‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 59 sur 191 · De la puissance iéyiliine,.., pp. 136 et suiv · texte numérisé non relu

De la puissance iéyiliine,.., pp. 136 et suiv

plus profond qu'un seul. C'est donc bien le plus sûr de suivre la Loi que l'homme, tant aigu puisse-t-il être. La Loi est une raison où intelligence délivre de tout trouble, non sujette à s'émouvoir par colère, ambition, haine, ou acception de personnes : les prières ni les menaces ne la sauraient fl3chir. Au contraire l'homme, quoique participant de raison, se laisse abattre et emporter souvent, par courroux, appétit de vengeance et autres passions qui le brouillent de telle sorte qu'il n'est plus à soi, pour ce qu'étant composé de raison et de concupiscence déréglée, il ne se peut faire que parfois la concupiscence ne demeure maîtresse...

Mais on répliquera que ce n'est pas chose convenable à la majesté des rois d'avoir leur volonté bridée par les lois. Je dis au contraire qu'il n'y a rien plus royal que de réprimer sa convoitise par le bien des lois. C'est grand'pitié de ne pouvoir faire ce que l'on veut ; mais c'est beaucoup plus grand mal de vouloir ce qu'on ne doit vouloir ; et c'est le malheur des malheurs de faire ce que les lois défendent. J'ois, ce m'est avis, un certain Duronius, tribun du peuple, s'opposant à la loi faite contre les excès qui avaient la vogue à Rome, et disant : Messieurs, on vous a bridés, vous êtes liés et garrottés du dur cordeau de servitude. C'est fait de votre liberté, puisqu'êtes contraints à une loi qui vous commande d'être modérés. A quel propos, d'alléguer que nous sommes libres, s'il ne nous est pas permis de vivre dissolument et à notre plaisir ? C'est la complainte de plusieurs rois d'aujourd'hui, et de leurs mignons et flatteurs. La majesté royale est morte, si l'on ne nous laisse renverser le royaume de fond en comble. C'est fait des rois si l'on observe les lois. A l'aventure est-ce chose misérable de vivre, s'il n'est permis à celui qui aura le cerveau troublé de se

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faire mourir incontinent. Car que font autre chose les rois qui violent les lois, sans lesquelles les empires, et les sociétés des brigands mêmes n'ont jamais pu subsister? Rejetons donc les détestables mensonges de ces jongleurs de Cour, qui appellent les rois dieux, et tiennent leurs paroles pour autant d'oracles : qui pis esV, sont si effrontés que de persuader aux rois que rien n'est juste de soi-même, ains prend la forme de justice ou d'injustice, selon qu'il plaît au roi en ordonner : comme s'il était quelque Dieu qui ne peut errer ni pécher aucunement. Certainement tout ce que Dieu veut est juste, en cet égard que c'est Dieu qui le veut. Mais il faut que ce que le roi veut soit juste, avant qu'il le veuille. Car il n'est pas juste, pour ce que le roi l'a ordonné : mais le roi est juste, qui ordonne que l'on tienne pour juste ce qui est juste de soi-même.

THEODORE DE HEZE

(d'après une peinture conservée à la Bibliothèque de la Société d hisloii( du protestantisme français)

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