‹ Anthropogénèse, ou génération de l'homme, avec des vues de comparaison sur les réproductions des trois règnes de la natureChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la première synthèse et de l’évolution de l’embryon.

L’on conçoit que , pour la première synthèse de l’embryon , il doit y avoir un mouvement de rapprochement entre les principes fournis par le mâle; et ceux fournis par la femelle sous l’influence d’une impulsion vitale qui , provoquée par leur rencontre réciproque, et analogue à l’attraction mutuelle des acides et des alcalis , ramasse en différons points les humeurs plastiques similaires des deux sexes , puis met obstacle par le réveil de la contractilité, à leur diffusion, ainsi qu’à leur mélange avec des humeurs dissimilaires , dont la qualité irritante donne à la première ébauche une tendance à resserrer ses couloirs , pour empêcher tout ce qui est hétérogène d’y pénétrer , dans le cas où leur pesanteur relative et leur différence de fluidité ne suffisent pas aux agrégations spé-

eifiques. 11 no faut, pour mettre cette contractilité en action , que de la chaleur , dont l’effet est de resserrer les parties non diffusibles et de donner un mouvement expansif aux diffusibles ou impondérables, comme on le voit par le phénomène des œufs cuits durs , dont le germe se trouve entièrement au milieu, où il n’était pas avant la cuisson , et où il n’a pu se concentrer sans contractilité. Admettons maintenant que le sperme des mâles provoque de la chaleur, et l’expérience prouve qu’il en produit , et qu’il cause même une sorte de phlogose, tant par sa nature propre que probablement par une accumulation de fluide électrique que détermine le frottement. La chaleur suffira, avec un certain degré d’humidité, pour subtiliser les élémens générateurs, dont Fexpansibilité , tenant lieu d’antagonisme à la contractibilité, poussera ou attirera les molécules élémentaires où il y aura le moins de résistance, c’est-à-dire, dans des couloirs perméables ou imperméables à leur abord , selon que leur degré d’homogénéité excitera moins ou plus la contractilité, ou quelles seront plus ou moins subtiles et légères. Aiusi le calorique, seul ou avec l’électricité , si elle est autre chose qu’une manière d’être du calorique, que le frottement fait jaillir par étincelles des cailloux, par torrens des conducteurs de la machine électrique , et

sous forme de flammes brûlantes dans le mouvement rapide d’une roue de voiture enrayée, serait le premier moyen , et la contractilité le premier agent de l’évolution organique. Non-seulement le frottement, mais aussi la congestion du sang dans les tissus caverneux de la verge et dans le tissu spongieux de l’urètre et du gland, aussi dans ceux du clitoris des femelles, produisent un accroissement de chaleur, indépendamment des autres préludes que la nature emprunte aux alimens et au printemps, époque principale des maladies inflammatoires , comme des amours de la plupart des animaux. Certaines plantes décèlent manifestement aussi un accroissement de chaleur intime, lors de la fructification , tant par la nature inflammable du pollen fécondant de plusieurs espèces , que par l’élévation de température de certaines autres , tels que Y arum cordatum et Y arum Uahcum, qui ont une chaleur de 2o à 5o degrés au-dessus de o du thermomètre de Réaumur, dans leurs organes mâles et femelles , réunis sur le meme spadix.

Voilà comment je conçois la première synthèse de 1 embryon , sur laquelle je n’ai rien trouvé de satisfaisant dans les auteurs; et cette explication me paraît d'autant plus admissible, quelle est basée sur des laits de physique et de physiologie. C’est un fait démontré par l’expérience que,

dans un œuf cuit dur, le germe se contracte et rentre au milieu de l’œuf; il y a donc contractilité^ puisqu’il y a contraction. On rencontre tout autour du germe une sorte d’humeur non durcie qui , après le refroidissement , ne remplit pas entièrement la cavité où elle est ; elle y a donc éprouvé une expansion qui , en cessant par le refroidissement, a opéré le vide. La physique expérimentale démontre d’ailleurs la dilatabilité et l’expansihilité des matières liquides et fluides par le moyen du calorique , ainsi que leur afflux ou leur tendance vers les parties et les lieux qui leur offrent le moins de résistance , en se surmontant les unes les autres à raison de leur légèreté relative. C’est un fait également incontestable, que le frottement accumule le calorique et l’électricité , ou au moins les manifeste dans les corps frottés ; et c’est peut-être du stimulus qui résulte de leur concentration dans les parties génitales , d’où leur tendance à l’équilibre les provoque à l’irruption dans la rencontre du sexe opposé , que résulte la sympathie et le prurit incommode qui fait vaincre les obstacles et rapproche les distances , pour y satisfaire. L’observation et l’expérience , en faisant désigner par le mot de chaleur le temps des amours des animaux , ont mis hors de doute que le calorique se concentre dans les sécrétions génitales à diverses époques, lesquelles

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sont rapprochées par un régime alimentaire copieux et échauffant , et éloignées par la diète , les privations, un régime rafraîchissant, la fatigue , les soucis , les mauvaises digestions et les maladies, surtout celles qu’on appelle morales. Une différence entre l’espèce humaine et la plupart des autres animaux , c’est que, dans la première, au lieu d’être périodiques comme dans ces derniers, les amours sont de toutes les saisons; et au lieu de croire, avec certains physiologistes, que les poils qui se rencontrent en plus grande abondance près des organes de la génération , chez l’homme , n’y sont que pour la beauté ou quelque autre but aussi futile, il serait plus raisonnable d’y voir un moyen ou un signe de concentration de calorique et d’électricité qui, en compensation d’une fécondité moins grande, donnerait une aptitude plus constante à la reproduction. Les enveloppes dont s’entoure le fœtus des animaux se forment plus ou moins épaisses et nombreuses , selon la nature de leurs élémens, par l’expansion d’un fluide gazeux, appelé ame par les anciens, qui, globulé et également dilatable en tout sens, écarte les humeurs au milieu desquels il se trouve, fait céder peu à peu et uniformément leur adhérence, en les raréfiant, et les soutient à sa circonférence sur laquelle elles restent moulées par leur tendance concentrique, qui n’est que vaincue

et non détruite par l’expansion ou l’antagonisme excentrique des gaz. C’est de la même manière que croissent les bulles qui se dégagent des eaux gazeuses , des vins mousseux , des eaux pluviales ; que se forment, au moyen d’un tube ou d’un tuyau de pipe, les bulles d’eau savoneuse, et, au moyen de la chaleur , les enveloppes des hydatides , des poches d’eaux , des liydropisies et des tumeurs enkystées dans le corps des animaux.

Quant à l’existence d’humeurs fournies par les deux sexes dans l’acte vénérien , elle est démontrée par le fait et indubitable. Le nom n’y fait rien. Je les appelle plastiques , du grec nhccarju , je forme , je compose , parce que ce nom déjà adopté par les philosophes anciens , est propre à désigner la matière élémentaire des animaux et des végétaux , sans distinction de sexe , tandis que les noms d humeurs séminales sembleraient exclure la part des femelles , qui , pour être semblable par sa destination à celle des mâles , doit pourtant en différer, et en diffère réellement par sa consistance, sa quotité de calorique et une qualité spécifique qui fait que les femelles ne peuvent se féconder entre elles. La réalité de ces rudimens plastiques de première origine est d’ailleurs attestée par les traits de ressemblance mixte des enfans , et des petits animaux avec leurs parens.

La physiologie démontre que l’excitabilité et

îa contractilité de la fibre se réveillent avec énergie par le contact ou la stimulation des corps qui lui sont étrangers, et s'en rapproche le moins par leur homogénéité. Il est aussi généralement admis en physiologie que c’est la contractilité , sous les noms de systole pour le cœur et les artères de mouvement péristaltique pour les intestins, etc., qui détermine la circulation et lafïlux du sang dans toutes les ramifications vasculaires, ainsi que la résorption du chyle et l’expulsion des résidus alimentaires. En dernière analyse , l’on trouverait peut-être que l’excitahilité , la sensibilité, toutes les sécrétions et les excrétions ne sont que des phénomènes plus ou moins directs de la contractilité. C’est donc aux phénomènes les plus incontestables de la physique et de la physiologie, que se rattache mon explication de la première évolution de l’œuf fécondé. M. Orfila a trouvé que le sperme contient du gluten , et l’expérience démontre que le gluten est trèscontractile.

Redemander la synthèse des molécules élémentaires de l’embryon ou le mode de son évolution première aux lois de l'affinité ou à l’attraction et à la répulsion que produiraient la compression et la gravitation des corps les uns sur les autres , ou , si l’on veut , à des impulsions concentriques et excentriques de cause occulte, c’est oublier que

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le flambeau de la vie, une fois allume', se' teindrait sous leur empire , puisque la vie est un principe qui affranchit celui qui la reçoit des lois générales de la physique, en le soumettant aux lois particulières de sa propre organisation. Observons d’ailleurs que l’affinité , consistant dans une tendance à se rapprocher et à s’unir entre des élémens partiels, comme dans les métaux, les sels, les terres, suppose à chacun de ces élémens une propriété qui peut hien rendre raison de la fixité des agrégations , mais qui laisse à désirer un agent intermédiaire pour faciliter la naissance de ces dernières, en établissant une communication ou un moyen de rapprochement entre les molécules isolées ou déjà fixées ; car un mouvement perpétuel détruisant l’idée d’affinité , il est impossible de la concevoir dans un rapprochement sans fixité ou persistance d’union. C’est donc une adhérence réciproque entre des élémens partiels, persistant jusqu’à ce qu’un agent quelconque vienne la troubler , qui constitue l’affinité, ce qui revient à l’inertie admise par les physiciens. L’eau , par exemple, est un des intermédiaires propres à manifester les phénomènes de l’affinité dans la cristallisation des sels neutres , mais son entière évaporation en laisse tomber plusieurs en efflorescence; il faut en conclure que les acides ne s’unissent pas aux alcalis en vertu de

la seule affinité , vu surtout que le même agent (l’eau), hors des proportions convenables, détruit, en les dissolvant, les agrégats qu’il avait servi à former. Ainsi , l’affinité ne produisant rien par elle-même, ne peut être invoquée comme une cause ou un principe d’agrégation spontanée, et moins encore de synthèse organique. Rigoureusement parlant, elle désigne seulement une parité de disposition naturelle entre divers élémens , pour se réunir et adhérer les uns aux autres dans des circonstances données, c’est-à-dire, dans l’occurrence d’une cause favorable à leur réunion, dont l’intervention est encore démontrée par la rencontre de corps étrangers dans les cristallisations salines, métalliques et pierreuses.

L’attraction, la répulsion, la gravitation et la compression désignent des effets et non des causes réelles, comme l’a expliqué Newton luimême , qui nous en a principalement fait connaître les phénomènes. Je voudrais, dit -il, que, par le mot d’ attraction , l’on entendît seulement une force quelconque qui détermine les corps à une tendance réciproque l’un vers l’autre, quelle que soit d’ailleurs la cause d’où il faille dériver cette lorce (l). L’attraction est donc en-

(i) liane voccm attractionis ita accipi velim, ut in universum solummodo, vim aliquam significarc intelligatur, qua corpora ad se mutuo tendant, cuicumque demum causæ attribuenda sit ilia vis. (Newton, in Quœstionibus , ad calcem Optices, p. 38o.)

C01C, cuuime 1 affinité , une force ou une propriété (le convergence mutuelle, dont le principe ou la cause est en dehors de cette propriété. C’est un terme propre à désigner un ensemble de phénomènes semblables , mais ce n’en est pas la cause. Il en est de même de la répulsion , de la gravitation et de la compression. On 11e peut dire que la gravitation est l’effet de la pesanteur, car elle n’est que la manifestation de la pesenteur ellemême ou le phénomène qui l’annonce. La gravitation se résout d’ailleurs en attraction concentrique , comme la répulsion en attraction excentrique, tandis que la compression est le produit dune cause qui agit en sens inverse de ces différentes forces. J1 n’y a donc rien dans ces différentes conceptions qui puisse donner l’idée d’un principe de création organique vivante. Quant à la sensibilité que l’on range au nombre des facultés vitales , ce n’est qu’une aptitude pour le mouvement sous l’influence d’un stimulant ou d’une excitation , et elle se résout encore en contractilité, puisque celle-ci est une aptitude au mouvement concentrique, par l’excitation. D’une seule et même chose , nous faisons souvent plusieurs choses différentes , en l’exposant partielle** ment ou en la présentant sous des points de vue variés.

Admettrons-nous, avec le professeur Bluinen-

bach , qu’/'/ y n dans tous les corps organiques vivons , sans aucune exception , zz/ze force native particulière., toujours en activité , qui , au moyen de la génération , leur fait d’abord revêtir une forme déterminée et prévue , puis la leur fait conserver au moyen de la nutrition , et si elle vient a être mutilée , la leur fait repr oduire jusqu’à un certain point P Pour ne pas confondre cette force avec les autres espèces de la force vitale, il convient, continue ce professeur , de la désigner sous le nom d ’ énergie formative , par ou je n’entends pas tant une cause qu’un certain effet constant et identique, déduit, comme on dit, à posteriori, de l’invariabilité et de l’universalité des phénomènes, à peu près de la même manière que l’attraction et la gravitation , qui nous servent à désigner certaines forces dont les causes nous sont pourtant également cachées (1). L’énergie formative du professeur

(i) In dies enim magis convincor, inesse corporibus organicis vii’/'s ad urtum omnibus peculiarsm vim ipsis connatam ci quandiu viciait perpétua ac tic am et efficacem, statutam ipsis et destinatam formant generationis negotio primo induendi, nutritionis post hac fonctione perpetuo consercandi , et si forte mulilata jherit quantum jieri potest ope reproductionis iterum restituendi ■ quam vim ne cum aliis vis vilalis gcncribus confundatur, nisus formativi nomine distingucre liceat : quo tamen nomine non tam causam quam cffcctum quemdam perpetuum sibique semper similem, à posteriori, ut dicunt, ex ipsa phænomenorum constantia et universitatc abstraction insignire vobii ; eadem fere ratione qua attractionis aut gravi talis nomine ad denotandas quasdam vires utimur, quarum tamen causas etiam cimmeriis, ut dicunt, tenebris sepultæ lateant.

de Gœttingue n’est qu’une autre expression pour désigner la vie , dont un des principaux caractères est de faire revêtir , conserver et même réparer, en quelque sorte, une forme individuelle déterminée et prévue , lorsque le flambeau en a été allumé par la génération , et qu’il est entretenu par la nutrition. Mais à quoi peut conduire un parcel iement des attributs de la vie, aux forces de laquelle nous devons non-seulement les formes, mais aussi l’assimilation, la locomotion ; une appétence conforme à nos besoins, l’instinct, l’intellect, une résistance constante aux lois générales de la nature , en tant qu’elles sont contraires à notre économie particulière, etc.? On n’explique point par là comment se fait le premier travail de la synthèse organique, en y fixant une nouvelle vie particulière , hors de la sphère d’activité d’une autre vie, comme il est certain que cela se fait dans la première évolution de l’œuf fécondé. Tout abstrait et tout profond que soit ce problème , l’on conçoit néanmoins que la contractilité qui, n étant point permanente, suppose l’excitabilité pour marquer son réveil et ses retours , en constitue un des principaux élémens, et qu’elle est un moyen de résistance aux lois générales de la nature qui contrarieraient l’économie animale , dont elle ferme les portes à leur action. C’est même par la perte

de la contractilité et de l’excitabilité, qui n’en est distincte qu’en ce qu’elle en marque le commencement et les retours , que la mort naturelle arrive dans l’extrême vieillesse , aussi bien que celle que cause une asphyxie prolongée, une hémorrhagie , une blessure , une maladie ou un poison.

L’on peut aussi induire des faits observés, que pour allumer et aviver le foyer d’une nouvelle existence individuelle, la nature choisit l’instant de l’orgasme vénérien., où un anéantissement extatique semble assoupir la vie de la mère par le silence de toutes les fonctions vitales placées hors du sentiment , puisque la conception est d’autant plus probable, que la sympathie des deux sexes a produit un abandon plus complet en faveur du sentiment^ et que, pour le succès de l’imprégnation dans les animaux, les agronomes cherchent à étourdir la femelle par des affusions froides, la course, etc.

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