‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 26 sur 191 · Institution chrétienne, édition 1541, pp · texte numérisé non relu

Institution chrétienne, édition 1541, pp

vraie contemplation d'icelui, est en lui du tout transformée. Parquoi Grylus aussi argue très sagement en Plutarque, quand il tient que si la religion était ôtée de la vie des hommes, non seulement ils n'auraient nulle excellence par-dessus les bêtes brutes, mais en plusieurs manières seraient beaucoup plus misé-rables. A savoir d'autant que étant sujets à tant d'espèces de maux mènent une vie laborieuse, et sans repos. Pour ce qu'il n'y a que la seule connaissance de Dieu qui les rende supérieurs : par laquelle ils peuvent aspirer à rimmortalité.

Vu que Dieu a voulu que la fin principale de la vie bienheureuse fût située en la connaissance de son nom : afin qu'il ne semble point advis qu'il veuille forciore à aucuns l'entrée à félicité, il se manifeste à tous clairement. Car comme ainsi soit qu« de nature il soit incompréhensible et caché à l'intelligence humaine : il a engravé en un chacun de ses œuvres certains signes de sa majesté : par lesquels il &e donne à connaître à nous selon notre petite capacité. Je dis signes si notoires et évidents,, que toute excuse d'ignorance est ôtée aux plus aveugles, et aux plus rudes du monde. Parquoi combien que son essence nous soit occulte : néanmoins ses vertus, lesquelles apparais? sent assiduellement devant nos yeux, le démontren tel, qu'il nous est expédient de le connaître pour notre salut. Premièrement, de quelque côté qu'on tourne les yeux, il n'y a nulle si petite portion du monde, en laquelle nç reluise pour le moins quelque étincelle de sa gloire. Singulièrement on ne peut d'un regard contempler ce beau cbef-d'qejivre du monde universel en sa longueur et largeur qu'on ne soit, par manière de dire, tout ébloui d'abondance infinie de lumière.

DIEU AVEC NOUS i

... Puisque nos iniquités, ayant mis un empêchement entre Dieu et nous, nous avaient aliénés du Royaume des deux et avaient détourné Dieu de nous, il n'y avait nul qui pût être moyen de nous réconcilier, sinon qu'il parvînt jusques à lui. Or qui était la créature qui y pût parvenir? Eût-ce été l'un des enfants d'Adam ? Mais tous avec leur premier père avaient horreur de comparaître devant sa face. Eût-ce été quelqu'un des anges? Mais tous aussi avaient affaire d'un chef pour lequel ils fussent parfaitement conjoints avec leur Dieu. Quoi donc ? Certes, la chose était du tout désespérée, si la majesté de Dieu ne fût descendue en nous, vu qu'il n'était point en nous de monter en icelle. A cette cause il a fallu que le Fils de Dieu nous fût fait Immanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous ; et ce, en telle sorte que, comme il conjoignait avec nous sa divinité, aussi qu'il conjoignît notre humanité en icelle ; autrement il n'y avait point alliance assez prochaine ni ferme, laquelle nous donnât espérance que Dieu habitât en nous et nous assistât.

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