CHAPITRE III
De la génération des entozoaires ou des animaux intestins.
L’on rencontre dans toutes les parties , même les plus intimes du corps de l’homme et des brutes, ainsi que dans les végétaux , des animalcules dont la génération n’ayant encore pu être lustrée qu’au flambeau de 1 imagination , s’explique par des hypothèses cpii , pour n’être pas aussi simples que les précédentes, ne satisfont pourtant pas moins la raison.
Avant d’expliquer la génération des entozoaires minimes, il semble que l’on aurait du être au moins d’accord sur celle des vers intestinaux, qui sont les plus gros du genre, et par conséquent ceux dont la reproduction devrait offrir le moins d’obscurité. On jugera du degré de certitude ou l’on est arrivé jusqu’ici à cet égard, par le passage suivant, que j’emprunte à la Nouvelle
Bibliothèque médicale , rédigée par M. Joli y, cahier de décembre 1826, ou il est rapporte d’après les Annales de Hecker ( Ifeckers Annalen ) de novembre même année *
«L’hermaphrodisme, dans le règne animal, a été justement conteste par un grand nombre de naturalistes ; son existence a même été entièrement niée par quelques-uns. Je pense donc qu’on 11e lira pas sans interet l’observation suivante: «En disséquant, au mois de mai 182/1, un vieux faucon mâle ( falco pj g argus L. ) , mort depuis quelques jours , et qui commençait, déjà à entrer en putréfaction, je trouvai dans son intestin grêle, entre autres entozoès, plusieurs portions de ténia et deux grands ténias à peu près complets. Les cirrhes de la plupart des articulations de ces vers étaient sortis et rangés des deux côtés, comme le sont les orifices, de sorte que chaque articulation avait deux rangées de parties génitales pour chaque sexe. Chacun de ces ténias présentait une certaine étendue d’articulations étroitement unies une à une , soit d’un bord seulement, soit des deux bords des articulations introduites dans les orifices des ovaires. Sur un autre point , les articulations avaient pris une position oblique, de sorte que les parties génitales des bords opposés se trouvaient en rapport entre elles. Sur un troisième point, on voyait, sans s’y mé-
prendre, plusieurs articulations des deux ?>ers réunies entre elles sur les deux bords. Je communiquai aussitôt ma découverte à M. le conseiller intime Rudolplii , qui reconnut comme moi que la réunion offerte par ces vers était une réunion sexuelle. D'après cela, les articulations individuelles des ténias seraient toujours androgynes, et l’animal entier pourrait se féconder soi-même comine hermaphrodite , et en féconder d’autres comme androgyne. »
Carlisle déjà ( Trans . oj the Un. soc. vol. 2 , p. 255) soupçonnait que la copulation des ténias eût lieu par les articulations, et M. Rudolphi aussi {llist. natur. antozoor., vol. 1, p, D17), croyait qu’ils étaient hermaphrodites et androgynes; mais ce ne fut jusque-là qu’une présomption. La copulation est peut-être la même dans les genres voisins, Ligula,Tricenopliorus et Bothrioceplialus. a
« Malheureusement je 11’ai pas pu découvrir, sur mes ténias, le mode de réunion qui a lieu entre leurs articulations. Suivant les recherches de quelques zootomistes , le canal excréteur du sperme s’ouvrirait dans le cirrlie et communiquerait en même temps avec un conduit de l’ovaire; il faudrait, d’après cela, que, lors de la copulation, un cirrhe entrât dans l’autre. »
« L’espèce de ténia sur laquelle j’ai fait cette observation , est nouvelle , et diffère beaucoup du
ténia globijcra et ténia perlai a , trouvés jusqu’ici dans les faucons. En voici une description abrégée : tête arrondie, pourvue d’une trompe courbe et mousse, vraisemblablement armée ; cou trèslong; les premières articulations courtes, comme ridées ; les autres oblongues , ridées en travers et profondément crénelées sur les bords ; les dernières articulations moins ridées et crénelées , mais très-longues. Un vaisseau nutritif simple traversait toutes les articulations; les ovaires étaient transparens et leurs orifices placées sur deux rangées opposées. Comme les crénelures des bords des articulations n’ont pas encore été observées , autant rue je sache, sur d’autres espèces de ce gerne , je serais d’avis de donner à cette espèce nouvelle le nom de ténia crenulata. »
La réunion entre elles de plusieurs articulations de deux vers , est-elle réellement une réunion sexuelle? C’est ce que croient Schultze et Rudolphi; mais ce qu’ils ne prouvent pas, et ce qu’ils seraient probablement assez embarrassés de prouver, puisqu’il'* 11 ont pu découvrir le mode de réunion de ces articulations , qui ils ignorent si le canal excréteur du sperme s’ouvre dans le cirrhe , et t om mu, nique au conduit de U ovaire , etc. C’est ce qunevtent h dire qu’ils ne sont pas même certains de 1 existence des organes sexuels, qu’ils multiplient au point de les donner doubles pour chaque
sexe et chaque articulation. Quelle prodigalité d’organes sexuels dans un animal dont le corps , ou toutes les articulations , ne sont traversées que par un simple canal nutritif l Quoi qu’il en soit, en disant que la copulation est peut-être la même dans les paires voisins , le naturaliste allemand convient de bonne foi qu’il reste beaucoup d’observations à faire pour éclairer la reproduction des enlozoaireSj et c’est le point où je voulais en venir, en rapportant son observation.
Yaliisneri, et après lui Bianchi , ont supposé que des œufs ou semences ; tellement subtiles et ténus qu’ils échappent à la vue, étant mêlés aux ali mens , circulaient avec les diverses humeurs du corps , et pénétraient ainsi dans tous les vaisseaux, et jusque dans leurs tuniques (1). Mais cela se
(1) Si quis nunc insuper considcret animalium et præsertim insectorum quorumdam adeo minuta et subtilia esse ova, vel semina , ut omnem oculorum acicm effugiant , intelliget etiam , quomodo hæc a liquoribus ad quaslibet corporis partes deferri , neque solum in vasa , sed inter vasorum tunicas insinuari possint. In banc eamdem sententiain celcberrimi rerum naturalium scriptores inciderunt. Clarissimus Vallisncrius , in rebus naturalibus perscrutandis nemini sccundus , neenon scriptor accuratissimus , bœc habet. ( JS pis toi. ad Lancis .) « Neque etiam ita difficile fuerit causam invenire, quâ liât, ut extra » intestina vermes interdum reperiantur. Ova siquidem ipsorum ita mi- . » nuta, ita levia et rotunda sunt; ut vel angustissima vasa subire, et
'» humorum unda, quoquo versus devecta, ad omnes corporis partes i) penetrare, queant. » Ex quibus verbis aperte patet, quam facile minutissimum ovum fortuito cum alimentis vel potulentis deglutitum , ad cas omnes partes devebi queat, ad quas nniricantcs latices perve-
concilie difficilement avec le travail de la nutrition, qui ne peut se faire qu’en détruisant la vitalité de tous les êtres quelle doit assimiler et incorporer à un autre, dont elle soutient la vie. Cette fonction s’opère par le sacrifice de toutes les vies à une seule; et, s’il en était autrement, la rencontre des animalcules introduits dans les corps par suite des ingestions , serait aussi fréquente qu’elle est rare. Pour admettre l’hypothèse de ces auteurs, il faudrait donc que la nutrition ne consistât que dans l’absorption et le mouvement de sucs et de liquides indigestes , tels qu ils peuvent être contenus dans le canal des intestins, dont le travail, ne suffisant pas toujours à détruire les vitalités ingérées, prête, par des digestions imparfaites, à la formation de vers, surtout chez les personnes faibles. S’il en était de même pour les autres parties du corps , l’on devrait a pari trouver beaucoup plus d’animalcules dans les os et les autres tissus des personnes faibles que dans ceux des personnes robustes.
Mais la digestion n’est qu’un prélude de l’alimentation qui ne peut avoir lieu sans le travail des absorptions , des sécrétions , des excrétions et des résorptions vitales j et, pour être vitales, il
niunt • ibique ctiam ab co animal cxcludi possit. (J. -B. Bianchi , De naturali in humano emparé , vitiosa marbosaque generalione historia, p. /|oo et suiv. I/41-)
faut quelles soient électives et appropriées au besoin actuel de chaque organe- et de chaque tissu. Or , comment supposer une sécrétion de parties hétérogènes, et leur apposition à des tissus sans affinité pour elles , au moyen de l’action ou de la fonction vitale d’un organe quelconque? C’est ce qui ne peut se concevoir ; car , si la sécrétion existe, elle ne peut être qu’élective, ou elle n’est plus sécrétion , car ce mot emporte nécessairement l’idée de la séparation de ce qui convient d’avec ce qui ne convient pas à l’cYonomie actuelle.
On suppose donc l’absence d’une force vitale dont on est forcé de reconnaître la présence nouitous les cas où des animalcules se sont reri contrés , non dans des abcès ou dépôts , mais dans des parties et des tissus intègres. Comment accorder aussi le séjour prolongé d’œufs et d’animalcules, avec les excrétions et les résorptions qui débarrassent continuellement toutes les parties organiques de ce qui leur devient hétérogène et étranger, comme le prouvent l’accroissement , le changement et le dépérissement des êtres vivans? C’est donc faire abnégation des connaissances acquises sur l'économie animale , et paralyser gratuitement l’action assimilatrice des organes de la vie, que de faire arriver des semences et des œufs intacts aux dssus animaux
J es plus internes, puis de les affranchir de la résorption , malgré leur hétérogénéité. Je trouverais moins absurde de supposer la génération spontanée de ces animalcules dans les endroits où le passage du dehors au dedans paraît impossible, parce qu’alors leur non- résorption s’expliquerait par le défaut de calibre des vaisseaux résorbans, comparé à leur volume, ou par la crispation de ces vaisseaux, occasionnée par leur présence ; ce qui n’est plus admissible quand on les a supposés susceptibles d’absorption, les principes qui peuvent être absorbés devant pouvoir être résorbés. Au reste, l’opinion que je réfute, n’a pour appui que l’imagination de ses auteurs qui , de la connaissance d’une génération par œufs et semences, ont conclu qu’il n’y en avait point d’autres ; en effet puisque les œufs et semences qu’ils mettent en circulation avec les sucs nourriciers du corps , sont imperceptibles , ils n’ont pu s’assurer de leur existence. C’est ainsi que les anciens connaissant la métamorphose des chenilles en papillons, avaient été portés à croire que les anatifes se changeaient en canards, la vase en grenouilles, etc. , et ne supposaient point en cela des élémens imperceptibles.
Maintenant pour sortir d’embarras, faut-il nier l’existence des animalcules observés dans les parties du corps les plus intimes? Mais tout le
( te )
monde a pu voir et connaître les hydatides, et tant d’anatomistes instruits et de bons observateurs affirment avoir trouvé des vers, des insectes et leurs larves, dans les vaisseaux spermatiques , le foie, le cerveau , les os meme et d’autres parties, qu’on ne pourrait les suspecter d’erreurs et d’illusions , sans être accusé de ne croire que ce que l’on a vu soi-même. Il faut donc admettre l’existence de ces petits animaux , mais n’en expliquer la génération, que quand on pourra l’étayer sur des preuves positives , à l’exemple de Ruysch, scrutateur modeste et circonspect, qui, pressé par son ami Boerliaave d’examiner la structure interne des os, et étonné d’y avoir découvert des chrysalides, en rend compte sans hasarder aucune explication sur leur origine. Voici 1 a traduction d’un passage assez, curieux de ses Observations sur les vers et autres animaux étrangers , ou leurs débris cachés dans les hommes et les brutes , qu’on peut lire en original dans ses Variétés anatomiques . ( Ad vers , anat.,àé c. ni). « J’ai vu, en effet, les restes ou les dépouilles véritables de ce qu’on appelle chrysalides ou nymphes. Oui, j'ai trouvé les petits tests, si je puis parler ainsi, qui avaient servi d’enveloppes à des animaux pourvus de vie auparavant. Un excellent aide , à l’adresse duquel j’avais recours pour scier les os en long, m’y lit
voir des peaux si petites quelles auraient facilement échappé à ma vue , si d’ailleurs je n’avais eu quelques notions de l’histoire des insectes Excité par cette découverte, je devins plus curieux de scruter l’intérieur des os, et bientôt je trouvai dans la cavité d’un fémur et dans celle d’un humérus , les memes animaux que j’offre de montrer à tout curieux , dans les pièces que je conserve chez moi. En continuant, je les aperçus ( les animalcules ) non-seulement dans les os des adultes, mais aussi dans l’os d’un tendre enfant; en sorte que je puis déjà les faire voir dans huit os différons. Ce qui mérite aussi d’etre mentionné, c’est que ces chrysalides n’étaient pas d’une seule, mais de trois espèces diverses, comme je les ai fait représenter dans un dessin. Sans être frais, ces os étaient cependant intègres en tout point, en sorte qu’il 11e s'y trouvait absolument rien qui indiquât la moindre corruption ou pourriture , comme on peut le voir chez moi dans mon nouveau cabinet. Si l’on me demande comment de pareils animaux peuvent pénétrer dans ces cavités, je demanderai à mon tour par quelle voie un peloton entier de vers oblongs, entrelacés les uns dans les autres, a pénétré dans la grande artère placée sous le cœur , comme je l ai vu et. décrit? D’où est provenue une rangée de dents trouvées dans l’ovaire d’une femme? D’où
sont venus des lombrics larges , longs de trente aunes, dans le corps humain? D’où s’est, forme la cuisse d’un enfant dans 1 adhérence d’un placenta? D’ou sont venues de grosses et drues chenilles dans le cerveau d’une brebis? D’où s’est formé un animal à quatre pâtes, renfermé dans une poche rendue par le vomissement ? d outes ces choses je les ai cependant vues dans ces lieux telles que je les indique , et elles sont conservées, en partie dans ma nouvelle collection , et en partie dans le cabinet de l’empereur de Russie. A peine paraissent - elles croyables. Mais vous avez lu ce que j’ai d’ailleurs écrit auparavant. Un excellent homme qui implorait mon secours, me montra, à mon arrivée, plusieurs petites chrysalides qu’il rendait journellement avec ses urines, et m’en donna même quelques-unes dans une boîte de bois , pour les examiner. Quand j’ouvris la boîte, le lendemain, il y voltigeait plusieurs animalcules exigus , qui sont dépeints dans mon premier cabinet d’anatomie. Quiconque réfléchira à tous ces phénomènes , avouera avec moi, je pense, que toute la science que nous possédons jusqu’ici , sur les objets de la nature, ne peut aucunement nous rendre raison de la manière dont se font tant de merveilles, que nous voyons néanmoins sc faire. J’ai souvent ouï des hommes se plaindre très-sérieusement de don-
leurs insupportables dans les os des cuisses , des jambes, des bras, des avant-bras, sans que la pression , les coups , la traction des parties affectées, en augmentât la violence. D’après les restes de pareils animalcules que nous avons trouvés au milieu des cavités osseuses, il serait peutêtre permis de croire que ces tourmens sont produits par la présence de petits insectes qui pincent , rongent ou perforent la membrane très-fine qui enveloppe la moelle qui s’y trouve. Il est vrai qu’on n’a point occasion , après leur mort , d’examiner l’intérieur de leurs os; mais on sait avec certitude que les douleurs de cette nature se guérissent par l’usage du mercure, antidote de toutes les espèces de vers, et j’affirme avec franchise que par le secours du vif - argent j’en ai guéri beaucoup qui, pendant plusieurs années, avaient éprouvé des douleurs osléocopes atroces , sans qu’ils aient donné aucun soupçon , ni aucun signe d’affection vénérienne. Peut-être ces animalcules ont- iis péri , ce qui n’est pas trop invraisemblable. Mais une chose très certaine , c’est l’existence cachée de ces chrysalides dans le tissu caverneux des os , et ce qui est également très-vrai , c’est que ces os, intacts en tout point, ne sont ni rongés, ni perforés , ni cariés, ni brisés ; qu’on n’y aperçoit ni ouverture, ni la moindre fente contre nature. Enfin j’ai trouvé dans l’humérus
d’un enfant d’un an, les memes animalcules. Si quelqu’un doute de la vérité du fait et des autres circonstances mentionnées, je l’invite avenir chez moi , oui , je lui dis, venez , voyez , etc. » Quelque merveilleux que paraissent ces faits, on ne peut suspecter la bonne foi d’un auteur tel que Ruysch, qui les rapporte simplement, sans les interpréter en faveur d’aucun système , ni d’aucun intérêt. Imitant son exemple, je n’essaierai pas d’expliquer la génération de pareils animalcules, avant de pouvoir le faire avec des preuves convaincantes, il résulte de ce qui précède, que l’on ne connaît point encore le mode de production des animaux les plus petits et les plus imparfaits; que c’est tantôt en présumant des œufs et des semences imperceptibles , tantôt en admettant des sexes sur des apparences dou teuses, ou en alléguant des expériences trompeuses , que l’on a adopté pour tous les êtres \ivans la génération univoque, à l’exclusion de la génération équivoque. Les cryptogames dans les végétaux , les mites qui se forment au centre du fromage pourri , les animalcules qui s’engendrent dans les gros animaux , sans manifestation ni de sexe, ni d’œufs ou semences , ni même de passage pour s’insinuer dans les cavités où iis se trouvent, sont des motifs plus que suflisans pou r mer le doute philosophique sur leur origine.
Les ovaristes exclusifs , en alléguant qu’il ne se manifeste point de vers dans les chairs en putréfaction dans des bocaux hermétiquement fermés, qui les garantissent tic tout accès aux œufs des mouches , ne prouvent rien par cette expérience , qui est d’ailleurs à recommencer sur des substances plus variées, sinon que les mouches carnassières se reproduisent par des œufs en communication avec l’air atmosphérique ; mais cela n’infirme aucunement la valeur des faits qui constatent la production d’autres animalcules dans des réduits imperméables aux œufs , aux semences et à l’air atmosphérique. L’argument que l’on tire de l’analogie de la reproduction d’un grand nombre d’animaux, par des œufs, n’est pas plus concluant que celui que l’on tirerait de l’existence d’un cerveau dans les animaux les plus parfaits, pour arguer l’existence du meme organe dans les plus imparfaits où il n’existe pas.
D’ailleurs , comme nous ne voyons pas que la nature fasse des sauts brusques, l’on peut croire qu’elle ne passe pas toute imprégnée d’œufs du règne minéral où il 11’y en a point , aux deux autres règnes où l’on n’en découvre pas non plus sur leurs limites de séparation. En résumé , il vaut mieux s’arrêter avec la science que d’en ralentir les progrès par des hypothèses où elle s’accroche, ou de s’exposer à la faire rétrograder par
des erreurs nui la fourvoient. INous aurons plus tard occasion de parler de l’opinion du savant anglais Baillie , sur les générations imparfaites qui se rencontrent dans le corps des animaux, et alors nous rapporterons aussi Fhistoire du développement d’un fœtus dans le corps d’un jeune garçon de quatorze ans , sans que l’on puisse rendre raison de ce phénomène par le système des œufs.
J’avais écrit ce qui précède depuis long- temps , car j’avais été à Paris au printemps de 1828, pour faire imprimer œt ouvrage , lorsque je lus , dans la Gazette de Santé du 25 de novembre de cette même année, le passage suivant qui , pour ne pas emporter conviction sans recherches ultérieures, montre cependant qu’il reste beaucoup de choses à approfondir et à vérifier sur les principes vivifians des êtres :
« Il y a quelque temps qu’un de nos jeunes savans, M. Edward, essaya de démontrer que toutes les parties du système animal , la bile , le sang , la chair et les os ne sont que des agglomérations de petits animalcules , ayant chacun la huit millième partie d’un pouce de diamètre, possédant une vie distincte et la faculté du mouvement volontaire , faculté qu’ils exercent avec la plus grande vivacité, toutes les fois qu’ils peuvent se dégager de l’agrégation dont ils sont partie constituante. Quelque' étranges, quelque mystérieuses que paraissent ces
conclusions, clics sont encore surpassées par les découvertes de M. Brown, célèbre botaniste anglais, qui semble prouver que les corps inorganiques eux-mêmes ne sont que des agrégations d atomes vivans, et qu’en un mot, la matière est vivante. Le dernier numéro de Y Edinburgh philosopliical journal contient l’énoncé des expériences curieuses de ce savant. Il les a faites d’abord sur le pollen de quelques espèces de végétaux , les uns vivans , les autres desséchés depuis vingt ans, même depuis plus d’un siècle; ensuite sur les pétales, et enfin sur toutes les parties de la plante, qui, broyées, fournirent toujours un certain nombrede moléculesmouvantes. M. Brown conclut de là que ces molécules actives n’avaient aucun rapport particulier avec la germination du végétal , mais étaient réellement les parties constituantes et élémentaires des corps organiques. Il obtint en effet les mêmes résultats en examinant les diiférens tissus d’animaux et de végétaux. Lorsque ces molécules étaient plongées dans l’eau et examinées au microscope, on les voyait tantôt tourner sur leur axe , tantôt se replier sur ellesmêmes , tantôt changer leur position en se mouvant çà et là. Ces mouvemens , dit-il , suffirent pour me prouver, après de fréquentes observations, qu’ils ne provenaient ni de courans dans le fluide,
ni de son évaporation graduelle, mais qu ils appartenaient à la particule elle-même. »
» Des animaux et végétaux aux végétaux minéralisés, la transition était naturelle. On essaya d’abord un morceau de bois fossile, qui pouvait encore se brûler à la flamme , et ensuite un morceau complètement silicifié. Tous les deux rendirent des molécules actives; le dernier paraissait en être entièrement composé ; on en obtint aussi de la gomme, du cbarbon de terre, delà suie ordinaire. La poussière qui s’amasse dans les maisons , celle des rues de Londres, sont presqu’entièrement : composées de ces molécules. Enfin les rocs solides , les métaux et toutes les substances inorganiques ont donné lieu aux mêmes résultats, sinon que , dans quelques végétaux et dans quelques minéraux de structure filamenteuse, tels que l’amiante, les trémolitlies, les /-oolithes , etc., outre les molécules sphériques , on en observa d’autres du même diamètre, mais d’une forme alongée, avec des contractions transversales, que l’on supposa être les combinaisons premières des simples molécules, formées en se joignant l’une à la suite de l’autre , comme les grains d’un chapelet. Ces fibrilles, lorsqu’elles avaient la longueur de deux ou trois simples molécules , se mouvaient avec autant de vivacité que ces dernières ; et lorsqu’elles égalaient la longueur de
quatre ou cinq, elles s’agitaient encore , mais avec moins de vitesse. La molécule que M. Brown regarde comme élémen taire , quelle que soit la substance dont on l’ait obtenue , est , selon lui , de forme sphérique et d’une grosseur presqu’uniforme. Son diamètre, évalué, en le plaçant sur le micromètre, di visé en cinq millièmes de pouce, paraissait varier de la quinze millième à la quarante millième partie d’un pouce. » Les seules substances dont il n’a pu obtenir ces molécules , sont l’huile, la résine, la cire, le soufre, les corps solubles dans l’eau , et ceux des métaux qu’il ne pouvait pas pulvériser avec la ténuité nécessaire pour leur séparation. »
Tels sont les résultats des expériences de M. Brown. Ils trouveront sans doute des incrédules; pour nous , qui ne sommes pas habitué à rejeter les choses meme merveilleuses, quand elles présentent un caractère de véracité assez démontrée, et parleur possibilité philosophique, et par le nom des personnes qui les annoncent, nous attendrons que les expériences de ce savant aient été répétées un assez grand nombre de fois, pour nous arrêtera une croyance définitive à l’égard de la conclusion qu’on doit en tirer, (t. I).