LE RÈGNE DE LA LOI
Il n'y a rien qui exempte les rois de l'obéissance qu'ils doivent à la Loi, laquelle ils doivent reconnaître pour leur dame et maîtresse, estimant qu'il n'y a rien qui leur convienne plus mal que cette impuissance efféminée, de laquelle fait mention le poète Juvénal en ces mots : Je le veux, je le commande, ma volonté serve de loi et de raison. Et encore qu'ils obéissent à la loi si ne lairront-ils pour cela d'être ce qu'ils doivent être. Car, puisque la loi est comme l'instrument donné de Dieu pour bien gouverner et mener à heureuse fin la société des hommes : les rois qui estiment se faire déshonneur en obéissant à la Loi méritent d'être montrés au doigt, et sont autant dignes de moquerie que l'arpenteur qui penserait se déshonorer en prenant une règle, un compas, une toise et autres instruments dont les gens entendus au mesurage des terres ont accoutumé d'user ; ou que le pilote qui aimerait mieux prendre une route à sa fantaisie que la dresser selon son aiguille et charte marine. Qui doute que ce, ne soit chose plus utile et honnête d'obéir à la Loi, qu'au roi qui n'est qu'un homme ? La Loi est l'âme du bon roi, elle lui donne mouvement, sentiment et vie. Le roi est l'instrument et comme le corps par lequel la Loi déploie ses forces, exerce sa charge, et exprime ses conceptions. Or c'est chose trop plus raisonnab[e d'obéir à l'âme qu'au corps. La Loi est la raison et sagesse de plusieurs sages, recueillie en peu de mots. Or plusieurs voient plus clair et