‹ Anthologie franciscaine du moyen age [microform]Chapitre 57 sur 63 · SUR LA DOT · texte numérisé non relu

SUR LA DOT

La première qualité que chacim devrait souhaiter trouver en sa femme, c'est la bonté. Le reste n'est certes pas indifférent, mais la bonté doit passer d'abord. Il y a pourtant des hommes qui se préoccupent de tout autre chose en prenant femme ; j'entends parler de ceux qui prennent une femme pour sa dot. Si cette dot n'a point été versée et tarde à venir, croyez- vous qu'il y ait amour entre les époux ? Leur amour ne tient pas plus que s'il était collé avec un crachat. Et si la dot arrive enfin, l'amour est tout autre qu'il ne devrait, parce que les époux ne se sont point préoccupés de ce qu'ils eussent dû considérer.

C'est pourquoi je. te dis, ô femme, de ne jameds

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accepter pour mari le galant qui pense plus à épouser ton argent que toi-même. Accepte seuleiriént celui qui te prend toi-même d'abord, et ton argent ensuite. Saint Grégoire raconte à ce sujet l'histoire d'une dame qui était devenue veuve avec beaucoup d'argent , et semblait peu se soucier de convoler une seconde fois. Comme elle était intelligente, jeune, bonne, belle et riche, on lui demanda : .

— Pourquoi ne reprenez-vous pas un mari ?

Elle répondit :

— Parce que tous les prétendants que je rencontre ont l'air d'aimer mieux ma fortune que moi-même, ' aussi ne veux-je point donner ma main à aucun d'eux. Si jamais je me remarie, ce ne sera sûrement pasi avec un galant qui me fera des, déclarations pour ^ avoir mon argent, et voilà pourquoi jusqu'ici je ne me suis point remariée. i

Voyez d'ailleurs la destinée de la femme épousée | à cause de sa dot :

Si par hasard cette dot est sa seule qualité, à peine est-elle entrée dans sa nouvelle; demeure que son mari commence par lui refuser la bienvenue, ou, s'il la lui souhaite du bout des lèvres, les faits proclament assez haut qu'il n'a pris femme que pour avoir de l'argent. Et si par hasard nôtre homme rencontre ensuite une autre femme ayant à la fois la" fortune et la beauté, jl faut entendre ses murmures I En très peu de temps l'amitié véritable disparaît entre les époux, et quand la femme commence à se \ faner, son mari ne la voit plus d'aussi bon œil. ^

-- - ■ r SAINT BEBNABDIN ÔE' SIENNE 3o5

' Dans le cas au contraire où la femme a en même temps la fortune, la beauté et l'excellence du cœur, «lie est aimée d'autant plus ; et si elle est en même temps riche, intelligente, habile de ses mains, bonne, apte 11 avoir des enfante, déférante pour ses beauxparents, craignant Dieu, affable à tous ses serviteurs, chrétiennement charitable envers ^les pauvres, bienveillante pour tout son entourage, non seulement les hommes,- mais les pierres mêmes chantent ses louan-. ges, et la plénitude de l'ainour véritable est son partage. .Ce n'est point en effet la forte dot seule qui fait aimer une femme ; pas jneme la forte dot unie à la beauté ; c'est seulement la bonté qui inspire l'amour. Femmes, si vous avez des filles à marier, faites donc qu'elles aient la vertu pour dot, si vous voulez qu'elles soient aimées de leurs maris.

(Prediche volgari, II, 89-92.) .

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