‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 99 sur 191 · Op. cit., chap. XXIII, pp · texte numérisé non relu

Op. cit., chap. XXIII, pp

vanteries d'hommes tumeurs de peuples, conseils pour s'entre-détruire, ruses pour s'entre-défaire. Les bons y deviennent malicieux, les malins encore pires. Quelque petit mot en passant de la Fortune, qui incline les batailles, de Dieu qui fait les rois et les défait, qui tient les entrées et les issues de toutes choses en tout un gros livre par un mot. Qui doutera que ce ne soient livres d'hommes, qui ne contiennent que les passions, les ruses, les efforts des hommes ? Les autres ont écrit, dient-ils, pour s'immortaliser. Ils déclament pour se faire admirer. S'ils ont rencontré quelque bon mot pour les mœurs, ou pour la vie humaine, ils le déguisent pour le faire trouver bon en mille sortes, ils pèsent leurs mots à la balance, font venir leurs clauses en cadence, évitent curieusement les rencontres des voyelles : qu'y a-t-il de plus enfant en matières graves que cela ? Ils font cependant livres de mépriser l'ambition, et leurs livres mêmes sont ambitieux ; de brider les passions, et leurs arguments ne sont que venin et contention. S'ils parlent quelquefois de servir Dieu, c'est en sacrifiant aux diables, à leurs amours, à leurs amis, comme nous lisons de Socrate, de Platon, d'Aristote. Qui donc ne connaîtra dès la première ligne, et à l'ouver- Lure du livre, que ce sont hommes qui parlent, et bien fort hommes vu qu'en tous leurs livres ils ne parlent qu'hommes? Hommes, dis-je, cherchant la gloire de l'homme et non de Dieu, prêchant vanité et non salut aux hommes ? Oyons au contraire l'Écriture : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Que veut dire ce commencement, sinon que le lecteur n'attende point ici les folies des hommes, mais les merveilles du créateur ?...

Venons aux poésies de nos Écritures, et viennent

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les païens 'à confronter les leurs : qui doute encore qu'ils ne rougissent de honte ? Je laisse Tart, la mesure et l'antiquité, qui ne sont que superfices, et plus belles toutefois es nôtres qu'es grecques ne romaines : que sont celles, que plus nous leur envions, que vanteries d'hommes, louanges controuvées, amours non plus humaines, mais indignes d'hommes ? L'un chante les dépits d'Achille ; l'autre, les erreurs d'Énée ; un autre, les amours de Paris et d'Hélène : et à cela si avant passé en usage qu'il semble impossible d'être poète et théologien, même historien tout ensemble, tant nos joies et nos chants sont naturellement éloignés de Dieu et de vérité. Que dirons-nous donc des poèmes de David principalement, si nous considérons qu'il est devant tous ceux-là, c'est-à-dire que ce n'est pas imitation, mais affection simple ? Cherchonsnous des chants de victoire, nous y en avons, mais au Dieu des armées; des chants nuptiaux, il n'en manque point, mais de Dieu et de ceux qui le craignent ; des amours ardentes, c'est l'amour même, mais embrasé de Dieu même; des pastorelles, il en est plein, mais de l'Éternel pour pasteur, et d'Israël pour troupeau. L'art y est si excellent que c'est excellence de le traduire. Les affections si vives, qu'elles éteignent et étouffent toutes autres. S'il écrivait de par l'homme, n'avait-il pas aussi beau sujet qu'Homère ? Son duel de Goliath, ses victoires des Philistins, ses amours de Béersabée, etc. Et doutons-nous qu'il ne fût sujet à des passions, et composé de même pâte que nous ? Ou était-il stupide, qui nous réveille tant? sans amour, et sans honneur, qui ne parle jamais d'autre chose ? Mais certes un autre Esprit battait dedans ses veines, un autre feu pénétrait ses moelles : et nul ne saurait nier lisant ses Psaumes, si vifs, si ardents, et pleins

d'affections, puisqu'il adresse ses amours, et ses véhéments désirs ailleurs, qu'il avait vu une beauté^ convoité un honneur, goûté un plaisir, autre qu'humain...

La beauté véritablement ne veut point de fard, que plus elle est nue, et plus vifs sont ses attraits, et, comme dient les orfèvres, que plus belle est la pierre, et moins y faut-il et d'or et d'œuvre. Et n'est proprement autre chose monter nos Écritures sur hautes paroles, que monter un homme autrement bien proportionné sur des échasses, qui n'ajoutent rien à sa grandeur, et lui ôtent sa proportion naturelle. En nos Écritures aussi, nous avons des Prophéties et en ces Prophéties des menaces, des exhortations, des véhémences. Et c'est en telles matières que les orateurs tonnent et montent sur leur haut parler. En C6 genre les Latins font cas de Cicéron. J'atteste tous ceux qui ont lu l'un et l'autre de même jugement, quelle comparaison de lui à Isaïe, de ses insinuations flatleresses et excuses, d'ignorance puériles, aux entrées vives, graves et pleines de majesté d'Isaïe ? des longues périodes de l'un esquelles il s'écoule si dévotement, à ces mots tranchants de l'autre, qui sont autant de coups de tonnerre redoublés pour étonner les plus obstinés ?

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