‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 104 sur 191 · UNION SACRÉE · texte numérisé non relu

UNION SACRÉE

Vaut-il pas trop mieux laisser vivre les uns les autres en liberté de religion, telle que la paix dernière l'ordonne sous l'autorité du roi qu'il a plu à Dieu nous donner, que, sous une vaine espérance de le réunir, ruiner ce pauvre État, qui penche de toutes parts sur nos têtes ?

Considérons donc que nous sommes tous hommes, tous chrétiens, tous Français, tous amateurs de nousmêmes, de l'Église, de la patrie, croyant en un Dieu, confessant un Christ, désirant une réformation en cet ÉVài ; comme hommes, aimons ; comme chrétiens, enseignons; comme Français, supportons les uns les autres. Nous nous ruinons nos maisons par la guerre: comme amateurs de nous-mêmes, et de ce qui nous touche, demandons la paix. L'Église se ruine quand, de chrétiens, nous devenons, parmi les armes, contempteurs de toute religion. Laissons donc là les armes, et recourons avec larmes à Dieu, le suppliant de la rétablir à sa gloire au milieu de nous. L'État est composé de deux religions ; si on ne les permet toutes deux libres, il nous faut rentrer en la guerre; si on y rentre, il est dissipé, et en cette dissipation nous nous perdons tous. Vivons donc amiablement les uns avec les autres, entr'aidons-nous à Festançonner contre la ruine, et nous entr'approchons si près l'un de l'autre que la division ne se puisse jamais fourrer au travers

1. Remontrance aux Etats de Blois pour lapaix^ l'an 1576 (Conclusion). — Mémoires et correspondance de Du Plessis-Mornay, éd. de 1825, t. II, pp. 77-78.

de nous. Finalement, nous avons tous, long temps a, souhaitéles États pourle rétablissement de ce royaume, lesquels ces gens-ci nous ont obtenus par leur guerre, et fait accorder par la paix. Le clergé, la noblesse, le tiers état désirent tous, et chacun en droit soi, d'être soulagés par cette voie ; ce soulagement ne se peut espérer si cette paix ne se garde, ains mille autres maux sont à craindre si la guerre a à revenir. Accordons-nous donc tous, gentilshommes, ecclésiastiques, marchands, laboureurs, à demander en premier lieu l'observation de la paix, sans laquelle toutes autres requêtes se font en vain ; que ce soit là notre avantprocédé, notre préface, notre fondement. Sur ce bon fondement nous pourrons bâtir notre repos, notre conservation, notre soulagement. Là, ou sans ce fondement, quoi que nous demandions, et quoi qu'on nous octroie, nous n'en pouvons attendre que confusion, désolation et ruine totale. Je prie Dieu, qui est le roi des rois, et qui dispose des royaumes selon son bon plaisir, qu'il lui plaise nous conserver et confermer notre roi en ce royaume, régner avec lui, établir son règne au milieu du sien, et lui doimer, et a toute l'assemblée qu'il lui plaît convoquer, si bon avis et conseil que son Église en soit de plus en plus établie, ce sceptre affermi, et tout le peuple remis et réuni en bon repos et tranquillité. Amen.

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