‹ Anthropogénèse, ou génération de l'homme, avec des vues de comparaison sur les réproductions des trois règnes de la natureChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dos divers systèmes imaginés sur les élémens de la synthèse

organique.

Prétendre avec Vanhelmont que toute la matière séminale est dans la femme , et que 1 homme y communique seulement l’archée , ou l’esprit vital , ce n’est plus, il est vrai , assimiler les principes générateurs des deux sexes , en les désignant sous la même dénomination ; mais c’est s écarter de l’acception étymologique et usuelle , qui donne le même sens aux mots sperme et semence , dont elle fait le partage des mâles , outre que 1 on tombe dans une hypothèse absolument dénuée de preuves, et même de vraisemblance; car 1 arcliee, désignant un principe purement imaginaire, n est qu’un mot vide de sens.

J’aimerais encore mieux, hypothèse pour hypothèse, admettre que le mâle est idioelectrique et la femelle anéleclrique , et que le germe ou

l’œuf électrisé par le mâle , passe à l’état «révolution vitale ; parce que l’électricité n’est pas un être de fantaisie comme l’archée , et que les phénomènes qu’on lui prête pour les corps organisés vivans , se rencontrent dans les corps soumis aux lois générales de la physique. Mais pour faire rentrer cette dernière hypothèse dans la catégorie des rêves chimériques d’où elle sort , ne peut-on pas arguer qu’en électrisant des œufs non fécondés par un mâle, de même qu’en faisant accoupler des animaux d’espèces très-disparates il n’en résulte rien, quoique cependant l’on conserve alors toute sa puissance à l’électricité? Au moyen d’une chaleur modérée et soutenue, on peut suppléer à l’incuhation pour faire éclore des œufs qui, à la vérité, doivent avoir été fécondés. Cela prouve que si le sperme n’agit pas uniquement comme principe d’électricité, il n’agit pas non plus uniquement comme principe de chaleur, mais encore comme un élément spécifique dévolution vitale, élément qui n’est peutêtre qu’un rudiment, ou une matière de première forme propre à chaque espèce d’animaux, et provenant induhitahlement des deux sexes , avec quelque variété de composition pour une même destination , puisque les petits animaux présentent une sorte d’amalgame des caractères de leurs

père et mère , non-seulement dans les mulets ,

mais aussi dans les individus de races franches. Si l’on avait un moyen d’isoler l’un de l’autre le calorique et le fluide électrique, il serait curieux de savoir si , en tenant des œuls fécondes dans une atmosphère soutenue de ce dernier fluide, l’on obtiendrait le même résultat que par la chaleur et par l’incubation : on arriverait, par cette expérience, à connaître si 1 électricité est un moyen aussi indispensable que la chaleui poui le travail vital de la nature organique. Deusingius regardait la présence du caloiique dans h sperme comme si évident , et comme si necessaire dans la reproduction , qu il a prétendu, dans une dissertation sur la génération du fœtus ( Gcnesis microcosmi , seu de generatione Joelus) , que le père ne contribue à la génération que comme le soleil à la production des plantes. Il assure aussi que la nature met plus d un mois , chez les femmes, et chez les biches qui portent à peu près le même espace de temps, pour former les diverses parties ; et j’avoue qu’ayant examiné des avortons de quatic a cinq semaines, j’ai à peine pu distinguer à l’œil nu toutes les parties du corps, tant l’ébauche de quelques-unes était encore imparfaite. Le bourgeonnement du visage chez les adolescens et les adolescentes continens, de même que la croissance de la barbe et des poils, indiquée par le mot de puberte , que

jes lois romaines et les lois françaises ont fixée à quatorze ans pour les garçons et douze ans pour les filles , sont aussi des indices d’une augmentation de chaleur et d’électricité portées dans l’économie par la sécrétion des humeurs génitales. On peut aussi remarquer comme une preuve du rapport intime du calorique avec les fonctions génitales, que la faculté d’engendrer se développe en raison de la chaleur du climat.

Ne pouvant pénétrer le secret de la nature dans son mode d’organisation élémentaire, quelques naturalistes, tels que Bonnet, Spallanzani et autres, sous prétexte de résoudre la difficulté, l’ont reculée jusqu’à la création du monde, en supposant , avec Anaxagore , une préexistence de germes emboîtés les uns dans les autres, comme des poids à peser ; et. selon eux, la génération ne serait qu’une évolution successive de ces germes, que la première femme aurait tous portés pour les hommes nés et à naître, et ainsi de suite chez les autres animaux.

On a appuyé l’hypothèse de cette génération par emboîtement ou par évolution successive , sur la rencontre assez fréquente d’un citron dans un citron , d’un œuf dans un œuf, et sur un exemple d’une femelle dans une femelle , dont Auguste Otto a parlé dans une dissertation latine, imprimée en 17/4.8 , à Weissenfels , sous le titre

de : De fœtu puerpera , seu de foetu in foelu * D’après ce système la matière deyrait être divisible à l’infini, et il ne serait plus possible de varier les races, de produire des mulets ou métis, ni même de rencontrer des êtres originellement difformes , car , dans ce dernier cas , un petit bossu de germe , en viciant le moule , exposerait toutes les générations futures à la même difformité, ou à un déboîtement (pii , par l’effusion de tous les germes ensemble , produirait un débordement de générations simultanées, à moins que le tarissement de toutes les sources de la vie n’en résultât. Comme le propre d’un rêve est de présenter des objets disparates et tronqués, les auteurs de celui-ci nous ont laissé ignorer , parce qu’ils ne l’avaient probablement pas rêvé, pourquoi l’évolution de ces germes est successive et non simultanée, et quelle est la cause qui en détermine et en règle si juste la mesure dans chaque femelle , pour qu’ils n’éclosent qu’un à un, deux à deux, etc., selon les espèces. 11 n’est pas dit non plus dans ce rêve , pourquoi la même femme 11e déboîte avec un mari que des germes femelles , et avec un autre que des germes mâles , et , selon les circonstances en déboîte tantôt un et tantôt plusieurs à la fois; ni si la stérilité des unes vient de ce que la boîte aux germes se brise ou se perd quelquefois , ni

enfin comment cette boîte se répare ou se retrouve quand un second mari fait cesser la stérilité. Une autre difficulté qui s’attache à ce système, c’est de savoir comment il se fait que certains maris ne fécondent qu’une boîte, tandis que d’autres en fécondent plusieurs à la fois. « Nous connaissons, dit M. Virey ( Dict . des sc. mécl. , t. xvm , p. 07 ) , 1 exemple de deux frères jumeaux qui ont eu de leurs femmes des jumeaux à plusieurs reprises , et la femme de l’un d’eux étant morte, sa seconde femme produisit aussi des jumeaux.» En voilà je pense plus qu'il 11e faut pour invalider le système de l’einboitement que Mil 1 in , comme nous l’avons vu précédemment, croyait avoir reconnu dans la reproduction du volvox.

La panspermie (1) rentre dans la même hypothèse, avec cette modification, qu’au lieu d’être emboîtés les uns dans les autres , les germes préexisteraient en molécules imperceptibles dans l’air, l’eau, la terre et toutes les substances alimentaires, seraient susceptibles d’assimilation, et ensuite capables de reproduire des êtres pareils à ceux auxquels ils auraient été assimilés. Avec un peu plus de simplicité, ou moins de divagation dans les idées, l’on aurait touché la vérité.

(1) Panspermie, des mots grecs -vy, tout, et <j- î/s/xa, semence.

Il fallait seulement dire que tout être vivant jouit de la propriété de s’assimiler ses alimens , et que ceux-ci une fois assimilés peuvent devenir propriétaires des facultés qui ont opéré leur conversion.

L’opinion de Buffon qui admet des molécules organiques , soumises à un moule intérieur et transmissibles, toujours actives , toujours prêtes à s’assimiler et à reproduire des êtres semblables à ceux qui les reçoivent , est un débris du même système avec des variantes , toutes aussi fantastiques et toutes aussi dénuées de preuves et de vraisemblance que le fond.

Pythagore avait systématisé la génération dans une harmonie ou un rapport de nombres d’une figure triangulaire, sur chaque angle de laquelle se trouvait l’animal qui engendre , celui qui est engendré et celui dans lequel il est engendré. G était, à la manière de certains physiciens allemands de nos jours, encombrer les avenues de la science par des fictions oiseuses , pour en rendre l’approche plus difficile.

Empédocle réadmettait point de génération véritable , mais il supposait une agrégation et une disgrégation d’élémens , d’où 'résultaient la vie et la mort. C’était transformer les effets en causes, sans rien expliquer , car l’agrégation d’élémens résulte de la vie sans laquelle il ne pourrait y

avoir qu'une agglomération confuse et informe de parties dissimilaires , et la mort arrive quand les agrégats , devenus trop compactes et trop rigides , 11e se prêtent plus aux mouvemens vitaux ou aux fonctions organiques. D après Empédocle , le contraire ayant lieu , les agrégations et les disgrégations seraient des phénomènes sans causes.

Stahl, à la tête des animistes, avec Van-Helmont , occupait lame à former de nouveaux individus par des idées séminales , c’est-à-dire des conceptions de formes ; et il expliquait les taches de naissance par les fantaisies de lame , que l’homme , selon lui , avait la faculté de transmettre au foetus, avec ses qualités physiques et morales. Dans ce système, la formation des plantes et des animaux auxquels on refuse une ame a été oubliée, et 011 ne sait plus à la fantaisie de qui il faut attribuer leurs difformités. Tout le mérite de son auteur est d’avoir éludé l’explication de la génération , dont il confiait le soin à un agent incompréhensible pour lui comme pour nous, qu’il tenait en réserve pour toutes les difficultés qu’il rencontrait dans les phénomènes de la vie , en mettant hors de cour et de procès tous les êtres vivans sans âme , parce que le propre d’un rêve est de présenter des défectuosités et des incohérences.

Harvey se fondant sur l’impossibilité où est le mâle de porter le sperme jusqu’à l’ovaire, et sur l’existence du germe dans l’œuf non fécondé, en avait conclu que l’embryon existe dans l’œuf , et que tout animal en doit sortir, n’attribuant au sperme que la propriété d’en provoquer l’évolution, et rejetant tout autre mode de génération.

Quoi qu’il en soit , admettre des germes tout formés dans les œufs , avant la réunion des sexes, ce n’est pas prouver que la nature n’en forme pas encore plus facilement par suite de leur réunion , ni que les choses se passent dans les vivipares comme dans les ovipares. Swammerdam et Redi , adoptant la doctrine de Harvey , ont cherché à prouver qu’elle suffisait à résoudre toutes les questions sur les générations , et nous verrons plus tard jusqu’à quel point cela est vrai. Linnée lui a aussi fourni un point d’appui , en enseignant comme un principe qui a été admis par la plupart des naturalistes, que le nombre des espèces est réglé sur celui des formes primitivement créées . De là F invariabilité des formes qui, renfermées dans le premier œuf de chaque espèce, se dériveraient d’œuf en œuf par des évolutions successives et infinies. En suivant d’un œil scrutateur les progrès de l’évolution d’un œuf, comme l’ont fait Malpighi et Haller, et en voyant se former successivement dans son germe vermiculaire un

cœur , une tête , des yeux , des vaisseaux , des intestins, puis des membres, l’on ne répugnerait pas trop à adopter le même sentiment, qui avait séduit Spallanzini au point de lui faire croire la participation du male inutile, pour certaines générations, d’après des expériences tentées sur le houblon, les épinards, le chanvre et la mercuriale, dont il avait arraché les individus males et renfermé les femelles sous cloches, ce qui ne l’empêcha pas d’en obtenir des semences fécondes. Mais ce qui peut infirmer ses inductions , c’est que , outre 1a. difficulté et l’incertitude d’un isolement capable de prévenir et d’exclure toute issue à la poussière fécondante , souvent imperceptible à l’œil , quand l’odorat en trahit la présence , d’autres naturalistes, tels que Moeller et Kaestner, ont vu et fait voir que les plantes dioïques deviennent fréquemment hermaphrodites , ce que Reichen a également démontré sur des fleurs d’épinard.

Cette opinion suppose la matière divisible à l’infini, et en accordant qu’elle le soit , ce que l’esprit ne peut pourtant concevoir , les variétés de formes produites par le croisement des races et des espèces, de même que par la différence des climats, de la nourriture et de plusieurs autres circonstances , seraient des phénomènes inexplicables et impossibles , aussi bien que les modifi-

cations génératives de la paterm le', puisque chaque forme préexistant , telle qu’elle aurait été donnée à la création du premier oeuf, ne pourrait subir d’autre changement que des évolutions successives. Si le sperme ne fesait que provoquer l’évolution du germe tout formé , sans entrer dans leur composition organique , les enfans ne reproduiraient pas les ressemblances physiques et morales qu’on leur reconnaît avec leur père ; ceux d’une même mère ne porteraient pas en eux la différence des maris qu’elle aurait épousés; les métis ne trahiraient pas les amours de deux races différentes, et l’agronome ne pourrait obtenir les qualités qu’il désire dans les mulets , ni améliorer les espèces par des croisemens bien ordonnés.

Or, comment admettre un mode de génération inconcevable pour la raison , et journellement démenti par la nature, qui se prête, non-seulement à l’industrie du jardinier , pour lui donner des variétés et des améliorations de fruits, ainsi que des hybrides par la greffe et la fécondation d’espèces voisines l’une de l’autre , mais aussi à l’industrie de l’agronome pour produire des mulets qui n’ont jamais tous les caractères de l’une des espèces productives et dont plusieurs sont inféconds, tandis (pie ceux (pii ne le sont pas reprennent la nature de l’espèce primitive à la quatrième génération, quand la copulation des

métis femelles continue à se faire avec un mâle de l’espèce franche ?

L’on ne connaît point encore toutes les possibilités réservées à l’industrie et au hasard , pour enrichir et varier le domaine de la nature par des productions végétales et animales; mais l’on sait queKoelreuter a obtenu la fécondation de chiennes par des renards; que les chardonnerets et les serins de Canaries se fécondent réciproquement et ' produisent des mulets aussi bien que les ânes et ânesses avec les jumens et les chevaux ; qu’il naît des variétés de poissons , surtout dans les cyprins, autrefois inconnus dans certains étangs ; que Gmelin a constaté que deux variétés de staphisaigre (delphinium) , en avaient au moins produit six en Sibérie ; que la même chose s’observe pour les chênes , les saules , les asters, les amarantes , les scabieuses et autres , sans parler de la conversion des organes sexuels en pétales dans les fleurs doubles ; et que s’il naît des espèces et des variétés nouvelles , les fossiles que nous tirons du sein de la terre prouvent qu’il y en a aussi qui ont cessé d’exister et d’autres qui cesseront probablement encore, comme on peut le présumer, entre autres, des cèdres du Liban, qui deviennent touj ours plus rares. Les fécondations végétales artificielles ramenèrent plus tard Linnée à l’idée que

les espèces des plantes , autrefois moins nombreuses, s’étaient multipliées par leur mélange, opinion qui a aussi été adoptée par Bonnet et par le savant botaniste Wildenow; et ce qui vient encore à son appui , c’est qu’au cap de Bonne -Espérance , l’on rencontre près de deux cents espèces d ’erica , plus de cinquante s tapelias , cinquante ixia et gladiolus , cent mésernbrj anthemum et plus de soixante-dix prolea , d’une si grande analogie, qu’on ne peut que difficilement leur appliquer des caractères distinctifs. M. de Lamarck n’admet dans les espèces qu’une invariabilité relative à celle des circonstances où se trouvent les individus qui les représentent , aussi bien dans le règne animal que dans le règne végétal. Aux preuves que j’ai déjà données dans mon Traité de l'Imagination et dans ma Physiologie intellectuelle , de 1 empire des circonstances pour modifier les individus, les races et les espèces, en voici quelques autres concernant les animaux.

Le mouflon ( avis fera siberica , vulgo argali dicta , de Pallas , ammon de Linnée , musimon. de Pline et Gesner), que l’on rencontre en Russie, en Syrie , en Sibérie , dans la Grèce, les îles de Corse , de Chypre et de Sardaigne , ressemble plus qu’aucun autre animal sauvage à toutes nos

brebis domestiques , dont il est regardé par les naturalistes comme la souche primitive. Plus grand , plus vif, plus fort et plus léger qu’aucune d’entre elles , il ressemble au bélier par la tête , le front, les yeux, les cornes, toute la face et l’habitude entière du corps , et produit avec la brebis domestique , ce qui indique qu’il en est la souche ou le prototype , quoiqu’il en diffère en ce qu’il est couvert de poil et non de laine. Mais l’expérience apprend que la laine n’est qu’une production accidentelle, occasionée par le climat tempéré, et qu’elle ne peut être considérée comme un caractère essentiel, puisque ces mêmes brebis se couvrent de poils dans les climats chauds et que leur laine redevient rude comme le poil dans les pays très-froids. D’ailleurs , le produit de l’accouplement du bouc avec la brebis domestique est , selon Buffon, un agneau couvert de poil ou une espèce de mouflon qui n’étant point infécond , remonte à l’espèce primitive , et semble indiquer quelque chose de commun entre nos chèvres et nos brebis dans leur origine. Dans l’état sauvage , la laine serait arrachée ou perdue dans les broussailles. « L’on voit, dit Yalmont- Bomare, Dictionnaire (V histoire naturelle , article Bélier et Mouflon , en Islande, des brebis à quatre et cinq cornes , à queue courte , à laine

dure et épaisse, au-dessous de laquelle se trouve , comme dans presque tous les pays du Nord , une seconde fourrure d’une laine plus fine, plus douce et plus touffue, tandis que, dans les pays chauds, on ne voit ordinairement que des brebis à queue longue et à cornes courtes , couvertes les unes de laine, les autres de poils et d’autres de poils mêlés de laine. A Madagascar et aux Indes , le mouton d’Arabie est couvert de poils; il a une trèsbelle laine en Syrie, et la brebis d’Angora semble vêtue de soie. »

C’est ainsi qu’en Afrique les hommes ont de la laine sur la tête , et qu’en Europe ils ont de longs cheveux lisses , surtout au Nord. Pareillement les chèvres de Cachemire et du Thibet ont une fourrure bien différente de celle des chèvres d’Europe, qui paraissent moins dégénérées par la domesticité que les brebis, puisque le bélier est impuissant avec celles-là , et que le bouc ne l’est pas avec celles-ci. Les plus gros mouflons, ou moutons sauvages de Russie , approchent de la taille du daim. Ils se livrent des combats et sont doués dans la tête , qui est pourvue de grosses cornes recourbées en arrière, d’une force si prodigieuse, qu’ona vu un mouflon de la ménagerie de Chantilly, casser net un gros barreau de fer de sa cage, en voulant donner un coup de tête à un homme qui l’agaçait. Mais la

force, la taille, la couleur ne sont point des caractères spécifiques , car la taille presque gigantesque des Patagons, la petitesse des Lapons, la force ou la faiblesse extraordinaires de quelques hommes , la couleur noire des Nègres ne les ont point fait exclure de l’espèce humaine. L’énorme différence de toutes les races de brebis n’est pas plus surprenante que celle que l’on remarque dans les autres espèces d’animaux , considérées sous des latitudes variées. En effet, les cochons sont blancs et hautmontés en Normandie, noirs en Savoie, d’un rouge-brun en Bavière ; les uns ont trois ongles , et d’autres n’en ont qu’un ; ceux qui ont été transportés à Cuba y ont acquis une taille du double plus grande. Les bœufs transportés au Paraguay ont éprouvé le même accroissement de taille ; ceux du cap de Bonne-Espérance ont les jambes longues ; ceux d’Ecosse les ont courtes; il y en a plusieurs qui sont sans cornes , comme en Angleterre , tandis qu’en Sicile ils en ont d’énormes. Les races des chiens et des chevaux offrent encore plus de différences. Ainsi l’invariabilité des races et des espèces est subordonnée à l’invariabilité des circonstances, et les modifications qui résultent de ces dernières ouvrent une vaste carrière à l’industrie agricole , pour l’amélioration et le perfectionnement des animaux utiles par le choix des

étalons et des femelles , le croisement des races et des espèces les plus voisines , la nourriture, les abris, l’habitation basse ou élevée , la liberté, la contrainte, l’exercice, le repos et autres influences reconnues favorables au but de la propagation.

De la capacité d’engendrer , du produit de la sécrétion sexuelle des mâles , et des causes hygiéniques de la fécondité en général.

La capacité d’engendrer plus précoce dans les pays chauds , et plus tardive dans les régions froides , ne se manifeste guère dans nos climats qu’à 1 ’âge de i3 à i4 ans chez les filles , et à l’âge de 16 à 1 7 ans chez les garçons; elle cesse d’ordinaire vers 4o ans chez les femmes, et vers 6o ans chez les hommes. J’ai cependant accouché une femme de 5o ans , et il y a des hommes de 70 ans qui possèdent encore les moyens nécessaires pour engendrer. On lit dans Blumenbach , (. Med . Bibl. , vol. 1 , pag. 558 et ss. ), qu’en Suisse une fille est devenue mère à neuf ans , et dans les Mémoires de ï Académie de Paris , ( t. vu, in-8° , page 27 ) , qu’une femme est enaccouchée à l’âge de 58 ans. Schurig rap-

core

porte dans sa Spermatologie , des exemples de capacité virile dans un âge extrêmement avancé; le plus étonnant est celui de l'Anglais Th. Pai r, qui passe pour avoir vécu i5o ans, et qui , remarié à 80 ans , eut encore deux fds de sa dernière femme, avec laquelle il vécut 3o ans. Justinien a fixé la puberté des gai çons à i4ans, et celle des filles est fixée à 12 ans par le droit canon. Mais la nature ne se laisse point assujétir à des lois fixes. Selon l’Ecriture sainte, Salomon engendra Roboam à l’âge de 12 ans, et Acliaz engendra Ezéchias à l’âge de 10 ans. Venette rapporte que Jeanne de Peirie, en Gascogne, fit un enfant à la fin de sa neuvième année, a Cette histoire, ajoute-t-il , 11’est point seule ; je pourrais en rapporter beaucoup de semblables qui sont arrivées en France et dans les régions chaudes, si celle que nous a laissée par écrit saint Jérome ne suffisait pas pour confirmer ce que je dis. Il nous assure qu’un enfant de dit ans engrossa une nourrice avec laquelle il coucha quelque temps. » Voyez La génération de l'Homme, ou Tableau de l’amour conjugal, etc., chap. m, art. 2. On peut dire, en thèse générale , que la capacité d’engendrer est l’apanage de l’homme dès l’instant et aussi longtemps qu’il éprouve des pertes de semence, ou a des pollutions, et que la fécondité des femmes commence et finit ordinairement avec les règles,

sans que l’on puisse nier la possibilité de quelques exceptions hors de ces époques dans les deux sexes.

Metzer ne doute pas ( Gericht l. Arzneiwissenchafl ) qu’un jeune homme de i4 à i5 ans, dont les parties génitales sont entièrement développées et dont la barbe commence à pousser , n’ait la capacité d’engendrer. La sécrétion prolifique coïncide, chez l’homme, non-seulement avec la croissance de la harhe et une pubescence plus marquée de toutes les parties du corps , mais aussi avec un développement et une activité plus manifestes de tous les organes , et un changement moral qui en est la suite; en sorte que la voix prend plus de volume et de gravité , les idées plus d’énergie et de ténacité , les forces plus de consistance, les penchans plus d’invariabilité , et toute l’existence intellectuelle plus d’extension dans l’avenir. A la meme époque , il s’opère des changemens analogues chez les autres animaux qui deviennent aussi plus forts , plus courageux et aussi plus redoutables , en meme temps qu’ils acquièrent des moyens d’attaque et de défense plus marqués. Une particularité dont Aristote avait déjà fait la remarque , c’est que la castration du cerf, avant la puberté, empêche la pousse de ses cornes ou de son hois , tandis que la même opération la favorise dans les bœufs. 11 est prouvé

aussi que la sécrétion du sperme rend la cliair des animaux plus dure et plus tenace, et y développe un fumet ou une saveur particulière que l’on prévient par la castration.

Maintenant qu’est-ce que le sperme? Nous suffit-il de savoir que c’est une liqueur prolifique , sécrétée chez les mâles dans les testicules , corps arrondis contenus ordinairement au nombre de deux , dans une poche qu’on nomme scrotum ou les bourses, formés d’une quantité innombrable de petits vaisseaux provenant des artères spermatiques , et surmontés chacun par un épididjme ou une parastaie , appendice oblong et presque vermiforme , dont une extrémité, la tête, reçoit dans dix ou douze conduits sortant de la partie du testicule appelé sinus ou corps àéHygmore, le sperme que l’autre extrémité , la queue , verse dans le canal déférent , par où il arrive, ainsi élaboré, dans des vésicules dites séminales , sous l’extrémité inférieure de la vessie, près la prostate , où il reste en réserve jusqu’à ce que l’orgasme vénérien en détermine l’éjaculation au dehors, par l’intermédiaire d’un conduit très-court appelé éjacula leur, et du canal de l’urètre avec lequel il communique? Dans les animaux dépourvus de vésicules séminales , comme le chien , l’hyène, le loup, le renard et autres, la nature a pourvu à la prolongation de l’accouplement par

le renflement du gland des mâles , et le resserrement du vagin des femelles, afin de favoriser par là la résorption du sperme ^ qui n’est distillé que goutte par goutte. Les auteurs qui ont traité de la génération ont parlé du sperme; tels sont, entre autres chez les anciens, Hippocrate, Galien, Aristote , et chez les modernes , Haller, Buffon et surtout Martin Schurig , médecin et physicien de la ville de Dresde, dans le siècle dernier, dont on peut consulter les ouvrages publiés sous les titres de Spermatologia , Embryologia , Gynœcologia ? SylLepsilogia , etc.

Dans mille parties de sperme , analysées par M. Vauquelin , ce savant a trouvé goo parties d’eau, 66 de mucilage, 10 de soude et 5o de phosphate de chaux. Dans la séance de ^Académie royale de Médecine de Paris, du 21 août 1827, M. Grilla alu un travail sur les caractères distinctifs du sperme humain, relativement cà la médecine légale , duquel il résulte que ce liquide tache très légèrement le linge; que chauffé, il prend une couleur jauile fauve ; qu’humecté après dessèchement, il reprend son odeur spécifique qu’il avait perdue; qu’il se divise, au moyen de l’eau, en deux espèces de matières dont l’une y est soluble et l’autre insoluble; que celle-ci a une consistance glutineuse, moins adhérente toutefois que le gluten ; qu’il n’est pas précipité de sa dis-

.solution clans J eau par l’acide nitrique comme le sont les autres humeurs animales; qu’on 11e reconnaît pas au microscope les animalcules du sperme dans les taches qu’il forme sur le linge , en les humectant et en les dissolvant ; mais que desséché sur le verre , ce fluide présente des animalcules immobiles, à la vérité, mais parfaitement reconnaissables à leur forme de têtards.

Le microscope et les analyses chimiques , dont toutefois je 11e conteste pas l’utilité , ne me paraissent pas encore avoir établi les caractères qui distinguent le sperme des autres liquides animaux analogues, tels que ceux de la blennorrhagie, de la blennorrhée ( glead des Anglais, et nachtripper des Allemands) , du catarrhe de la vessie et de l’urètre , de la leucorrhée ou du fluor albus des femmes, des lochies blanches, des humeurs dont l’excrétion est provoquée par le coït chez les eunuques et chez les femmes , des suintemens lymphatiques, de la salive, de la bave des animaux , des sucs gastrique et pancréatique , de l’humeur de la prostate, du fluide nerveux, etc. Je ne connais aucun travail suffisant sur ce sujet. Cependant le sperme diffère de toutes ces humeurs , quelle qu’en soit la ressemblance , puisque lui seul est prolifique, et que d’ailleurs il est prouvé par l’expérience que tous les produits animaux s’altèrent et sc décomposent, dès qu’ils ne

sont plus soumis à l’empire des lois physiologiques. C’est ce qui arrive surtout au sperme que le contactde l’air rend plus liquide, en faisant confluer en une masse d’apparence homogène la partie transparente isolée dans la partie blanche ou opaque. Le microscope fait voir dans le sperme une infinité de globules plus alongés que ceux du sang , avec un appendice en forme de queue ou de pétiole, que Buffon croyait toutefois n’en point faire partie. Ces globules, auxquels les uns donnent et les autres refusent la forme de têtards, paraissent agités, non circulairement comme ceux du sang , mais par des oscillations vacillantes , puis droites ou ondulatoires , dans lesquelles Lœwenhoeck et Hartzoecker ont voulu voir des combats et d’autres merveilles. Livré au repos, à un air doux, il s’y forme une pellicule et des cristaux prismatiques quadrilatères, que Fourcroy et Vauquelin ont reconnus pour être composés de phosphate calcaire, tel qu’il abonde aussi dans les os , lequel , avec ses autres principes , semble indiquer une composition propre à fournir tous les élémens du corps. L’air le rend d’abord plus limpide et plus léger, puis il le racornit, en lui donnant une couleur légèrement fauve. Plus lourd que beau, il en gagne le fond. Encore récent , il colore en vert les sucs des plantes, et précipite les sels métalliques. L’air humide le rend

acescent , et alors les cristaux qui eu résultent changent de forme, et son odeur , plus pénétrante, imite celle du jasmin. Jusqu’à présent la vue et l’odorat nous en ont plus appris que tous les réactifs , car nous y voyons non-seulement deux humeurs très distinctes, dont l’une est transparente et comme vitrée , et l’autre est opaque et comme lactée , mais nous y percevons aussi une odeur spécifique qui n’est pas dans les autres liquides et qui se trouve également dans la fleur du dattier, du châtaignier y de l’épine-vinette, etc. Comment analyser des effluves incoercibles , comme Y aura seminaïis , et obtenir le sperme sans mélange avec l’humeur de la prostate, le mucus de l’urètre et d’autres humeurs provoqués par l’éréthisme érotique? La forme de têtard, et même une forme quelconque avec des mouvemens, tels qu’en peut susciter le contact de l’air ou un fluide impondérable, suffisent-ils pour caractériser l’animalité , et n’est-ce point un acte de pure complaisance pour des opinions reçues , d’admettre des animalcules spermatiques de diverses formes, selon les espèces d’où ils proviennent, sur le témoignage de Leuvenhoeck et de Hartzœcker , qui pouvaient tout aussi facilement se faire illusion sur ce point , que sur les prétendus combats de ces soldats microscopiques? La vaporisation connue sous le nom d 9 aura seminaïis , et son odeur,

de même que ses cristallisations, sont des indices suffisans des mouvemens et des changemens que le sperme subit à l’air, mais point d’une vitalité propre aux différentes parties dont il se compose.

L’impossibilité d’une éjaculation de sperme qui parvienne jusqu’aux ovaires fait assez généralement croire que c’est la vaporisation ou V aura semirialis qui détermine la fécondation, sans que l’on puisse assigner aucun rôle probable aux petits animaux qui s’y trouveraient. Je n’ai jamais eu d’assez bons microscopes pour découvrir des animalcules dans le sperme, ni dans aucun liquide animal immédiatement soustrait à l’action vitale des organes qui le sécrètent, et je n’en crois pas même l’existence compatible avec cette sécrétion. Je 11e puis donc admettre avec Leuvenhœck et ses partisans , que les cercaires ou animalcules séminaux soient les rudimens du foetus. J’admets dans le sperme des éîémens de vivification et de première formation, qu’il serait inconséquent de considérer comme animalcules, sans leur accorder une évolution propre et distincte à chacun , d’où résulterait une infinité de foetus. Spalîanzani a d’ailleurs prouvé la futilité de cette opinion, en fécondant un grand nombre d’œufs de grenouille avec des particules très petites de sperme, délayées dans de l’eau, et entièrement dépourvues de prétendus animaeules.

En quoi Je sperme et l'humeur ou le suintement qui découle des tubes nerveux coupés diffèrent-ils entr’eux? Est-ce le même principe ou un principe analogue, comme on serait tenté de le présumer d’après la perte ou l'affaiblissement delà virilité dans les affections morales tristes, les maladies nerveuses prolongées, et la fatigue ou l’affaiblissement du snstème nerveux et des facultés intellectuelles par la masturbation, et par l’abus des plaisirs vénériens , à quoi on attribue aussi la maladie dorsale ( tabes dorsalis ) comme à sa cause la plus fréquente ? En disant de l’abus de plaisirs vénériens qu’ils énervent , et de celui qui s’y livre qu’il est efféminé , n’a-t-on pas signalé un rapport entre ces deux principes? Il est prouvé aussi que le coït est hypnotique, et que rien n’est plus propre a réparer l’épuisement et la fatigue de l’organe de l’intellect et du système nerveux en général, que le sommeil qui en est le repos. Les anciens, Pythagore enté 'autres, et son disciple Alcmœon, regardaient la semence comme une émanation du cerveau (o-rœfyç r o-j s? xsôaAov ) , et je citerai un passage d’Hippocrate qui exprime la même opinion, en ce qu’il fait descendre la majeure partie de la semence de la tête le long de la moelle épinière. Ils tiraient cette induction de la corrélation qui existe entre la capacité virile et la capacité intellectuelle. L’expérience prouve d’ail-

Jeurs qu’il y a uuc telle corrélation entre 1 énergie intellectuelle et l’énergie générative , que les excès qui fatiguent l’une affaiblissent nécessairement l’autre, ce qui prouve que leurs organes respectifs se réparent par des principes analogues. Pour croire à une ressemblance entre le sperme et le fluide nerveux , il faudrait être bien certain de la réalité de ce dernier, dont a déjà parlé Clisson, et que tant de médecins ont admis après lui , tandis que son existence a été révoquée en doute par d’autres, et que de nos jours MM. Breschet et Raspail , après des expériences microscopiques faites dans le but de s’assurer si , comme le prétend le savant anatomiste Bogros , dans un travail présenté en 1828 à l’Académie de Médecine de Paris, les nerfs sont pourvus d’un canal central perméable aux injections, donnent comme conclusion de leur mémoire que « nul canal perméable n’existe dans la substance proprement dite d’un tronc nerveux ; et ce n’est pas à l’aide d’un fluide appréciable à nos moyens d’observations que s’exercent la volonté et la sensibilité. » Cependant mes propres observations m’autorisent à regarder cette conclusion comme fausse, relativement à la moelle épinière qui a dans toute sa longueur un canal qui communique avec le cerveau.

La salacité et le développement extraordinaire et précoce des organes génitaux de certains idiots.

par exemple des Crétins, serait-elle l'effet de la sécrétion du sperme en plus de ce que la sécrétion du fluide nerveux se ferait en moins? D’un autre côté, comment la castration et 1 impuissance virile énervent-elles les individus et changeiitellcs leurs habitudes morales, en abattant surtout leur courage, au point que les Scythes devenus impuissans prenaient, selon Hippocrate, le parti de s’affubler de vétemens de femmes et de partager leurs ouvrages, en vivant au milieu d’elles, après s’étre livrés auparavant aux plus grandes entreprises et aux travaux les plus fatigans? Par un contraste frappant , on voit la presque nullité des facultés intellectuelles coïncider chez les Crétins avec une grande activité des organes de la reproduction, tandis que d’un autre côté la dégradation de ces organes chez les Scythes, ies eunuques, est suivie de celle de l’intellect. Malgré ces rapports mutuels, il suffit que les organes sécréteurs diffèrent, pour que leurs sécrétions diffèrent aussi entr’elles. Ainsi le fluide nerveux n’est pas la même chose que le fluide spermatique; il n’en a pas non plus l’odeur ni la propriété fécondante. Toutefois , ces deux fluides ont beaucoup d’analogie entr’eux , telles que celles de vivifier , de produire la chaleur, la force, la vivacité, d’exhaler des effluves subtiles, d’être phosphorés, de ne pouvoir être épuisés sans que l’épuisement de l’un

n entraîne 1 épuisement de l’autre, et enfin d’étre sécrétés dans des prolongemens des artères trèsdéliés et ramifiés presqu’à l’infini. Quant à l’influence sympathique de la sécrétion de Fun sur celle de l’autre, elle prouve que les organes du corps sont comme les rouages d’une machine dont Fun ne peut se détraquer sans nuire à Faction des autres.

De quelles altérations le sperme est-il susceptible, car, n’en déplaise aux partisans exclusifs du solidisme, il peut s’altérer comme toutes les autres humeurs de l’économie animale , et l’expérience prouve qu’il s’altère en effet par les jouissances anticipées et abusives, les soucis , la diète ou le mauvais régime, la fatigue, l’âge, l’obésité et surtout la polysarcie abdominale. Dans toute ces circonstances, la sécrétion en est non-seulement moins abondante, mais il perd aussi de ses qualités, étant plus ou moins épais, stimulant et prolifique. Selon Hcberden les jouissances trop fréquentes, en affaiblissant le corps et l’esprit, donnent souvent lieu à des pertes involontaires le jour et la nuit, auxquelles on peut opposer avec utilité des lotions froides et avec plus de succès 1 abstinence , en évitant toutes les occasions propres à réveiller des désirs. Cet auteur dit avoir connu deux hommes dont le sperme était devenu brun, peut-être par la rupture d’une

petite veine, sans que la persistance assez prolongée de cette couleur ait ultérieurement nui à leur santé (1). Employées le soir avant de se coucher, les lotions froides qu’il recommande deviendraient nuisibles, en produisant des érections suivies de pollutions durant le sommeil , et ce n’est qu’employées au lever et dans la journée qu’elles peuvent être utiles. Hippocrate a remarqué qu’une saignée pratiquée derrière les oreilles le diminue, l’affaiblit et le rend infécond. Il en dérive la source principale de l’encéphale et du système nerveux spinal qui est dans une relation si étroite avec la capacité générative , celle-ci étant toujours proportionnée avec le volume de la nuque et de la colonne vertébrale (2). Nemesius, adoptant la même opinion, enseigne ( De natura hominisy c. xxv)que la semence se prépare dans l’encéphale, et que dérivant des veines placées

(i) Qui venereis voluptatibus præter modum dediti sunt , pœnas dant hujus intemperantiæ haud mediocri languore corporis animique afflicti. Semen bis solet niniis prompte elabi, interdum etiam sine sensu, et noctu et interdiu... Mcmini duos mihi narrasse semen suum fuisse coloris fusci , quod forsitan factum est ex venula quadam rupta. Qualiseumque autem fuerit causa, bic color diutule persistit , illæsa borum virorum valetudine. (G. Hcberden, Commentarii de morborum liisloria et curatione, cap. lxxx.)

(?.) At qui juxta aures sectionem experti sunt, ii venerem quidem exercent, verum semen paucum , imbccillum et infœcundum cmitlunt , maxima si quidem seminis pars a capite secundum aures in spi nalem medullam fertur. (Ifipp., de Genitura , p. 'ïZr>.. )

derrière les oreilles , elle se distribue dans tout le corps, d’où elle arrive enfin dans les testicules; ce qui explique la stérilité causée par une saignée pratiquée derrière les oreilles. Les docteurs Gall et Spurzheim rattachent, dans leurs écrits sur le cerveau et les nerfs , l’énergie générative au cervelet, et citent beaucoup de faits à l’appui de leur opinion , en faisant voir que le renflement de la base de l’occiput , indice de celui du cervelet, coïncide avec une capacité virile proportionnelle. Ce n’est pas le seul rapport qui existe entre leur doctrine et celle de Nemesius, car celui-ci attribuait aussi des fonctions diverses aux diverses parties du cerveau.

L’observation semble avoir mis hors de doute , que les alimens succulens et délicats qui, sous un petit volume, fournissent une alimentation copieuse et salubre , tels que les poissons , la volaille , le gibier , les champignons , les truffes , les châtaignes , les œufs, le pain de froment, augmentent et bonifient la spermatose. Y oilà pourquoi dans les contrées où règne l’abondance des bons alimens et particulièrement dans les villes maritimes, les habitations situées sur les bords des rivières, des lacs et partout où les peuples sont ichliopliages , la population prend un accroissement rapide, pourvu que la misère, l’oppression et les pratiques religieuses n’en contrarient pas les

progrès , car î’expérience a prouvé que , sous un mauvais gouvernement cl dans les années de disette, le nombre des conceptions diminue aussi bien que dans la pratique des jeûnes et des abstinences ; et augmentent dans les circonstances contraires. Le docteur Viîlermé, à roccasion des Recherches statistiques sur la ville de Paris et le département de là Seine qu’a fait publier le comte de Chabrol , a consigné, dans le Recueil périodique de juin 1827, des Considérations sur la fécondité etc., dont j’extrairai seulement les résultats suivans à l’appui de ce que j’avance. « Il résulte de mon travail, dit ce savant médecin, qui est fondé sur plus de i3, 000, 000 de naissances énumérées mois par mois..., que le très-petit nombre de naissances du mois de décembre , qui a pour neuvième antécédent le mois de mars , est l’effet des abstinences du carême. Une circonstance curieuse, c’est que le mois de mars devient progressivement chargé de plus de conceptions à dater de la fin du règne de Louis XV, c’est-à-dire: à dater du temps ouïe relâchement s’est progressivement introduit dans les moeurs , et un changement dans les idées et les pratiques religieuses. Enfin le mois de mars, qui était autrefois le dernier dans l’ordre des conceptions , est maintenant le septième. Les moeurs du peuple, la mesure de ses opinions, sont donc quelquefois écrites dans les résultats de

la statistique; il ne faut que savoir les lire. »

« Si l’on fait abstraction de la race des hommes, dit plus loin M. Villermé, du degré de latitude, de l’élévation du sol et du climat qu’ils habitent, voici la conséquence incontestable qu’il faut tirer des rapports adressés en 1812 et i8i3 par beaucoup de préfets au gouvernement, d’après une série de questions qui leur avait été adressée par le ministre de l’intérieur Chaptal (1) :

« La taille acquiert d’autant plus de développement, il y a d’autant moins de réformes pour maladies et difformités, en un mot, les babitans offrent d’autant plus lps caractères de la vigueur et de la santé , que le pays est plus riche , que les logemens, les vêtemens et surtout la nourri ture , sont excellens , et que les travaux qu’on exige des jeunes gens sont moins rudes. Dans l’arrondissement de Brioude , département de la Haute-Loire, les cantons de Blesle et Auzon , distans au plus de deux myriamètres, forment deux chaînes de montagnes divisées par l’Ailier. La chaîne de Blesle, recouverte d’une couche profonde de terre noire,

(1) Dans une petite brochure, que j’ai publiée et adressée, en iSo.j, à Bonaparte , alors premier consul, sous le titre: Des moyens de perfectionner la médecine et d’asseoir les bases les plus sures de la salubrité publique , j’avais insisté sur le besoin d’une statistique médicale, etc., pour arriver à la connaissance des moyens de prévenir les défauts de taille, les difformités, etc., que j’attribuais en partie aux vêtemens, surtout aux bretelles non élastiques.

substantielle, propre à la culture des grains, nourrissant des bois vigoureux, de nombreux troupeaux , des bestiaux estimés , offre des hommes bienportans et d’une belle stature. L’autre chaîne, celle d’Auzon , 11e présente au contraire , surtout dans la moitié la plus élevée, que des objets comme dégradés... une terre friable et légère, des récoltes médiocres, des bouquets de bois épars et rabougris , des animaux d’une assez chétive apparence, et des hommes, en général, d’une petite stature et peu vigoureux. On a compté sur 100 conscrits, 26 réformes seulement dans le canton riche de Blesle, et jusqu’à 58 dans le canton pauvre d’Auzon, et chaque année a offert, dit M. le préfet dans son rapport , à peu près le même contraste. »

Voilà quelques-unes des importantes observations rapportées par le docteur Villermé, et ces observations se multiplieraient sur tous les points du globe, si 011 savait les recueillir.

Ainsi , que la Grèce devienne libre et riche , comme doivent le souhaiter tous les hommes dignes de l’être eux-mêmes, et la population croîtra, comme celle des Etats-Unis de l’Amérique septentrionale , ou comme a crû celle des environs de Genève qui est la contrée de l’Europe où il se trouve le plus de monde sur une surface donnée. C’est donc une contradiction entre le physique et

]e moral , de soumettre au célibat la portion du peuple qui; avec le moins de fatigue et de soucis, jouit encore du régime alimentaire le plus succulent et le plus recherché, et dont les abstinences ne consistent que dans un changement et souvent un raffinement de mets délicats. C’est aussi une contradiction de principes ou tout au moins une inconséquence de la part de nos moralistes les plus rigides, de se permettre à eux-mêmes les sensualités de la table beaucoup plus contraires à la chasteté que l’amusement de la danse qu’ils interdisent aux jeunes gens, les jours de repos, au profit des cabarets et des rendez-vous isolés.

J’ai remarqué dans ma pratique, que c’était les mois de mai , juin et septembre, où j’avais à faire le plus d’accouchemens à la campagne. Le relevé des enfans nés à l’hospice d’accouchement de Copenhague m’a donné un pareil résultat , et , selon Vargentin , c’est aussi au mois de septembre qu’il naît le plus d’enfans en Suède; d’où il est permis de conclure que l’abondance de l’automne et la bonne chère du carnaval ne sont point sans influence sur la fécondation chez le peuple. Dans les villes et en général clans les classes aisées et opulentes, c’est en décembre et' en janvier qu’il naît le plus d’enfans , selon quelques observateurs; ce qui ferait coïncider les conceptions avec le

printemps, déjà indiqué par les anciens comme

l’époque la plus favorable aux amours , cl une saison (le revivification générale.

Un procès, une maladie de langueur, un âge avancé, s’il n’arrive un changement en mieux dans ce dernier cas , suspendent , affaiblissent ou annulent la virilité , en sorte que dans ces eirconstanccsla fécondité est moindre, et produit des filles ou des garçons faibles et malingres. Est-ce parce que le pain azyme est aphrodisiaque, comme le pensait Didvmus , ou à cause de l’ablation du prépuce, que la nation juive est si populeuse. Si c’est en vertu de ces deux causes , il est à présumer que la fermentation change ou détruit en partie les propriétés du gluten céréal avec lequel , selon M. Orfila, la partie glutineuse du sperme offre tant d’analogie. Néanmoins^ le sarrasin qui augmente la fécondité des gallinacés, et auquel on a cru pouvoir rapporter aussi celle des femmes de la Sologne où il est fort en usage, contient fort peu de gluten comparativement au froment j d’où il faut conclure que le gluten céréal, pour être analogue au gluten spermatique, n’est pas le seul principe qui rende les ali mens plus ou moins aphrodisiaques. Il doit y avoir dans le sarrasin, à en juger par l’attrait qu’ont les abeilles pour ses fleurs, un principe analogue au miel dont l’usage, selon Démocrite, Lycus et autres, est un moyen de longévité et par conséquent de vi-

gueur. Le chenevis, et, en général, les semences oléagineuses sont aussi propres à augmenter la fécondité des animaux. Les prêtres de l’Egypte s’abstenaient anciennement de manger du pain salé, soit parce que le sel est aphrodisiaque, comme semblent l’indiquer le terme de salacité et sa propriété digestive , ou parce que le sel étant un des assaisonnemens les plus agréables et en même temps d’une privation assez facile, ils voulaient, comme le pense Plutarque, s’en priver par mortification. Si ce condiment est aphrodisiaque, toutes les salaisons le seraient plus ou moins.

Les aphrodisiaques qui favorisent la spermatose, et mettent, comme on dit vulgairement, de l’huile dans la lampe , ne doivent pas être confondus avec ceux qui, simplement excitans , tels que les cantharides , les scarabées , le musc , le castoreum , la cannelle, la vanille, le galanga, le gingembre et autres épices chaudes, provoquent seulement, à lepuiser; car les excitations anticipées, exigeant plus d’efforts que les naturelles, amènent nécessairement la fatigue et la souffrance de tout le corps, même la nullité virile, en forçant l’économie vitale à dépenser plus qu’elle ne répare; ce qui n’arrive pas quand elle n’est privée que de son superflu. La roquette (eruca) , les asperges, les diurétiques, les emménagogues échauffons, et

en général toutes les substances qui portent de l’irritation et de la chaleur dans les voies urinaires sans affaiblir ^ peuvent être regardés comme des excitans érotiques. C’est Ja roquette dont la vertu aphrodisiaque est peu marquée et paraît même chimérique à Gilibert, que le vers suivant de Virgile présente comme un stimulant de l’amour :

Intybaquc et venercm revocans eruca morantem.

On peut ranger dans la même catégorie les tubercules mucilagineux et féculens, les racines âcres et chaudes, telles que les alliacées auxquelles il faut rapporter les deux vers suivans où Martial conseille de manger des racines bulbeuses pour suffire aux ébats amoureux.

Qui præstare virum cypriæ certamine nescit,

Manducet bulbos et bene fortis erit.

L’espèce de lycopode, appelé tana-pouel dans YHort. Malabar., est regardé dans les Indes comme un excellent aphrodisiaque que l’on célèbre dans toutes les fêtes où préside l’amour.

Qu’était-ce que le dudaim de la Bible, que Ruben cueillit dans les champs au temps de la moisson des blés, et auquel Rachel crut devoir le bonheur d’être mère? M. \ irey, en traitant des mcdicamens aphrodisiaques , dans une brochure in-8°, publiée en i8i5 chez Colas, à Paris,

cherche à établir que celait un satyrion ( orchis ) famille Je plantes qui doit son nom générique, non à ses propriétés, mais à la forme de ses racines, dont on tire une nourriture légèrement analeptique, confortante, sous le nom de salep, et prouve que la mandragore donnée pour le dudaim par les Septante et la Vulgate , l’historien Josèplie, plusieurs pcres de l’Eglise , les rabbins et beaucoup de savans, n’a pas la bonne odeur ni les autres qualités attribuées à ce dernier dans le Cantique des Cantiques .

On doit savoir gré à M. Virey de ses savantes recherches, sans ajouter trop de foi à la vertu aphrodisiaque des orchis, que l’observation, dit Vitet ( Matière médicale réformée ), fait révoquer en doute, et sans prendre à la lettre ce que nous ont légué les Hébreux, qui mettaient souvent dans les objets les créations de leur imagination poétique, et transformaient en merveilles ou miracles les événemens naturels dont ils ignoraient la cause ; et au degré de civilisation et d’instruction où ils étaient, les merveilles devaient se multiplier chez eux. Avec de l’ignorance et de la prévention il s’opère des miracles partout : en Egypte par la racine de colocasie , de la famille des aroïdes; en Chine par le genseng, au Japon par le ni nsi ; au Kamtscliatka par les araignées que les femmes mangent pour faire cesser la sté—

rilité; en Espagne par les pratiques superstitieuses; en France par les sangsues et la diète qui , physiologiquement employées , guérissent de tous maux. Il y a toujours eu trop de femmes intéressées à la conservation d'un moyen aussi précieux que l’aurait été le dudaim, pour que la connaissance ait pu s’en perdre, si sa vertu eût été bien réelle. L’histoire ne dit pas qu’Anne d’Autriche, après une stérilité de plus de 22 ans, soit devenue mère de Louis XIV par l’efficacité merveilleuse de quelque plante. Mais nul doute que, s’il y en avait une plus particulièrement en réputation de faire cesser la stérilité, toutes les femmes devenues mères après son usage ne lui attribuassent une grande vertu, quand meme elle n’en aurait aucune, d’après le raisonnement post hoc, ergo vr opter hoc.

L’usage des bains, en donnant à la peau plus de propreté, de souplesse et de blancheur, invite à l’amour et favorise la reproduction. Le docteur Larrey rapporte, dans ses Mémoires de Chirurgie militaire ( tom. n, p. 3i3 ), que plusieurs femmes attachées à l’armée d’Egypte , n’ayant point eu d’enfans en Europe , sont devenues enceintes en faisant usage des bains, qui sont trèscommuns sur les bords du Nil. Cependant cette propriété des bains qui est réelle , puisqu’on la remarque aussi par les effets des eaux thermales

en général , et particulièrement de celles de Plombières, de \ ichy, de Sylvanès et autres, a aussi été attribuée , non sans fondement , à la beauté , à la douceur du climat d’Egypte, non-seulement parce que les femmes y ont souvent deux enfans, mais aussi parce que les autres espèces d’animaux y multiplient beaucoup. Une opinion moins vraisemblable, accréditée par des historiens et des voyageurs, a placé une propriété fécondante dans les eaux du Nil ; et M. Murat dit , dans le Dict. des Sciences méd. ( tom. xiv, p. l\~j , article . fécondation ) , tenir du docteur Renoult, ancien chirurgien de première classe à l’armée d’Orient, qu’aussitôt qu’on fut instruit du retour du général Desaix à Toulon, sur un bâtiment ragusain, un grand nombre de femmes se présentèrent au lazaret, pour acheter du capitaine le reste de sa provision d’eau du Nil. L’on ne peut douter que la fécondité des hommes ne tienne aux mêmes influences que celle des femmes, c’est-àdire à une exubérance de vitalité et de bien-être. Ainsi , lorsqu’il y a impuissance ou stérilité par relâchement ou faiblesse, les toniques et tout ce qui tend à réconforter deviennent aphrodisiaques. Selon Haartmann ( Méni. de ï Académie des Sc. de Stockholm , 1802 ), l’extrait de la camomille, plante riche en principes toniques, volatils et phosphoriques , donné en teinture avec

l’eau qui en est distillée, a eu un plein succès r apres l’usage infructueux de beaucoup d’autres moyens, chez un homme épuise' par la masturbation, ainsi que chez deux femmes épuisées, l’une par des couches fréquentes, et l’autre par des pertes réitérées. Je ne range pas au nombre des aphrodisiaques des moyens qui, tels que les cantharides, ont une action purement stimulante sur les organes génitaux, parce qu’en provoquant à contre-temps au coït, ils énervent et usent sans fruit « les ressorts et les ressources de la nature.

S’il est des substances qui, par leur nature, augmentent les moyens de génération , en en provoquant l’emploi , il en est aussi qui , par une action contraire, en répriment l’exubérance ; tels sont les acides, les fruits rouges, les légumes herbacés, et en général les alimens grossiers, réfrigérans et peu succulens , et plus particulièrement le camphre , le café , et meme le vin pris avec excès : malgré le proverbe qui dit que sans pain et sans vin, /’ amour se transit ( sine Cerere et Baccho friget Venus), l’expérience prouve que les buveurs d’eau engendrent plus que les ivrognes. Tout le monde connaît ce vers latin, devenu proverbe , dont le sens est que l’odeur du camphre réprime la masculinité.

Campliora per narcs castigat odorc mares.

Ce qui est moins anciennement connu, c’est

que le grand usage du café porte un égal préjudice aux nerfs et aux organes de la génération ; et en cela l’on peut reconnaître un nouveau trait d’analogie entre ces deux appareils organiques. Reste à savoir si c’est en accélérant la circulation humorale par une forte excitation du système nerveux , que cette liqueur, appelée intellectuelle par Voltaire et Delille, dissipe les principes du fluide nerveux et du sperme, comme cela est probable, ou si, en donnant plus d’intensité à la génération de la pensée, elle détournerait l’influence de l’encéphale du domaine qu’il exerce sur les organes de la nutrition et de la reproduction. Ce pourrait être de l’une et de l’autre manière. Le savant Murray remarque qu’il ne faut pas attribuer au calé trop d’avantages pour la nutrition , puisque , par un usage copieux , il produit l’amaigrissement , et qu’il en peut résulter l’impuissance virile; ce à quoi se rapporte ce que l’on raconte d’une femme du sultan Mabmed , qui , voyant châtrer un cheval , eut horreur de la manœuvre , quelle empêcha en ordonnant de faire prendre au cheval du café , dont elle avait éprouvé l’efficacité sur son mari (i).

(i) Tanto minus in nutriendo commodum inde spcres, cum largior ejus potus emaciet, ut inde etiam impotentiæ virili obnoxii evascrint. Quo et narratio de consilio conjugis sultani Mahmed spectat, quæ equum castrari cernons , ab horrenda encheiresi jussit abstineri, et

On a fait l’expérience que le seigle ergoté rend les poules stériles. Est-il présumable qu’il ait une action analogue sur d’autres espèces? Puisqu’il facilite l'accouchement, et semble provoquer l’avortement chez les femmes ; qu’il produit, chez ceux qui en usent, l’ergotisme , maladie caractérisée par le refroidissement des extrémités inférieures, la douleur, l’impotence, et finalement par la gangrène et la chute des membres, si l’on ne se hâte d’y opposer un traitement convenable, et particulièrement l’usage du quinquina , dont le docteur François a obtenu de bons effets contre

ce mal , on doit croire que cette meme substance exerce aussi une influence défavorable sur la reproduction dans l’espèce humaine.

Le nénuphar ( nymphéa ) a-t-il la propriété qu’on lui attribue, d’amortir la concupiscence? Pour répondre à cette question , je me contenterai de citer le passage suivant des Démonstrations élémentaires de Botanique (4e édit. , t. n , p. 247 ) , de Gilibert, auteur judicieux, dont les observations méritent toute confiance : « Le mucilage de nymphéa n’est point inutile dans l’hémoptysie, le vomissement de sang, les pollutions nocturnes, les gonorrhées , les ardeurs d’urine ; relativement

equo cafœum propinari, cujus cfficaciam in marito cxploratam haberer Murray, Apparatus JWcdicam . , t. i, p. 5G7.

( lS7 )

à sa vertu d’éteindre les désirs vénériens, de rendre incapable d’engendrer, nous avons connu un jeune homme qui , ayant bu pendant un mois de la tisane de nymphéa , devint absolument impuissant; nous en avons connu d’autres qui n’ont rien éprouvé. D’ailleurs nous savons qu’on a fait du pain avec cette racine , qui n’a point énervé ceux qui en ont mangé ; car elle contient, outre un principe résineux , amer, une grande cpiantité de substance muqueuse nutritive. Cette racine desséchée peut fournir une abondante nourriture aux bestiaux, ayant des tronçons plus gros que la jambe. »

L’on a remarqué que les enfans de Socrate, de Chrysippe, de Périclès , de Thucydide, de Cicéron, de La Fontaine, de Henri IV, de Crébillon, de Buffon, de Cromwell , et de plusieurs autres hommes illustres, ne ressemblaient pas à leur père , et qu’en général les grands génies et les grands talens se rencontraient dans les bâtards et les enfans d’hommes ordinaires ; d’où l’on a voulu conclure qu’un amour attiédi par les occupations intellectuelles , le peu de sympathie des époux et la tension du système nerveux, nuisaient à la reproduction. Cela peut être fondé jusqu’à un certain point; mais ces causes pouvant agir sur les hommes ordinaires comme sur les hommes célèbres, il ne faut pas leur accorder une in-

fluence exclusive ; en réfléchissant surtout , qu’indépendamment des circonstances fortuites, l’éducation qui pourrait réveiller les talens les assoupit parfois, si meme elle ne les rend nuis par des idées ascétiques et par des inclinations et des habitudes d’emprunt, substituées aux penchans naturels. Néanmoins, Cimon était fils de Milthiade; Àlexandre-le- Grand , fils de Philippe, roi de Macédoine; Titus , fds de Yespasien ; Pepin-le- Bref, fils de Charles Martel et père de Charlemagne; Amurat II , fils de Mahomet I et père de Mahomet II ; et tous ces hommes avaient du génie et de grands talens. Joseph-Juste Scaliger ne s’est- il pas distingué à peu près à l’égal de son père Jules César, par une grande érudition et d’autres qualités : N’a-t-on pas vu deux Schenck, père et fils; deux Riolan, père et fils; deux Racine, père et fils; deux Mirabeau, père et fils, etc., s’illustrer par des talens analogues , et prouver que le proverbe tel père , tel fils ( qualis pater, talis Jilius) , n’est pas toujours démenti par le génie. Il faut d’ailleurs considérer que les enfans ne peuvent hériter des qualités d’un seul de leurs parens, et que l’amour étant aveugle, ne place pas toujours, dans le meme lit nuptial , le génie à côté du génie, parce que la beauté physique lui convient mieux que la beauté intellectuelle. D’ailleurs, les travaux de l’esprit portent préju-

( iSq )

dice aux digestions, et par conséquent à l’entretien et à la réparation des forces^ sans compter qu’une sobriété en quelque sorte forcée , l’usage abondant du café, et d’autres circonstances variables, peuvent aussi avoir leur degré d’influence, pour que la fructification physique manque chez les hommes de génie , ou ne soit pas en rapport avec la fructification intellectuelle. Tandis que le savant se consume dans l’étude et les veilles, l’homme ordinaire n’ayant d’autre souci que de bien vivre , et de choyer autant que possible sa propre personne , puise dans les plaisirs de la table et dans les récréations sociales, une exubérance de vitalité. Ainsi , il ne faut pas s’étonner si

Le fils d’un butor Vaut souvent son pesant d’or.

Puisque, selon La Fontaine,

Un muletier a ce jeu vaut trois rois.

N’oublions pas, toutefois, que souvent les fdles ressemblent plus à leur père , et les fils plus à leur mère; ainsi, quand les qualités d’un père disparaissent dans ses fils, elles se retrouvent ordinairement dans ses filles; et il n’arrive guère que le fils d’un butor vaille son pesant d’or, s’il n’en est redevable à sa mère. L’histoire atteste qu’Aristippe se vit revivre dans sa fille Arété ,

et celle-ci clans son fils Aristippe ; que Théon eut clans Hyparcie une lille digne de lui ; que Platon descendait par les femmes de Solon; que Hortensia, fille du célèbre orateur Hortensius, plaida avec un ^rand talent la cause des dames ro-

maines devant les triumvirs ; que Caton d’Utique, qui se fit mourir plutôt que d’obéir à César, était père de Porcie, qui, pour éprouver son courage j s’enfonça un fer dans la cuisse et se suffoqua ensuite par des charbons ardens , pour ne pas survivre à Brutus, lequel était fils de la sœur de Caton ; que la mère des Gracques était fille de Scipion ; qu’ Agrippine était mère de Néron ; que Catherine de Médicis , cpii conseilla et prépara la Saint-Barthélemi , eut pour fils Charles IX , qui lira sur ses sujets , et Henri III, qui fit assassiner les Guises. Henri IV eut le courage de sa mère Jeanne cl’Albret et de son aïeule Catherine de Foix, qui, chagrine de la perte du royaume de Navarre , par l’indolence de son mari , lui disait : Don Juan , mon ami , si nous fussions nés, vous Catherine et moi clon Juan , nous serions encore rois de Navarre. Henriette de France montra la bonté et le courage de son père Henri I\ , pour secourir Charles Ier, son époux. Henri A III, roi d’Angleterre, qui fit mourir deux de ses femmes, transmit sa cruauté à Marie et à Elisabeth ses filles , et point à Edouard

son fils ; les deux fils de Cromwel furent doux et humains comme sa femme; et ses filles, surtout laînée, furent exaltées comme lui. Le grand Dauphin ressemblait à sa mère Leczinska, fille du bon roi Stanislas, et point à Louis XV. Il est donc prouvé que les vices et les travers des pareils, de meme que leurs vertus et leurs talens, passent ordinairement , avec leur physique , à leurs descend;! 11s de l’un et l’autre sexe, quelquefois en se mitigeant par la différence de l’éducation , des positions , des temps et des mœurs, et en se reproduisant après une ou deux générations.

Est- il démontré que par la gêne et le froissement des parties génitales, l’équitation conduise à l’impuissance, comme on a cru pouvoir l’inférer de l’exemple des Scythes, des Arabes et des Tar tares, en s’appuyant d’un passage de la fin du livre De aere , lotis et aquis , d’Hippocrate, sur les premiers de ces peuples ? Si l’exercice du cl levai produit cet effet , ce 11e peut être, je crois, que d’une manière indirecte , c’est-à-dire en affectant d’autres parties que celles de la génération , qui n’en souffrent pas directement ; par exemple, en produisant l’obésité, la polysarcie abdominale, des congestions cérébrales , la sciatique , la lombagie, et d’autres affections qui peuvent être la suite de la constipation ainsique du refroidissement, de la torpeur et de l’inaction des extrémités infé-

rieures. Aussi n’est-ce iju’aux effets indirects de l’équitation et au traitement des maladies qui en résultent, que l’on peut appliquer le passage d’Hippocrate, dont a voulu s’appuyer le docteur Murat, à l’article Fécondation, du tom. xiv du Dict. des Sciences mécl. , p. 477 et ss. en s’exprimant ainsi : « Les organes spermatiques froissés , comprimés par l’exercice du cheval long-temps soutenu, sont quelquefois réduits à un état de nullité. La maladie dont étaient affligés les grands, parmi les Scythes , tenait à cette cause. » ( Cur multi Scjiharum eunuclii, ac ad coitum impotentes. Hippocrat. De aere , locis et aquis , cap. xv.) Hippocrate ne dit pas cela. Voici comment il s’explique : « La plupart des Scythes deviennent eunuques, impuissans et efféminés, parce que , affectés de congestions et de claudication par coxalgie, à cause de leurs continuelles équitations, ils se traitent en ouvrant les deux veines de derrière les oreilles. C’est par ce traitement qu’ils se perdent ; car c’est à coté des oreilles qu’il y a des veines dont la section entraîne la stérilité (i). » Le docteur Virey s’est également

(1) Pleriquc Scythæ cunuchi fiunt , et evirati et effeminati evadunt, co quod ex de lluxionc (xs§ fxctzx) ob diuturnas equitationes laboranles, et circa coxendicem claudicantes sibi ipsis medentur utramque venant post aures incidendo. Ilac cnim curationc seipsos perdunt; juxta aurcs venæ quippc sunt , quæ incisæ sterilitatem inducunt. (Hipp., De acre, locis et aquis. )

mépris sur le sens de ce passage, en disant, ( même vol. , pag. 4()7 , article Fécondité') : « Tandis (jue les cavaliers, d’après Hippocrate, deviennent quelquefois stériles , parce que leurs organes sexuels sont comprimés, et comme froissés par l’habitude de l’équitation. » Il est vrai que M. Virey oppose, immédiatement à l’opinion qu’il prête à Hippocrate, la phrase suivante : « Si l’on ne remarque pas un pareil effet aujourd’hui, c’est que nos cavaliers ne montent point à cru et les jambes pendantes, sans étriers, comme faisaient la plupart des Scythes dont Hippocrate a parlé. « Il aurait fallu ajouter, pour comprendre la différence, que la saignée, chez nous, ne se pratique pas derrière les oreilles. Dans les Nouveaux élémens de la science de V homme (2e édition, pag. 17 ) , Barthez donne au même passage une interprétation différente , qui n’est pas encore exacte , en s’exprimant ainsi : « Un rapport de sympathie qui est moins connu, quoiqu’il ait été indiqué par un très-grand nombre de faits , est celui que les organes de la génération ont souvent avec les oreilles. Hippocrate a parlé d’une maladie qui était particulière aux hommes riches chez les Scythes. Il assure que ces hommes, par des excès d’équitation ( d’autant qu’ils allaient à cheval sans étriers) et probablement aussi par d’autres causes , tombaient dans un état d’impuissance

qui éta't confirmé pour toujours, lorsqu on les traitait sans succès par des évacuations abondantes de sang faites au moyen de scarifications derrière les oreilles. » Hippocrate admet un rapport de sympathie des organes de la génération, non avec les oreilles, mais avec la lete , par 1 intermédiaire de la moelle spinale; il n assure pas tpie les Scythes tombaient dans l’impuissance par des excès d’équitation , il dit que c’était par la saignée pratiquée derrière les oreilles , et non par des scarifications, puisqu’il spécifie la section de deux veines ( utramque venant). Il y a loin de tout cela à ce que lui fait dire Barllicz , qui indique comme un moyen curatif, dans Hippocrate, ce que celui-ci blâmait , et regardait comme la cause du mal. Confrontez mes deux dernières citations d’Hippocrate, puis jurez sur la foi de ceux qui font parler les auteurs!

M. Vireydit ( ibid, p. 49 1 ) : " Une humidité médiocre paraît donc rendre les êtres plus féconds; aussi les mollusques , les poissons, les reptiles qui vivent dans l’humidité > sont plus féconds que les oiseaux ou les quadrupèdes \ivant dans les lieux secs. Le cochon , les oies et canards qui cherchent l’humidité , font même beaucoup plus de petits que les autres espèces qui fuient l’eau. La femme aime l’humidité: une complexion molle et lymphatique, sans excès, paraît la plus favo-

rable à l’imprégnation; il s’ensuit donc que les pays les plus féconds sont les lieux bas et plutôt humides que trop secs. Les lieux maritimes sont ordinairement féconds par la meme cause. »

M. Virey se (rompe ou avance au moins un paradoxe qui prèle beaucoup à la contradiction, car l’humidité par elle-même produit le relâchement et le refroidissement , deux effets qui ne sont nullement aphrodisiaques. Comme les gros poissons mangent les petits, la nature a dû y pourvoir par une multiplication capable de conserver l’espèce. Mais une mère abeille, les papillons, et en général les insectes qui ne recherchent nullement l’humidité, multiplient extraordinairement, au point qu’en 1825, année chaude et sèche, il y eut tant de chenilles, qu’à la fin de mai il ne restait presque pas de feuilles dans la plupart des forêts de la Meurthe et des Vosges. O11 a calculé , dit M. Duméril, pag. i53 de son Traité élémentaire d’histoire naturelle , qu’une paire de charançons du blé peut, dans l’espace de cinq mois, avoir donné naissance à six mille quarante-cinq petits. Il est vrai que Bonnet a compté jusqu’à 100,000 œufs dans une morue , mais Réaumur en a compté jusqu’à 200,000 dans un seul papillon. La fécondité des animaux semble réglée en partie sur leur destination et en partie sur leur perfection; en sorte que les moins parfaits, qui en même temps

sont destinés à une destruction plus prompte ou plus générale pour l’usage des autres créations , sont les plus féconds. Les chiens, les chats, les rats, les loirs, les perdrix, les poules, qui ne sont pas aquatiques , sont bien aussi féconds que les cochons , les oies et les canards. On ne remarque pas qu’il y ait plus de naissances dans les années humides et pluvieuses que dans les années sèches , toutes choses étant égales d’ailleurs. Si les pays humides, c’est-à-dire bien arrosés, sont plus populeux , c’est à cause que, par la facilité des communications, le produit des rivières et la bonté du sol, ils procurent une nourriture plus abondante et plus variée que les lieux secs, pierreux et arides, ce dont M. Yirey est convaincu , puisqu’il dit, ibid. pag. ^9^ : « En tout pays, le nombre des consommateurs augmente ou diminue en proportion des alimens qu’ils y trouvent. Voyez les années d’opulence et de fertilité, tout pullule, hommes, bestiaux, insectes. » Si les lieux maritimes sont ordinairement féconds . Al. Yirey en assigne une cause plus réelle que l'humidité dont l’excès nuit autant aux productions végétales que l’excès contraire, en disant, ibid. pag. 4q4 •

« L’expérience a fait voir aussi que la nourriture des poissons était en général très-prolifique , et l’on a remarqué en effet que les peuples maritimes ichlyophages étaient très-féconds et très

nombreux. » Enlin M. Virey nous dit encore, ibid. pag. 4^9 : “ L’usage ou plutôt 1 abus des bains, en ces memes contrées , concourt à rendre les organes flasques ; il relâche surtout ceux des femmes, tellement que la conception s’opère peu , puisque la coutume de se mettre au bain après le coït dilate leurs parties sexuelles. Les femmes méridionales sont plus ardentes que les hommes, parce qu’étant en plus grand nombre, elles ont moins d’occasion de satisfaire leurs désirs qu’eux , et de plus la chaleur du climat détermine en elles des menstrues plus abondantes que dans des lieux froids et tempérés; il en résulte une tendance aux métrorrhagies , à des hémorrhagies capables de décoller le placenta, d’exciter l’avortement. C’est ce que prouve l’expérience, et si l’on voit la femme froide et stérile en Europe, devenir féconde dans les colonies du Midi , l’on remarquera aussi que la femme nerveuse et stérile des pays chauds acquiert un tempérament plus calme et plus fécond sous nos cieux tempérés. » On voit que j’avais bien raison de dire que M. Virey se trompait ou avançait au moins un paradoxe qui prêtait aux contradictions, puisqu’il se contredit lui-même de tant de manières , à part les faits que je lui ai opposés. J’ajouterai que , si des lieux secs et humides paraissent moins populeux, c’est qu’outre que la végétation y produit

moins de nourriture, à raison de la qualité du sol , l’action de monter, en accélérant la circulation et en produisant la dyspnée et la chaleur, y détermine aussi des hémorrhagies, des mé~ trorrhagies et des avortemens beaucoup plus fréquemment que dans les plages basses et humides. Si les femmes du Midi sont plus ardentes que les hommes, ce n’est pas parce qu’elles y sont plus nombreuses et qu’elles y ont moins d’occasion de satisfaire leurs désirs ; c’est au contraire parce que les organes de la génération étant plus turgescens et plus stimulés chez elles, en se prêtant plus, par suite de leur laxité, à l’afflux du sang que chez les hommes , un amour plus impérieux leur donne l’avantage du nombre ; car l’expérience prouve que les enfans sont ordinairement du sexe de celui des deux époux qui a eu l’impulsion ou la part la plus forte à la génération. Mais prétendre que « les femmes méridionales sont plus ardentes que les hommes, parce qu’étant en plus grand nombre, elles ont moins d’occasions de satisfaire leurs désirs qu’eux » , n’est-ce pas supposer que le mariage accorde plus de femmes aux maris et moins de maris aux femmes dans le Midi que dans le Nord, ou que dans le Midi l’on vit en dissolution , sans lois ni mœurs , comme des troupeaux ? C’est parce qu’il est prouvé qu’en général un mari a des désirs plus fréquens qu’une

femme , à part, le temps des règles et de la gestation, que la polygamie est permise en Turquie, en Asie et ailleurs. Un mari qui n’a qu’une seule femme doit, par conséquent ; suffire à ses désirs en tout pays, et ce n’est pas le défaut de jouissances qui en augmente l’ardeur ; ou l’on aurait provoqué à la dissolution , en imposant le célibat aux prêtres , aux ordres de religieux et de religieuses , et l’on ne pourrait trop se hâter de faire marier les jeunes gens. C’est à raison d’une prédominance masculine analogue , observée dans les autres espèces d’animaux , que les agronomes nourrissent beaucoup plus de femelles que de mâles , quand ceux-ci ne peuvent servir aux tra-

vaux.

CIIAPITUE VIII.

Du produit de la sécrétion sexuelle des femelles, et de leur

fécondation.

Venons maintenant à l’examen de l’œuf qui, dans les animaux vivipares , n’a poinl l’apparence de celui des ovipares , leur ressemblance ne consistant que dans les rapports d’une même destination. Ce n’est guère que comme comestible et comme médicament qu’il est considéré dans le D ictionn a ire d es Scie ne es médicales ,qui, au reste, compense plus que suffisamment ce qu’il laisse à désirer dans quelques articles par la prolixité de plusieurs autres. Nous n’examinerons l’œuf que comme principe de reproduction , et pour aller de ce qui est le plus connu à ce qui l’est moins , nous commencerons par celui des oiseaux. C’est un corps rond et d’ordinaire oblong, plus gros à un bout qu’à l’autre, avec une croule extérieure,

appelée coque ou coquille , fragile ; de diverses couleurs et consistances, revêtue en dedans d’une membrane molle. L’une et l’autre de ces deux enveloppes sont percées de petits pores par où se fait une inhalation du dehors au dedans , et une exhalation du dedans au dehors , et comme celleci prédomine , elle opère à la longue, vers le gros bout de l’œuf , un vide désigné sous le nom de chambre à louer. Pour empêcher l’exhalation et conserver plus long-temps les œufs dans leur intégrité , on les garantit du contact de l’air en les vernissant ou en les renfermant dans un vase sous des cendres froides, du son , etc. ; mais si l’on veut ensuite les faire éclore par l’incubation, il faut en ôter le vernis pour rétablir leur communication avec l’atmosphère. On appelle hardes les œufs sans coquille, pourvus seulement d’une membrane molle , tels que les poules en pondent quelquefois. L’on trouve sous la membrane molle ce que l’on nomme la glaire ou le blanc de bœuf, ou mieux X albumine s c’est un liquide blanchâtre, plus ou moins visqueux et transparent selon les espèces, qui se concrète par la chaleur. Au centre de l’albumine de l’œuf se trouve sous forme de boule, dans une enveloppe particulière appelée membrane vitelline , une humeur de nature huileuse qui , durcie par le feu , devient friable; on l’appelle en latin vitellus , d’où vient le nom de sa

membrane , et en français le jaune de l’oeuj , à cause de sa couleur. Sur la membrane vitelline se remarque une espèce de bride ou de bandelette en forme de zone , à laquelle on donne le nom de ckalaze , dont les extrémités, réunies à une distance à peu près égale de l’un et l’autre côté , se confondent dans un tubercule gélatineux, nommé follicule par Haller , cicatricule par Harvey, et plus communément germe ou embryon. Quelle que soit la situation de l’œuf durant l’incubation, le germe se trouve toujours à la surlace du jaune et en contact avec l’albumine ; mais il y a rétraction du germe au centre dès que l’œuf est cuit dur. Quelques auteurs croient, et les frères Burdin enseignent dans leur Cours d'études médicales (3e vol. , page 2i3), que c’est par la membrane vitelline qui se continue avec les intestins de l’embryon, que sont absorbés et élaborés les premiers sucs nourriciers, d’où résulte l’évolution; mais cela n’est ni prouvé, ni probable. Cette membrane sert évidemment à isoler le jaune du blanc de l’œuf, à maintenir le germe dans le premier de ces liquides, en le tenant en communication avec le dernier et à faciliter l’absorption graduelle et insensible de l’un et de l’autre , à travers les réseaux filandreux ou vasculaires delà chalaze , et des enveloppes immédiates du germe, qui absorbe lui - même les sucs ainsi filtrés jus-

qu’au centre du jaune où il est implante' , comme cela est prouvé par sa rétraction dans le phénomène de la cuisson.

Les poules sans coq et des femelles d’oiseaux retenues en cage , pondent des œufs qui se forment dans leur ventre, sans fécondation préalable; mais alors ils sont stériles. Il est nécessaire , pour qu’ils aient de la vitalité, que la femelle ait été fécondée par le male, fait important à noter pour apprécier l’opinion de ceux qui ont avancé que l’œuf contenait l’animal en miniature, et que le sperme n’agissait que comme la chaleur sur les semences des végétaux , qui toutefois ne se forment pas sans le pollen. Pour que la vie se réveille dans les œufs fécondés ^ il faut qu’ils soient soumis à l’incubation ou à une chaleur analogue , telle que celle des déserts de l’Afrique, où les voyageurs prétendent que l’autruche dépose les siens dans le sable , dont la chaleur soutenue suffit pour les faire éclore. Vraie ou fausse, cette observation a donné l’idée de recourir dans nos climats à une chaleur artificielle et à faire éclore des œufs de poule légèrement enveloppés de bourre ou de filasse , dans des fours , près des atres ou dans du fumier, d’après des procédés indiqués par Réaumur , et souvent couronnés de succès. On pourrait considérer la coque comme une robe qui remplace le plumage; car elle l’an-

nonce fréquemment par la diversité de ses couleurs dans les espèces sauvages.

M. Girou ( /. e*., p. 95) s’exprime de la manière suivante sur la fécondation des poules. « La poule, après avoir été cocliée une seulefois, fait , pendant vingt jours , des œufs féconds. L’éclosion de tous ces œufs demande également une incubation de vingt et un jours : or , s’ils avaient été fécondés dans l’ovaire, comme la chaleur intérieure de la poule est au moins égale à celle de l’incubation ordinaire, vingt-quatre heures d’incubation suffiraient au dernier œuf de la poule. Dira-t-on , avec Buffon , que le poulet 11e peut se développer sur l’ovaire ou dans 1 oviducte , parce qu’il ne peut y transpirer; mais les petits des animaux ovo-vivipares ne se développent-ils pas dans l’oviducte ? »

La conséquence que M. Girou tire de la nécessité d’une égale incubation , pour l’éclosion d’œufs pondus à des distances inégales du cocliement, 11e me paraît nullement rigoureuse ; car il n’en résulte autre chose, selon moi, si ce n’est qu’a près la fécondation , il faut aux œufs un temps inégal pour leur maturation dans l’ovaire, à raison de leur inégal développement à l’époque de la fécondation. Ne voyons-nous pas que les graines d’un épi de maïs et celles des autres plantes, pour avoir été fécondées en même temps,

ce dont on peut s’assurer en enlevant la partie des plantes qui porte les étamines avec le pollen, n ^acquièrent que successivement le degré de maturité nécessaire pour leur donner la faculté de germer et de reproduire? S’il en était autrement, aurions-nous l’avantage et le plaisir de jouir des fleurs etdes fruits de nos jardins aussi long- temps? Il est vrai que dans bien des cas la fécondation est successive ; mais je restreins mon observation à ceux où elle est simultanée, ce qui n’empêche pas que la maturation n’ait une durée inégale pour les graines et les fruits de la même tige. Dans les gestations des animaux multipares ^ n’arrive-t-il pas aussi que les produits d’un seul et même accouplement soient inégalement développés et naissent à des intervalles plus ou moins longs les uns des autres , comme il arrive aussi que , dans la même couvée ou la même nichée, tous les petits ne sont pas également développés ni en état de voler au même moment? Enfin, M. Girou , d’accord avec plusieurs naturalistes distingués, dit ailleurs , page 76 : « Il est d’autres animaux dont la femelle est susceptible de produire plusieurs générations sans le concours du mâle après un premier accouplement; mais ce sont l’araignée, la reine abeille domestique, qui 11e font presque pas de mouvement.»* Peut-on, sans inconséquence, admettre 3a possibilité de générations

successives par un seul accouplement, quand on exige une maturation simultanée de tous les produits d’une fécondation dans l’ovaire , pour croire à sa réalité? Le meme auteur cherche à prouver que l’appareil locomoteur des diverses espèces d’animaux est dans un rapport inverse avec leur fécondité , ce qu’il croit confirmer par la fin du passage que je viens de citer , et ce que je regarde comme une illusion , car ni l’araignée , ni l’abeille, ni la fourmi , ni les papillons, ni les mouches, ni les poissons, ni les autres espèces très -fécondes 11e manquent pas de mouvement ni des appareils propres à le produire.

E11 réfléchissant que les œufs non fécondés ne sont pondus qu’un à un et à diverses époques successives , M. Girou aurait compris que, bien que fécondés dans l’ovaire , les oeufs ne peuvent s’y développer que successivement , puisque ni l’ovaire, ni la poule ne pourraient les contenir, si leur développement et leur maturation étaient simultanés ; d’où il aurait tiré la conséquence qu’en supposant même les conditions d’une incubation convenable, celle-ci ne doit pas avoir plus d’effet sur un œuf non développé qu’une terre végétale avec toutes les conditions favorables à la germination n’en a sur des graines sans maturité.

Les œufs tiennent en forme de grappe à une tige appelée ovaire , où ils se développent succès-

sivement l’un apres l’autre , en sorte qu’une fenielle n’en pond qu’un dans l’intervalle d’un ou de plusieurs jours , selon qu’elle en doit plus ou moins produire. La ponte totale va de 18 à 24 pour les poules et les perdrix , de 12 à 18 pour les petites mésanges , de 5 à 6 pour les grives, les linottes, les chardonnerets, et elle 11’est que de deux pour les pigeons, etc. ; mais chez ces derniers elle se réitère à peu près tous les mois dans l’état de domesticité où ils ont une nourriture plus facile et plus abondante avec des abris plus commodes et plus chauds que dans l’état sauvage, où ils ne font des petits qu’au printemps et en été. Quand les oiseaux sont accouplés , le male aide la femelle à construire , pour la ponte et la couvée , le nid avec des variétés propres à chaque espèce : il partage avec elle les soins de l’incubation pour lui laisser le temps d’aller chercher sa nourriture, l’aide ensuite à nourrir et à protéger la petite famille; mais cela n’a pas lieu chez les polygames, où la femelle, 11’étant pas secondée , construit son nid avec moins d’art , et se trouve quelquefois exposée à des jeunes très-longs durant l’incubation dont elle a seule le soin , et qu’elle continue encore pendant plusieurs jours après que les petits sont sortis de la coque , afin de les garantir du froid, jusqu’à ce qu’un duvet plus abondant et plus chaud puisse leur suffire. Le repos, et probable-

incnt une fièvre ou un orgasme du à la philogéncsie, augmente alors la chaleur de l’oiseau, que l’on évalue à près de 38 degrés du thermomètre centigrade et meme au-delà , durant l’incuhation qui dure 20 à 3o jours pour les espèces qui sont Je plus développées , et qui marchent en sortant de la coque , au lieu qu’elle n’est que de i i à 18 jours pour la plupart des petits oiseaux , tels que les linottes , les mésanges , les hirondelles , etc. lfoiseau ne se pose sur les œufs qu’avec douceur et précaution, après les avoir arrangés et quelquefois retournés , ayant soin d’écarter ses plumes cl ses ailes pour n’en laisser aucun exposé au froid , et lorsque la petite famille s’est fait jour au travers de ses enveloppes, il la défend avec un courage qui lui fait braver les plus grands dangers. Il y en a dont il suffit d’avoir touché ou dérangé les œufs , pour empêcher le succès de la couvée. Quel est l’homme raisonnable et sensible qui , connaissant tous les soins , l’abnégation et l’héroïsme de l’oiseau pour sa tendre progéniture , ne se reprochât froide barbarie qui l’aurait porté à détruire un nid , s’il réfléchit surtout qu’au lieu de lui nuire,

J es petits qui en seraient provenus égaieraient la nature par leur ramage et leurs chants mélodieux, détruiraient les insectes qui rongent les productions végétales dont il se nourrit ?

Au bout de 24 heures, Haller a déjà pu dé-

couvrir dans l’œuf couvé des traces de cerveau et de moelle spinale; au bout de 48 heures , le cœur et l’aorte, et au bout de 70 , les premiers rudimens des os. Le germe paraît d’abord parsemé de points rouges, d’où naissent des vaisseaux sanguins qui convergent vers le centre, où l’on aperçoit le cœur en mouvement , et en même temps on peut distinguer la tête avec deux yeux: bientôt paraissent le bec , les ailes , les pâtes , mais le tout dans un état de mollesse presque liquide encore. L’albumine parai t être absorbé d’abord en plus grande quantité que le jaune , qui ne disparaît guère qu’au moment où le petit est près d’éclore. On prétend que pour sortir de la coque , il la brise à coups de bec , ce qui me paraît bien difficile pour un être auquel rétroitesse de sa prison ne permet guère les mouvemens qui nécessiteraient cette opération. Il est plus croyable que si la mère ne la casse pas , d’après des signes qui lui en donnent l’instinct, la coque s’ouvre spontanément comme les noyaux des plantes , les œufs des insectes, des poissons et des reptiles, par les progrès de l’accroissement, qui amène d’abord son usure et son bris dans les points en contact avec les parties les plus dures et les plus aiguës de l’animal qu’elle renferme. En voyant l'oiseau adulte, par exemple le pic, faire à coups de bec des ouvertures dans le bois, en plein air, on a pensé que celui qui est

étroitement serré et encore incapable de rien faire, à cause de son extrême faiblesse, devait opérer de même dans sa coque , parce que l’on conclut presque toujours de ce que l’on a vu à ce que l’on ne peut voir, en assimilant les choses les plus disparates. On n’a pas réfléchi que si l’on rendait la têle d’un oiseau adulte aussi immobile que l’est celle du petit en coque, il lui serait impossible de donner des coups de bec et de percer la plus mince écorce, et qu’ainsi l’ouverture de la coque doit être antérieure aux coups de bec. Je ne m’étendrai pas davantage sur les phénomènes de l'œuf de l’oiseau, dont je n’avais à parler que comme d’un objet de comparaison , pour faire concevoir analogiquement ce qui peut s’opérer dans les vésicules ovoïdes , désignées aussi sous le nom d’œufs dans les vivipares , malgré leur dissemblance manifeste. Parmi les ovipares , l’instinct de la philogénésie ne se manifeste guère que dans les oiseaux, car les poissons , les insectes et les reptiles abandonnent pour la plupart leurs œufs aux soins de la bienfaisante nature. Heureusement les petits qui en naissent trouvent autour de leur berceau la nourriture nécessaire à leur accroissement progressif. Les œufs des poissons et des batraciens sont ordinairement déposés dans des eaux calmes et abritées où s’en fait la ponte, la fécondation et l’évolution; ceux des in-

sectes sont déposés et se développent dans la terre ou sur les végétaux; ceux de quelques reptiles tels que les chéloniens et les sauriens, ou les tortues et les lézards , sont déposés dans la terre ou dans le sable où ils éclosent sans être couvés. Les femelles de quelques reptiles, tels que les vipères dont le nom est un abrégé de vivipare , lésant des œufs qui éclosent dans l’intérieur de leur corps, prennent soin de leurs petits après la naissance , et semblent même les avaler dans un danger imminent, en les recevant dans leur oesophage, qui leur sert d’asile. Parmi les ophidiens ou serpens, le mâle de l’accoucheur porte les œufs de la femelle et ne les abandonne que lorsqu’ils sont sur le point d’éclore. Dans les batraciens, le mâle du pipa place les oeufs après leur ponte sur le dos de la femelle, qui se gonfle et forme des cellules où les petits éclosent et restent sous forme de têtards jusqu’à ce qu’ils aient perdu leur queue. Parmi les poissons , les œufs des raies, des squales, éclosent dans l’oviducte comme ceux de la vipère, et leurs petits naissent vivans , de même que, parmi les insectes, chez une grosse mouche fort incommode dans les maisons. Pour caractériser ce mode ambigu de reproduction, on a donné aux animaux auxquels il appartient le nom d ' ovo-vivipares ou d ’ovovipares. C’est ainsi que la nature, évitant les sauts brusques , arrive

par une transition graduelle d’un mode de génération à un autre.

L’esprit humain tend à généraliser ses idées en fesant rentrer dans une première conception toutes celles qu’il peut y rattacher par quelque ressemblance même éloignée, ou par des analogies qu’il suppose dans ce qui lui est inconnu. De là l’origine des systèmes par lesquels , sous prétexte de simplifier la science, on brouille le vrai avec le faux , et on substitue des fantômes aux réalités. Eli résumant ce que nous avons dit, il en résulte que l’inertie que l’on suppose à la matière est y telle qu’on la définit, en contradiction avec les faits; que la génération des êtres organisés, que l’on dérive généralement de semences ou d’œufs , n’est ni connue ni démontrée dans les êtres qui occupent les limites de transition d’un règne à l’autre; que les premières générations manifestes, près des mêmes limites, se font par des divisions d’une partie quelconque, comme dans les conferves, les hydres, les astéries , ou par des globules et bourgeons disséminés sur tout le corps, comme dans les voivoces, les polypes rotifères , les vorticellcs , animaux qui , desséchés et conservés sans détérioration , ressuscitent, par l’accession de l’iiumidi té , au bout de plusieurs années; que plus haut sur l’échelle d’ascension organique, lorsque l’on commence à remarquer

dans les individus une composition moins uniforme, l’on trouve la puissance de reproduction plus particulièrement réservée à des germes ou à des organes spéciaux , mais encore tout entière dans un seul individu , comme cela s’observe pour les végétaux dans la monœcie, et pour les animaux, dans les vers, les mollusques, que l’on nomme pour cela hermaphrodites , et chez qui la génération résulte déjà de deux principes, le pollen et le pistil , ou le sperme et l’œuf; qu’en montant toujours plus haut sur l’échelle d’organisation, la vie, devenue plus diffuse et répartie, sous des modes de manifestation plus diversifiés, à des appareils plus nombreux , ne peut plus être communiquée que par le concours de deux individus de la même espèce ou de deux espèces voisines, mais conformés diversement dans leurs organes de reproduction, appelés seoces, comme pour en indiquer le partage ou l’insuffisance partielle.

Dans cette échelle d’ascension progressive, la nature, sans faire de sauts, n’est cependant pas tellement uniforme que nous ne la voyions plus d’une fois varier son mode de reproduction, fille anime d’abord une matière mucide ou gélatineuse, d’apparence toute homogène, par une vie générale qui , étant identique dans toutes les parties du même individu, reste également inhérente à eha cime de ses divisions, pour le reproduire ; en

jorte que la génération n est encore que la nutrition subindividualisée, rien n’y ayant forme de sexe ni de bourgeons; puis, variant sa marche, elle arrive à une organisation spéciale pour lui confier les élémens et l’extension de la vie , sous le double rapport de la réceptivité et de la productivité , en réunissant dans le même individu le foyer ou la mèche, avec la flamme qui doit y allumer la vie ; ce qui constitue l’hermaphrodisme , qui est autogame quand les organes males sont assez rapprochés de l’ovaire pour que l’individu se féconde lui -même, comme cela a lieu dans les coquillages bivalves , tels que les moules, les huîtres; ou ampliigame , lorsque les individus s’accouplent et se fécondent mutuellement ou de part et d’autre , comme font les coquillages univalves , tels que les escargots , les limaces , les lièvres de mer. Ensuite, changeant encore les conditions de la reproduction, la nature en partage le domaine entre deux individus de la même espèce, doués, l’un, le mâle, d’organes propres à allumer le flambeau de la vie, l’autre, la femelle, d’organes propres à en conserver et alimenter le foyer, jusqu’à ce que le petit animal puisse se suffire à lui-même. Ici il n’y a plus parité d’organes et de fonctions dans chaque individu , la productivité étant l’apanage du mâle, et la réceptivité l’apanage de la femelle. Ut

idrilia ad dandum , .sic muUebria ad vecipiendum , a natura apta sunt. Crève.

Peut-on arguer, de toutes ces différences d’organisation successives en faveur de la reproduction , une identité de vivification pour tons les êtres animés? Je ne le crois pas ; et cependant la génération univoque, qui consiste à renfermer toute la nature vivante dans le système des œufs* est généralement et presque exclusivement admise. Voilà pourquoi il m’a paru indispensable de considérer , sous les rapports de leur évolution , les œufs des oiseaux qui servent en quelque sorte de prototype , et auxquels on assimile tous les autres. Si nous les comparons à ceux des poissons , des amphibies , des insectes , nous trouvons des différences qui , comparativement aux œufs des vivipares , deviennent encore plus sensibles. Les premières apparences d’œufs, lorsque la nature commence à établir des différences d’organisation pour la génération , consistent seulement en tubercules ou germes qui ne proviennent encore d’aucun sexe, et dont la composition ne semble différer de celle du reste du corps, qu’en ce qu’étant plus concentrée et plus subtile, elle manifeste une tendance à s’individualiser par une assimilation idiogène , comme on le voit dans les bourgeons, les bulbes ou cayeux des plantes , et dans les tubercules et renflemens

articulaires des zoophytcs. L’on n’y remarque }>as encore les principes albumineux, glutiiifeux et huileux des graines et des œufs, à la formation desquels ils semblent servir de passage , à raison de leur forme et d’une élaboration de matière plus ténue. Lorsque l’on découvre les premiers appareils, qui ne paraissent exister que dans le but de la génération , et qui, pour cette raison , sont regardés comme génitaux ou sexuels, il n’est pas toujours très facile de discerner le masculin du féminin, ni quels corpuscules représentent les œufs ; et quand les sexes sont assez manifestes pour être distingués, quoique coexistant dans b; même individu , les œufs qui en proviennent ne contiennent qu’un mucus mêlé d albumine sans apparence de jaune , sous une enveloppe assez dure qui s’ouvre dès que l’embryon en a épuisé la matière réservée à sa première nutrition : c’est ce qui s’observe dans les insectes et les vers ovipares , car il y en a de vivipares. Dans les animaux plus parfaits où le cœur et le cerveau sont bien manifestes, tels que les poissons, les reptiles et les oiseaux, l’on découvre au milieu de l’albumine, substance riche en carbone légèrement oxidé , une autre substance huileuse où abondent l’azote et l’hydrogène, et c’est là le jaune au milieu duquel se trouve le canevas ou l’ébauche de l’embryon qui communique en même temps

avec Je blanc. Il n’est cependant pas démontre que dans les œufs ou le frai des batraciens, il y ait une substance huileuse analogue au jaune, au milieu de la matière gélatino-albumineuse.

Dans la femme , comme dans les femelles des autres mammifères, qui toutes sont vivipares, l’on considère comme œufs des tubercules ou vésicules, les unes miliaires , les plus grosses à peine comme des chenevis , disséminées sur deux corps arrondis, blanchâtres, appelés ovaires, et logés dans l'aileron postérieur des ligamens larges, derrière les trompes de Fallope , au-dessus des parties latérales et supérieures de la matrice. Le nombre de ces vésicules est très -variable. Si Rœdcrer en a trouvé trente dans une femme et cinquante dans une autre, Levret et Haller n’en ont jamais compté plus de quinze dans chaque ovaire. Elles sont si petites avant l’époque de la puberté, qu’on a de la peine à les discerner ; mais à cette époque elles grossissent, ou il s’en forme de plus apparentes , et les ovaires , auparavant petits et oblongs, prennent aussi un peu plus de volume en s’arrondissant, sans égaler la grosseur des testicules , si ce n’est durant la grossesse où ils peuvent la surpasser; ils sont aussi plus gros et turgescens , avec des vésicules plus marquées durant les règles , mais il se rapetissent vers l’âge de 4^ ans , et leur atrophie , dans un âge plus

avancé , amène la disparition de leurs vésicules* Les anciens regardaient les ovaires comme des testicules propres à la femme ( testes muliebres ) , croyant quelle secrétait et fournissait une semence comme l’homme, pour la génération. Quelques modernes les oui aussi pris, à cause de leur forme, pour de véritables leslicules, renfermés dans la cavité abdominale, chez des sujets qu’ils voulaient faire passer pour hermaphrodites. Les vésicules que l’on prend pour des œufs contiennent seulement un liquide albumineux sans jaune, ni germe, ni rien qui représente la membrane vitelline et ses zones ; souvent meme elles ne contiennent point de liquides et se présentent comme des tubercules cartilagineux ou lopliacés, analogues à ceux de la phthisie tuberculeuse, etc. On trouve aussi fréquemment, à leur place, un globule appelé corps jaune ( corpus luleuin) , à cause de sa couleur, placé dans une espèce de calice dont on attribue la formation à l’irritation qui suit le détachement de bœuf fécondé , quoiqu’il se rencontre aussi dans les vierges et les femmes stériles ; mais alors on l’attribue à l’irritation causée par des plaisirs solitaires ou contre nature. Si l’on demandait pourquoi il ne se rencontre pas de pareils corps jaunes dans l’ovaire des oiseaux , après le détachement des œufs , il est probable (pi on l’expliquerait aussi ,

parce qu’on 11e se trouve pas facilement en defaut } quand il ne s’agit que d’imaginer. Ce qui prouve que l’imagination fait assez souvent travailler la nature comme elle ne travaille pas, e’esl que l’on rencontre aussi des corps jaunes dans des ovaires qui n’ont point été soumis aux conditions dont on fait dépendre leur origine; car le docteur Mackintash , d’Edimbourg , s’est convaincu de leur existence dans une jeune fille de cinq ans. Voici comment ce fait est rapporté dans le cahier de septembre 1826, de la Nouvelle Bibliothèque médicale , rédigé par le docteur Jolly. « Le développement des corps jaunes dans l’un des ovaires fut long-temps regardé comme un indice certain que la fécondation avait eu lieu. Dans les dernières années, cependant, 011 reconnut que ce changement pouvait s’opérer sur des animaux qui 11’avaient été livrés aux approches du male, qu’après avoir intercepté toute communication entre la matrice et les ovaires, au moyen de la section des trompes de Fallope , et chez lesquels, par conséquent, 1 imprégnation n’avait pu s’effectuer. Quelques savans enfin, et M. Meckel entr’autres , sont d’avis que la masturbation, et meme certaines causes morales, suffisent pour amener le meme résultat. Toutefois , l’examen d’une jeune fille de cinq ans, morte de phthisie tuberculeuse , et chez laquelle 011 trouva l’hymen

parfaitement intact, et les ovaires remplis d’un grand nombre de corps jaunes aussi distincts que sur une femme qui a eu des enfans, tendrait à prouver que ces petits corps peuvent se développer dans des circonstances où l’individu n’a été soumis à aucune de ces influences. Ce fait appartient au docteur Mackintasli, d’Edimbourg, et ce médecin conserve dans son muséum la pièce anatomique qui constate l’existence d’un phénomène aussi singulier. ( Lond medic. Reposit. Juillet 1826.) »

Pour arriver à son but, la nature a doué les organes de la génération d’une sensibilité exquise, laquelle est plus particulièrement concentrée dans le gland du membre viril , et dans le clitoris , espèce de mamelon érectile, situé chez la femme au dessus des nymphes ou. petites lèvres , deux replis aussi très sensibles, qui dirigent le cours des urines hors de la vulve. Lorsque l’accroissement est à peu près arrivé à son complément , cette sensibilité se développe de plus en plus par la pléthore sanguine , et surtout par les sécrétions attribuées à chaque sexe; ce qui leur fait éprouver un besoin qui les porte à se rapprocher, et bientôt à sentendre réciproquement sur les moyens d’y satisfaire. Lorsque les deux sexes se sont entendus et sont d’accord pour céder au besoin qui les presse, la femelle reçoit , par l’écar-

temcnt dos grandes icvrcs, le membre conducleur du sperme dans une gaîne ou un conduit lâche et très susceptible de dilatation, appelé vagin, qui va de la vulve jusqu’au col de la matrice, lequel il entoure par son extrémité la plus interne, de manière à laisser libre, dans son calibre, l’orifice de ce viscère et ses bords qui s’y présentent sous la forme d’un museau de tanche. Alors la stimulation f 'réciproque , produite par le frottement ou par le simple contact des parties, augmente la pléthore et la chaleur des organes génitaux , en exaltant la sensibilité jusqu’à une sorte d’extase convulsive, d’ou résulte l’éjaculation de la liqueur prolifique du maie dans le vagin , et probablement jusque dans la matrice, qui est un viscère cave et spongieux en forme de petite cale basse aplatie, avec sa partie la plus renflée en haut, entre la vessie et l’intestin rectum. Sa cavité , presque triangulaire, communique avec les ovaires et l’intérieur de l’abdomen, au moyen de deux petits tubes appelés trompes de Fallope , qui sont implantés latéralement dans ce viscère, près de son fond , et se rendent jusqu’aux ovaires à travers l’aileron antérieur des iigamens larges delà matrice. L’extrémité supérieure des trompes est terminée par un pavillon en forme d’entonnoir, avec un bord frangé, dont une frange, tenant à l’ovaire, parait destinée à en rapprocher

le pavillon pour recevoir les œufs ou les humeurs que l’orgasme vénérien ou l’action sympathique du sperme en fait dériver, et les transmettre ensuite, jusqu’au fond de l’utérus, par un mouvement péristaltique pareil à celui des intestins. Voila comment on conçoit l’œuvre de la léeondation. Reste à expliquer les raisons sur lesquelles on se fonde, et les doutes dont celte œuvre mystérieuse est encore environnée.

Des fœtus et des débris de fœtus , trouvés quelquefois dans les ovaires, dans les trompes, ou adliérens à une autre partie de la cavité abdominale; un tubercule jaune (corpus luleum) , observé peu de temps après la fécondation sur un des ovaires, et qu’on a supposé résulter du détachement d’une vésicule fécondée ; puis de petites cicatrices, qu’on a cru avoir succédé à la disparition des corps jaunes , et dont le nombre a paru correspondre à celui des enfans conçus; la stérilité des femelles, et leur éloignement pour la copulation après 1 ablation des ovaires , comme on l’observe dans les poules, les truies, les chiennes, les carpes, et quelquefois chez les femmes qui cessent aussi d’être réglées après la castration; la coïncidence des mêmes phénomènes avec l’obstruction ou l’occlusion des trompes, de même qu’après la dégénérescence des ovaires par maladies , ou leur compression par l’omentum , la

graisse dans la polysarcie abdominale ; et, le besoin de trouver un usage aux ovaires et à leurs vésicules, ainsi cpic l’ignorance d’un autre mode de fécondation plus plausible, voilà ce qui a généralement fait adopter celui que nous venons d’expliquer.

Cependant , l’on peut objecter contre ce mode , que le sperme ne peut être porté jusqu’aux ovaires, que les vésicules qu’on y voit n’ont pas de ressemblance réelle avec les œufs des ovipares, ne contenant qu’un mucus albumineux, sans germe ni jaune, tel qu’il s’en produit par tout le corps de l’ovaire, qu’ainsi ces bosselures vésiculaires peuvent n’être que des indices et des produits de la pléthore pubère , puisqu’il s’en manifeste d’analogues au visage, surtout sur le front des jeunes filles qui , comme celles des ovaires, augmentent de volume à l’approche des règles. Comme ces tubercules vésiculaires grossissent d’ailleurs avec les ovaires, durant la grossesse , et se rappetissent de même avec l’âge, ils peuvent n’être que des cryptes ou des réservoirs de l’humeur albumineuse, à laquelle les artères spermatiques fournissent les matériaux, car l’on a fait l’observation que la section et l’oblitération de ces artères entraînent aussi la stérilité des femmes. Des cicatrices dont on veut faire correspondre le nombre à celui des enfans conçus , se remarquent aussi dans les ovaires des femmes qui n’ont point eu

(Venin il s, et cela doit être si elles succèdent aux corps jaunes, puisque ceux-ci se trouvent chez des femmes stériles et chez des vierges; d’ailleurs, la chute d’une hydatide doit aussi laisser une cicatrice , à part les rides qui , en ayant l’apparence , peuvent en imposer, i >n sait que les animaux hermaphrodites ne peuvent se féconder eux-mèmes , qu’autant que les ovaires sont rapprochés de l’organe qui fournit le sperme, ce qui infirme la vraisemblance d’une fécondation par Y aura seminalis ou par l’absorption delà semence que Grasmeyer a cru se faire au moyen des vaisseaux lymphatiques du vagin ; opinion insoutenable, non-seulement parce que ces vaisseaux se rendent dans les glandes, et n’arrivent pas directement aux ovaires, mais aussi parce que le défaut de communication du vagin avec l’utérus rend les femmes stériles. Enfin, l’analogie tirée delà fécondation des plantes, où l’on prétend que le pollen, appliqué au stigmate, ne pénètre pas à l’intérieur du pistil et de l’ovaire, n’est nullement concluante , puisque le stigmate fait partie du pistil, au lieu que les ovaires des mammifères ne font pas partie de l’utérus. Ce qui a encore rendu plus improbable la transmission de la semence jusqu’aux ovaires, ce sont les expériences de Haigton ( Arch . de Reil., II, 71, et III, 5i ) , qui , ayant coupé une trompe dans

une lapine , quarante-huit heures après la copulation, trouva des corps jaunes dans l’ovaire, du meme côté , sans qu’il y eût fécondation ; d’où il résulte que, dans cet espace de temps, des vésicules ont Lien pu se détacher, par l’effet du coït, sans que la liqueur fécondante ou la vapeur ait été portée jusqu’à l’ovaire par une trompe. Fautil conclure de ce fait et de la rencontre de fœtus ou de fragmens de fœtus dans les ovaires , que c’est dans ces derniers que s’opère la fécondation par Y aura seminalis ? C’est ce qu’ont fait la plupart des auteurs , non sans laisser échapper quelque doute sur la vérité de cette opinion, et , pour n’en citer qu’un exemple, M. Murat y rédacteur de l’article Ovaire du Dict. des Sc. Médic après avoir dit, pag. 12, t. xxxix, que « plusieurs faits démontrent au-delà de tout doute raisonnable, que la fécondation a lieu dans l’ovaire, » ajoute, page suivante : « En admettant, ce qui parait assez probable , que les vésicules de l’ovaire sont des germes destinés à être fécondés , on peut présumer qu’elles ne sont pas toutes également disposées à recevoir , à une meme époque de la vie, l’impression fécondante du fluide animal. »

Puisque nous en sommes réduits à des probabilités et à des présomptions pourquoi ne présumerions-nous pas aussi que si l’organisme vénérien peut stimuler assez énergiquement les organes du

mâle, pour qu’il en résulte une convulsion avec éjaculation de sperme, la même cause doit produire un effet analogue sur les organes delà' femelle pour opérer le détachement des œufs ou l'écoulement d’un liquide qui en fasse l’office^ avec leur introduction dans les trompes , et successivement dans la cavité utérine, où se rencontreraient alors les deux principes de la vivification animale ? C’est à peu près dans ce sens que les anciens ont conçu la fécondation des mammifères, jusqu’à l’époque où Harvey et ses partisans ont fait prévaloir la génération univoque. 11 faut que l’érétisrne voluptueux produit par le coït soit encore plus grand dans la femme que dans l'homme, quoique Hippocrate dise que c’est le contraire, pour qu’elle s’expose à tous les inconvéniens de la grossesse , de l’accouchement et de la maternité. C’est ce qui a fait dire à Yanhelmont que l’existence de la femme se concentrait dans l’utérus ( propter solwn ule- 7'iuji 77iulie/‘ est ici cjuod est). Pourquoi donc l’orgasme vénérien qui produit une excrétion prolifique chez l’homme, ne produirait-il rien d’analogue chez la femme dont l’ébranlement nerveux paraît encore plus prononcé? On a d’ailleurs admis comme cause de la production des corps jaunes chez les vierges et les femmes stériles, un ébranlement ou un érétisme occasionés par des jouissances contre nature ou solitaires. On a aussi

observé que les femelles des animaux excilés durant leur période de chaleur par la présence du male sans accouplement , perdent de leur fécondité, et reçoivent en suite plusieurs fois le mâle avant d’être fécondées. Ainsi des béliers trop jeunes dans un troupeau nuisent à la fécondité en excitant les brebis sans les féconder. Selon Ilarvev

des caresses voluptueuses suffisent pour détacher les œufs des femelles du merle, de la grive, du perroquet y etc. Il est démontré aussi que la masturbation chez les femmes encore plus que chez les hommes nuit à la fécondité. Pourquoi demander que le principe fécondant aille chercher les vésicules sans possibilité d’arriver jusqu’à elles, et les détache de leur tige, on ne sait comment, quand les organes, revenus à leur calme habituel, ne s’y prêtent plus, tandis que nous voyons les organes mâles et femelles des plantes s’incliner les uns vers les autres et s’attirer réciproquement?

Mais alors, dira-t-on, comment expliquerezvous la rencontre de fœtus dans les trompes, les ovaires et la cavité abdominale? Ne pourrait-on pas plutôt demander pourquoi il se rencontre des fœtus dans la matrice, ou pourquoi il ne s’y en trouve pas plus rarement que dans la cavité abdominale, s’il est vrai que ce soit dans cette dernière que se fasse la fécondation? Les inductions tirées de la présence de fœtus ou de débris de

fœtus dans l’abdomen, pour prouver que la fécondation se fait dans les ovaires, sont infirmées dans quelques cas par des circonstances qui prouvent, qu’elle ne s’y est pas opérée, telle que l’intégrité de l’hymen, l’extrême jeunesse, le peu de développement de la matrice, et même le défaut d’ovaires ; aussi un célèbre anatomiste anglais, Baillie, a-t-il voulu prouver de nos jours que la production des cheveux , des dents , des os , etc. , ne suppose pas une fécondation préalable, car.il a trouvé des cheveux, des dents chez une fille qui paraissait âgée au plus de 12 à i3 ans, chez qui l’hymen était intègre et l’utérus moins développé que dans l étal ordinaire de la puberté. Cet auteur rapporte aussi qu’un cheval hongre, examiné après sa mort par Colmann , avait au dessous du rein droit un kvste contenant des cbe-

veux et quelques dents, avec une substance grasse. Ruysch conservait dans son cabinet une tumeur trouvée dans l’épiploon d’une femme hydropique, de la grosseur du poing , dans laquelle se trouvaient des cheveux absolument semblables à ceux de la tête, si ce n’est qu’ils étaient sans racines ( Obs . xvm); il conservait aussi une autre tumeur trouvée dans l’estomac d’un homme, où il y avait des cheveux ? des dents , etc. Ce célèbre et savant anatomiste, étonné des diverses productions etdesanimalculesquil avait trouvé dans les parties

les plus intimes elles plus variées du corps, n’eu a pas expliqué l’origine, tantelle lui a paru obscure, comme on peut le voir dans un passage que j’ai cité de lui, ch. m, p. l\2 et ss. Le même auteur a décrit un avorton composé seulement d’un fémur, d’un bout du pied et de trois doigts ( Thés . anat.,\ ix, p. 1 7). Dans les Transact. philosophiq, de 1 794, p* 1 54? Clareke a décrit un monstre ayant la forme d’un ovoïde aplati , recouvert par la peau, dans lequel se trouvait un pied isolé, faisant appendice à un membre inférieur complet, des os innommés presque aussi volumineux que deux fœtus à terme, une petite portion d’intestin, uneveineetuneartèi e ombilical e. Dans ses Recherches et expériences sur la vitalité (Paris, 1797), iVl . Sue a rapporté l’observation d’un fœtus de cinq mois, réduit à une partie de l’abdomen avec un cordon ombilical et un seul membre inférieur, d’ailleurs bien conformé. Vrolik ( Mémoire sur quelques sujets d’anatomie et de physiologie , Amsterdam, 1822), a publié la description d’un fœtus ayant seulement un sacrum , toute la portion lombaire du racliis, deux reins , une petite portion d’intestin grêle jointe à un gros intestin , les organes sexuels femelles avec un membre inférieur droit complet qui tenait à un bassin irrégulièrement développé. Le docteur Hayn de Berlin a don né en 1824? sous ce titre : Mo ns U y unie uni pe~

dem referait is descri jjtio ancitomica , un acéphale monopède, provenant d’une chèvre qui, après plusieurs portées précédentes, avait mis bas, en 1822 ? un chevreau qui n’avait que trois membres, et qui un an après mit bas un nouveau fœtus consistant seulement dans un membre postérieur gauche , de forme oblongue et irrégulière, recouvert de poils longs et rudes, arrondi à l’une de ses extrémités, et se terminant^ en s’amincissant graduellement, par une extrémité recourbée. Il y avait latéralement près de la grosse extrémité une cicatrice ombilicale d’où partait un cordon, un peu plus bas un tubercule charnu, etplus en avant une petite fente informe de paupières dont les bords étaient recouverts d’un épiderme mince, par laquelle proéminait un petit corps difficile à déterminer. En incisant cette masse, on trouva dans son intérieur un membre postérieur assez bien formé, mais sans rotule, et qui au 1 ieu de trois phalanges 11’en avait qu’une bilurquée et terminée par une corne analogue aux ongles, mais toute enveloppée par les tégumens intérieurs. Il y avait aussi une portion d’os iliaque articulée avec le fémur et un rudiment de vertèbre. En comparant ces cinq derniers faits dans le cahier d’avril 1825 de la Nouvelle bibliothèque médicale , le docteur Ollivicr d’Angers remarque que le dernier acéphale diffère des quatre autres sous les rapports suiyans;

i° Tous les fœtus acéphales qu’on a décrits étaient jumeaux, ce qui n’existait pas ici; 2° il n’y avait pas ici de traces intestinales dont on a toujours trouvé quelques vestiges dans les acéphales dont nous possédons l’histoire; 3° enfin de tous les cas analogues connus, il est le seul, si l’on en excepte peut-être celui de Ruiscli, dans lequel on ait vu un membre inférieur isolé de toute autre partie, et constituer ainsi , à proprement parler, un acéphale monopède.

Reste la question maintenant de savoir si ces productions imparfaites ont ou n’ont pu se développer sans fécondation, et quelles sont les limites des organisations possibles sans le secours de la fécondation. On essaiera de résoudre cette question par des hypothèses, comme on a fait pour le cas suivant, où l’on suppose deux germes impliqués l’un dans l’autre ; mais des hypothèses ne sont pas des preuves. Un fait des plus curieux, qui, après avoir fortement fixé l’attention des médecins, a été trop tôt perdu de vue, c’est le fœtus trouvé en l’an i3 (iôo5) dans le corps d’un garçon de i4 ans, nommé Amédée B issieu , de Verneuil , département de l’Eure. Le bruit de ce phénomène, dont les explications intéressaient également la science et la morale ; détermina M. Chaptal , alors ministre de l’intérieur , à charger la société de l’Ecole de médecine de Paris de

l’examiner, et quoique j’aie été témoin de Ja dissection et de l’examen qui s’eu firent dans cette ville, c’est dans le rapport que fit M. Dupuytren, au nom de la commission qu’elle nomma , et qu’on peut lire en entier dans son premier bulletin de l’an 10, que je prendrai presque textuellement la notice suivante. Dès qu’il avait pu balbutier, Bissieu s’était plaint d’une douleur au côté gauche qui dès-lors avait paru tuméfié, sans empêcher son développement physique et moral. Ce n’est qu’à 10 ans que la lièvre le saisit, et dèslors sa tumeur devint volumineuse et douloureuse. Bientôt il rendit par les selles des matières puriforines et fétides; trois mois plus tard il se manifesta une sorte de phthisie pulmonaire; il rendit un peloton de poils par les selles, et mourut au bout de six semaines dans un état de consomption des plus avancés. L’examen des pièces envoyées à Paris par M. Blanche ; chirurgien à Rouen y n’a laissé aucun doute que ce fœtus ne fût renfermé dans un kyste situé dans le mésocolon transverse, au voisinage de l’intestin colon et hors des voies de la digestion , quoiqu’il communiquât avec 1 intestin par une lésion récente et accidentelle de ce dernier. Pour constituer un individu , il fallait (pic cette masse renfermât des appareils d’organes indépendansdeceux du corps auquel il adhérait; et u ne dissection très-soignée lit découvrir la trace de

quelques organes des sens, un cerveau, une moelle de l’épine^ des nerls très-volumineux, des muscles dégénérés en une sorte de matière fibreuse, un squelette composé d’une colonne vertébrale, d'une tète, d’un bassin et de l’ébauche de presque tous les membres; enfin dans un cordon ombilical fort court et inséré au mésocolon transverse , hors de la cavité de l’intestin , une artère et une veine ramifiées par chacune de leurs extrémités du côté du fœtus et du côté de l’individu auquel il tenait; ce qui suffit pour en établir l’individualité, malgré que l’absence des organes de la digestion, de la respiration, de la sécrétion des urines et de la génération, qui n’entrent en fonctions qu’après la naissance , doive la faire classer parmi les fœtus monstrueux destinés à périr en voyant le jour.

La situation de ce fœtus hors du canal alimentaire ne permettait pas de supposer son introduction dans le corps de Bissieu, et le sexe de celuici, constaté par MM. Delzeuse et Brouard, sur l’i nvitation du préfet de l’Eure, ne laissait pas croire qu’il eût été fécondé, puisqu’il n’offrait pas la plus légère trace du sexe féminin. D’après la connexité des faits, il est donc impossible de ne pas admettre que ce jeune infortuné est né avec la cause de la maladie à laquelle il a succombé, au bout de i/j. ans seulement. Ce qui indique encore

l'ancienneté de ce fœtus, ce sojit le volume de ses dents, la dégénération fibreuse de ses muscles , le racornissement du cerveau , l’usure de la peau dans un grand nombre de points , la carie de plusieurs os, la soudure de la plupart d'enlr'eux, la dégénérescence osseuse du kyste lui-même. Mais en admettant que le fœtus soit contemporain de l’individu auquel il était attaché, il restait toujours pour ceux qui veulent tout expliquer, une grande difficulté à lever, celle de la situation dans le mésocolon transverse. Le rapport suppose, pour toute explicati on, ou un germe primitivemen t disposé pour une pareille monstruosité y ou Faction d'une cause mécanique sur deux germes d’abord isolés qu’elle aurait fait pénétrer F un dans V autre , comme dans les monstres à deux corps réunis entre eux ou confondus l’un dans l’autre par une partie qui leur est commune. En admettant l’une de ces explications , dit le rapporteur, ce fœtus qui peut être comparé au produit des conceptions extra-utérines, n’a plus rien qui doive surprendre beaucoup , et le sexe de celui qui lui a si long-temps servi de mère } devient à peu près indifférent.

Les suppositions qui , dans ce rapport , prennent le nom d’explications, sont une superfétation de l’hypothèse gratuite de germes animaux dans lesquels seraient pour ainsi dire

moulés les produits de la génération, et Faction d’une cause mécanique, qui aurait fait pénétrer un germe dans l’autre, est une supposition un peu plus que gratuite, car le germe pénétrant n aurait pu s’introduire sans écraser, disjoindre et faire difïluer les parties du germe pénétré qui par là aurait nécessairement été le plus vicié, tandis que les faits prouvent que c’est précisément le contraire. L’on fai t aussi intervenir coram e objets de comparaison les conceptions extra-utérines , sans réfléchir que dans celles-ci ni aucune autre, les germes, puisque germes il va, ne restent jamais assoupis pendant i5 ans, ce qui a été à peu près le cas chez Bissieu ; car si son prétendu frère jumeau ou son contemporain s’était réveillé en même temps que lui,, il aurait certainement empêché son développement physique et moral par le sien propre , ce qu’il ne fit pas selon le rapport qui ajoute, que ce n’est qu’à i3 ans que la tumeur devint volumineuse et douloureuse , que la fièvre se déclara, etc. Ainsi l’infétation d’Amédée Bissieu n’est point expliquée dans ce rapport, et elle est inexplicable par un germe qui n’aurait pu arriver au mésocolon transverse par aucune voie connue, même primitivement, sans que son passage fût marqué par quelque signe, et sa présence annoncée par des indices moins tardifs et plus manifestes, puisque son coté gauche avait seulement paru tuméfié dans son enfance sans laisser soup-

çonner le phénomène d’un germe en évolution actuelle. Reste donc l’explication du savant Raillie ou l’impossibilité d’une explication dans l’état actuel de nos connaissances. Je ne sais si \ ol taire, connaissant les phénomènes encore inconnus de son temps que j’ai rapportés, aurait été aussi tranchant dans son opinion , qu’il le paraît dans le passage suivant de son Précis du siècle de Louis XV : « Des systèmes trop hasardés ont défiguré des travaux qui auraient été plus utiles. On s’est fondé sur des expériences trompeuses pour faire revivre cette ancienne erreur , que des animaux pouvaient naître sans germe. De là sont nées des imaginations plus chimériques que ces animaux. » Quoique l’on ne puisse disconvenir que Voltaire n’ait eu bien souvent raison, il s’est cependant quelquefois trompé , et ce pourrait encore être le cas ici , puisque, outre les générations imparfaites dont il vient d’être question , il y a encore celles des enlozoaires , dont il a été jusqu’ici impossible de démontrer les germes; or l’admission d’une chose qui n’a pu être démontrée , est hypothétique comme son rejet , et l’on 11e peut , en pareil cas , éviter le danger de l’erreur, que par le doute philosophique qui est d’autant plus recommandable, qu’il provoque à de nouvelles investigations , au lieu que la présomption les fait croire inutiles. C est en concluant du particulier au général , c’est-à-dire, de l’existence

d’un germe dans les plantes et de. quelque chose d’analogue dans les œufs , que l’on a élevé en certitude leur existence dans les autres organisations où l’on nVn a jamais vu ; et ainsi Voltaire a tranché sur l’erreur et la vérité par un faux raisonnement.

Un autre cas où les partisans des germes ou des œufs pour toute génération se trouvent en défaut , c’est celui de la superfétation dans les femelles à une seule matrice , dont la cavité , une fois remplie et devenue également imperméable à une nouvelle intromission de sperme et d’œufs , équivaut à son oblitération ou à son absence ; ce qui , selon eux, est une cause absolue de stérilité, et cependant ils admettent la superfétation après plusieurs mois de grossesse chez la femme , c’està-dire , l’impossible avec leur système.

Je suis très-porté à croire que chez les mammifères, la fécondation s’opère dans la matrice, puisque c’est ordinairement là que se trouve et se développe le produit de la conception; autrement ces animaux ne pourraient guère produire moins de deux petits à la fois, puisqu’ils ont deux trompes qui correspondent à deux ovaires , et un seul accouplement devrai t suffire pour féconder plusieurs œufs à la fois, comme chez les ovipares qui , au lieu de deux ovaires et de deux trompes , n’ont cependant qu’un ovaire et un oviducte par lequel

la liqueur fécondante peut arriver directement jusqu a l’ovaire, qui peut-être en distribue Je principe aux œufs , vu qu’un seul accouplement suffit pour en féconder un grand nombre , qui sont les uns plus, les autres moins développés. Le sperme doit arriver aux œufs par la substance de l’ovaire, s’il est vrai , comme l’aflirment Spallanzani et d’autres scrutateurs de la nature, qu’un seul accouplement suffit dans quelques insectes pour plusieurs générations. La fécondation simultanée de plusieurs principes de vitalité n’ayant lieu que par exception dans certains mammifères, on doit en conclure qu’elle se fait par un mode différent. Quant à la présence de quelques fœtus dans les trompes ou dans la cavité abdominale , ce qui constitue la grossesse extra-utérine, l’on en conçoit la possibilité par les spasmes de la matrice , qui, étant capable d’engourdir la main de l’accoucheur le plus robuste, lorsqu’il l’introduit dans sa cavité, et d’expulser au dehors, dans les avortemens , le produit delà conception , malgré l'épaisseur et la grande résistance de son col , peut bien aussi refouler et faire refluer l'embryon avec ses enveloppes , avant qu’il ait contracté de fortes adhérences, jusque dans les trompes et l’abdomen. Le développement de fœtus au milieu des ovaires, dont on cite des exemples, s’il est vrai , n’est pas vraisemblable , ni favorable à l’o-

pinion des ovaristes , puisque, d’après eux, les vésicules ovoïdes ou fécondables se trouvent su Ja superficie de ces organes, et que, si elles se trouvaient aussi au milieu de leur parenchyme, la fécondation d’une seule vésicule serait bien plus inexplicable par un principe fécondant, qui d’abord , en communication avec les vésicules les plus superficielles, n’aurait pas agi sur elles.

Littré dit {Mémoires de V Académie des Sciences , an 1701 ) avoir trouvé dans l’ovaire d’une femme , une vésicule moins grosse et plus profonde que les autres, contenant un embryon d’une ligne et demie de grosseur sur trois lignes de longueur, attaché au dedans des enveloppes de la vésicule par un cordon gros d’un tiers de ligne et long d’une ligne et demie, nageant dans une liqueur claire et mucilagineuse. On distinguait la tète, et sur celle-ci une ouverture à l’endroit de la bouche , une éminence à la place du nez , et de chaque côté deux lignes indiquant les paupières, et sur le tronc des éminences rondes où devaient naître les extrémités supérieures et inférieures.

Voilà une observation qui serait bien précieuse pour établir la fécondation des vésicules dans les ovaires memes , si l’on était sûr que ce savant académicien n’a pas vu toutes ces merveilles minimes, si exactement décrites , à travers le prisme de sa prévention, et si quelques autres petits phéno-

mènes pareils, sur lesquels la connaissance du sien appelait 1 attention , s’étaient reproduits aux yeux de bons observateurs venus après lui. Il est reçu en jurisprudence qu’un seul témoin ne prouve rien ( testis unus, test/s nul lus) , et en philosophie, qu’il ne faut jamais tirer une conclusion générale d’un fait particulier , quand même il ne serait pas aussi facile de s’abuser sur des ressemblances si minimes, qu’on ne peut ni les voir , ni même les deviner sans les avoir préconçues.

Kerckring qui , dans son Anthropogeniœ Iconographia , etc., donne des détails sur la génération de l’homme et sur la conformation du fœtus jusqu’à l’ossilication {Conformât io fœtus uscjue ad ossificationis principia), dit qu’au quatrième jour de la conception ses parties sont déjà développées, surtout la tête; qu’à trois semaines, le squelette ne semble formé que d’une pièce continue , qu’il paraît cartilagineux aux extrémités , au tronc et à la face , et que le crâne ressemble à une vessie membraneuse, mais qu’on n’y voit rien d’ossifié ; il a observé que les osselets de l’ouïe se durcissent de bonne heure, et, qu’à sept mois, ils ont à peu près leur volume; il ajoute qua cet âge la direction des côtes est telle, que les cinq supérieures ont leurs extrémités tournées en haut, tandis que celle des sept inférieures est tournée en bas; que le sternum, long-temps cartilagi-

neux, présente à l’époque de neuf mois beaucoup de points osseux contigus les uns aux autres , pour ne former ensuite que trois pièces osseuses. Quoique cet auteur n’ait pas été exempt de préventions, et que l’on ait des raisons de soupçonner qu’il s’est trompé sur l’époque de la conception d’un foetus dont les parties auraient déjà été développées au quatrième jour, etc., nous ne voyons cependant pas que dans son ouvrage il ait mis la crédulité à une si rude épreuve que Littré. Selon Hippocrate, toutes les parties du corps sont ébauchées dans un embryon de sept jours, ce dont il s’est assuré plusieurs fois chez les femmes publiques qui se faisaient avorter. « Si vous y regardez attentivement , dit-il , après l’avoir jeté dans l’eau , vous y découvrirez tous les membres, les régions des yeux , les oreilles et les bras , meme les doigts des mains, les cuisses, les pieds et leurs orteils, ainsi que les parties sexuelles et tout le reste du corps. Ceux qui en ont fait leur étude savent que, dès qu’une femme a conçu , il lui vient aussitôt des horripilations, des bouffées de chaleur, des craquemens de dents , des constrictions spasmodiques des articulations et des autres parties du corps , avec une torpeur de l’utérus. C’est ce qui arrive à celles qui sont en parfaite santé, et ce que ne sentent pas la plupart de celles qui

sont replcttes cl glaireuses lorsqu’elles l’éprouvenl (1). »

Haller, l’un des physiologistes modernes les plus instruits et les plus dignes de foi , qui , entre autres expériences, fil saillir quarante brebis, qu’il sacrifia l’une après l’autre pour éclairer l’œuvre de la génération, dit que le premier embryon qu’il a observé dans l’utérus maternel ne contenait qu’une gélatine sans forme ni membre distinct (2). Selon le même auteur, l’œuf humain, observé dans la matrice, ne contient d’abord qu’une lymphe claire , coagulable par le feu et l’alcool, où le fœtus est long-temps invisible; en sorte qu’il 11e l’a jamais vu avant le dix-septième jour, n’étant jusque-là qu’un mucus informe et encore cylindrique ; ensuite, lorsque les parties com-

(1) Ac primum quidem, ubi genitura ad uteros pervcnerit, habet intra septem dies quæcumque ex corpore ei accedere necesse esl. Eam in aquam conjectam si accuratius inspexeris, membra omnia iiaberc deprehendas, et oculorum regiones et aures et brachia. Quin et manuum digili, et crura et pedes et pedum digiti, et pudcndum et reliquum totum corpus in conspicuo est. Liquido autem constat iiarum rerum pcritis, quod millier ubi concepit, statim inhorrescit, ac incalescit ac dentibus stridet , et articulum reliquumque corpus convulsio prehendit, et ulerum torpor; îdque iis quæ puræ sunt accidit. Quæ vero crassæ et mucosæ istud experiuntur, earum pleræque boc non sentiunt. (Hipp., De Carnibus seu de principiis , p. 2 54- )

(2) Gelatina erat embryo quem primum in utero materno vidimus, vix distincta forma, cujus nullam partem a reliqua distingueres. (V • Haller, Primas lincœ physiologies ah ff risherg quarto cotiser iptœ , etc., p. 49^- Gœtt., 1780.)

( ai3 )

meiicent à se dessiner, il a la tête très-grande, le corps petit , sans membres, avec un ombilic ample, uni, qui le fixe vers 1 extrémité obtuse de l’œuf (i). Le professeur Osiander de Gœttingue dit avoir déjà aperçu la seconde semaine un fœtus long de deux lignes; mais Curt Sprengel, à qui j’emprunte ce fait (/. c., p. 675, t. 2), présume qu’alors il y a eu erreur sur l’époque de la conception , pensant lui-même , ainsi que plusieurs observateurs {lu témoignage desquels il s’élaie, que le fœtus humain 11e peu t guère être discerné qu’à la troisième semaine. Hippocrate ayant eu occasion d’observer le produit avorté (d’une conception de six jours y en rend compte de la manière suivante : Supposez , dit-il , un œuf cru dont on aurait détaché toute la coque extérieure, dans la membrane intérieure duquel se trouve une humeur transparente; c’est là, pour le dire en un mot, l’état de l’humeur dont il s’agit , si ce n’est qu’en outre elle était rouge et ronde. Mais on voyait dans cette membrane des fibres blanches et ténues avec une sanie rouge et épaisse, et la membrane

^i) ln eo ovo (liumano) in utcrum delato plurima eo tempore aqua inest, in igné vel alcohole coagulabilis , limpida; et fœtus diu invisibilis , ut ante decirnum septimum diem nunquam viderim , informis primo, merusque mucus , hactenus cylindricus. Inde quando mine ali— quod partium discrimen succedit , grandissime est capite , corpore parvo, artubus nullis, umbilico amplo, piano, ad ovi vertieem obtusuni adfixus. (Hipp., De Carnibus scu de principiis , etc. , p. /j86.)

était elle-même extérieurement injectée de sang comme par sugillation. Au milieu, il y avait quelque chose de ténu qui me parut être le nombril par lequel s’était manifesté le premier souffle, et s’était développée toute la membrane qui contenait le produit de la génération (1). Hippocrate dit d’ailleurs qu’il faut quarante-deux jours pour distinguer les membres d’une fille, ce qui est le plus long terme, et trente jours p< ur reconnaître ceux d’un garçon , à en jug r par les fœtus expulsés par avortement (2). J’ai moi-même eu occasion de voir des fœtus de cinq à six semaines, dont les membres n’étaient encore que faiblement dessinés; mais je n’ai pu en distinguer suffisamment le sexe ni en comparer un assez grand nom-

(1) Ut si quis ovo crudo externam testam undique auferat, in quo interiore membrana contentus humor pelluceat ; ad liunc fore moduin (ut uno verbo dicam) se habebat liquor il le, prætereaque ruber erat et rotundus. Conspiciebantur autem fibræ albæ et tenues in membrana cum sanie crassa et rubra contentæ , et ipsa membrana exteriore parte cruore ad instar sugillatorum suffusa erat. In cujus medio tenue quiddam exlabat, quod mibi umbilicus esse videbatur, et per ilium primum respirasse, ex coque protendebalur membrana tota geniturain compleclcns. (Hipp., De natura Pueri, p. 236.)

(2) Ilæc eo loco a me adducta sunt , quo demonslrarem membrorum distinctionem in pueris fieri , fœminæ quidem intra duos et quadraginla dies et longissime , masculo vero intra dies trigenta... Pleræque autem jam mulieres fœtum masculum ante trigesimum diem abortione reddidere, sed is indistinctus compertus est : qui vero pauco post aut eo ipso die rejecti sunt , omnes distinctis membris visi sunt. Sic etiam in fœmella pro ratione dnorum et quadraginta dierum, si quando aborta perierit, membrorum distintio apparet. ( Ibid . , p. 239.)

bre pour savoir quelle différence il y a entre le développement d’un garçon et celui d’une fille. La différence de temps indiquée par Hippocrate pour chaque sexe pourrait bien n’avoir pas été rigoui eusement constatée, et n’étre que présumée d’après la force respective de chacun , ou d’après le témoignage de femmes incertaines sur l’époque de leur conception.

Il est vrai que Mauriceau, Monro et Brindel ont cru apercevoir au troisième jour une espèce de ver dans l’œuf humain, ce qui n’ayant pas été confirmé par des observations ultérieures , n’est probablement qu’une illusion qui toutefois n’a pas été jusqu’à faire voir des parties distinctes.

Tout cela s’éloigne prodigieusement de la merveille imaginée par Littré , le seul qui ait vu toutes les parties d’un fœtus minime ébauchées simultanément à une époque où il n’y en a point d’apparente , et dans des proportions qu’elles n’ont jamais entre elles dans les premiers temps : encore était-ce dans une vésicule de l’ovaire plus petite que les autres, et cette circonstance, ajoutée à son récit , fait voir qu’il connaissait l’empire du merveilleux pour capter l’attention et la confiance des esprits vulgaires. Malgré tant dinvraisembl ances , ia crédulité illimitée de ceux dont toutes les connaissances ne sont qu’une richesse d’emprunt leur a fait adopter son récit comme une

preuve du système qu’il favorisait : c’est à peu près comme si un naturaliste disait avoir vu dans un pépin un arbre où il distinguait déjà les branches, les feuilles , les fleurs et les fruits.

La croyance des ovaristes exclusifs est plutôt motivée par des fables de la nature de celle de Liltre, et par des présomptions tirées d’une analogie qu’ils ont imaginée entre les ovipares et les vivipares , que par des expériences et des faits positifs. C’est ce que Haller et V> risberg ont trèsbien fait sentir en s’exprimant de la manière suivante : La vésicule elle-même qui a existé dans l’ovaire, y reste adhérente, et devient l’enveloppe où est contenu le corps jaune. Les petits œufs que l’on prétend s’être détachés dansles premiers jours, n’ont pas de fondement certain , et répugnent à la petitesse du foetus observé plusieurs jours après la conception , à la figure toujours cblongue qu’on lui remarque d’abord , laquelle est également cylindrique dans les bêtes , ainsi qu’à la petitesse de la trompe (1). Et, d’abord c’est une question difficile que celle de savoir d’où proviennent les élémens primordiaux du nouvel animal ; si c’est de

(i) Ipsa vesicula quæ in ovario fuit, manet in eo firmata estque corporis lutei amiculum. Quæ vero de muliere primis diebus decidisse dicuntur ovula , incertæ sunt lidci, et répugnant parvitati fœtus multis diebus post conccptionem visi , figuræ , cum qua primum visus cst , scmper oblongæ , in bcstiis ctiani cylindricæ, parvitati tubæ. (V. Haller, l. c, p. 480. )

chacun des parons et du mélange de leurs semences al fl ucn les de tout le corps , vu la ressemblance du fœtus avec l’un et l’autre dans les animaux et principalement dans les plantes, laquelle est prouvée par beaucoup d’expériences , ainsi que la propagation de leurs vices , tout se trouvant confondu dans un seul animal (1).

Les anciens ont cru , et c’est encore la croyance de quelques modernes , parce quelle s’appuie sur la vraisemblance, que la fécondation a lieu dans la matrice des mammifères, par la rencontre et le mélange du sperme des mâles avec une humeur de même destination , sécrétée par les ovaires des femelles. F errari ( de Grado , ou de Gradibus ) , dans un ouvrage imprimé d’abord en î^ji, et réimprimé plusieurs fois , en dernier lieu , à Lyon, en 1627, in-4°, sous le titre de Practica , seu commentaria in nonum Rhazis ad Almansorem , est le premier qui , en parlant des ovaires des femmes, les ail assimilés à celui des oiseaux , et ait regardé leurs vésicules comme des œufs. Stenon , de Graaf, Yerheyen, Littré, Drelincourt, Kerckring, Haï vey, Swammerdam et beaucoup d’autres ayant

(1) Et primum difficilis est questio unde primordia novi animalis proveniant. ]N«m sint ab u troque parente , et conjunctis seminibus , de corpore universo deciduis , ut quittent similiîudino fœtus cum parente u troque in animalibus , sed potissimum in plantis per plurima expérimenta confirmata, in unuin animal misceantur ; tum vitia parentum in. fœtus propaqata. (Haller., /. c. p. 4S1.)

adopté son opinion , quoiqu’elle n’eût aucune base certaine , l’ont accréditée chez leurs élèves , et ceux-ci, in verba magislri jurare addicti , l’ont propagée à leur tour. S tenon , d’abord médecin protestant, puis évêque catholique , crut démontrer, à Copenhague, dans une séance publique, la justesse de cette croyance, en faisant voir que les vésicules de l’ovaire d’une femme , qu’il avait fait cuire auparavant , étaient transparentes, mais sans jaune ni germe , deux choses essentielles pour leur analogie avec des oeufs , si cette analogie n’était purement idéale. Quoique la transparence des vésicules cuites de Stenon n’ait rien prouvé autre chose, sinon qu’elles contiennent, comme le reste de l’ovaire , un liquide albumineux , concresciblepar le feu et par l’alcool , on a reçu la démonstration comme une preuve de l’opinion de Ferrari , à peu près comme on reçoit et passe à d’autres une fausse monnaie, en lui supposant , sur une apparence trompeuse , une valeur intrinsèque égale à la valeur de convention du type quelle porte. Si des preuves réelles et positives n’avaient pas manqué , il est à présumer que Stenon, Littré et autres n’auraient pas produit les chimères de leur imagination à l’appui d’un paradoxe.

Puisqu’on ne trouve que de l'albumine sans germe dans les vésicules de l’ovaire, et que le

sperme des mâles ne peut y arriver, pourquoi se torturer l’esprit pour expliquer la fécondation et ledétachementd’une seule vésicule dans la femme, la brebis, la vache, etc, malgré la présence de deux ovaires et de deux trompes dont le pavillon embrasse plusieurs de ces vésicules , tandis que tout l’ovaire fournit le même liquide que les vésicules , et que peu de jours après la fécondation , l’on ne trouve jamais des vésicules , mais seulement un liquide visqueux , tel que 1 albumine dans les trompes et la matrice. Le calibre des trompes est tellement rétréci, qu’une vésicule pourrait difficilement le parcourir , et ce serait un contre-sens de la nature, d’avoir fait , pour obtenir un seul foetus , non-seulement deux ovaires et deux trompes , mais aussi , à chacune de ces dernières , un pavillon en forme d’entonnoir , assez vaste pour comprendre et recevoir toutes les vésicules de chaque ovaire à la fois, tandis que là où il lui faut plusieurs fœtus à la fois , elle n’a fait qu’un seul ovaire avec un oviducte? Où trouver une raison tant soit peu plausible, pour faire croire qu’à chaque conception des unipares , il n’y a qu’un seul ovaire , une seule vésicule et une seule trompe excités par l’orgasme vénérien, mais qu’il en est différemment chez les multipares? N’est-il pas plus raisonnable d’admettre l’excitation ou l’action des deux ovaires et des deux trompes chez les

uns comme chez les autres^ pour faire arriver l’excrét ion génitale des femelles dans la matrice, dont la cavité est si petite, que les excrétions génitales des deux sexes s’y trouvent bientôt réunies en un seul point, quand il n’en résulte qu’un fœtus, et en plusieurs points quand il doit en résulter plusieurs? Supposer par analogie, et sans preuve réelle , que la génération se fait par des œufs dans les mammifères qui sont pourvus de matrices pour recevoir et fomenter l’embryon , ne me paraît pas plus concluant que de supposer dans les insectes, les poissons, les reptiles et les oiseaux pourvus seulement d’un ovaire et d’un oviducte, deux ovaires, deux trompes, une matrice et des mamelles pour la possibil i té et le succès de leur génération. Toutes les suppositions en faveur de l’uniformité qui plaît tant aux esprits systématiques, sont désavouées par la nature , relativement à la génération , puisqu’elle varie de tant de manières ses modes de reproduction , en les adaptant aux différences d’organisation et au besoin de la multiplication des êtres.

Il n’est donc pas prouvé que la génération des mammifères 11e soit , comme le pensaient les anciens, le résultat des deux semences fournies , l’une par le male , l’autre par la femelle , mais différentes entre elles , puisque $eux femelles 11e peuvent se féconder mutuellement. Rien ne prouve

que Je liquide générateur de la femme soit exclusivement celui des vésicules et non une excrétion de tout l’ovaire. Le contraire paraît résulter des faits qui établissent l’unité de fœtus dans plusieurs espèces d’animaux après chaquefécondation, unité inconciliable avec la fécondation d’une seule vésicule dans un ovaire où il y en a plusieurs d’aussi développées les unes que les autres, et plus inconciliable encore avec les deux trompes et les deux ovaires, qui offriraient deux voies et deux foyers de génération avec plusieurs centres de vitalité , où il est prouvé que la nature n’en veut et n’en produit qu’une. La conciliation de cette contradiction delà théorie avec les faits et les appareils génitaux est encore plus embarrassante pour ceux qui admettent les observations de fœtus trouvés au milieu des ovaires, puisqu’il faut supposer alors l’imprégnation par la substance meme de l’ovaire et lui refuser en même temps la communication qui n’en fait qu’un tout tout avec ses vésicules. Il est certain que tout l’ovaire sécrète un liquide albumineux abondant (1) , et que, s’il ne s’agissait pas de ramener

(i) Entre plusieurs faits qui prouvent la grande aptitude des ovaires a sécréter f albumine, je citerai le suivant. En 1806, la femme Lctellier, portière rue du Faubourg-Poissonnicre, n° 19, âgée d’environ trente-six ans , malice depuis sept ans et malade depuis onze mois , me pria de lui donner des soins. Elle avait alors la figure maigre , le ventre très-gros et dur, une grande dyspnée , souffrait de l’estomac et

toute génération à l’uniformité du système des œufs , on admettrait Ja sécrétion albumineuse des ovaires , connue principe générateur de la femme, avec plus de vraisemblance qu’une petite vésicule du même liquide , dont aucune raison n’explique le détachement exclusif, ni la fécondation isolée à l’inverse de ce qui se passe dans les ovipares ; au lieu qu’un liquide analogue au blanc d’œuf, épanché durant le coït dans la cavité utérine où il se trouverait en contact avec le sperme, s’accorderait mieux avec les faits et surtout avec Ja formation d’un seul individu par chaque concep-

des lombes, urinait peu, manquait d'appétit et vomissait souvent ses alimens, sans être alitée. Elle me dit qu’elle avait été plusieurs fois aux consultations gratuites , et avait d’ailleurs consulté beaucoup de médecins , ce qui n’avait pas empêché son mal de s’aggraver. Les uns l’avaient crue enceinte, et les autres, la jugeant hvdropique, lui avaient conseillé la ponction qu’elle avait refusée , et que je lui fis accepter, vu l’imminence d’une suffocation et le peu de succès que l’état avancé de sa maladie et la disposition de son estomac laissaient espérer de l’usage interne des médieamens. Je lui fis , avec le docteur Macartan , deux ponctions, la première le 5 février, la seconde le 23 avril 1806 , dans chacune desquelles il sortit quinze à vingt livres d’un liquide semblable a du frai de grenouilles. Le volume de son ventre ayant diminué de près de moitié après la première ponction , l’abdomen , trèsdur et très-tendu auparavant, s’assouplit assez pour nous permettre de la palper ; nous trouvâmes , dans l’hypogastre , deux tumeurs dures , l’une à droite très-grosse, et une autre à gauche de moindre volume. Dans l’intervaile , je lui administrai des apéritifs et des laxatifs qui augmentèrent un peu le cours des urines , et procuraient parfois des selles très - glaireuses. La malade assez inconstante me quitta , essaya encore des remèdes de toute main , puis redevenue bientôt aussi enflée que ja-

tion, puisqu alors le liquide étant homogène de la part de l’un et l’autre ovaires, ne présenterait pas la multiplicité des centres de vitalité fécondables attribués aux vésicules : la pluralité des fœtus se concevrait sans effort par la pluralité des matrices , des coïts ou le partage des éjaculations spermatiques sur plusieurs points de la cavité utérine.

Si l’on avait pu démontrer l’embryon ou seulement sesrudimens dans les vésicules des ovaires des mammifères, comme dans les œufs des oiseaux , l’on aurait presque pu se passer de tout autre démonstration ; mais c’est , au contraire, le sperme qui a présenté aux observations microsco-

mais, se fit faire la ponction par un chirurgien qui, n’ayant rien obtenu de deux piqûres avec un trocart ordinaire , s’en alla et ne revint plus la voir. M. Lemercier et M. Lebreton père, appelés successivement pour la même opération, n’obtinrent chacun de leur ponction que peu de matière gélatino-albumineuse, et dans la nuit du 26 au 27 juin , même année, il se fit une rupture des tégumens du ventre, après laquelle la malade expira, baignée du même liquide qui inonda son lit et une partie de sa loge. Son inhumation s’étant laite avant la réunion des médecins dont la maladie avait fixé l’attention, nous obtînmes la permission d’aller en faire la nécroscopie au cimetière Montmartre, où le docteur Hamel en fit la dissection en présence de beaucoup de médecins. Nous trouvâmes encore beaucoup de matière gélatino-albumineuse accumulée dans des cases ou poches particulières des ovaires, avec une grosse touffe de cheveux dans celui du côté droit, sans débris de fœtus. Je conclus de ce fait et de plusieurs autres que je pourrais citer , que les ovaires ont éminemment la propriété de sécréter l’albumine , et que, comme le pense Baillie, il peut se former dans ce liquide des organisations grossières et sans le concours des deux sexes.

piques la première forme de l’embryon dans des espèces de têtards , ce qui n’a cependant pas paru assez démonstratif, parce que les ovaristes voyant le germe de l’embryon dans l’œuf des ovipares , ne pouvaient l’admettre dans le sperme , sans sortir de l’unité de leur système. Quoique Malpigbi et d’autres anatomistes assurent n’avoir rien découvert dans le germe de l’œuf aviculaire et dans ses appendices qui pût faire soupçonner l’existence de l’embry on, Bonnet et Haller regardent ce germe avec ses zones , comme l’ébauche du poussin , et Spallanzani croit avoir reconnu le têtard dans un petit globule qu’il a observé dans les œufs de grenouilles , avant la fécondation ; il prétend qu’après la fécondation , le point globuleux s’alongeetdevienttétai d. Si cela n’estpas vrai, celaest bien imaginé ( se non è vero , è bene irovato ) pour faire prévaloir le système des ovaristes , qui est le plus généralement admis , ce qui ne prouve pas qu’il soit le plus vrai , puisque celui des anciens a eu autrefois le même privilège. Les modernes se trouvent néanmoins en désaccord avec eux-mêmes , quand , admettant des animalcules spermatiques, dont un, deux, trois ou plus se transforment en embryons , ils prétendent en même temps trouver l’embryon assoupi dans les vésicules des ovaires , comme dans les œufs euxmêmes, jusqu’au moment où la fécondation vient

le réveiller. Ils se trouvent aussi en contradiction en admettant la superfétation dans les animaux à une matrice , alors que toutes les cavités et toutes les voies sont fermées au sperme , pour arriver aux vésicules des ovaires. Il ne m’est pas donné de concevoir ni d’expliquer avec leur système , comment peut se faire la superfétation , ni comment, avec plusieurs centres individuels de vitalité dans les vésicules et dans le sperme des mammifères, il ne résulte, dans plusieurs d’entre eux, qu’une vivification à la fois, tandis que dans les insectes, les poissons, les reptiles et les oiseaux , il en resuite toujours plusieurs. En comparant les mammifères entre eux , l’on doit encore s’étonner que dans la truie , la chienne et autres, tant de vésicules des ovaires soient fécondées à la fois, tandis que dans la vache , la jument, la brebis , comme chez la femme , il n’y en ait ordinairement qu’une de fécondée pour une portée. Je dis ordinairement, à cause de quelques exceptions peu nombreuses, car un des plus célèbres accoucheurs modernes, le professeur Baudelocque dit : « La grossesse de deux enfans est assez rare ; celle de trois l’est encore davantage , et l’on ne rencontre presque jamais de quadri- jumeaux. » {A rt des Accouchemens , vol.ir, p.479> viens cependant de lire ce qui suit ('ans le Constitutionnel du 5 mars 1829 : r< Madame Delasallc,

élève de l\î. Dubois et de madame Lachapelle, vient d’accoucher une dame anglaise , rue du Faubourg - Saint - Honore', n° 38, de cinq enfans , tous du sexe féminin , morts-nés. Cette dame était enceinte de sept mois; elle se porte bien. » Tout cela est-il vrai ? La rareté du fait demandait qu’il fût constaté par des témoins assez nombreux et irrécusables, vu le penchant des esprits ordinaires à admettre le merveilleux sans preuves suffisantes.

S’il y a dans les ovaires des animaux une proportion et un caractère de vésicules en rapport avec la différence de leur fécondation et de leurs portées respectives , c’est ce qu’il fallait constater et faire connaître, afin que la destination et l’usage de ces vésicules ne restassent pas problématiques, parce qu’une telle disparité d’effets fait nécessairement conclure à une disparité de causes et d’appareils générateurs.

Ces différences de fécondation entre les mammifères eux-mèmes ; dont 1 unique cause ne peut être dans la matrice, puisque l’unité de cavité utérine coïncide souvent avec la pluralité des fœtus , différences encore plus frappantes et plus difficiles à expliquer , si on les compare avec ce qui se passe dans les ovipares, où tout les œufs actuellement en formation , sont fécondés par une seule communication de sperme, et se reprodui-

sent périodiquement ; puis les autres variétés que j’ai signalées dans les modes de reproduction de la nature, tout cela fait naturellement croire que l’on s’est trop pressé d’adopter un système de génération univoque, et de le rendre exclusif. Quoique l’on ait prouvé mille fois , qu’il n’y a pas de source plus féconde d’erreurs que de tirer des conclusions générales de faits particuliers ou isolés , l’on cite encore toujours avec la plus grande assurance , pour mettre hors de doute la fécondation et l’acheminement progressif des vésicules vers la matrice , l’expérience de Nuck , qui rapporte qu’ayant ouvert une chienne trois jours après l'accouplement , appliqué une ligature à la trompe et refermé la plaie , il trouva , le vingtunième jour , deux fœtus dans cette trompe, entre la ligature et l’ovaire. En admettant ce fait, il est permis de nier la conséquence que l’on en tire , et que l’on a cru péremptoire en faveur de la fécondation des vésicules des ovaires , parce qu’il n’est pas démontré par là , que, dans les trois jours qui ont suivi l’accouplement , les spasmes de la matrice et ceux surtout qui ont dû résulter de l’opération, n’aient pas refoulé le produit de la conception dans la trompe avant sa ligature.

L’on a aussi tiré un argument spécieux de l’analogie des enveloppes au milieu desquelles se trouvent les petits des ovipares et des vivipares ,

pour faire admettre ies vésicules des ovaires de ceux-ci pour de véritables œuls. Mais cette analogie est plutôt supposée que réelle , car pour le fœtus des vivipares , rien ne représente la coque

ni la membrane vitelline avec ses cercles ou zones ,

non plus que le jaune et son germe; dans les œufs, si l’on peut considérer l’enveloppe du blanc comme le chorion, l’on ne trouve pas l’amnios ni le placenta , car la vitelline que Haller a vu se prolonger dans les intestins du poulet , représentant la

vésicule ombilicale, ne peut représenter l’amnios ni le placenta.

Il est vrai qu’en plaçant l’embryon dans une vésicule de l’ovaire, l’on aurait déjà une membrane toute formée; mais il en resterait plusieurs autres qui ne le seraient pas , car on en reconnaît trois autour du fœtus des mammifères, savoir : la membrane caduque, ou lepichorion , le cliorion, l’amnios. L’allantoïde paraît n’être qu’une prolongation ou un épanouissement de 1 ouraque entre le chorion et famiiios, pour diriger les urines du fœtus dans la vessie. Or , si la nature en forme une ou deux sans le secours d’une vésicule, elle peut bien en former une troisième et une quatrième , comme elle peut aussi former un placenta et un cordon ombilical quon 11e voit pas dans les vésicules ni dans les œuls. Les membranes du fœtus, le placenta , le cordon , sont des

spécialités inhérentes à la qualité du principe fécondant , comme le sont egalement la queue et les branchies des têtards de grenouille, les larves et les métamorphoses des insectes j et il faut bien que la nature en trouve la façon liois de lœuf, où tout cela n’est qu’en tendance et en puissance (in potentia) , en vertu de lois générales préétablies, que nous ne connaissons que par leurs effets.

C’est la même nature qui fait tout , et ce qu’elle n’a pas renferme dans un œuf, elle doit le trouver dans les deux principes de vivification qu’elle s’est ménagés de la part du male et de la femelle. Ainsi , elle n’est pas plus embarrassée pour former les diverses membranes propres a isoler le fœtus, qu’elle ne l’est pour former les diverses parties de son corps toujours sur le meme modèle, où, si l’on veut, pour former les enveloppes des différens kystes dans lesquels elle isole les humeurs extravasées et dégénérées.

La nature a des moyens si faciles de produire des membranes , que, dans les môles bydatiques ou vésiculaires, chaque hydati de en a une double, outre celles qui entourent toute la mole , sans le secours d’un œuf qui les ait fournies.

Dans les plantes, l’ovule au moment où il commence à poindre, n’est suivant les observations

de M. de Mirbel ? qu’une petite excroissance pulpeuse sans enveloppe ni ouverture perceptible. Bientôt il s’y présente une masse cellulaire centrale , recouverte jusqu’à son sommet exclusivement , de deux enveloppes superposées , ayant chacune un orifice à sa partie supérieure , correspondant l’un à l’autre. D’abord très-petits, ils s’élargissent graduellement, et , après avoir atteint au dernier degré de dilatation , ils se resserrent et se ferment. Dans beaucoup d’espèces , les enveloppes se présentent sous la forme de deux larges godets, dont l’un contient l’autre sans le cacher entièrement ; dans d’autres espèces , ils figurent assez bien les tubes d’une lunette d’approche.

La masse cellulaire centrale , fixée par sa base au fond de l’enveloppe interne, se prolonge en dehors comme un long cône : dans plusieurs espèces elle se dilate en un sac tout-à-fait clos, puis se soude à la seconde enveloppe, et disparait; dans d’autres espèces elle a une plus longue durée , soit sous la forme rudimentaire , soit sous la forme plus parfaite de troisième enveloppe. La première ébauche delà poche que Malpiglii a nommée amnios , est comme un boyau délié, tenant par un bout au sommet de l’ovule, et par l’autre à sa base : il se renfle, et refoule de tous côtés le tissu ambiant. Un fil à peine perceptible descend

du sommet de l’ovule dans celte cinquième et dernière enveloppe , et y tient suspendu un globule , qui est l’embryon.

Tous les ovules d’un même ovaire' ne sont pas egalement développes au meme moment , et le sont d’autant moins qu’ils sont plus éloignés de l’axe de l’ovaire. Selon M. Auguste Saint-Hilaire, chaque ovule serait attaché à l’ovaire par deux cordons vasculaires , destinés, l’un à la transmission des sucs nourriciers , l’autre à la transmission de la matière fécondante. Mais M. R. Brown assure que ce second cordon n’existe que très-rarement, et que ce n’est qu’après les premiers développemens de l’ovule , qu’il se soude à son orifice. Cette dernière opinion est aussi celle de M. de Mirhel , qui en a démontré, par des sections délicates , la justesse pour les plombagines et les euphorbes. V. Analyse des travaux de de V Académie des Sciences (partie physique) pendant V année 1828, par M. Cuvier, secrétaire perpétuel.

Dans le règne végétai, les œuvres de la reproduction sont moins cachés à nos sens que dans le règne animal ; et l’étude du premier de ces deux règnes peut nous faire découvrir un grand nombre d’analogies propres à nous éclairer dans ce qu’il ne nous est pas donné d’observer dans le dernier. 11 faut encore, pour ne pas circonscrire

les œuvres de la nature dans les limites d'un savoir partiel , consulter ses productions et ses operations dans le règne inorganique , et , cependant ne tirer, de l’ensemble des phénomènes des trois règnes comparés entre eux, que des inductions compatibles avec les lois qui régissent exclusivement le domaine de chacun.

Qu’une bulle d’air ou une petite portion de gaz soit mise en expansion dans le corps animal , elle affecte , par sa légérelé spécifique , une direction excentrique, et arrive hors de la masse du liquide où elle se trouvait, entourée d’une couche de ce liquide, soutenu sur sa périphérie, avec une désinence en forme de queue qui s’effile , au lieu de se détacher brusquement, parce que sa tendance excentrique est modérée par les obstacles ambians, et la ténacité de son enveloppe avec la masse qui l’a fournie. Voilà une hydalide ou un kyste pédiculé tout formé , sans plus d’art ni d’embarras que n’en éprouve un enfant à former des bulles d’eau savonneuse , en les soufflant dans l’air avec une pipe de terre. C’est probablement par un procédé analogue que se forme le chorion, qui, par une exsudation lymphatico-plastique , se couvrira de l’épichorion, ou de la membrane caduque , au moyen de laquelle s’opère son adhérence à la matrice, et qui, par une exsudation interne plus subtile, donnera lieu à sa doublure

par lamnios; Fépichorion et lamnios étant trop lâches et trop ténus pour produire et soutenir une exsudation plastique, ils n’opèrent la formation d’aucun autre tissu membraneux sur leur surface. C’est parce que l’imagination veut trop compliquer les opérations de la nature, qu’elles paraissent difficiles.

Lorsque les membranes fétales sont formées et elles doivent l’être préliminairement , pour isoler et soustraire la nouvelle existence qui doit naître, aux influences trop fortes de l’économie au sein de laquelle elle sera formée, une partie du contenu de ces membranes, qui 11e peut être purement gazeux dans une atmosphère aussi chargée d’élémens divers , se condense par l’épaississement que la chaleur produit dans l’albumine, ainsi que par la contractilité qui s’y développe de plus en plus. Il en résulte un point primordial , autour duquel viennent se ranger les élémens organiques dont le mouvement est facilité par le fluide du milieu où ils se trouvent: c’est de l’association élective de ces élémens , association qui doit être favorisée par leur légèreté spécifique et leur homogénéité primitive, que résulte ce que l’on appelle le germe ou l’ébauche de l’embryon, et ce premier principe de vie, étant posé , continue d’attirer à lui les élémens organiques dont la perméabilité des membranes permet l’accroisse-

ment dans l’ordre et la proportion de leurs similitudes et de leurs affinités , à peu près comme cela se fait pour une cristallisation , mais cependant avec cette différence que , dans le règne animal , les élémens étant plus divisés, plus ténus , plus glutineux, plus mobiles, plus compliqués et plus dilatables, se prêtent plus ou moins , à raison de la différence de leur composition , à la dilatation opérée par les fluides impondérables, que la contractilité péristaltique des tissus et la chaleur mettent en mouvement et en circulation pour la formation et l’entretien des cavités et des canaux de la nouvelle économie, conformément au type de son origine. Les fluides impondérables, et surtout les gaz désignés en général sous les noms à’ esprit et d’ame ( spintus, anima) parles anciens qui n’en connaissaient pas toutes les différences, sont les principaux mobiles de la circulation, et les pluspuissans moyens de l’économie animale pour l’entretien de la vie. En effet , elle cesse par le défaut de respiration, et se trouve en souffrance lorsque les gaz manquent , surabondent ou se distribuent inégalement dans le canal alimentaire chez les adultes , parce que l’absorption du chyle , la nutrition , les sécrétions et l’expulsion des excrémens deviennent difficiles et irrégulières, lorsque les gaz remontent en éructation ou donnent heu à des disten-

sions douloureuses par leur stagnation, comme on le voit chez les hypochondriaques , les hystériques et chez presque tous les malades.

Ainsi, les fluides impondérables paraissent nonseulement comme les premiers agens de la vie dans l'embryon, mais aussi comme ses principaux moyens de conservation dans l’adulte , et l’on sait que le fluide électrique , appliqué aux nerfs , surtout par les appareils galvaniques, remplace jusqu’à un certain point l’influx nerveux, en simulant les phénomènes de la vie, encore assez long-temps après la mort.

11 me semble que personne n’a mieux expliqué la première formation de l’homme , qu’Hippocrate, dans le passage suivant : « Mais, en se formant, la chair se sépare de l’esprit, et ce qu’il y a en elle de semblable, se rapproche de son semblable, le dense du dense, le rare du rare, l’humide de l’humide ; chaque chose arrive à sa destination propre, et se joint à ce qui lui est analogue par affinité et par origine. Ainsi tout ce qui provient d’élérnens denses est dense; tout ce qui provient de! émeus humides est humide, et c’est le meme mode de formation pour le reste; les os condensés par la chaleur se durcissent.... L’esprit y pénètre aussi par les parties supérieures , c’est-à-dire par la bouche et les narines, distend le ventre et les intestins qui en

reçoivent et en absorbent aussi d’en haut par le nombril , en lui offrant une issue hors du ventre et des intestins , par l’anus et la vessie. C’est par la force de l’esprit que chaque partie se dessine, car c’est lui qui les sépare toutes, en les écartant en raison de l’affinité du genre (1). » Pour rendre son explication plus facile à comprendre , le père de la médecine propose de faire entrer de la terre, du sable, de la limaille de plomb très-fine et de l’eau, dans une vessie, au moyen d’un tube, en y soufflant ensuite de l’air : tout se mêlera alors dans l’eau, dit-il, mais avec le temps, le mouvement produit par le souffle s’apaisera , le plomb se portera avec le plomb , la terre avec la terre , et le sable avec le sable. Sans recourir à d’autres expériences, ne voit-on pas journellement que l’huile, mêlée avec de 1 eau , s’en sépare et se

(x) At vero caro dum increscit, a spiritu discernitur, in caquesimile quodque ad id quod sibi simile fertur, densum ad densum , rarum ad rarum , humidum ad humidum, ferturque ununiquodque in proprium locum ad id cum quo cognationem habet et ex quo etiam ortum est. Et quæcumque ex densis orta sunt, densa sunt, et quæcumque ex humidis humida , reliquaque ad eamdem rationem augentur, calorequc ossa condensata durescunt... At jam superioribus etiam partibus, ore nempe et naribus, spiritum trahit, et venter spiritu inflatur, coque inflala intestinaj ex superioribus per umbilicum insuper spiritum accipiunt, et absumunt, et a ventre ac intestinis in podicem similiterquein vesicam via foras patet. Atque horum singula vi spiritus distinguntur ; spiritu namque distenta omnia pro generis aftinitate distant. (Hipp. , De natura Pueri , p. ?.38. )

réunit en surnageant; que clans les distillations , la chaleur isole les diverses substances qui, ensuite, se réunissent à leurs semblables par sublimation ou par précipitation , et qu’au moyen des réactifs, l’on isole aussi , sous l’influence de leurs affinités réciproques , les divers élémens de la dissolution d’un mixte , dont les parties similaires , dégagées , vont se grouper ensemble ? Ainsi il y a départ de tous les élémens , puis rapprochement de ceux qui se ressemblent, par l'affinité, la légéreté et la pesanteur spécifique, l’expansibilité , la contractilité , visible même dans les plantes , la pression atmosphérique , la chaleur, le froid , qui glace la partie aqueuse du vin et non la partie alcoolique, le mouvement, la dilatation, la dissolution, l’évaporation, etc. Ce n’est que par une fausse idée de l’inertie attribuée à la matière, que l’on a si long-temps méconnu et que l’on méconnaît encore les causes secondaires cl’un grand nombre de phénomènes. N’ayant h. traiter que de la génération ou de la première synthèse de l’homme, ce serait sortir de mon sujet que d’en suivre l’accroissement et le développement successifs, et il ne me reste qua examiner les causes qui empêchent la propagation et celles qui la font dévier de son type ordinaire.

Page 1