, de Puissances ou de Vertus, au plus petit d'entre eux, de tout précipiter d'un seul 'coup au fond de la mer.

S'il n'eût lui-même donné pouvoir sur lui à ses créatures, s'il ne se fût montré passible et infirme, assur rement elles eussent eu horreur de molester leur Créateur. Que dire de plus ? Il s'est soumis aux éléments,:, au froid, à la chaleur, à la faim, à la soif et aux autres créatures insensibles ; il a caché sa puissance et s'est dépouillé de tout, aux yeux des hommes," pour nous enseigner, à nous, misérables, mortels et passibles, à supporter les tribulations ; pour nous racheter, nous qui nous étions privés de notre propre puissance et nous rendre, par sa Résurrection glorieuse, impassibles et invincibles.

Qui plus est : il a donné pouvoir au diable de le tenter, dé l'entourer do, ses membres, qui sont lesméchants, de le persécuter jusqu'à la inort, afin d'arracher ainsi l'homme aux puissances de l'enfer. Le, Seigneur invincible s'est fait passible ; la Cause première de toutes choses, le Créateur de l'univers s'est rendu impuissant ; le Roi très fort est devenu débile;; il n'a point rejeté le fardeau qui s'offrait à lui, mais; s'est soumis au diable, aux créatures insensibles, à toutes les tribulations, à toutes les injures, à toutes les peines, à toutes les douleurs, à toutes les afflictions. Ainsi a été confondue la délicatesse de l'homme misérable, qui non seulement n'entend point se charger de pénitences et de tribulations volontaires, mais repousse de toutes ses forces les afflictions et les tribulations que Dieu lui envoie et se laisse aller aux plus injustes murmures contre le Tout-Puissant.

Jésus-Christ s'est dépouillé de lui-même d'^^^^i se-

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conde manière en s'appauvrîssant de sa propre sagesse. 11 a voulu paraître parmi nous comme un homme simple, ignorant, déraisonnable, le plus insensé des hommes. Il n'a point pris l'attitude d'un philosophe, d'un docteur disert, d'un dialecticien majestueux, d'un scribe, d'un savant ou d'un sage fameux ; il s'est mêlé aux hommes en toute humilité, en toute simplicité, en toute douceur, leur montrant la voie de la Vérité par la vérité d'une vie de vertus et de miracles. Il était la sagesse de son Père, le maître des sciences, l'auteur et l'inspirateur des prophètes ; il eût pu, /«'il l'eût voulu, étaler le génie scientifique et philosophique, se montrer et se glorifier ; il a dit la vérité si simplement que tout le monde l'a pris non seulement pour un simple d'esprit, mais pour un insensé, un fou, un blasphémateur. Quand notre Maître à pris, une telle voie, comment pourrions-nous nous glorifier, nous enfler de notre science ou de notre sagesse, chercher à passer pour des maîtres aux yeuxdes hommes, mendier près d'eux une vaine gloire 1 Jésus s'est dépouillé de lui-même d'une troisième manière, en s'appauvrissant de son renorh de sainteté, de bonté et d'innocence, et c'est là le plus profond des mystères. La voie mystique qu'il a suivie est en effet bien étrange, car, au lieu de passer pour saint, il a voulu être tenu par presque tout le riionde pour un pécheur et un ami des pécheurs, pour un traître, un séducteur, un conspirateur, un sans-patrie, un blasphémateur ; il a. voulu être mis au rang des voleurs et condamné à partager le supplice de deux

d'entre eux. Et c'est ainsi qu'il entendait nous sauver ] Certes, il eût pu s'acquérir une réputation dé sainteté, lui, le Saint des Saints ; il eût pu voirl'univers entier le proclamer juste ; cependant, lui, qui n'a jamais connu le moindre péché, il a voulu porter le poids de tous les péchés ! Il a transféré à Jean-Baptiste, son serviteur, le renom de sainteté qu'il eût pu se réserver pour lui-même aux yeux de tous les hommes, lui, le Saint des Saints et le Roi des vertus. Il s'est conduit de la sorte et s'est dépouillé de son renom de sainteté dans toute la mesure que le permettait la vérité de sa doctrine et de sa vie, afin de mieux confondre notre hypocrisie, à nous qui cherchons à nous glorifier aux yeux des hommes du bien même que nous niavons pas fait, qui nous efforçons de paraître bons et purs, dussions-nous trouver les pires excuses à nos méfaits et nous vanter, à tort et à travers de bonnes œuvres mensongères.

Jésus-Christ s'est dépouillé de lui-même d'une qua-^ trième manière, en abdiquant l'empire qu'il avait sur tout l'univers, depuis les plus petites choses jusqu'aux plus grands des rois. Lui, qui était le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs, Celui dont le règne n'aura point de fin, il a voulu vivre au milieu des hommes comme un esclave méprisable, qu'on a vendu et qui a eu des acheteurs. On a voulu le faire roi ; il a préféré être assujetti toujours, jusqu'à la mort, aux plus impies des rois et leur obéir quand ils lui demandaient de payer le tribut ou quand ils " faisaient tomber sur lui le poids de leurs jugements et

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de leurs décisions. Il a obéi non seulenient aux rois, iuais aux plus vils de leurs ministres, de leurs sujets, de leurs serviteurs, leur obéissant jusqu'à la flagellation, jusqu'à la mort de la croix. Le Roi des Rois a déclaré devant Pilate que son royaume n'était pas de ce monde, qu'il ne se préoccupait point d'avoir ici-bas une puissance temporelle, qu'il entendait être soumis toujours. Il n'était plus Seigneur, roi, prince, mais le plus humble des serviteurs, et comme tel il s'est anéanti totalement. Il s'est soumis à la jplus humble et à la plus pauvre des mères et à son père putatif, qui ont reçu jusqu'à sa trentième année son obéissance et ses services. Parmi les disciples qu'il a choisis, peu nombreux, gens de rien, n'ayant rien à eux, il n'a point voulu paraître comme un roi ou un maître ; il leur a déclaré qu'il était venu pour servir, non pour être servi, et il les a servis jusqu'au jour où il a rendu son âme au Père céleste pour les racheter, eux et tous les pécheiurs. Bien plus, il n'a été chef et maître de ces disciples misérables qu'en fait de misère, de faim, de soif et de tribulations, car son magistère ne consistait pas à chercher la première place, mais à être le plus persécuté et le plus méprisé ; il se faisait si humble au milieu d'eux qu'il les servait à table et leur lavait les pieds et les mains...

La seconde compagne indissolublement attachée au Fils de Dieu jusqu'au Calvaire a été l'ignominie

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volontaire et parfaite, le mépris, l'abaissement, l'opprobre, qu'il a voulu supporter sans cesse en ce monde. Il a vécu méprisé comme un esclave que personne né veut libérer, et non seulement comme un esclave, mais comme un esclave méchant et pervers. Il a été exilé, couvert d'opprobres, bafoué,- lié, souffleté, bâtonné, flagellé, privé de juges et de défenseur comme s'il eût été trop vil et trop misérable pour en avoir, assimilé à d'ignobles voleurs et condamné avec eux à la mort la plu& atroce et la plus infamante. Durant ses années de vie publique, si quelqu'un a cherché par hasard à lui donner quelque marque extérieure de déférence, il n'a jamais manqué de s'y opposer,par ses paroles ou par ses actes. Toujours il a fui l'honneur du monde pour s'attacher à la honte, dont il a porté volontiers le poids, sans que rien pourtant dans sa conduite pût en être la cause ou l'occasion. Le Dominateur du inonde a vu l'univers entier le persécuter, le bafouer, se moquer de lui sans cause ni raison, sans la moindre provocation de sa part. A peine sorti des langes et du berceau, il est persécuté et jeté sur une terre barbare. Devemî grand, il est traité tantôt de Samaritain et d'idolâtre, tantôt de démoniaque et d'agent du démon, de gourmand, de séducteur, de faux prophète, a Voyez »,: dit-on, « ce viveur et cet ivrogne ; gardez- vous de « le prendre pour un prophète, un juste, un thau- (( maturge opérant par la vertu de Dieu ; c'est: au « nom du prince des démons qu'il chasse les démons. » On le pousse aux abîmes pour l'y précipiter ; on prend

des pierres pour le lapider. Tout cela s'entremêle de clameurs discordantes, de moqueries, de gestes railleurs, de détractions, de complots. On crie au blasphème ; on s'efforce à tout instant de le prendre en défaut dans ses paroles et dans ses actes ; on le repousse de partout, sans que personne s'offre à le recevoir. Traîné ignominieusement de prétoire en prétoire et de juge en juge, il est attaché devant la populace, et chacun de lui cracher en plein visage, de îe souffleter, de l'affubler d'un manteau dérisoire, de le couronner d'épines, de le railler en se prosternant à ses pieds ou en fléchissant les genoux devant lui, de lui frapper la tête à coups de bâton, de lui voiler la face pour mieux multiplier de sacrilèges moqueries, de le flageller, de grincer des dents à la manière des chiens assoiffés de sang, de le condamner, de le réprouver comme malfaiteur. Conduit nu à sa Passion, il est abandonné de tous ses disciples. Un d'eux le renie, un autre le trahit, le reste s'enfuit. Il se tient seul et nu au milieu d'une multitude de spectateurs, car c'est un jour de fête, oii tout le monde est rassemblé. Gomme un méchant on le suspend en l'air entre deux voleurs ; on le livre à une mort infamante. A l'heure suprême de l'agonie, des derniers pleurs, des dernières prières, on le poursuit encore : de gestes railleurs, de paroles moqueuses : « Ah I c est toi qui détruis le temple I » On l'accable de mépris : « Il a sauvé des foules entières et ne « peut se sauver lui-même I » On joue ses vêtements, on abreuve ses lèvres mourantes de vinaigre et de

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fiel alors qu'il demande humblement de l'eau à boire. Il succombe ; il se trouve encore quelqu'un pour lui percer le flanc d'un coup de lance. On le descend de la croix ; il doit rester à terre, sans linceul et sans sépulture, jusqu'à ce qu'un homme compatissant ait obtenu l'autorisation de l'enlever et de le mettre au tombeau. On lui cherche encore querelle : « Nous nous souvenons que ce séducteur a dit qu'il ressusciterait. » Les uns cachent la résurrection ; les autres la nient. Dans la vie, dans la mort, après la mort, le Christ a trouvé sans cesse le mépris, l'ignominie, l'avilissement. Voilà ce qu'il a désiré, ce qu'il a porté pour parvenir, en tant qu'homme, à la gloire de la résurrection et nous entraîner à sa suite...

La troisième compagne de Jésus a été plus intime et plus assidue que les deux autres. C'est la douleur suprême, à qui l'âme du Christ a été unie dès l'instant de l'Incarnation, car, à cet instant où l'âme du Sauveur s'est unie àla fois à son humanité et à sa divinité, elle a reçu la plénitude de la sagesse. Oui, dès le premier instant dé son voyage ici-bas, dès le sein de la Vierge Marie, le Christ a eu toute compréhension et a commencé à sentir la douleur suprême : il a connu, vu, pesé, compris dans leur ensemble et dans leur détail toutes les peines que son âme et son corps devaient éprouver et supporter

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pour nous. Plus tard, à l'approche de la mort, il entrera en agonie et suera des ruisseaux de sang sous la pression de la tristesse atroce que lui causera la prescience des tourments prochains ; ainsi, dès le sein de la Vierge, l'âme du Christ a prévu les tourments futurs et connu la douleur suprême,^ bien que le corps ne fût pas encore associé à ces amères prémices. -

Le "Christ a vu dans son âme sainte les mouvements perfides des langues acérées, les paroles les plus secrètes de chacune d'elles ; il a su et n'a jamais perdii de vue, avec toute la précision de l'agent, du temps, du. mode,^ de la mesure, la mort, la honte, l'immolation, les supplices pour lesquels il naissait en ce monde. Où pouvait-il habiter, sinon dans la douleur, alors qu'il se voyait vendu, trahi, pris, renié, abandonné, lié, souffleté, moqué, frappé, accusé, blasphémé, maudit, flagellé, jugé, réprouvé, condamné, conduit au Calvaire comme un voleur, dépouillé, mis à nù, crucifié, mort, percé d'une lance. Il a compté chacun des coups de marteau, chacun des coups de fouet, chacun des trous creusés par les clous ; il a connu la moindre des gouttes dé sang, la moindre des larmes qu'il devait répandre ; il a perçu d'avance chacune de ses lamentations douloureuses, chacun de ses soupirs, chacun de ses gémissements, et mêmement ceux de sa mère. Toutes ces choses, l'âme sainte du Christ les a vues devant elle et les a considérées sans cesse, ce qui l'eût à coup sûr empêchée d'être sans tristesse, -^ que dis- je ?

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— sans douleur insurpassable du cœur et de l'esprit. Et voilà comment le Christ a été plongé toute sa vie au plus, profond de la douleur, de la tristesse et de l'affliction.

Outre les douleurs de l'avenir, Notre-Seigneur Jésus- Christ, véritable livre de vie, a enduré les innombrables douleurs du présent. A sa naissance, il n'a été ni plongé dans un bain, ni couché sur la plume, ni enveloppé de fourrures ; il a été déposé dans une rude crèche de bois garnie de foin, au milieu d'une étable, entre deux animaux, et voilà comment ce très tendre enfantelet a commencé dès sa naissance à être éprouvé dans son corps. Il a dû s'enfuir ensuite à travers un désert immense jusqu'en Egypte, avec la Vierge, sa mère très douce et très tendre, et Joseph. Puis il lui a fallu, encore enfant, s'astreindre régulièrement aux voyages au Temple, ainsi que le prescrivait la loi. Nazareth, où habitaient ses parents, était distant de plus de deux jours de Jérusalem ; cependant il devait faire à pied ce long parcours.

Devenu homme, aussitôt après son baptême il s'est retiré au désert et y a jeûné quarante jours. Il y a senti la faim, si bien que le diable a cru pouvoir profiter de sa fatigue pour le faire tomber dans le péché, car c'est à ce moment que se place la première tentation. Il a parcouru à pied les villes et les campagnes, supportant la faim, la soif, la pluie, la chaleur, le froid, ïa sueur, la fatigue, d'innombrables ennuis et enfin une mort cruelle. Voilà le fardeau qu'il a porté pour nous montrer la voie de la vérité.

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nous délivrer des embûches, du démon et briser sa puissance, révéler tout ce que l'acceptation sincère de la douleur et de l'affliction recèle de joie, de bonheur et de gloire et nous donner le modèle d'une telle acceptation.

Quant aux douleurs de la Passion, notre langue est aussi impuissante à les exprimer que notre cœur à les concevoir. Disons seulement qu'elles furent multiples et ineffables. ^

Le Christ a d'abord souffert des tourments atroces et déchirants du fait de sa compassion pour le genre humain, qu'il aimait souverainement. Et ne croyez pas qu'il ne s'agissait là que d'une compassion générale pour l'humanité perdue, tombée et condamnée. Non ; la compassion du Christ s'est attachée, combien douloureusement ! à chacun de nous. Mieux encore : au lieu d'embrasser nos fautes dans une simple vue d'ensemble, elle a porté séparément sur chacun de. nos péchés, qu'elle a mesuré exactement ainsi que le châtiment destiné à le punir; non seulement sur chacun des péchés passés, mais sur chacun des péchés à venir, car le Christ les connaissait infailliblement en yerju de sa prescience. Oui, chaque homme passé, présent ou futur, chacun des péchés de chacun de ces hommes a fait souffrir le Christ miséricordieux et compatissant, et comme ces hommes étaient innombrables et leurs péchés infinis, infinie aussi a été la souffrance endurée par le Christ par amour poux nous. Il aimait chacun de ses élus d'un amour ineffable, qui lui étreignait les entrailles ; aussi chaque

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offense commise ou à commettre par chacun d'eux lui était-elle présente sans cesse; le châtiment expiatoire de cette offense rejaillissait jusqu'à lui, et telle a été sa compassion qu'il a pris sur lui tout notre poids d'expiation, incomparablement douloureux. Oui, la vue de nos fautes a tant fait souffrir le très doux Jésus et telle a été la compassion souveraine qui l'associait à nos souffrances, qu'il s'est jeté sur la croix, pour y souffrir et y mourir dans l'horreur de tourments infinis, afin de satisfaire ainsi à notre place, de nous racheter, de nous soulager.

Le Christ a souffert encore du fait de sa compassion pour lui-même, car il à eu grande compassion de lui-même quand il a vu la douleur fondre ineffablemènt sur lui. Voyant et considérant en effet que le Père céleste ne l'avait envoyé sur terre que pour se; charger des douleurs et des peines de tous lès élus, qu'une douleur exorbitante et indicible devait immanquablement l'atteindre et le posséder sans ^partage, il a eu grande compassion de lui-même. Supposez qu'un homme sache que la plus effroyable douleur va fondre sur lui immanquablement, indiciblement ; qu'il ait sans relâche cette douleur sous les yeux; assurément il aurait compassion de lui-même, et la profondeur de sa compassion correspondrait à l'atrocité de la douleur imminente, à l'acuité de son intelligence pour mesurer l'étendue de cette douleur, à la vivacité de sa sensibilité pour en ressentir l'horreur. Voilà l'hypothèse qu'a réalisée le Christ à un point qui dépasse toute parole hiimaine, qui ne per-

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met de garder une aussi déficiente comparaison qu'en raison de la faiblesse de notre esprit.

Le Christ a souffert encore du fait de sa compassion pour le très miséricordieux Père céleste. L'amour du Christ pour son Père, le Dieu de toute miséricorde et de toute pitié, était infini. Voyant que Dieu le Père, qu'il aimait infiniment, était tellement blessé de compassion et de miséricorde pour nous qu'il livrait à la mort son très doux Fils, indiciblement cher à son cœur, et qu'il se fût livré lui-même à cette mort s'il l'eût fallu, le Christ a eu la plus douloureuse compassion de cette compassion de Dieu le Père. Pour soulager ce Père céleste en quelque mesure, il s'est humilié et s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la croix...

Le Christ a souffert encore du fait de sa compassion pour sa très douce mère. C'est qu'il l'aimait plus que toute autre créature, ayant pris d'elle seule sa chair virginale, et qu'elle-même partageait les douleurs de son Fils plus que toute autre créature, ayant plus que toute autre l'âme noble et profonde. Aussi le Christ a-t-il eu grande souffrance et compassion de la voir à ce point souffrir et gémir en son corps, en son cœur, en son esprit. Sa mère souffrait la douleur suprême, et Jésus portait^ en lui la douleur de sa mère... ,

Le Christ a eu encore la douleur de l'offensé faite à son Père, qu'il aimait souverainement, car, au temps de la Passion, il a vu combien gravement l'homme offensait Dieu le Père en crucifiant son Créateur et

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son Seigneur. C'est que le crucifiement du Fils de Dieu est le plus grand des crimes passés, présents et ;; "futurs, l'offense sans égale à la Divinité, pour laquelle ; le Christ ne pouvait éprouver qu'une immense douleur. Aussi, dans un transport de douleur et de compassion pour son Père offensé et pour l'homme, artisan de l'offense, il s'est écrié : « Mon Père, pardonnez^ « leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Dieu le Père eût peut-être condamné de nouveau à la damnation tout le genre humain déicide, si le Christ, comme; oublieux de toute autre douleur, n'avait pleuré et jeté comme un cri cette benoîte prière au Ciel.

Le Christ a souffert encore du fait de sa compassion pour ses apôtres et ses disciples. Les apôtreS, les' disciples, les saintes femmes qui l'avaient suivi souffraient autant qu'il est possible de souffrir. L'amour souverain qu'il avait pour les siens a conduit le Christ ; à porter en lui la douleur de ses disciples dispersés et persécutés. -^

En plus de ces douleurs, Jésus-Christ, homme-Dieu ' crucifié, a reçu l'atteinte de quatre glaives :

D'abord la cruauté perverse des cœurs endurcis, dont l'indomptable obstination ' ne connaissait point de trêve, dont les efforts inlassables ne tendaient qu'à imaginer d'outrageantes et cruelles machinations pour faire disparaître de la face de la terre jusqu'au nom de leur Sauveur et de ses disciples.

Puis la malice de cette fureur sans mesure et de cette haine dont les bomrreaux de Jésus ne parvenaient point à s'assouvir, si bien que leurs pensées,

leurs intentions perverses, leurs résolutions iniques, étaient comme autant de poignards dont les coups pénétraient dans Tâme du Christ.

En troisième lieu la malice et la duplicité des langues qui vociféraient contre Jésus, et dont chaque accusation, chaque calomnie, chaque résolution d'iniquité, chaque insolence, chaque moquerie, chaqpie. blâme, chaque blasphème, chaque malédiction, chaque noLensohge, chaque faux témoignage frappait douloureusement l'âme, du Christ.

Enfin l'atrocité de la Passion même et la cruauté de ses artisans, attestée à chaque heure du drame sanglant. Combien de fois le Christ n'a-t-il pas alors été tiré par les cheveux et par. la barbe, bousculé à coups de poing, lié, souffleté, couvert de crachats, fouetté I Par-dessus tout, combien n'a-t-il pas souffert du fait des clous qui l'attachaient à la croix 1 C'étaient des clous énormes, grossièrement équarris, qui traversaient ses pieds et ses mains de part en part, déchiraient cruellement sa chair, la réduisaient en charpie lamentable... Et les bourreaux ne se sont pas contentés d'enfoncer ces clous dans les inembres du Sauveur; pour le mieux attacher au plus dur des bois, pour l'y serrer plus étroitement, ils lui ont tiré violemment les pieds et les mains, de manière à disloquer tout le corps, à rompre les nerfs et faire saillir les os hors des articulations, de sorte qu'on en eût pli dresser aisément le triste inventaire. Et comme si la mesure des tourments n'était poiijt comble encore, pn a; dressé la croix, de sorte que le Christ a été

exposé nu au froid, au vent, aux regards du peuple ; tout le poids de son corps pesait sur ses mains et. ses pieds, afin que la dureté des clous fût sentie par lui plus cruellement, afin que les plaies qu'ils avaient ouvertes en sa chair fussent sans cesse renouvelées et rendissent le sang divin sans intermittence, afin que sa mort fût insurpassable en douleur et ses bourreaux inégalables en malice. .

Pour nous manifester quelque chose d'une douleur si excessive, pour bien nous faire comprendre qu'il la ' supportait pour nous et non pour lui, pour nous apprendre à y compatir au fond de nos entrailles, à nous y associer sans cesse, le Christ a jeté du sein même de cette douleur le cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné P » Assurément il ne pouvait être abandonné de Dieu, puisqu'il possédait en lui la plénitude de la divinité, mais il a manifesté de la sorte qu'il était homme aussi et nous a fait connaître combien son humanité a été livrée à la douleur, à cette douleur suraiguë et ineffable qu'il a endurée pour nous. Ainsi, c'est uniquement pour nous qu'il a crié, pour nous montrer qu'il endurait la douleur suprême pour. nous et non pour lui, et nous mieux inciter par là même à nous asso-' cier sans relâche à sa souffrance. Et ne croyez pas que cette douleur ait été inconnue au Christ avant son crucifiement : il l'a éprouvée dès l'union de son âme et de son corps, dès l'union de cette âmé et de ce corps au Verbe, puisque c'est du fait de cette ineffable union que son âme a été remplie de la sagesse

souveraine et a pu se représenter tout le présent et tout l'avenir. Dès ce moment donc il a vu venir à lui la douleur suraiguë et ineffable, qui lui a tenu compagnie depuis l'union de son âme et de son corps jusqu'à leur séparation. Voilà ce qu'il voulait dire toutes les fois qu'il parlait à ses disciples de la croix qu'il portait déjà par avancement d'hoirie pour eux et non pour lui-même ; voilà le sens de la parole : « Mon âme est triste jusqu'à la mort », prononcée par notre Maître pour nous mieux inciter à compatir à sa douleur.

Cette douleur, comme toutes les précédentes, "a été ressentie par le Christ avec une intensité proportionnée à la noblesse incomparable de son âme. Plus son âme était sainte, douce et noble, plus elle ressentait l'acuité et l'intensité de la douleur, car sa noblesse inégalable' la rendait plus doliloureusement sensible que toute autre aux injures et aux tourments. Tous ceux-ci, dont l'origine était dans la très haute et ineffable dispensation de Dieu, ont à ce point crucifié l'âme du Christ que son corps même en a reçu le . douloureux contre-coup...

Et tandis qu'il était plongé au sein de toutes ces douleurs, Jésus-Christ, Sauveur du monde, s'est gardé de menacer, de maudire, de se défendre, de se venger. On l'accuse, il n'invoque pas d'excuse ; on lui crache à là face, il ne se la cache point ; on lui étend sur la croix les niains et les bras, il ne les retire pas ; on le^ cherche pour la mort, il ne se cache pas ; il s'abandonne tout entier, sans réserve aucune, à la volonté

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de ses ennemis et se sert de leur scélératesse jpoùr accomplir, en dépit de leurs efforts contraires et de leur ingratitude, l'œuvre de la Rédemption. Bien plus, et voici qui dépasse toute pensée : aux heures atroces de la Passion, il donne l'exemple de la patience, enseigne à ses bourreaux la vérité, adresse pour eux à son Père ses pleurs, ses soupirs, ses cris suppliants, et pour leur immense péché, dont l'expiation devrait faire condamner à une juste mort le genre humain tout entier, il les comble de bienfaits sans mesure. Grâce en effet à ses souffrances mêmes, à cette doulouireuse Passion dont ses bourreaux étaient les tristes artisans, il a satisfait pleinement pour nous tous, il nous a rédimés tous, il a ouvert le ciel à ceux-là mêmes qui le crucifiaient, il a réconcilié l'humanité avec le Père céleste, il nous a fait rentrer en grâce en qualité de fils de Dieu, et cette réconciliation a eu pour base l'acte qui eût dû vouer à la damnation l'univers entier, puisqu'il constituait, de la part de. la créature, le maximum de l'injure envers le Créateur. O pitié 1 ô miséricorde immense I inconcevable bénignité ! Où avait surabondé l'iniquité infinie, la grâce infinie surabonde I ^

(1235 - 29 Juin 1315) *=§^

Baimoud LuUe, que les Franciscains revendiquèrent aussitôt après sa mort comme appartenant à leur Tiers-Ordre, n'est pas , seulement le doctor illuminatus des théologiens et des philosophes. Il y a aussi, et peut-être plus encore, en lui un poète de génie, et, comme l'ont écrit les rédacteurs de l 'Histoire littéraire de la France (tome XXIX, p." 63), « dans l'histoire de la poésie romane, sa place deviendra chaque jour plus insigne, et la valeur de son talent sera« de plus en plus appréciée ». -

Outre ses poésies, il nous faut citer ici deux romans : Blanquerna (1288) et Le livre des Merveilles, ou plutôt des émerveillements (1286). Celui-ci est souvent mentio.nné, en raison de la septième partie, oii l'on voit « comment dans i la conduite des bêtes est signifiée la manière dont un roi I doit régner et se garder de mauvais conseils et d'hommes perfides ». LuUe s'y est inspiré du roman indien de Kali- I lah et Dimnah, qu'il a dû connaître par une traduction I arabe. BUmquema paraît cependant supérieur. Il témoigne en tout cas d'un certain effort de création : « Un jeune homme, cherchant le bonheur et la perfection, essaye des ['divers états du monde; il éprouve successivement l'état des i gens mariés, celui des moines, celui des prélats, celui des 'cardinaux et même du pape, et finit par se faire ermite dans un bois, reconnaissant que la vie contemplative est ' au-dessus de toutes les autres. Les péripéties successives de son existence nous transportent dans les diverses couches de la société du xm^ siècle; son histoire forme ainsi,

de bien loin, comme une sorte de préparation anticipée à ces romans biographiques dont l'Espagne devait plus tard fournir le premier modèle, et qui, ' avec une tendance morale infiniment moins ascétique, font également traverser à leur héros toutes les situations sociales et en prennent occasion de peindre plus ou moins satiriquement la société contemporaine sous les aspects les plus divers (ij.*» Il existe deux anciennes traductions françaises de Blanquerna. La première, due à Gabriel Ghapuys, est intitulée.: Trois cents cinquante demandes et responses de Vhermite Blaquerne touchant Vamy et l'aimé; Paris, i586, in-i6. La seconde est du siècle suivant : Blaquerne de Vamy et de Vaymé, par Zfe B. Raymond Lull, martyr, du, tiers ordre de Saint-François; Paris, iGSa, in-24.

L'autobiographie de Raimond Lulle, ainsi que la poésie: El Desconort, avaient été l'objet d'une traduction très exacte, insérée dans VHistoire littéraire de la France. On a cru ne pouvoir mieux faire que de la reproduire ici» Quelques retouches ont toutefois été apportées au texte de l'autobiographie, d'après l'original latin publié par Sallinger (2). Quant à la traduction de la pièce : Lo Cant de Ramon, elle est originale et suit le texte de G. Rossellô : Obras rimadas de Ramon Lull; Palma, iSSg, pp. 365 et suiv.

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