‹ Anthologie franciscaine du moyen age [microform]Chapitre 58 sur 63 · DANS LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

DANS LA PÉNITENCE

Lé Christ a dit :Tollat crucem siiam, et sequatur me (Prenez votre croix et suivez-moi). Nous reconnaîtrons que^la croix que nous prenons est bien la nôtre à ce signe : qu'elle est supportable. La raison en est que Dieu ne hait aucune des choses qu'il a faites : Nihil odisti, Domine, eorum, quœ fecisti (Sagesse,

3o6 /^THOIiOGIE FRANCISCAINE \ ' - ", .;^' -^' .-' -"

XI, 25), de telle sorte que, s'il veut que l'homme se j-\ mortiOe, s'il a pour agréables nos efforts pénitèn- .^• tiels, il n'entend aucunement que nous nous don^. " nions la mort. Jeunes gens, et vous aussi, jeunes C filles, veillez donc à ce que vos pénitences nedépas- „ sent point la mesure, si vous voulez être agréables < à Dieu et vous écrier avec le prophète David : Forii-\^ < tudinem meam ad te custodiam (Seigneur, je conserverai ma force pour vous servir). N'entreprenez ^ que ce dont vous pourrez sortir à votre honneur. Ne' -placez sur vos épaules qu'un fardeau supportable , pour vous, et dites-vous bien que le fardeau porté par -, celui-ci serait peut-être trop lourd pour celui-là. 11 y a des gens qui ne peuvent faire plus d'un repas par l jour ; s'ils tentent de manger davantage, ils ne "tar- ~ dent pas à payer de leur vie cette imprudence. N'es-^ sayez pas de faire comme eux ; n'allez pas aux extrê- ^j| mes ; prenez en toutes choses la voie moyenne.- Vous vous proposez de ne plus boire de vin ? ne réalisez pas votre dessein de but en blanc ; prenez d'abord conseil de sage et discrète personne." Quant à moi, si vous me demandiez conseil, je vous dirais de vous, borner à ne plus prendre de vitt pur et à boire désormais du vin coupé d'eau. On vous conseille de ne plus manger de viande ? j'ai bien peur que votre conseilleur n'ait tort. N'écoutez pas les gens à la, légère ; prenez conseil de plusieurs personnes, et de personnes ayant qualité pour donner conseil, de gens experts en la matière, connaissant le pour et le contre, ce qui est indispensable pour bien conseiller. Un

it^âélÉdnneme, disait' que nous ne^ atta- .

^:icK€|^ ;/qîi'^^ dans lesquelles nous pour-;,

l^i^fifë persévérer cent ans, si nous avions encore llnti ans à vivre. De cette manière, s'il nous arrivait îlpdél^ourir au b^ de huit jours, nous serions sûrs^ lË^'àiler^ au paradis...

|^^|i|Je|v^ux vous raconter le premier miracle que J'aie lii^amàw : C'était avant que je fusse devenu Frère. §;|^i^e;viiit une résolution de vouloir vivre comme l^uytfianj^ el~ un homme. Je pensai à

lil^Jétî^lir dans \ un bois et je commençai à me dire |||à&m(^^ dans un bois ? Que

g^î^jmangiÈras-^^ » Je me répondis : « Eh bien 1 je ferai y gjcefe^ue faisaient les saints pères : je mangerai de ^l^i^ièçbe^quan^ boirai de l'eau quand

fej|àurai:;soif.^ » ainsi prise, afin de vivre

^^raiment selon Dieu je résolus encore d'acheter une i^Bîhle pour lire et une robe grossière pour me vêtir, ll^afehetai la Bible, ainsi qu'une peau de chameau im- |i?p(ÇOT|éJBLi6^ que la pluie ne la mouillât point.

lll^ecÏGher^^ où je pourrais me nicher. Je

lîJ^décidai dé poùr^ cette recherche jusqu'à Massa,

l^^^et^Jrqiuand ' je vins à passer par la vallée de Bocheg- '^Sgî^oii je: m'arrêtais tantôt à un

l^^utre^ t^ forêt, tantôt dans une autre,

Sijçpiéirdisan^ : « Oh I comme je serai

• >p6îenpa I -^^^ mieux I» Finâ-

ggpfeinent^^ (^^ me résoudre h rien,

;|^jîe|iwninâ à; S décidé à y commencer l'essai

3o8 ANTHOLOGIE FRANCISCAINE

de mon nouveau genre de vie. J'allai là-bas, hors de la Porte aux foulons, et je me mis à cueillir une salade de laiterons et d'autres herbes sauvages. Je n'avais ni pain, ni sel, ni huile ; je me dis : « Commençons, pour, cette première fois, par la laver et l'éplucher ; et puis, une autre fois, nous ne ferons que l'épluchei* sans. la nettoyer autrement; et quand nous en aurons pris l'habitude, nous ferons la salade sans la nettoyer aucunement ; et enfin nous la mangerons sans même la cueillir. » J'invoquai le nom du benoît Jésus, et je commençai avec une bouchée de îaiteron, que je mis dans ma bouche et ni'efforçai de mâcher. Je mâche, je mâche ; la bouchée ne voulait pas descendre. Ne' pouvant l'avaler, je me dis : « Allons, commençons par boire une gorgée d'eau. » Ma foi, l'eau descendait bien, mais le Iaiteron me restait dans la bouche. En somme, je bus plusieurs gorgées d'eau avec une beuchée de Iaiteron, et je ne pus l'avaler. Mais avec une seule bouchée de Iaiteron j'éloignai toute tentation, car cer^nement je reconnais que c'était une tentation. Ce qui a suivi depuis a été élection et non tentation.

Oh ! combien il faut peser le pour et le contre avant de suivre les traces d'autrui dans des résolutions qui se trouvent très mauvaises et qui paraissent si bonnes I

(Prediche volgari, II, 348-353.)

SAINT BEBNABDIN DE SIENNE 3og

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