‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 109 sur 191 · LE JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DERNIER

Mais quoi ! C'est trop chanté, il faut tourner les yeux,

Éblouis de rayons, dans le chemin des cieux.

C'est fait ; Dieu vient régner; de toute prophétie

Se voit la période à ce point accomplie.

La terre ouvre son sein; du ventre des tombeaux

Naissent des enterrés les visages nouveaux :

Du pré, du bois, des champs, presque de toutes places,

Sortent les corps nouveaux et les nouvelles faces...

... Comme un nageur venant du profond de son plonge,

Tous sortent de la mort comme Ton sort d'un songe...

1. Les Tragiques, livre. Vil, éd. citée, t. TV, pp. 292-295, '298-299.

,.. Voici le fils de l'homme et du grand Dieu le fils,

Le voici arrivé à son terme préfix.

Déjà l'air retentit et la trompette sonne,

Le bon prend assurance et le méchant s'étonne.

... L'autre ciel, l'autre terre ont cependant fui ;

Tout ce qui fut mortel se perd évanoui.

... Cachez-vous, changez-vous; rien mortel ne supporte

La voix de l'Éternel, sa voix puissante et forte.

Dieu paraît : le nuage entre lui et nos yeux

S'est tiré à l'écart, il s'est armé de feux ;

Le ciel neuf retentit du son de ses louanges ;

L'air n'est plus que rayons, tant il est semé d'anges!

...Un grand ange s'écrie à toutes nations :

« Venez répondre ici de toutes actions !

L'Éternel veut juger. » Toutes âmes venues

Font leur siège en rond en la voûte des nues,

Et là les chérubins ont au milieu planté

Un trône rayonnant de sainte majesté :

11 n'en sort que merveille et qu'ardente lumière.

Le soleil n'est pas fait d'une étoffe si claire ;

L'amas de tous vivants en attend justement

La désolation ou le contentement.

Les bons du Saint-Esprit sentent le témoignage,

L'aise leur saute au cou et s'épand au visage ;

Car, s'ils doivent beaucoup, Dieu leur en a fait don :

Ils sont vêtus de blanc et lavés de pardon.

0 tribus de Juda ! vous êtes à la dextre ;

Edom, Moab, Agar tremblent à la senestre ;

Les tyrans, abattus, pâles et criminels,

Changent leurs vains honneurs en tourments éternels.

Ils n'ont plus dans le front la furieuse audace ;

Ils souffrent en tremblant l'impérieuse face.

Face qu'ils ont frappée, et remarquent assez

Le chef, les membres saints, qu'ils avaient transpercés.

... L'innocence a changé sa crainte en majestés,

Son roseau en acier tranchant des deux côtés,

Sa croix au tribunal de présence divine.

Le Ciel Ta couronné, mais ce n'est plus d'épine :

Ores viennent trembler à cet acte dernier

Les condamneurs aux pieds du juste prisonnier.

Voici le grand héraut d'une étrange nouvelle,

Le messager de mort, mais de mort éternelle.

Qui se cache ? qui fuit devant les yeux de Dieu?

Vous, Gains fugitifs, où trouverez-vous lieu ?

Quand vous auriez les vents collés sous vos aisselles

Ou quand l'aube du jour vous prêterait ses ailes,

Les monts vous ouvriraient le plus profond rocher,

Quand la nuit tâcherait en sa nuit vous cacher.

Vous enceindre la mer, vous enlever la nue,

Vous ne fuiriez de Dieu ni le doigt ni la vue...

... (( Vous qui m'avez vêtu au temps de la froidure,

Vous qui avez pour moi souffert peine et injure,

Qui à ma sèche soif et à mon âpre faim

Donnâtes de bon cœur votre eau et votre pain,

Venez, races du Ciel, venez, élus du Père ;

Vos péchés sont éteints, le juge est votre frère.

Venez donc, bienheureux, triompher pour jamais

Au Royaume éternel de victoire et de paix.

... « Vous qui avez laissé mes membres aux froidures,

Qui leur avez versé injures sur injures.

Qui à ma sèche soif et à mon âpre faim

Donnâtes fiel pour eau et pierre au lieu de pain :

Allez, maudits, allez grincer vos dents rebelles

Aux gouffres ténébreux des peines éternelles. »

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