‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 107 sur 191 · MISERES · texte numérisé non relu

MISERES

Tu vois, juste vengeur, les fléaux de ton Église, Qui par eux mise en cendre et en masure mise, A, contre tout espoir, son espérance en toi, Pour son retranchement, le rempart de la foi.

... Veux-tu longtemps laisser en cette terre ronde Régner ton ennemi? N'es-tu Seigneur du Monde, Toi, Seigneur, qui abats, qui blesses, qui guéris. Qui donnes vie et mort, qui tues et qui nourris ?

Les Princes n'ont point d'yeux pour voir tes grands

[merveilles; Quand tu voudras tonner, n'auront-ils point d'oreilles?

l.Les Tragiques,\iy.l,éd. Réaunie et de (Maussade, t. IV, pp. 67-60.

Leurs mains ne servent plus qu'à nous persécuter ; Ils ont tout pour Satan, et rien pour te porter...

Les temples du païen, du Turc, de l'idolâtre Haussent au Ciel Torgueil du marbre et de l'albâtre, Et Dieu seul, au désert pauvrement hébergé, A bâti tout le monde et n'y est pas logé ! [délies ;

Les moineaux ont leurs nids, leurs nids les hiron- On dresse quelque fuye aux simples colombellcs; Tout est mis à l'abri par le soin des mortels, Et Dieu, seulimmortcl, n'a logis ni autels.

Tu as tout rUnivers, où ta gloire on contemple, Pour marchepied la Terre et le Ciel pour un temple, Où te chassera Thomme, ô Dieu victorieux? Tu possèdes le Ciel et les Cieux des hauts Cieux !...

Les premiers des chrétiens priaient aux cimetières : Nous avons fait ouïr aux tomlDeaux nos prières, Fait sonner aux tombeaux le nom de Dieu le fort. Et annoncé la vie au logis de la mort.

Tu peux faire conter ta louange à la pierre ; Mais n'as-tu pas toujours ton marchepied en terre ? Ne veux-tu plus avoir d'autres temples sacrés Qu'un blanchissant amas d'os de morts asserrés?

Les morts te loueront-ils? Tes faits grands et terribles Sortiront-ils du creux de ces bouches horribles? N'aurons-nôus entre nous que visages terreux. Murmurant ta louange aux secrets de nos creux ?

En ces lieux caverneux tes chères assemblées, Des ombres de la mort incessamment troublées, Ne feront-elles plus résonner tes saints lieux, Et ton renom voler des terres dans les Cieux ?

Quoi ! serons-nous muets? serons-nous sans oreilles ? Sans mouvoir, sans chanter, sans ouïr tes merveilles ? As-tu astreint en nous ton sanctuaire ? Non, De nos temples vivants sortira ton renom.

Tel est en cet État le tableau de l'Église : Elle a les fers aux pieds, sur les géennes assise, A sa gorge la corde et le fer inhumain. Un Psaume dans la bouche et un luth en la main.

Tu aimes de ses mains la parfaite harmonie : Notre luth chantera le principe de vie ; [sons,

Nos doigts ne sont point doigts que pour trouver tes Nos voix ne sont point voix qu'à tes saintes chansons.

Mets à couvert ces voix que les pluies enrouent ; Déchaîne donc ces doigts, que sur ton Luth ils jouent; Tire nos yeux ternis des cachots ennuyeux, Et nous montre le Ciel pour y tourner les yeux.

Soient tes yeux adoucis à guérir nos misères, Ton oreille propice ouverte à nos prières, Ton sein déboutonné à loger nos soupirs, Et ta main libérale à nos justes désirs.

Que ceux qui ont fermé les yeux à nos misères, Que ceux qui n'ont point eu d'oreille à nos prières, De cœur pour secourir, mais bien pour tourmenter, Point de mains pour donner, mais bien pour nous ôter.

Trouvent tes yeux fermés à juger leurs misères ; Ton oreille soit sourde en oyant leurs prières ; Ton sein ferré soit clos aux pitiés, aux pardons ; Ta main sèche stérile aux bienfaits et aux dons.

CAÏNi

Ses cheveux vers le ciel hérissés en furie. Le grincement des dents en sa bouche flétrie. L'œil sourcillant de peur découvraient son ennui. Il avait peur de tout, tout avait peur de lui.

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