PIERRE JURIEU
Pierre Jurieu est né à Mer, près de Blois, le 24 décembre 1637, et mort à Rotterdam, le 11 janvier 1713. Après avoir été quelque temps pasteur à Vitry-le-François, il fut nommé professeur à l'académie protestante de Sedan (1674). A la suppression de l'académie, inquiété pour ses opinions religieuses, il se rendit à Rotterdam, où il devint pasteur de l'Église wallonne. Il prévoyait la révocation de l'édit de Nantes. C'est ce qui lui inspira son terrible petit livre : la Politique du clergé de France (1680). Ce livre et son Préservatif contre le changement de religion (1680) le mirent en lutte avec Bossuet, dont il lut l'adversaire redoutable et redouté. Au lendemain de la révocation, il commença la publication de ses Lettres pastorales aux fidèles qui gémissent sous la captivité de Babylone (1686-1689) : elles paraissaient tous les quinze jours et pénétraient partout. C'est dans ces écrits qu'il a donné la théorie de la souveraineté du peuple. Les Pastorales ont été continuées par les Soupirs de la France esclave (1689). Jurieu avait l'âme d'un controversiste.il a eu des polémiques avec le Père Maimbourg, avec Arnauld, avec Bayle, avec Jacques Basnage, avec Elie Saurin, etc. Il luttait contre les novateurs en théologie livre la même violence que contre les persécuteurs des
Eglises réformées. Dans son Traité des Droits des deux souvernins en matière de religion (lt)87), il combat contre Bayle l'idée de la tolérance, alors que, dans ses pamphlets dirigés contre la politique de la cour de France, il est singulièrement plus révolutionnaire que son adversaire. On trouvera dans la France protestante (t. VI, pp. 108-113) la liste de ses très nombreux ouvrages. Consulter Frank Paaux, les Défenseurs de la souveraineté du peuple sous le règne de Louis XIV (1917); on y lira, en appendice, de copieux extraits des AV7« et XVII^ lettres pastorales qui sont introuvables.
iLE PEUPLE ET LES ROIS '
Les peuples font les rois et leur donnent leur puissance. Or la cause doit être, en quelque sorte, plus noble que l'effet; les rois assurément sont au-dessus des peuples, mais aussi les peuples à certains égards sont au-dessus des rois. C'est précisément ce que les théologiens de l'Église gallicane disent du pape; il est au-dessus de toute FÉglise, il en est le chef, cependant toute l'Église est au-dessus de lui.
11 est certain du moins que personne ne donne ce qu'il n'a pas et ne peut avoir. Le peuple fait les souverains et donne la souveraineté. Donc le peuple possède la souveraineté et la possède dans un degré plus éminent. Car celui qui communique doit posséder ce qu'il communique d'une manière plus parfaite. Et quoiqu'un peuple qui a fait un souverain ne puisse plus exercer la souveraineté par lui-même, c'est pour-