CHAPITRE IX
Des causes de stérilité et d’impuissance.
On appelle fécondité, chez la femme, l’aptitude à devenir mère , et chez 1 homme , l’aptitude à faire concevoir la femme et à la rendre mère. L’inaptitude à ces mêmes fonctions s’appelle stérilité.
Le mode de fécondation des animaux , n’est point un objet de simple curiosité ; il intéresse la politique, la morale, la jurisprudence et l’industrie agricole, aussi bien que la médecine sous les divers rapports de la population, des unions licites et illicites, de la filiation, de la successibilité. du viol, de la grossesse et de la multiplication des animaux. Une femme peut accuser un homme d’impuissance et demander le divorce , ou se plaindre d'avoir été violée, ou avoir un enfant dont elle cache le véritable père, pour obtenir de plus
grands avan tages d’un au ire liomme plus riche, etc. En cas de dénégation , sous prétexte d’impuissance ou de stérilité parfaite , de conlormation vicieuse, l’examen médico- juridique des organes de la génération , devient indispensable.
On lit dans le Bulletin de la Faculté de médecine de Paris , n° V y faisant suite au Journal de Médecine , de juin i8i5, une observation de M. Yorbe , sur un hypospadias qui , né au village d’Ecublé, arrondissement de Dreux, en 1755, fut baptisé comme fille sous les noms de Marie- Jeanne G. , et plus tard appelé Marie Pierrot , à cause de ses habitudes masculines et grossières. Accusé de larcins de volaille , et condamné à trois mois d’emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Dreux, du 27 ventôse an 10, il fut transféré, pour le soustraire aux visites des curieux, dans la maison de détention de Chartres , chef-lieu du département d’Eureet-Loir , et enfermé avec les femmes. Le préfet , attentif à l’état des prisons , ayant appris que la conformation des organes génitaux de cet individu excitait la curiosité, et jugeant combien il serait immoral et indécent qu’un homme fût renfermé avec des femmes , fit constater son sexe équivoque par les médecins et chirurgiens chargés du service des prisons, et, sur leur rapport, que Marie Pierrot était un homme dont
les organes sexuels étaient mal conformés ; et qu’il n’avait rien du sexe féminin, ce magistrat voulut qu’il habitat le quartier des hommes, et lui en fit fournir et porter les habits, que la fausse Marie, désignée comme journalière , n’aurait pu se procurer. Le temps de sa détention étant achevé, cet individu n’osant retourner au pays, demanda un passeport , qui lui fut délivré sous les noms de Denis- Jacques G. Plus tard il revint au pays, et ayant été employé dans une manufacture, il s’y attacha assez fortement à une femme, pour se croire père de l’enfant dont elle se trouvait enceinte, et demanda à l’épouser. Mais, pour le marier, il fallait son acte de naissance, où il était désigné comme fille , sous les noms de Marie- Jeanne G., et son passeport n’étant pas un litre suffisant, il en résulta qu’il ne put être marié comme homme, que son enfant ne put être inscrit au rang des enfans légitimes, et n’aurait pu hériter de son père, si celui-ci, plus riche, n’était mort le 19 de septembre 1810, à l’hôpital de Dreux. Cette observation en dit assez pour faire sentir l’importance du sujet que je traite.
L’obscurité qui règne encore sur plusieurs points de la génération , empêche de connaître et d'apprécier convenablement toutes les causes de la stérilité, qui sont très- variées, et dans quelques cas si insaisissables , que plus d’une fois les
faits sont venus démentir les apparences et les présomptions. Il y a des stérilités absolues dont l’explication est difficile, et qu’il faut plutôt chercher dans quelques vices de première formation que dans les systèmes; telle est celle que l’on observe dans les genisses qui proviennent d’une portée de jumeaux de sexes mâle et femelle. On peut, à quelques exceptions près , en dire autant des mules qui se distinguent des autres métis par une stérilité que les anciens croyaient absolue comme le prouve le proverbe latin , quuni miila peperil , lorsque la mule aura mis bas , pour dire , jamais. Hebenstreit n’ayant pas trouvé d’ovaires tuberculeux aux mules, attribuait leur stérilité à l’absence de ces organes qui s’y trouvent néanmoins ^ selon Graaf ( de Organ. générât., p. i85), et doivent s’y trouver, puisque toutes ne sont pas stériles. Dioclès de Cariste, que les Alhéniens décoraient du nom de second Hippocrate , attribuait la stérilité des mules à la petitesse et à la situation vicieuse de leur matrice. Il pensait aussi que les femmes pouvaient être stériles , par un coït trop fréquent, en appauvrissant 1 humeur quelles fournissent à la génération ^ ce qui n’est pas impossible, et peut se concevoir aussi des hommes trop ardens. Il considérait aussi avec raison la paralysie ou le peu de sensibilité de la
matrice , comme une disposition défavorable à la
conception. Mais si un coït trop fréquent, la paralysie, ou l’insensibililé des organes génitaux, sont des causes de stérilité, nul doute que la
masturbation n’en soit une cause fréquente dans
les deux sexes.
La stérilité des hommes et des femmes, qui mérite plus particulièrement notre attention, reconnaît beaucoup d’autres causes; telles sont les vices de conformation , 1 état de soulfrancc et le défaut de proportion relative des organes génitaux, de meme qu’un défaut de rapports sympathiques entre le moral et le physique des deux époux. La stérilité n’est qu’accidentelle ou relative, quand une opération, l’emploi de quelques moyens hygiéniques ou pharmaceutiques, un changement de circonstances ou d’union peuvent y remédier; aulieu quelle est absolue, quand les causes sont de nature à 11e pouvoir être combattues , comme le défaut de matrice, l’absence, le squirrhe ou la désorganisation des ovaires , des trompes , des artères spermatiques, le défaut de communication de la cavité utérine avec les ovaires par l’obturation ou l’occlusion des trompes ou par l’implantation de la partie supérieure du vagin dans la vessie ou dans l’intestin rectum, ainsi que par son agglutination et celle du museau de tanche. Il y a des cas qui prouvent que l’hydropisie et meme le squirrhe et le cancer partiel de l’utérus
ne mettent pas toujours obstacle à la grossesse , non plus que les diverses espèces de leucorrhées. Selon Baudelocque et plusieurs auteurs cités par lui ( Art des Accouchemens , chap. ni, vol. i. , p. i48 — 1794), des femmes dont le vagin s’ouvrait dans le rectum, et dont les parties extérieures manquaient entièrement , sont devenues mères, et d’après cela il est permis de conclure (pie celles dont le vagin s’ouvre dans la vessie avec communication dans l’utérus pourraient aussi le devenir ; elle docteur Champion de Barsur -Ornain a fait connaître un cas d’un élargissement du canal de l’urètre tel , qu’il a pu admettre le membre viril comme le vagin.
On remédie à l’occlusion du vagin par la membrane de l’hymen au moyen d’une incision , moyen qui petit aussi être opposé , dans quelques cas , à son oblitération par conglutination , par une excroissance ou une tumeur ; et quand la tumeur a une tige en forme de polvpe, on peut aussi en opérer le détachement par l’étranglement ou la ligature. L’obliquité de l’orifice utérin n’empêche pas la fécondation, lorsque l’éjaculation spermatique se fait à l’entré^ du vagin. Les bains thermaux , tels que ceux de Plombières , de Sylvanès , etc. , les voyages d’agrément , les lectures érotiques , les exercices en plein air , l’usage intérieur des martiaux , de la moutarde et d’autres
Ioniques ou stimulans , propres à favoriser la nutrition , sont des moyens convenables dans la faiblesse des organes et l’absence des désirs vénéricns. Le musc paraît aussi agir favorablement comme nervin. M. de Gazelles , médecin à Toulouse, a employé l’électricité avec succès dans un cas d’épuisement et d’abolition des facultés
viriles, et, selon Manduit , Mazard en aurait observé le même résultat dans des circonstances analogues et contre les perles involontaires de semences , après l’abus des plaisirs vénériens.
Les bains tièdes d’eau douce, la diète lactée , l’usage alimentaire des légumes mucilagineux , herbacés, humectans, des fruits , l’éloignement des spectacles, des lectures érotiques, de la danse, un sommeil peu prolongé, la sobriété, l’abstinence du vin, des épices, des stimulans , le séjour à la campagne, les exercices corporels en plein air, conviennent aux personnes pléthoriques, grasses , d’un tempérament cliaud ou exalté, et à celles dont les organes sont durs et rigides. Quant aux causes morales, les événemens, le changement de climat , un nouveau mariage mieux assorti, et même le temps, peuvent y remédier ; car on a des exemples de femmes qui , après quinze , vingt ans et plus de stérilité, sont devenues fécondes, telle que Anne d’Autriche , qui ,
après avoir été stérile vingt deux ans , accoucha de Louis XI Y.
On distingue ordinairement l’impuissance de la stérilité, d’abord en appliquant exclusivement l’impuissance à la stérilité des hommes, parce qu’elle a été présumée ne venir que de l’impossibilité d’exercer le coït; et en second lieu , en comprenant sous cette dénomination l’impossibilité où peuvent se trouver l’un et l’autre sexe d’exercer les fonctions génitales. C’est dans cette acception que nous employons ce terme , parce qu’elle est plus conforme à son véritable sens, et que d’ailleurs la stérilité peut coïncider avec la faculté d’exercer l’acte de la génération dans toute sa plénitude, sans qu’il en résulte une fécondation. C’est ce qui arrive dans les cas de stérilité relative. On désigne aussi l’impuissance sous le nom d ' anaphrodisie y et la stérilité sous celui d 'agénésie y et c’est sous ces dénominations que le docteur Descourlilz les a désignées dans une Dissertation publiée en i8i4- Belloc rapporte , dans son Cours de Médecine légale , qu’un mari n’ayant pu obtenir d’enfans de sa femme , après i4 aus de mariage, et voulant savoir si c’était sa faute , s’adressa ailleurs , et qu’il résulta de ce commerce deux enfans , fruits de deux grossesses. Cet homme étant mort , sa veuve , âgée de 56 ans,
se remaria à un jeune lionnne dont elle eut aussi deux enfans. Voilà un exemple de stérilité relative sans impuissance.
La chute de la matrice et celle du vagin , désignées par Callisen, la première sous le nom d ’hjstéroptose , et la seconde sous celui d ’ élytroptose , avec ou sans inversion , sont en meme temps des causes d’impuissance et de stérilité chez la femme, mais non absolues ; car on y remédie dans la plupart des cas , en opérant la réduction et en la maintenant par la situation horizontale ou par l’usage du pessaire.
Il y a quelquefois occlusion du vagin par une double membrane, ce qui n’empêche pas toujours la conception , et Ruysch rapporte l’observation d’une femme qui , en travail depuis trois jours , ne pouvait accoucher. La tête qui bombait en dehors ne pouvait franchir à cause de l’hymen qui était très-tendu , et dont 1 incision fut faite sans succès, parce qu’il y avait une autre membrane située plus profondément dans le vagin ; ce ne fut qu’après l’avoir incisée aussi , que l’enfant sortit. L’occlusion du vagin par l’hymen, qui 11e cause ordinairement aucune incommodité avant la puberté , peut , en mettant obstacle à l’irruption des règles , causer les accidens les plus graves et même la mort; simuler la grossesse, l’hydropisie , la physconie; produire des douleurs hysté-
riques, l'oedème des extrémités inférieures, etc., par répanchement du sang dans la matrice , sa pression sur les vaisseaux et les nerfs, ou par la congestion qui se fait dans l’abdomen, la poitrine et la tète. Il est souvent facile de remédier à cette incommodité; mais il est aussi arrivé que, dans des cas de coalescence du vagin , ou du peu de précaution de l’opérateur , l’on a fait à la vessie ou à la matrice des blessures dangereuses ou mortelles.
Les causes de l’impuissance diffèrent donc de celles de la stérilité, en ce que celles-là rendent le coït impossible et sont ordinairement extérieures. La plus irrémédiable de toutes pour l’homme, c’est l’extraversion de la vessie qui sort par la ligne blanche au-dessus du pubis , et couvre totalement ou en grande partie la verge qui , retirée en dedans^ déborde à peine sur l’arcade pubienne, et 11e paraît être d’aucun usage pour l’excrétion des urines qui coulent continuellement , ni pour l’excrétion du sperme. Ces causes peuvent aussi être relatives et morales de la part du mari , par exemple , quand tous scs moyens étant comme paralysés , il devient anaphrodite par une antipathie insurmontable , une difformité ou une malpropreté repoussantes dans la femme , une indignation portée à son comble , la crainte d’un affront, et toute impression morale, capable
comme
(le prédominer l’impulsion physique, cela s’est vu plus d’une fois dans l’épreuve du congrès ou coït juridique, que l’on croit avoir pris son origine dans le quatorzième siècle , par l’effronterie d’un jeune homme qui , accusé d’impuissance, offrit de prouver le contraire en présence d’experts, quoique Venette, dans son Tableau de T Amour conjugal , prétende en trouver des traces dans les lois romaines. Le marquis de Langey, accusé d’impuissance par sa première femme, en 1667 , après environ quatre ans de mariage , demanda l’épreuve du congrès pour sauver son honneur; elle est ordonnée et lui devient contraire, quoique des experts aient au préalable trouvé les deux époux tels qu’ils devaient être pour engendrer. De Langey allègue des excuses , et demande une seconde épreuve qui lui est refusée. Son mariage est déclaré nul , avec défense à lui de se remarier. 11 proteste contre le jugement, et s’étant remarié, il eut sept enfans de sa seconde femme. Les restitutions auxquelles il avait été condamné donnèrent lieu à un procès qui 11e fut terminé qu’après sa mort, et dont le procureur-général Lamoignon tira parti pour s élever avec force contre le scandaleux abus du congrès, dont l’épreuve fut enfin interdite par un arrêt du parlement du 18 février 1677, avec d’autant plus de raison qu’il n offrait de chance
favorable qu a l’impudeur et à l’impudence. Boileau en avait déjà montré le ridicule dans sa satire viii , composée en 1667 , par les quatre vers suivans :
Jamais la biche en rut n’a, pour fait d’impuissance , Traîné du fond des bois un cerf à l’audience ;
Et jamais juge entr’eux, ordonnant le congrès ,
De ce burlesque mot n’a sali ses arrêts.
Chez l’homme , la stérilité peut provenir nonseulement de l’impuissance, mais aussi du défaut de sperme. Au moins , dans une instance en justice , pour obtenir le divorce, la femme d’un Anglais allégua-t-elle, pour motif, que son mari n’avait point d'encre dans sa plume . Toutefois , si la chose n’estpas invraisemblable dans certains cas , elle ne peut jamais devenir le prétexte ni le motif d’un divorce, parce qu’il est impossible d’en constater la réalité, tant que l’on n’aura pas établi, d’une manière indubitable , les caractères quidistinguentla liqueur prolifiquedes excrétions de la prostate et de celles des glandes disséminées dans le canal de l’urètre, ni constaté en quoi la semence féconde diffère de l’inféconde dont Hippocrate fait le partage des Scythes qui avaient été saignés derrière les oreilles. Il est certain que la sécrétion du sperme diminue, se détériore et cesse meme entièrement par l’effet des maladies , de
l’âge , et par l’ablation ou la désorganisation des testicules, comme le prouve l’exemple des eunuques et des castrats , qui peuvent encore exercer un coït stérile.
La brièveté . le volume , la longueur disproportionnée du membre viril , tels que l’introduction en soitimpossible ou trop douloureuse; sa courbure ou sa rétraction, par l’exiguité du frein, de manière à nuire à l’éjaculation directe, un phimosis propre à l’empêcher de franchir l’enceinte du prépuce, une polysarcie abdominale qui s’opposerait à l’approche suffisante des sexes , une lacération du canal de l’urètre , la perte ou l’ablation de la verge, l’imperforation convenable du canal de l’urètre par hypospadias ou autrement, voilà , avec le cas de pseudo-hermaphrodisme , quelles sont les causes physiques de stérilité et d’impuissance chez l’homme; encore 11e faut-il pas induire une stérilité absolue de toutes ces causes , et puisqu’il y a des exemples où 1 ablation presque totale de la verge et l’hypospadias n’ont pas mis obstacle à la génération , on doit en admettre la possibilité par la simple éjaculation spermatique dans la vulve à l’entrée du vagin, malgré le volume, la , longueur ou la courbure du membre.
Il y a toutefois impuissance absolue chez les hommes affectés de l’extroversion congénitale de vessie qui, dans ce cas, forme à travers les tégumens
abdominaux, au-dessus du pubis, une saillie d’un rouge de chair fongueuse, sous la forme d’un champignon , dont la tige, fléchie en dessous, serait simulée en has par le bout de la verge, de laquelle on ne verrait que legland retourné le bas en haut, avec une goutière superficielle sur laquelle tombent les urines par un suintement involontaire, sans aucun jet. L’on conçoit que cet état rend impossible l’intromission du membre et aussi l’éjaculation du sperme , en supposant que la sécrétion s’en opère régulièrement. Je n’ai rencontré ce vice de conformation que deux fois , et toujours chez des enfans en bas âge. Mais le docteur Desgranges de Lyon rapporte (Recueil périod. de juillet 1829), qu’un nommé Décor , cultivateur, âgé de 28 ans, taille d’environ cinq pieds, voix forte, barbe noire au menton , sans poils d’ailleurs , robuste et bien musclé, avec un petit scrotum ridéet relevé, où l’on sent un testicule de chaque côté, n’a aucune velléité vénérienne, ni désir quelconque de titillation, chose peu vraisemblable avec tous les organes propres â la sécrétion du sperme. Ce jeune homme portant une ceinture qui soutient une vessie garnie d’une éponge en forme de poche , pour recevoir ses urines, se livre à la marche et aux travaux champêtres. M. Desgranges, qui a fait connaître un cas semblable, en 1788, dans l’ancien Journal de Médecine , tome lxxlv, dit
avoir aussi observé ce vice de conformation chez une personne du sexe où il peut n’étre pas une cause de stérilité comme dans l’homme, à cause de la différence de conformation et de situation des parties sexuelles. On remédie à la rétraction qui provient de l’exigu ité du frein par l’incision de ce dernier , et il est aussi possible 'de remédier par une opération chirurgicale au phimosis et à l’hypospadias , lorsque le canal de l’urètre , existant, n’est qu’obstrué à son extrémité.
On lit dans le tome vin du Recueil périodique de la Société de Médecine de Paris , qu’un soldat nommé Schmit , âgé de 34 ans , portait depuis son enfance une perforation de l’urètre , située au périnée, par ou sortaient les urines et le sperme. Le docteur Marestin , ayant reconnu, en introduisant un stylet boutonné par cette ouverture , que le canal de l’urètre était creux jusqu’à l’extrémité du gland, où il se trouvait bouché par une membrane qui avait probablement causé la crevasse du périnée , fit placer ce soldat comme pour l’opération de la taille , et soulevant la membrane avec un stylet boutonné, pratiqua une incision qui remédia complètement à cette infirmité.
Selon Paul d’Eginc et Jean de Gorris, l’hypospadias consisterait dans une perforation de l’urètre à la base du eland : dicilur v-o'jttxS'hxc
au glatis sub vinculo vel freno illo perforata
est. Cette définition paraît basée sur un symptôme indiqué par l’étymologie du mot, qui vient de ■j~ oottccoo, je tire dessous, parce que 3c frein étant très-court, ou manquant absolument, lorsque l’urètre s’ouvre à l’origine du gland, celui-ci est tiré en bas, et l’extrémité du pénis quelquefois recourbé au point d’empéclier le coït ou de le rendre infécond. Ainsi, quoique, d’après l’usage, ce mot désigne une ouverture contre nature dans l’urètre, l’étymologie ne l’indique pas précisément , et c’est par erreur que des collaborateurs du Dict. des Sc. méd. disent le contraire, et interprètent ottoco par je divise , j'écarte. Lassus ( Pathologie chirurgicale , t. 2, p. 468 et s.
• — 1809) distingue trois espèces d’bypospadias , dont la première est caractérisée par l’ouverture de l’urètre à la base du gland dans la fosse naviculaire ; la seconde , par son ouverture près du scrotum, et la troisième, par son ouverture au fond d’une division longitudinale du scrotum en forme de vulve. En parlant de la première, il dit : « Quelquefois le gland est un peu courbé en bas pendant l’érection, ce qui met obstacle à la copulation. » C’est ce phénomène qui, ayant plus particulièrement fixé l’attention et l’opinion des anciens, a déterminé le choix du terme, son sens ét}miologique, ainsi que sa définition subséquente, quand on en eut reconnu la cause. C’est souvent
en n’attachant pas la même signification aux mots que les anciens , que nous mettons leurs doctrines en défaut , et que nous leur prêtons des erreurs qui, dans les limites de leur sens, n’en étaient pas ; c’est ainsi que , dans leur acception , lhypospadias devait être une cause de stérilité, et en était une en effet dans 1 opinion des médecins grecs , tandis que dans noire acception beaucoup moins restreinte ce n’en est pas toujours une. C’est parce qu’il y a , comme l’a observé Petit ( Œuvres posthumes , t. 2, p. 455 ), interruption entre le tissu spongieux de l’urètre et du gland, que celui-ci, ne participant pas à la turgescence érectile, se trouve pendant ou rétracté dans cette espèce de difformité. Pour nous conformer au langage reçu , nous emploierons ce terme dans son acception usuelle , pour désigner une ouverture du canal de l’urètre, au-dessous de la verge ^ n’importe la distance du pubis ou du gland , et nous conserverons aussi le mot épispadias déjà adopté, pour tous les cas où le même canal s’ouvre sur le dos du membre viril. Cependant , comme il existe des rétractions ou courbures du gland , par la brièveté du frein qu’il faut quelquefois inciser, sans qu’il y ait d’ouverture contre nature du canal de l’urètre , je crois qu’il serait plus convenable de remplacer le premier de ces deux termes par le mot hyp.oourèse , et le second par
épiourèse , ce qui indiquerait que l’on pisse au dessous ou au dessus du pénis, de « psœ, je pisse, •êVçscriç, pissement, et de ibro, dessous, et sxt, dessus.
Dans la seconde espèce d’iiypospadiasis , observée par plusieurs auteurs, tels que Tulpius, Blasius, Haller, et très -bien représentée dans la planche onzième du tome i . des Mémoires de chirurgie cV Arnaud , on remarque, dit Lassus , l. c., un sillon ou une espèce de gouttière qui se prolonge depuis l’extrémité du gland jusqu’à l’ouverture de l’urètre, près le scrotum, et le jet de l’urine se fait horizontalement dans la direction de la verge. Quant à la troisième espèce, il faut observer que celui qui en est affecté est ordinairement pris, au moment de sa naissance, pour un enfant du sexe féminin , qu’il a le gland bien ou mal conformé , mais imperforé , à peu près semblable à un clitoris d’un volume excessif. Le même auteur ajoute qu’on ne guérit par une opération l’imperforation de l’urètre , que lorsque le méat urinaire est fermé accidentellement par une membrane, ou lorsqu’il est très-étroit. Il est clair, judicieux et précis dans son livre, comme il l’était dans ses leçons, que je me suis toujours applaudi d’avoir suivies.
Le succès de l’opération pratiquée par Marestin, prouve qu’il ne faut pas trop généraliser les in-
ductions que l’on peut tirer de plusieurs faits particuliers , et que Sabatier, auteur d’ailleurs trèssavant, s’est trompé en disant (p. 44° tome 1 de la Médecine opératoire , édit, de 1796) : « Si cette ouverture (de l’hypospadias ) répond à la racine de la verge, l’humeur séminale ne peut être portée à l’endroit convenable, et les sujets ainsi disposés ne peuvent avoir d’enfans. C’est un malheur auquel il 11’y a pas de remède. » Cet auteur recommandable , dont les leçons et les conseils pratiqués m’ont été bien utiles, dissuade avec raison de toute opération chirurgicale qui aurait pour but d’inciser le gland, lorsque l’hypospadias existe à sa base , parce que l’expérience a prouvé que les personnes ainsi conformées sont capables d’engendrer, à part le danger d’une hémorrhagie considérable et la grande sensibilité de cette partie. Il avait néanmoins reconnu la possibilité de rétablir le cours naturel des urines par le canal de l’urètre , en incisant la membrane d’où pouvait provenir son occlusion, et il cite des succès obtenus par de Cabrole et Littré suide jeunes filles qui rendaient les urines par le nombril ; ce qui semblait indiquer que la même opération devait pouvoir remédier au même vice chez les garçons , dans quelques cas , comme l’a très-bien compris Marestin.
Sabat ier a remarqué que chez les enfaiis aflfec-
lés d’une hypoourèse à la racine de la verge, celleci ne faisant guère plus de saillie que le clitoris de quelques filles , pouvait induire en erreur sur le sexe, d’autant plus facilement, que la peau des bourses paraît enfoncée à leur partie moyenne , et qu’il s’y est une fois mépris lui-mème dans une circonstance où plusieurs personnes de l’art étaient d’un avis différent du sien. « Le sujet que nous avions sous les yeux, dit-il, était âgé de 12 à i4 ans ; il n’avait pas encore de testicules dans les bourses; sa voix était grêle comme celle d’une fille, parce quelle n’avait pas mué; il avait la peau délicate et blanche: son embonpoint aida à me tromper, en ce que je crus apercevoir en lui des mamelles qui étaient prêtes à se développer : il grandit, et toutes ces apparences se dissipèrent : c’était un garçon. Voilà la franchise et l’ingénuité du vrai savant qui est encore plus empressé d’avouer ses erreurs, que de relever celles des autres, pour l’avantage de la science.
J. P. Frank a connu un homme dont le gland
était imperforé, etdontlc canal de l’urètre s’ouvrai t au-dessous du frein, à qui l’on 11e pouvait disputer la paternité de trois enfans (1). Quand l’ou-
MM. Breschct et Pinot font mention, dans le Dict. des sc. me'd t. xxiii , p. v.i5, de « l’observation rapportée par Frank (7)e curan- 1 lis /loin. Morb 1. vi , p. 3i3), a l’égard d’un hypospadias qui s’était transmis de père en fils jusqu’à la troisième génération. » Il y a
verture du canal de l’urètre est loin de l'extrémité delà verge , les urines , en tombant , peuvent salir les vêtemens , si les sujets ainsi affectés , nont le soin de renverser le gland sur le dos de la verge pour uriner. C’est dans des cas pareils que l’irypospadiasis semble devoir causer surtout la stérilité, et néanmoins on lit, pag. 563 du t. xxxvn du Recueil périodique , rédigé par M. Sédillot jeune, l’observation d’un homme devenu père de plusieurs enfans , dont l’urètre s’ouvrai l à environ deux pouces de l’extrémité du membre. Gaultier de Glaubry père , en rendant compte de cette observation à la Société de médecine de Paris , a cité deux faits analogues de sa connaissance; Petit- Rade^ Encyclopédie , article Chirurgie ), en cite un autre , et Morgagni ( De Sedihus et C ausis morhorum , Epist. 46, art. 8., 1. 5), en a fait con-
erreur de leur part, s’ils ont entendu donner le sens du passage suivant, qui est à la p. 5i3, et non 3 1 3 de l’ouvrage cité : Glandent pénis imperforatam, cum vicario subtus ad frenuli deficientis locum orijicio roiundo, auin tamen aut urinœ aut seminis impediretur excretio , in viro nobilissimo qui trium prolium certe pater erat, et nos observavimus. Ceci : Qui trium prolium certe pater erat, signifie qui était certainement père de trois enfans, et non de trois générations - ce qui supposerait plus d’un père. Proies indique la descendance ou les enfans de l’un et l’autre sexe. Ils citent aussi le t. nr de la Médecine opératoire de Sabatier , pour l’hypospadias dont il traite dans le premier. Par Gorée , dont les auteurs rappellent la définition de 1’hjpospadias , ils ont probablement voulu désigner de Gorris , latinisé par G oreus • car je ne connais point d’auteur du nom de Gorée qui ait parlé de cette infirmité.
mître d’autres. C’est donc à tort que le professeur Malion , trompé probablement par l’opinion des anciens et de plusieurs modernes, a dit, pag.'48 du icr vol. de son Traité de Médecine légale et de Police médicale : « Toutes les fois qu’il y a déviation du canal de l’urètre, soit qu’il se termine à la face inférieure ou supérieure du gland, ou bien encore de la verge , Je coït, peut, dans ce cas, avoir lieu, mais il ne sera jamais prolifique; et l’expérience vient à l’appui de cette proposition, c’est-à-dire qu’aucun individu ainsi conformé n’a jamais été propre à la génération. »
Cependant Fabricio , autrement dit Aquapendente du lieu de sa naissance, assurait déjà ( Opéra chirurgien, cap. 6g), qu’il avait vu des enfans engendrés par des hypospades. Les Ephèmérides des curieux de la nature ( An 3, 162, Ohs. 98 ) font mention d’un homme affecté de ce vice de conformation, qui eut plusieurs enfans ; et (Ane), 167g, Observ, io5) d’un autre homme qui, avec le même vice, ne put point en avoir. Ruysch, qui avait regardé lliypospadias comme une cause de stérilité dans un cas, modifia depuis cette opinion en disant ( Animcidvers . f\ ) que ceux qui en sont affectés fécondent rarement leurs femmes, à cause que l’éjaculation séminale ne se fait point en ligne directe : Homines hoc affecta lahorantes
mro imprœgnant uxores , ut pote semine non recto tramite prosiliente •
Nous donnerons plus tard une explication qui fera voir que 1 éjaculation en ligne directe n’est pas impossible.
Quelquefois le canal de l’urètre s’ouvre au-dessus de la verge alors ordinairement très-courte, si elle ne manque pas entièrement, et aboutit à une rainure tracée entre les deux corps caverneux et sur le gland qui est très-rapproché de l’arcade des pubis. On donne le nom d épispadias à ce vice de conformation , beaucoup plus rare que le précédent. Ruysch parai t en avoir parlé le premier (1) . Saltzmann, professeur d’anatomie à Strasbourg, en a ensuite publié une observation en 1704, dans les Actes des curieux de ta nature , ( t. iv, Obs. 65 ). Le docteur E. Gaultier de Glaubry l’a observé sur un soldat de vingt- neuf ans, qu’il fit réformer, et a fait mention de plusieurs observations analogues à la sienne. ( Recueil périod. , t. n , pag. 170 et 462. ) M. Réveillé-Parisse en a observé un avec le docteur Lafeuillade, sur un enfant de deux mois et demi , et il en donne la description suivante, tom. lv, p. 55i, du
(1) Mcatus urinarius qui inter duo corpora nervosa parte inferiore répit in corpore benc constituto, hic contra situm habet in pénis dorso , per quem itcr facit , id quod nunquam antea observavi.
( 77; esanr virtalom. d, asservi, n"
même Recueil : « Le pénis n’existe point. On voit seulement, à la base de l’arcade du pubis, un gland presque aussi volumineux que dans l’âge adulte. Ce corps est partagé par une scissure assez profonde à son sommet, mais où l’on ne remarque point l’ouverture de l’urètre , comme dans l’état naturel. Le prépuce consiste dans un petit prolongement de la peau, situé à la face inférieure du gland La face supérieure de celui-ci est à nu et creusée par un demi-canal qui s’étend depuis le sommet jusqu’au pubis. Cette gouttière sans profondeur est l’extrémité du canal de l’urètre; sa longueur estde quelques lignes seulement; car ce canal est tout- à-fait complet , aussitôt qu’il a franchi l’arcade sous-pubienne ; ce qui le prouve , c’est que les urines , loin de s’échapper en nappes, quand elles sont poussées avec force , forment un jet en arcade du coté du ventre... Les testicules nous ont paru plus volumineux qu’ils ne le sont chez les enfans de deux mois et demi. On voit que cet épispadias ne diffère que de très-peu de chose de ceux qui ont été décrits par plusieurs auteurs , et tout récemment par MM. Breschet et Em. Gaultier de Gaubry. Les paï ens , comme on peut s’y attendre , nous ont demandé si cet enfant serait apte à la génération. Que répondre à cette question ? Si la fécondation se fait par Y aura semina - Iis , nul doute que cet individu ne puisse Topé-
rer, mais s’il faut un contact immédiat, d’après l’hypothèse de Spallanzani et d’autres savans, jamais V éjaculation séminale , quelque forte qiéon la suppose , ne pourra suppléer à l’absence du pénis.
C’est à cause de l’incertitude de l’auteur sur la capacité générative des sujets ainsi affectés , et surtout à cause de l’impossibilité supposée de l’éjaculation séminale , que j’ai rapporté de préférence son observation , qui d’ailleurs est bien rédigée. Puisque la manière dont se fait la fécondation est encoreproblématiquedans ce qui concerne la communication du sperme, il faut, pour en établir la possibilité dans une circonstance donnée , recourir aux faits qui en constatent la réalité dans des circonstances analogues Or, comme il est prouvé que l’ouverture du canal de l’urètre, à la partie inférieure de la verge, meme loin de son extrémité , n’a pas empêché des sujets ainsi affectés d’engendrer, on ne peut raisonnablement révoquer en doute la même capacité chez les sujets où le même canal s’ouvre à la partie supérieure , même près de l’arcade du pubis, quand l’urine sort en jet parabolique, ou est dirigée dans la cannelure longitudinale qui règne sur le dos du pénis.
11 en serait autrement si le gland, ne participant point à la turgescence de la verge dans l’érection.
se renversait sur l’ouverture de l’urètre dans le coït. Morgagni cite, /. c . , un exemple de ce phénomène chez un homme de moins de trente ans , qui, marié depuis trois ans1, n’avait point eud’enfans , et dont le canal de l’utètre , percé en dessous , présentait trois ouvertures en forme d’ellipse , qui paraissaient être celles de trois petits canaux de l’urètre, dont la partie longitudinale supérieure se prolongeait en rainure lisse et rouge au-delà de son ouverture, comme cela s’observe dans la plupart des cas jusque sur le gland. Celui-ci, n’étant recouvert que supérieurement et latéralement parle prépuce qui manquait à sa partie inférieure, ressemblait, sous ce rapport, à un clitoris , ce qui s’observe aussi chez d’autres hypospades. Le même auteur rapporte encore que déjà Harvey et de Graaf avaient observé que, chez plusieurs hypospades , le pénis rengainé en quelque sorte à l’intérieur , et à peine visible dans l’état ordinaire, tant il était petit, prenait, chez certains sujets, un accroissement considérable dans 1 érection , et que ce développement fait concevoir comment le sperme peut être porté assez loin dans le coït pour opérer la fécondation , d’autant plus que le canal de l’urètre se trouve pour ainsi dire réintégré dans sa longueur ordinaire, par le contact immédiat de sa partie défectueuse
avec le vagin, et qu’ainsi le sperme doit se diriger dans la rainure ou gouttière tracée par ce qui reste longitudinalement delà membrane urétrale, dont la partie inférieure manque seulement dans la plupart des cas. Morgagni corrobore cette explication très-plausible par l’exemple du pénis des tortues et des vipères, dont le plancher inférieur de l’urètre manque naturellement, et se trouve suppléé par la tunique vaginale dans le coït.
Dans l’observation rapportée par Salzmann, le gland était divisé , à sa partie supérieure , par le prolongement d’un demi-canal provenant de l’urètre, qui paraissait fendu longitudinalement, à peu près comme cela se fait dans une démonstration anatomique pour en voir l’intérieur. L’urine ne sortait point par jet , avec impétuosité, mais coulait lentement sur cette surface cannelée , presque pleine, sans diverger ni s’éparpiller. Au lieu d’étre percée d’un canal , la verge des autruches et des casoars n’a qu’une rainure, ou un sillon longitudinal , par lequel le sperme se porte dans l’oviducte des femelles.
Je crois qu’il est permis de conclure de tout cela, jusqu’à ce que l’expérience ail prononcé péremptoirement, qu’il est très- vraisemblable que les épispades, ou les épiouriques, dont la moitié inférieure de l’urètre se prolonge en rainure jus-
que sur le gland , connue la moitié supérieure des hypospades y sont , tels que ceux-ci , capables d’engendrer, sauf quelques exceptions qui peuvent tenir à des circonstances accessoires dans ces deux espèces de difformité.