De la puissance légitime..., pp
tume est toujours demeurée, que les fils n'ont point succédé à leurs pères que premièrement le peuple ne les eût établis de nouveau, ni n'étaient reconnus rois en qualité d'héritiers des défunts, ains approuvés et nommés rois lors seulement qu'ils avaient été investis du royaume, et reçu le sceptre et le diadème par les mains de ceux qui représentaient la Majesté du peuple. On voit les marques très évidentes de cela es Royaumes Chrétiens que Ton estime héréditaires aujourd'hui. Car les rois de France, d'Espagne et d'Angleterre et les autres sont coutumièrement sacrés et comme mis en possession de leur charge, par les États, pairs, seigneurs du royaume et officiers de la couronne, qui représentent tout le corps du peuple... Aussi les villes du royaume ne font honneur royal ni magnificence d'entrée aux rois, qu'après leur sacre et couronnement : et anciennement l'on ne comptait le temps de leur règne sinon depuis le jour de leur sacre, ce qui s'est étroitement observé en France. . .
Si l'on objecte que les rois ont été intronisés par le peuple qui vivait il y a cinq ou six cents ans, et non par celui qui est aujourd'hui, je réponds que le peuple ne meurt jamais, encore que les rois s'en aillent hors du monde les uns après les autres. Car, comme le cours continuel de l'eau donne au fleuve une durée perpétuelle : aussi la révolution de naissance et de mort rend le peuple immortel. Et pourtant, comme nous avons aujourd'hui le même Rhin, Seine et Tibre, que nous avions il y a mille ans : aussi est-ce toujours un même peuple celui d'Allemagne, de France, d'Italie, si d'aventure quelques peuplades ne se sont mêlées parmi : et ne peut le cours du temps ni le changement des individus muer en sorte quelconque le droit de ces peuples.