‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 56 sur 191 · DE LA SOUVERAINETE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

DE LA SOUVERAINETE DU PEUPLE

Nous disons que c'est le peuple qui établit les rois, qui leur met les sceptres es mains, et qui par ses suffrages approuve leur élection. Dieu a voulu que cela se ftt ainsi, afin que les rois reconnussent que c'est du peuple, après Dieu, qu'ils tiennent toute leur souveraineté et puissance ; et pourtant que cela les induisît de rapporter toute leur sollicitude et adresse au profit du peuple, sans être si outrecuidés de penser qu'il y ait quelque naturel excellent et extraordinaire en eux à raison de quoi ils aient été élevés par-dessus les autres, comme si c'étaient quelques troupeaux de moutons ou haras de bêtes à cornes : mais qu'ils se souvinssent et connussent être de même pâte et condition que les autres, élevés de terre par les voix et comme sur les épaules du peuple jusques en leur trône, pour porter puis après la plupart des charges de la République...

En somme, puisqu'il n'y eut jamais homme qui naquit avec la couronne sur la tête et le sceptre en la main, que nul ne peut être roi de par soi ni régner sans peuple ; et qu'au contraire le peuple puisse être peuple sans roi, et ait été longtemps avant qu'avoir des rois, c'est chose très assurée que tous rois ont été premièrement établis par le peuple. Et combien que les fils et descendants des rois, en suivant les vertus de leurs pères, semblent avoir rendu les royaumes héréditaires à leurs races, etqu'enquelquesroyaumes et pays le droit libre de l'élection semble être aucunement amorti : si est-ce qu'en tous royaumes bien dressés cette cou-

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