‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 46 sur 191 · Opéra, t. \I, pp. 188-193. Avril · texte numérisé non relu

Opéra, t. \I, pp. 188-193. Avril

et douleur qu'un jeune enfant de si grande espérance, comme était votre fils, nous eût été ôté et emporté au commencement de la fleur de son âge : voire celui que j'aimais comme s'il eût été mon fils, pour ce qu'aussi de son côté, il m'honorait comme si je lui eusse été un second père...

Il y a une consolation certaine et ferme à laquelle il faut que vous avec vos semblables vous arrêtiez entièrement, laquelle procède de ce sentiment intérieur de la vraie connaissance de Dieu dont je sais qu'avez en abondance. Ainsi donc, voici en un mot ce qu'il vous faut faire, c'est de ramener votre esprit aux considérations que notre bon Maître nous chante et redit tant souvent en l'école de sa vraie religion...

Le Seigneur, qui avait pour un temps établi votre fils pour séjourner en cette vie, l'a maintenant rappelé. Quand nous oyons que c'est une chose que le Seigneur a faite, pensons quant et quant que ce n'est point témérairement ni à l'aventure ou par cas fortuit ni de quelque cause survenante d'ailleurs, mais par son conseil par lequel il n'ordonne et ne fait rien, sinon ce qu'il prévoit être non seulement droit et juste, mais aussi bon pour nous et notre salut. Là où il y a droiture, justice, équité, il n'est pas licite d'aller à rencontre ou de contredire. Mais quand, avec l'équité, notre profit aussi est conjoint lui tenant compagnie, quelle ingratitude serait-ce de ne recevoir pas paisiblement et en douceur d'esprit tout ce qui est du bon plaisir de notre père? Combien que la seule providence de Dieu d'elle-même fournit assez abondamment et en toute suffisance confort et allégement aux fidèles, quoi qu'il leur puisse advenir. Car il n'y a rien qui nous mette en plus grand déconfort et abatte nos esprits que quand nous nous enveloppons en ces discours

de complaintes et demandes : Pourquoi en cette sorte? Que n'a-ce été d'une autre façon ? Pourquoi en ce lieulà?... Maintenant, si voua ne pouvez comprendre qu'ainsi il vous fût bon et profitable, le premier est de prier Dieu qu'il vous le montre ; et si même en le vous cachant il vous veut encore exercer et affliger plus avant, il lui faut faire cet hqpneur de croire qu'il est plus sage que ne peut porter la petitesse de notre entendement. Quant à votre fils, si vous considérez en vous-même combien il est plus que difficile en ce temps corrompu jusques au bout de bien conduire le cours entier de la vie, vous Festimerez bienheureux qu'il en ait été délivré de bonne heure, avant qu'il lui fallût passer par tant de dangers qui n'étaient pas loin et qui lui pouvaient survenir en l'âge où il entrait... Mais que me sert-il, direz-vous, que mon fils ait été un enfant de grande espérance, vu qu'il m'a été enlevé en la première fleur de son âge ? Voire comme si Christ par sa mort n'avait pas bien mérité d'avoir la domina^tion sur les vivants et sur les mort^, que si nous sommes à lui (comme il faut que nous soyons) pourquoi n'aura- t-il puissance sur nous et à vie et à mort? Comment qu'il en soit donc qu'à votre opinion ou à la mienne votre fils ait vécu peu de temps, il nous doit suffire qu'il a accompli le cours que le Seigneur lui avait déterminé. Pourtant ne pensons point qu'il soit déchu étant encore en Heur, vu qu'en la présence du Seigneur il était venu à être mûr. Or je dis tous ceux-là être venus à maturité, lesquels le Seigneur retire d^ici : si d'aventure nous ne voulons plaider contre lui, comme si à l'étourdie, il emportait quelqu'un avant le temps.

Q\7m C\J?^ (j\5T. (jV 3T. G\ TTÎi cVrîTi CA^ (rv«*^ 0\3!R (5\3m

Page 1