CHAPITRE X
De l’hermaphrodisme.
On entend par hermaphrodisme la coexistence du sexe masculin et du sexe féminin dans un seul et meme individu ; mais il n’a point de réalité dans l’espèce humaine, et c’est toujours un vice de conformation des parties génitales qui en a imposé aux observateurs superficiels qui en ont cité des exemples ; en sorte qu’il aurait pu en être traité dans le chapitre précédent , s’il n était encore admis, parmi les médecins, comme une anomalie spéciale, cpii demande une description à part ; et il n’a pas été confondu non plus avec les autres vices de conformation dans le grand Dictionnaire des Sciences médicales. Il n’y a d’ailleurs pas toujours stérilité ni impuissance absolue dans les sujets affectés de la conformation des parties génitales qui simule Fhermaphrodisme
dans les espèces où il 11 est pas naturel, car il est prouvé qu’un déplacement, ou une ectopie de la matrice, un clitoris volumineux, etc., en ont plus d’une fois imposé sur le sexe d’une femme, et que Lecat , Morand et plusieurs autres ont pris des hypospades pour des hermaphrodites. « On sait, dit Lassus , /. c.y p. 4'72 ? que les hermaphrodites proprement dits 11’existent point. Jamais un individu, dans l’espèce humaine, 11’a joui de la double faculté d’engendrer et de concevoir, en réunissant dans sa personne les organes générateurs de l’homme et de la femme. » Quoique l’existence de cette anomalie ait été admise comme une réalité incontestable , dans les temps où l’éducation ne consistait guère qu’en traditions et en croyances aveugles des doctrines que le temps avait sanctionnées, on ne peut même en concevoir la possibilité physiologique. En effet, puisque la nature , toujours d’accord avec ellemême, est constante à reproduire les mêmes êtres, et que tous les phénomènes prouvent quelle ne dévie jamais du type primordial , si quelqu’accident ne vient troubler l’œuvre qu’elle a commencée, il s’ensuit que , 11e se prêtant pas à la formation de deux sexes dans les animaux destinés à n’en avoir qu’un , il est impossible qu’il y en ait deux , à moins que l’on ne suppose aux accidens fortuits, non-seulement le pouvoir de
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dé ranger scs operations, mais aussi celui de vicarier ses fonctions, ce qui est absurde et contradictoire. Il faut conclure de là que, dans le cas où il lui serait offert des principes élémentaires pour deux sexes différons, elle formerait deux êtres, ou des jumeaux de sexe différent, puisque telle est sa tendance constante, et que d’ailleurs deux choses ne peuvent occuper le même lieu en même temps: ainsi, pour avoir deux sexes où le type primordial n’en présente qu’un., il faudrait non-seulement qu’ils fussent l’œuvre de l’accident ou du hasard, mais aussi que l’un fût transposé hors du lieu occupé par l’autre ; ce à quoi s’opposent également l’impulsion évolutive de la nature, et la résistance des autres parties ébauchées en même temps que celles des sexes (1).
L’on cite cependant des exemples d’individus qui , réunissant les deux sexes , auraient été de véritables hermaphrodites ; et l’on en compte jusqu’à deux que l’on regarde comme plus authentiques que les autres. L’un est Humbert Jean-Pierre, né à Bourbonne-les-Bains , et mort en 1767 , à l àge de 17 ans , dont 1 histoire a été
(1) Voy. une dissertation de YVrisberg , intitulée: Cotnmentatio < le, singulari genitalium deformitate, in puero hermaphroditum menliente, dans les Commentationes soc. reg. scient. Gotting., t. xm , 1795, j>. 14.
consignée dans le 2e vol. des Mémoires de V académie de Dijon , par le médecin Maret , père de l’ancien secrétaire d’Etat du même nom ; dans le Traité de médec. lég. de Malion; dans le 21e vol. du Dictionnaire des sciences médicales , artic \e Hermaphrodite , parM. Marc. Jean-Pierre avait , dit-on y à gauche , les parties sexuelles de l’homme , et à droite , celles de la femme. Mais l’on avoue que l’impossibilité de disséquer assez promptement les parties lit détacher le bassin, et ne permit pas de s’assurer où aboutissaient les vaisseaux spermatiques du côté droit, et cela seul subirait pour faire douter de l’existence réelle de tant de richesses accumulées dans un espace aussi rétréci que l’arcade des pubis. En effet , le défaut de vagin, de clitoris, de grandes et de petites lèvres, ou de scrotum , de museau de tanche dans la prétendue matrice pour communiquer au vagin, de tubercules ou vésicules dans le prétendu ovaire trouvé à droite ; d’un autre côté, la présence d’un pénis composé , comme tous les autres, de deux corps caverneux implantés contre les ischions , d'un corps spongieux , d’un gland avec son prépuce et sa fossette , d'un urètre ouvert à sa racine et communiquant avec les vésicules séminales ; la présence aussi d’un testicule à gauche, avec son cordon spermatique complet ; tout cela comparé à l’étroitesse de l’arcade pubienne sous la-
quelle , à moins d’une difformité dont on ne parle pas, n’auraient pu se réunir les appareils organiques des deux sexes , fait bien voir que chez Jean-Pierre l’on a transformé en ovaire le testicule droit qui 11’était pas descendu dans les bourses, le débris de ses vaisseaux spermatiques en trompe , et une tumeur morbide trouvée dans une poche au milieu d’environ un verre de liquide rougeâtre en une matrice borgne : tant il est doux de rencontrer du merveilleux, et de voir ce que personne n’a encore vu ! Telles sont les conclusions auxquelles l’on est forcé d’arriver, enlisant la description anatomique de ce prétendu hermaphrodite, qui avait, est-il dit, du côté droit, un corps ovoide dont on a lait un ovaire, sans en avoir examiné la structure , ni avoir décrit ses rapports avec un autre corps dur , de couleur de marron , d’environ un pouce et demi de long sur un pouce de large , qui fut trouvé dans une poche , au milieu d’à peu près un verre de liquide rougeâtre, dont, sur ces apparences, on a fait une matrice , parce qu’il en fallait une pour la rareté du fait , en lui donnant une petite trompe adhérente au prétendu ovaire, sans museau de tanche ni communication avec un vagin, etc. ,
comme si les caractères d’une matrice étaient d’être
dure , brune , et logée dans une poche , au milieu d’un liquide rougeâtre , etc. S’il y avait là deux
sexes, leurs appareils auraient été rognés de plus de moitié, car la description qu’on en donne n’en laisse pas meme présumer un complet.
L’autre exemple d’hermaphrodisme véritable aurait été observé en 1807 , à Lisbonne, par le médecin Handy, sur un individu âgé de 28 ans, qui, selon les expressions du docteur Fournier, t. IV; p. 164 du Dicl. des Sc. méd., art. Cas rares, « réunissait au plus haut degré de perfection les parties sexuelles de l’homme et de la femme, avait les traits mâles, le teint brun, un peu de barbe au menton , le pubis ( le pénis probablement), les testicules, le scrotum, situés comme ils le sont ordinairement sous la forme et presque le volume qu’ils présentent chez l’homme adulte.
Les organes du sexe féminin étaient absolument semblables à ceux d’une femme bien conformée, à l’exception des grandes lèvres plus rapprochées de l’urètre et plus petites; la voix, les manières et tout ce qui dans l’habitude sert à caractériser le sexe féminin , assignaient ce sexe à l’individu en question. Cet hermaphrodite avait ses règles tous les mois; elle a été deux fois enceinte, mais elle a avorté au troisième mois et au cinquième. Cet être extraordinaire n’a jamais cherché à s’unir avec une femme, quoiqu’il fût ardent aux plaisirs de l’amour. «
L’auteur de qui j’ai emprunté les termes de la
description qu’on vient de lire, fait ensuite les réflexions suivantes , ce qui me dispense de faire les miennes sur le meme sujet dont le pénis, les testicules et le scrotum m’auraient déjà paru douteux, parla seule circonstance que les grandes lèvres étant plus rappochées de l urètre que d’ordinaire, dénotaient l’existence d’un clitoris ou d’un hypospadias , etc. « En lisant cette observation, continue M. Fournier, l’on voit que cet individu, le plus parfait de tous les hermaphrodites, puisqu’il avait des testicules et une verge, il était qu’une femme , il a engendré comme font les femelles, il s’accouple de meme; il a une verge, mais le canal de l’urètre est imparfait , le membre ne sert à remplir aucune fonction ; il a un peu de barbe; mais ne voit-on pas une foule de femmes que la nature afflige de cette marque désagr éable de la virilité. Ses mœurs sont celles de la femme, il en a toutes les parties sexuelles, la voix, la structure, il est assujéti comme elles aux révolutions menstruelles; il n’a aucun goût de l’homme. » ,
La difformité des organes sexuels , soit qu’elle vienne de première formation ou de maladie, pourrait être telle qu’il fût difficile et peut-être impossible de déterminer , sans crainte d’erreur , le véritable sexe d’un individu avant sa mort et sans le secours de la dissection. Il est au moins
présumable qu’une pareille difficulté s’est présentée chez Marie-Dorothée Derrier, de Berlin , puisque Hufeland et Mursinna qui l’ont vue à l’âge de 22 ans , à l’hôpital de la Charité <!e cette ville, où elle était entrée en 1801 , pour une maladie de la peau, l’ont déclarée femme; que Starck et Mertens l’ont déclarée garçon, et que Mctzger à qui elle fut présentée à l’âge de 20 ans, à Kœnigsberg, n’ayant pas trouvé de quoi en faire un homme ni de quoi en faire une femme , 11’osa se prononcer. Au reste , voici la description qu’en donne Hufeland , sous le titre ^hermaphrodite femelle , ( Journal der pratischen Heilkunde , t. xii, p. 170) : « Marie- Dorothée D., actuellement âgée de 22 ans, est petite, brune, d’une constitution délicate et d’une taille bien proportionnée ; son visage qui ressemble à celui d’une femme, a un peu de barbe; sa voix est moins celie d’une femme que celle d’un homme , et sa poitrine qui est plate , est tout à-fait celle d’un homme. Elle a une verge d’un volume considérable, mais bien et parfaitement formée , presqu’eutiè rement dégagée des autres parties , pourvue d un prépuce complet et mobile sur le gland , susceptible de faibles érections, surtout le matin, ne couvrant, dans son état naturel , qu’im parfaitement les parties de la génération , mais dépourvu de l’urètre quoi-
qu’il y ait une petite fossette rouge à l’endroit ordinaire au milieu du gland.
Les grandes lèvres sont dans l’état tout-à-fait naturel, les petites peu apparentes, le méat urinaire est sous la verge ; le vagin est si étroit qu’il admettrait à peine le tuyau d’une plume; le bassin est entièrement formé comme celui d’une femme, et les règles se sont établies dans l’ordre accoutumé depuis quelques années. Il n’y a aucune trace de testicules ni d’impulsion érotique , l’on a au contraire remarqué dans toutes les occasions la pudeur, la chasteté et la décence propres au sexe féminin.
Ainsi , l’existence manifeste des organes et des qualités propres à la femme, l’absence des testicules, parties essentielles delà virilité, ne peuvent faire admettre celte personne que pour une femme avec un clitoris monstrueux, que sa voix inalc , sa barbe et le défaut de mamelles rapprochent de la virilité, ou plutôt de ce que l’on nomme en latin virago . »
L’on voit, d’après ces détails, que Hufeland a principalement motivé son jugement sur l’absence des testicules qui , chez les hommes, restent quelquefois cachés dans l’abdomen ce qui arrive surtout quand les sages-femmes et, les guérisseurs de maux qui n’existent pas en empêchent la descente dans les bourses, par des bandages, sous
prétexte de guérir les hernies des enfans nouveau nés. Il est certain, d’après cela, que Ion serait grandement exposé à se tromper sur le sexe d’un individu , en basant son jugement sur l’absence des testicules , sans pouvoir vérifier s’ils n’existent pas ailleurs que dans les bourses; et c’est probablemen t là ce qui a empêché le professeur Metzger de se prononcer, vu qu’un flux de sang périodique peut aussi devenir le partage des hommes dans certaines circonstances produites par l’idiosyncrasie ou par les maladies, etc. Pour arriver à plus de certitude, il aurait fallu porter une sonde dans le vagin ou dans la vessie , et introduire en même temps le doigt indicateur dans le rectum, pour s’assurer, par leur rapprochement , s’il y avait ou non un utérus chez cet individu. Metzger dit , en parlant de Marie-Dorothée Derrier, dont il a revu la conformation vicieuse chez un enfant de 5 à 6 ans , que de tels individus dont les organes sexuels sont si difformes, qu’on ne peut leur attribuer aucun sexe, sont ceux que l’on pourrait peut-être regarder avec raison comme hermaphrodites (1).
(i) Dieienigen kocnnten viclleichl eigentlich mit Recht Zwitter genannt werden , deren Geburtstheil so missgestaltet sind, dass sie zn keinem Geschlecht füglich gercchnet werden koennen. Unter dieser Anzahl rcchne ich Maria Dorothca Derrier. (S. meine Gericht. med. Abh I, p. 177, u. lï.) Jch habe seitdem ein ganz æhnlich gebildetes Kind von 5-6 Jahren geschen(V. Kurzggefasstes System, der gerich. Arzneiw . \’on J. D. Metzger, i8o5.)
Voyez d’ailleurs l’article Hermaphrodite , par M. Marc, dans le Dicl. des sc. méd ., p. ic5.
Sous le titre de Jacqueline Foroni rendue à son véritable sexe , a paru à Milan, an x (1802), l’iiistoire détaillée d’un garçon élevé comme fille , dont je me contenterai d’extraire ce qui suit. Quatre membres de la classe médico-chirurgicale de l’Académie virgilienne de Mantoue, Tonni, Tinelli , Paganini et Ballardi , avec le commissaire des guerres François Siauve, le professeur de peinture Campi , partirent, avec l’autorisation du gouvernement, le i5 mai 1802 , pour Rover-- Relia, où ils s’adjoignirent le podestat Madaschi et son secrétaire Tambelli : ils sc rendirent chez les parens de Jacqueline , alors occupée dans les champs à cueillir des feuilles de mûrier. Iis apprirent de sa mère que ses parties sexuelles avaient, à sa naissance, présenté une légère différence à laquelle on attacha d’abord peu d’importance; que , plus tard, deux sages-femmes de Roverbella et celle de Villafranca avaient assuré qu’elle était réellement du sexe féminin , mais qu’une défectuosité l’exposerait à perdre la vie dans un premier accouchement, si elle se mariait ; quelle avait 20 ans, qu a 18 ans elle avait éprouvé par deux reprises différentes une légère hémorrhagie aux parties sexuelles , et que quelques dérangcmens de santé l’avaient fait recourir plu-
sieurs fois à la saignée et à d’autres remèdes ; que toutefois elle jouissait d'une bonne santé. Elle ajouta qu’elle avait toutes les habitudes du sexe féminin, et on sut aussi que ses affections la portaient vers le sexe masculin. A 1: arrivée de Jacqueline , le podestat la détermina à se prêter à un examen dont il ne pouvait résulter aucun désagrément pour elle, vu qu’on ne croyait plus à l’existence des hermaphrodites, comme dans les temps d’ignorance. L’ayant fait déshabiller, on reconnaît dans cet individu , de la taille de quatre pieds dix pouces quatre lignes et quart, bien proportionné, des poils à la lèvre supérieure et au menton, qui, ne se terminant pas en pointe, avaient été coupés; quelques autres poils épars sur les bras et sur les cuisses ; l’éminence, appelée pomme d’Adam, très-prononcée ; des clavicules grosses et saillantes ; la poitrine plate, des mamelles saillantes, arrondies en forme d hémisphères aplatis, avec un petit noyau mamillaire ; un intervalle de i3 pouces 11 lignes 5/4 d’un acromion à l’autre ; un hassin étroit dans sa partie supérieure, ayant de la crête d’un ileum à l’autre q pour 10 lignes, tant par devant que par derrière ; les fesses petites et resserrées ; l’arc des pubis aplati, le sacrum presque droit; le coccix arqué à sa pointe et très-incliné vers l’anus ; les deux fémurs presque droits; la rotule
grosse et large, le bas-ventre peu saillant, le mont de Vénus maigre et aplati , garni d’un poil presque noir et touffu ; au dessous, deux bourses en forme de poires, longues d’environ 3 pouces , la droite plus longue de quelques lignes que la gauche, parsemées de quelques poils rares, lesquelles ressemblaient à deux grandes lèvres mal Conformées, et étaient divisées par une lente qui de la sympliise des pubis descendait jusqu’au périnée; on sent dans chaque bourse un corps ovale, irrégulier, mollasse et assez sensible, surmonté d’un vaisseau d’inégale grosseur, que l’on peut suivre avec les doigts jusqu’à l’anneau inguinal , divisé transversalement en deux parties égales. En écartant ces deux bourses, on découvre supérieurement un corps long d’un pouce, gros comme un doigt index ordinaire , de la figure d’un membre viril , ayant son gland pointu, avec une couronne assez saillante et recouvert en partie d’un prépuce qui , tiré légèrement , le recouvre tout-àf ai t ; on remarque dessous une certaine quantité d’humeur sébacée. En relevant ce membre sur les pubis, on voit par dessous une entaille ou rainure dont les deux lèvres latérales, rapprochées avec les doigts , offrent un canal qui se prolonge jusqu’au gland , en forme d’urètre naturel : à la racine de ce membre renversé sur les pubis se présente, sous lorme d’entonnoir ou de vagin,
une ouverture rouge, très-lisse, vasculaire, sans poils ni rides , où l’on peut introduire deux doigts sans résistance. En introduisant le doigt , on sent un fond mollasse, sans pouvoir franchir au delà. En y introduisant une sonde de gomme élastique, elle entre facilement , sans mandrin , jusque dans la vessie, et sert de canal à l’urine , qui s’échappe en abondance. La sonde , avec son mandrin, promenée en divers sens, ne fait découvrir aucune autre ouverture. On n’a découvert ni utérus, ni vagin. De tout cela, les commissaires ont conclu à l’unanimité que Jacqueline était un garçon , et que son inclination pour les hommes, de préférence aux femmes , était une aberration morale ( gioco morale) , que son éducation, sa croyance et ses habitudes ont produite. En effet, selon Zacchias , un hermaphrodite doit être réputé homme par le seul fait de la présence des testicules ou seulement d’un seul , même sans apparence dès autres parties de la génération; et, dans le cas précédent , se trouvaient les deux testicules , le membre viril , etc., sans aucune partie réelle du sexe féminin.
Le docteur Sonsis de Crémone a observé , en 1795 , et fait connaître un cas à peu près pareil , chez Christine Zanneboni , qui avait pris la fuite pour se soustraire à un mariage avec un homme pour lequel elle n’avait point d’inclination, étant
elle-même du sexe masculin, quoique regardée et élevée comme fille.
On peut être trompé sur le sexe d’une femme , lorsque , par une descente de matrice, le museau de tanche fait saillie en dehors, sous forme de membre viril , comme chez Marguerite Malaure , qui, en 1690, vint à Paris en habit d’homme, lepée au coté et le chapeau retroussé , se croyant elle-même hermaphrodite , et crue telle partout Paris y même dans les assemblées de médecins et de chirurgiens où elle se fit voir, jusqu’à ce que le chirurgien Saviard , moins crédule et plus attentif que les autres, eût déclaré , en la voyant, que ce garçon avait une descente de matrice , et eût fait cesser toute ambiguité en la réduisant. Cette femme , dont on peut lire l’histoire dans les Œuvres de Saviard et dans X Encyclopédie méthodique , présenta, après sa guérison, une requête au roi , pour pouvoir reprendre les habits de femme, malgré un jugement des Capitouls de Toulouse , qui lui avait enjoint de porter les habits d’homme.
Ce qui peut aussi en imposer, c’est l’occlusion du vagin par un développement extraordinaire de l’hymen ou d’une membrane analogue , coïncidant avec un prolongement du clitoris et des petites lèvres appliquées dessus, en recouvrement; ce qui simule le membi'e viril d’un homme af*
fecté d’hypospadias. Telle était Adeline Le fort , âgée de 16 ans , qui se montrait comme hermaphrodite pour une légère rétribution , et qui , arretée sous des habits d’homme , par la police, le i3 d’octobre 1 8 1 4j? à Paris, fut conduite à la maison de la Petite-Force , où le docteur Jacquemin , qui en était médecin , s’assura que c’était une femme dont il a donné une notice avec une gravure dans le tome lii du Recueil périodique , ou Journal général de Médecine. 11 paraît que c’est le même sujet qui a été désigné et décrit sous les noms de Marie-Madeleine Lefort , dans le Bulletin de la Faculté de médecine de Paris , de i8i5, n° il, d’après un rapport du professeur Béclard, qui avait été nommé avec MM. Chaussier et Petit-Radel pour en constater le sexe. « Il parait enfin , dit M. Béclard, que la personne soumise à l’examen de la Société est une femme. On découvre en effet chez elle plusieurs des organes essentiels du sexe féminin (un utérus, un vagin), tandis qu’elle n’a du sexe masculin que des caractères secondaires , comme la proportion du tronc et des membres, celle des épaules et du bassin , la conformation et les dimensions de cette cavité, le volume du larynx, le ton de la voix, le développement des poils, l’urètre prolongé audelà de la symphise des pubis, etc. »
L’expression il parait du commencement de ce
passage, rapprochée de celles qui le terminent, annonce du doute sur le véritable sexe de Lefort , d’où l’on peut conclure qu’il y a des individus dont le sexe n’est pas facile à déterminer sans le secours de la dissection.
M. Béclard semble admettre dans son rapport à la Société de l’Ecole de médecine de Paris, d’après Arnaud ( Dissertation sur les hermaphrodites) , Mascagni ( Mémoires de l académie italienne ), Laumonier ( Pièces en cire du muséum anatomique de la Faculté , n° 25), et le sujet observé à Lisbonne en avril 1807 Par Handy ( Medical repos itory , n°45), qu’il peut se rencontrer dans l’espèce humaine un hermaphrodisme stérile, c’està-dire que les organes de l’un et l’autre sexe peuvent coexister incomplètement dans le meme individu. Mais les faits sur lesquels il appuie son opinion ne 111e paraissent pas assez authentiques pour l’admettre. On sait que l’urètre peut se partager en plusieurs canaux, qu’il y a des hommes qui ont trois testicules, etc. , et en pareils cas la prévention , l’amour du merveilleux et la légèreté convertiront sans hésiter un testicule en ovaire et un canal urétral en vagin; j’ai déjà noté qu’un mari, sans s’en douter, avait exercé le coït par le canal urétral de sa femme qu’il avait pris pour le vagin.
L’hypospadias coïncidant avec une division bi-
fideel un renfoncement du scrotum par une bride du canal de l’urètre ou autrement, peut également simuler l’iiermaphrodfsme ou taire prendre le change sur le sexe. Le docteur Vorbe a communiqué en i8i5 l’observation d’un individu de cette espèce à la Société de l’Ecole de médecine de Paris, et celle-ci l’a consigné dans le dixième numéro de ses Bulletins de la même année. Il y est dit que le 9 janvier 1792 un enfant fut baptisé sous les noms de Marie-Marguerite , par le curé de Bu, arrondissement de Dreux; que le chirurgien du lieu, consulté pour une douleur et une tumeur de l’aine droite ; à l’époque du développement des organes de la génération , crut que c’était une hernie, et donna un bandage; que ce bandage, qui faisait souffrir au lieu de soulager, ayant été mis de côté, la tumeur (un testicule) descendit et ne fit plus souffrir ; que Marie , élevée comme fille pour les occupations du ménage, leur préférait en grandissant les travaux des champs , et qu’à vingt-deux ans , ses parens sachant qu/elle n’était pas faite comme les autres, ni réglée, la soumirent , pour ne pas abuser le fils d’un vieil ami qui la demandait en mariage , à l’examen du docteur Vorbe, qui, ayant reconnu un scrotum divisé en deux lo^esavcc un testicule
dans chacune et une verge imparfaite par l’existence d’un hypospadias très-compliqué, déclara
que Marie ne pouvait se marier comme femme t qu’elle était homme. Sur une requête présentée au tribunal de première instance de Dreux, pour laire réformer l’acte de naissance et constater le sexe masculin , il fut ordonné le i(3 octobre i8i3, sur le rapport du président et les conclusions du ministère public , que Marie-Marguerite N. serait vue et visitée par trois médecins ou chirurgiens. En conformité de ce premier jugement, Je () du même mois , les docteurs ayant procédé à la visite requise, firent le rapport suivant :
« Examen fait, nous avons reconnu que le scrotum était divisé dans toute son étendue; dans chacune de ces divisions un corps que nous reconnaissons être un véritable testicule, dont le droit est plus volumineux et plus descendu que le gauche , et entre ces deux corps une prolongation charnue ayant une fente à son extrémité et imperforée , recouverte par un prolongement de la peau, qui n’est autre chose que le prépuce et sa prolongation; la verge très-peu développée, et au dessous , à un pouce et demi environ en avant de la marge de l’anus, une ouverture qui est la véritable ouverture de l’urètre. Quant au reste du corps, nous n’avons rien vu d’extraordinaire, si ce n’est un développement plus considérable des mamelles, que nous attribuons à la forme des vêternens quelle a portés jusqu’à ce moment, nous
estimons que le véritable sexe de Marie-Marguerite N. est le masculin. »
Quoique le procureur du roi trouvât ce rapport incomplet, en ce que les experts, se bornant à l’examen des parties sexuelles , n’avaient rien dit de l’habitude du corps, de la barbe, de la voix, etc., il n’empéelta pas l’adoption des conclusions, et le tribunal déclara Marie-Marguerite N. appartenir au sexe masculin, ordonna que cet homme quitterait ses habits de femme, et que son acte de naissance serait et demeurait rectifié.
Un individu pareil au précédent a été présenté à l’Académie royale de médecine de Paris , à la fin de l’année 1824* Voici ce qu’en a publié le docteur Miquel dans le numéro du 5 janvier 182 5 de la Gazette de santé , devenue très-intéressante par sa rédaction et le choix des articles : « On a présenté à l’Académie de médecine un individu que l’on montrait aux environs du Palais-Royal comme une espèce d’hermaphrodite. Il résulte de 1 exploration qui en a été faite , que celte prétendue femme harhue n’est autre chose qu’un homme dont le scrotum bifide est surmonté d’un pénis imperforé à son extrémité et présentant seulement à sa racine l’ouverture extérieure de l’urètre. Le doigt introduit dans le rectum, tandis qu’une sonde était portée dans la vessie, afait reconnaître qu’il n’y avait point d’utérus, et que
ce vice de conformation n était autre chose qu’un nouvel exemple d’hypospadias. M. Flamant, présent à cette séance, a rapporté un exemple toutà-fait semblable qu’il avait récemment observé à Méziè res.
Ne peut-on pas présumer avec beaucoup de vraisemblance que deux hommes se trouvaient unis par le mariage dans le cas suivant rapporté par Baudelocque, /. c. p. i48ï « Nous avons eu occasion de connaître en 1786, dit cet auteur, une femme âgée de vingt-huit ans, grande et bien constituée, chez qui l’on ne découvrait aucun indice de la matrice, quelque profondément qu’on introduisît le doigt dans le rectum, et qu’on déprimât de l’autre main la région hypogastrique; une membrane très-épaisse , que les efforts répétés de l’acte du mariage avaient alongée, semblait voiler* l’entrée du vagin , et fournir en cet endroit, quand on l’enfonçait avec le doigt, une espèce de cul-de-sac de la profondeur d’un pouce. Cette femme a la plupart des inclinations de notre sexe; elle aime la chasse, cultive les lettres, etc. , et 11’a jamais rien ressenti qui annonçât la rétention du sang menstruel , ni meme le ^besoin d’éprouver cette évacuation; elle est mariée , et ne remplit ses devoirs de femme que trèsimparfaitement et sans en goûter les douceurs. »
En comparant cette observation avec celles qui
précèdent, il est difficile de douter que la femme dont parle Paudelocque ne lût réellement un homme hypospade, marié comme femme à un autre homme, et certainement cette prétendue femme ne présentait pas au physique et au moral des caractères aussi apparens et aussi spécieux du sexe féminin que l’hypospade dont j’ai rapporté l’historique sous le nom de Jacqueline Foroni , qui croyait avoir eu ses règles , présentait un urètre en forme de vagin qui se terminait en cul-de-sac , avait, par son éducation, contracté le goût et l’habitude des occupations du sexe féminin, éprouvait de plus de l’inclination pour les hommes , et avait meme été sur le point d’en épouser un.
En supposant la rencontre d’un hermaphrodisme véritable dans l’espèce humaine, qui ne me paraît admissible que dans le cas de deux corps chacun de sexe différent, réunis en un seul, comme dans les monstruosités, j’aimerais mieux en attribuer la cause, de meme que celle d’une différence de sexe dans les jumeaux, à une égalité d’énergie générativc dans les deux parens , que de la chercher dans l’explication suivante, donnée par M. Marc , p. 1 1 2 du vol . xxi du Dict. des Sc. méd. « Pour expliquer jusqu’à un certain point l’origine de 1 hermaphrodisme , je pense qu’il est indispensable de supposer , avec
Home, que la destination sexuelle ne préexiste pas dans le germe, et quelle ne s’y établit que par l’acte de la fécondation ; que par conséquent chaque germe pouvant devenir, selon les ciicons lances , mâle ou femelle, cet acte peut quelquefois et sous des conditions que nous ignorons, s’écarter de ses effets ordinaires sur le germe , de manière à produire dans les rudimens de l’appareil génital , soit une indétermination de tendance plastique, soit une tendance en quelque sorte double ou divergente, dont lune suit plus ou moins imparfaitement les lois d’après lesquelles se forme l’organisation génitale d’un sexe , tandis que l’autre affecte celles qui président à la formation de l’organisme génital de l’autre sexe. » En étudiant cette explication que je ne me flatte pas d’avoir bien comprise , d m’a paru qu elle disait que Ehermaprodisme venait de ce que , par l’acte de la fécondation, il se formait, sous des conditions que nous ignorons, deux sexes par une double tendance plastique qui affecte les lois de la formation de l’organisme génital , ou par une indétermination de tendance ; c’est-à-dire en abrégé, que l’hermaphrodisme ou les deux sexes d’un individu viennent de ce qu’il se forme deux sexes par une double tendance ou par un défaut de tendance plastique, ce que les curieux doivent être bien aises d'apprendre , surtout s ils ont
ignoré jusqu’ici, qu’il se formait quelque chose par un défaut de tendance à une formation quelconque. Voilà au moins une explication toute prèle pour le cas où il se rencontrerait un hermaphrodite réel , et que l’on n’accuse pas notre siècle d’incapacité et d’ignorance , puisque l’on explique meme la manière dont se font les choses qui ne se font pas. Au reste , ce qui me fait craindre de n’avoir pas bien compris l’explication précédente , c’est que je n’ai pu concilier Yindispensabilité de supposer , avec Home , <jue la destination sexuelle ne préexiste pas dans le germe, avec cet autre passage de M. Marc, meme art., p. 76) : « Le germe de tout corps organisé nous paraît devoir renfermer en lui les premiers linéamens de chacun des organes qui constituent la nature de l’être vivant auquel il appartient; mais il 11e jouit que de la vie commune à toutes les parties de l’individu , tant qu’il n’a point encore été fécondé : ainsi tout germe nous semble préexister a la génération. »
Sans dire que le grand œuvre des sciences médicales, qui doit servir de boussole ou de phare à tous les médecins, soit tel que le chaos défini par Ovide : Rudis indigestaque moles, nec bene junctarum discordia semina rerum ; il a cependant quelque chose de l’époque de sa publication, où les uns disaient oui, d’antres non , et
quelques-uns oui et non , selon les circonstances, quand on leur demandait s’ils étaient pour le nouvel ordre des choses.
Nous avons vu que pour satisfaire à toutes les exigences , M. Virey adopte aussi le pour et le contre sur les causes de la fécondité , chap. vm. En admettant la préexistence des sexes dans les ovaires , c’est-à-dire , en supposant, sans preuves, que chaque œuf contient déjà les premiers linéamens de chaque organe et par conséquent un sexe déterminé avant la fécondation, il s’élève de grandes difficultés, celles entre autres de savoir pourquoi une femme mariée plusieurs fois n’a eu que des fdles avec l’un de scs maris, tandis qu’avec l’autre, elle n’a eu que des garçons; pourquoi aussi certains signes de famille 11e se transmettent que par les hommes, etc.; ce dont j’ai fait mention ailleurs.
J’ai déjà parlé, chap. iv , de la théorie des anciens sur la production des sexes. Sans en revenir aux détails que j’ai donnés, il n’est peutêtre pas inutile de rappeler, en résumé, qu’ils supposaient que le testicule droit et l’ovaire droit produisaient les mâles, tandis que les femelles s’engendraient à gauche. C’est d’après cette théorie dont Plutarque fait honneur à Parménide, et à laquelle Anaxagore, Aristote, Hippocrate et Galien ne sont pas restés étrangers, que les épou.v
se plaçaient dans leur lit en conformité de leurs désirs, c’est-à-dire qu’il fallait que le mari couchât à droite, s’ils désiraient des garçons, et à gauche s’ils souhaitaient des filles. L’on s’imagine Lien que cette hypothèse a été appuyée sur de nombreux exemples de succès par ses fauteurs qui , imitant les partisans du pouvoir de l’imagination maternelle, ont soigneusement enregistré les cas favorables à leur prévention , en oubliant ou en révoquant en doute ceux qui lui étaient contraires. Pour que les faits probatifs ne leur manquassent pas , il a suffi que leurs moyens de succès fussent innocens, en ne mettant aucun obstacle à l’œuvre accoutumé de la nature qui reproduit les deux sexes dans une proportion degalité qui ne donne qu’un léger excédant de garçons , excédant qui provient vraisemblablement de ce que les hommes ont plus souvent atteint la force de l’âge en se mariant que les femmes, et peut-être aussi de ce que ces dernières sont déjà négligées par l’amour , lorsqu’elles arrivent au complément de leurs forces, soit par caprices ou par la crainte d’une famille trop nombreuse. Ce qui a paru aussi donner du crédit à la même hypothèse, c’est que Pline et Columclle, dont les ouvrages sont souvent lus par des personnes d’un savoir superficiel, ont écrit, d’après Démocrite, qu’en liant le testicule droit ou gauche à un be-
lier, on lui fesait produire des agneaux femelles ou mâles : cela prouve au moins que les anciens ne pensaient pas comme quelques modernes, que les germes préexistassent à la génération avec les premiers linéamens de chaque organe .
Millot a ressuscité sur la fin du dernier siècle, et a paru s’approprier l’opinion surannée de la génération des mâles à droite et des femelles à gauche, bien que l’erreur en ait été démontrée par Ambroise Paré, Diemeibrock , Vesale, Bartholin, Harvey , Hoffmann , Legallois et autres, au moyen d’observations et d’expériences d’où il résulte que des hommes privés d’un testicule, et des femmes privées d’un ovaire, ont également engendré des individus des deux sexes; que des fœtus mâles se sont trouvés à gauche, et des fœtus femelles à droite , chez les mères mortes avant d’en être débarrassées, et qu’une femme chez qui la trompe de Faîlope droite avait été détruite, accoucha d’un garçon et d’une fdle , au rapport de Cyprian dans une lettre à Meilington. Tout bien examiné , l’opinion la plus plausible est donc celle qui attribue la détermination d’un sexe semblable au sien, à celui des deux païens qui met la part la plus forte ou la plus consistante dans l’acte de la génération. En supposant une part absolument égaie des deux parons dans l’acte génératif , la nature, qui tend invariablement â la
reproduction des êtres , réglera le sexe sur le plus de consistance, de chaleur, d’impulsion plastique, de rapports consanguins, etc., que présentera l une des liqueurs prolifiques, dont la parfaite identité est impossible, puisqu’elle ne se sécrète ni par le même individu ni parles mêmes organes, et que d’ailleurs elle a quelque chose d’emprunté à l’âge, à la nourriture, au caractère, à 3a force respective, qui ne sont jamais exactement les mêmes dans les deux parens.
Mais, admettons la possibilité et la rencontre d’une part parfaitement égale de chacun des parens à l’acte de la reproduction , faudra-t-il que la nature reste inerte entre deux impulsions égales , l’une vers un sexe , et l’autre vers le sexe opposé , à peu près comme un corps , poussé en sens contraires par des puissances égales , reste immobile entre elles : alors de deux choses l’une : ou la nature ne produira rien, et , dans ce cas , il 11e faut point d’explication; ou elle produira un individu sans sexe, et, dans ce dernier cas, il est raisonnable d’attendre l’évènement pour en rendre raison. Faire de pareilles suppositions, c’est renouveler la fable de l’âne qui se laisse mourir de faim entre deux picotins d’avoine égaux, parce que l’impulsion qu’il sent pour l’un étant neutralisée par une impulsion aussi forte qu’il ressent pour l’autre, son choix devient impossible.
sa
J1 11e s’agit que d en faire l’expérience, pour voir comme ce raisonnement est juste.
La nature ne sommeille jamais, et si son action est subordonnée aux matériaux qui lui sont offerts, elle n’en est ni moins constante ni moins réelle. En supposant une occurence de principes de génération d’égale force, pour l’un et l’autre sexe, son activité 11’en serait point paralysée, non plus que sa tendance à reproduire un seul sexe , qui serait déterminé par le droit du premier occupant , ou du mouvement anticipé de l une des deux humeurs prolifiques sur l’autre, puisque le type primordial 11e donne lieu qu’à un sexe unique. Une nature inerte, ou sans tendance déterminée, comme la suppose M. Marc, est un nonsens, car rien ne se forme sans tendance formative ou plastique. Voilà pourquoi Blumenbach a placé le principe des créations dans un ni sus formations. Aussi voyons-nous que si les organes sexuels restent quelquefois imparfaits , ainsi que d’autres parties du corps , ce qui peut arriver par l’insuffisance des principes élémentaires et par beaucoup d’autres causes dont j’ai indiqué les plus connues et les plus probables dans mon traité De V Imagination , l’on 11e connaît pourtant aucun cas où ces organes aient absolument manqué, ni aucun où les caractères d’un sexe 11’aient prédominé sur les caractères de l’autre, ni par consé-
quent aucun où il y ait eu défaut de tendance plastique , à moins que la partie du corps destinée à les contenir irait aussi manqué, comme dans le monstre sans sexe ni pieds , qui , au rapport de Holtinguer ( JEph . gerrn. dec 5 an 9 et 10), avait le bas du corps terminé en pointe.
E11 opposition à ce que j’ai établi sur l’existence contre nature des deux sexes chez le même individu, M. Isidore Geoffroy St. -Hilaire rapporte, P. 35 d’une thèse sur les Monstruosités (i4 août 1829) , que le professeur Duméril lui a communiqué deux exemples d’hermaphrodisme, l’un sur un spliynx du tilleul ou smérinthe , et un autre sur un demi-paon male qui offrait le sexe male d’un côté et le sexe femelle de l’autre. « Enfin, ajoute l’auteur , quelques entomologistes ont observé, comme M. Duméril, des papillons mâles d’un côté et femelles de l’autre. Cette dernière anomalie paraît être peu rare. »
Ici la véracité et la capacité reconnues des témoins ne me permettent pas de passer ces faits sous silence, 11e fut-ce que pour appeler d’une manière plus particulière l’attention des naturalistes sur l’hermaphrodisme dans les espèces où il n’est pas naturel , vu le peu d’observations bien faites sur ce sujet. Mais je n’admets pas pour cela l’existence du même phénomène dans l’espèce humaine , d’après les observations que l’on prétend
avoir faites jusqua ce jour, si ce n’est dans les cas où un seul corps proviendrait de la fusion de deux autres corps de sexes différens. N’aurai t-ce pas meme été par suite d’une pareille fusion, que le demi-paon mâle , selon le texte de M. Isidore Geoffroy St.-Hilaire , observé par M. Duméril, aurait présenté les deux sexes ?