TOBA
Clirlir .le M. J.-Ii. Vau.irv.
Fiy. 88. — Jeune lille Toba nommée Huasanu. Originaire de Samurenda (Grand Cliaeo bolivien).
Voir sur la carte, p. 83, la situation géographique de Samurenda; au-dessous du Forlin Murillo et au-dessus du parallèle 22.)
Observations. — La jeune Huasanu est âgée de i5 ans environ. Elle porte, sans embarras, le costume des jeunes iilles t]c son pays : une bague, un collier, des boucles d'oreille. Les {ormes sont lourdes, épaisses et sans grâce; mais le visage n'est pas désagréable.
TOBAS.
Cliché ,1e M.J.-B.Vaudr
Fig. 8g. — Tobas. TeyiS (Grand CLaco bolivien], rive gauche du L'ilcoinayo. Lieu du massacre de la Mission Crevaux.
(Voir sur la rarle, p. 83, la position géographique deTeyû; au-dessous du Fortin Murillo
et au-dessus (lu parallèle :>. i . )
Observations. — L'homme et la femme du premier plan sont peints à l'urucu ou rtchioti. Les Tobas si
lont de nombreux tatouages avec les épines ; ils dessinent, surtout sur la figure, des poissons, des triangles,
de petits eerrles ou de petites lignes parallèles. Le jeune homme lient a la main une flûte en roseau pour faire danser ou rouer de la musique, toujours triste et monotone.
TOBAS.
Cliclie Je M. J.-B. Vaudry.
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gg^iSsSSfe&reiiis
Fia. ()o. — Groupe d'Indiens Tobas à Teyû (lieu du massacre de la Mission Oevatix) [Grand C.liaco bolivien], rive «auelie du Pilcomayo.
Observations. — Nombreux Indiens composant la majeure partie du village de Teyû et vêtus de costumes aussi variés que possible. Ils vont ordinairement travailler au moment de la récolte de la canne à sucre dans les estancias ou fermes de l'Argentine. M. Thouar affirme, avec preuves à l'appui, que le massacre de la Mission Crevaux a eu lieu à l'instigation du P. Doroleo Giannecchini , préfet de la Mission des Franciscains italiens à Tarija.
TOBAS.
CUclié de M. J.-b. Vaucll
rig. 91. — - Femme Toba nommée Pichagaï «ïéte de balai», mariée à un soldat bolivien (métis de Quechua) de la garnison de la Colonie Creva ux.
Fig. <j2. — Femmes Tobas, de la Colonie Crevaux.
Alani la Vipère" est la sœur de Ptçhagftï ( lig. 91). Coyoree "la Blonde-.
A la clôture de la fête, les Tobas se livrent à un festin pantagruélique, suivi d'une soûlerie phénoménale qui les tient couchés deux ou trois jours de suite, abrutis et hébétés. Leur boisson provient des fruits fermentes de la lasca ou du chaiïar, qu'ils écrasent et qu'ils préparent à la manière de la chicha des Cbiriguanos.
La jeune Indienne ainsi fêtée est tenue de se marier, dans le courant de l'année qui suit, avec un des assistants, dont ses parents se réservent le choix.
Le mariage n'est précédé chez les Tobas d'aucun des préliminaires usités chez les Cbiriguanos.
Les femmes sont très jalouses entre elles; pour le plus léger prétexte, elles en viennent aux mains. Le Toba peut répudier sa femme, mais il lui est impossible d'avoir deux épouses à la fois; elles se battraient jusqu'à ce crue la mort s'ensuive. Nues jusqu'à la ceinture, une peau de jaguar solidement, attachée autour des reins, elles luttent au milieu de la rancheria , entourées de leurs partisans , les poignets armés d'os très aigus de poisson ou de chèvre , et se labourant la poitrine et le corps. Les hommes, impassibles, assistent au combat. Tous les jours, la boxe recommence jusqu'à ce crue l'une des deux succombe sous les coups de son ennemie, ou que celle-ci lui arrache sa robe de peau de jaguar. La dépossédée s'enfuit honteuse au milieu des huées et des cris des assistants, tandis que l'autre découpe en petits morceaux ou en lanières le tapa rabo qu'elle offre à ses partisans.
Lors des luttes entre tribus, les Tobas commencent généralement l'attaque au lever du soleil. Vêtus de cottes de guerre tissées des fibres de la caraotta, ils donnent l'assaut au son du pucuna, un morceau de Mna-kina, affectant une forme cylindrique ou circulaire, dans l'épaisseur duquel est ménagée une petite ouverture lubulaire où ils souillent comme dans une clef, en bouchant avec le doigt l'extrémité inférieure.
Le départ pour la bataille est accompagné de danses à peu près semblables à celles des Cbiriguanos, avec cette différence crue, dans le simulacre du combat , les Tobas se font parfois de longues entailles dans les chairs du mollet, ou, se tournant du côté du soleil, se percent l'épiderme de la cuisse d'un os aigu, pour braver la douleur en présence de leurs femmes et invoquer un esprit qu'ils appellent Paillak. Armés de lances, de flèches, d'arcs et de makanas, ils se battent avec un rare courage et un profond mépris de la mort; l'ivresse décuple leurs forces, et les véritables combats en deviennent plus meurtriers. Les prisonniers sont confiés aux femmes qui les dérobent aux brutalités de leurs maris.
Les Tobas sont enclins à l'ivrognerie la plus bestiale. Mais chaque tribu possède quelques guerriers qui ne boivent jamais et qui ont pour mission d'apaiser les querelles. Les femmes sont toutes très sobres.
A la suite d'une bataille, ils coupent en morceaux les cadavres ennemis
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el les apportent aux femmes, qui les insultent et les profanent comme les Indiennes Chiriguanas.
Les Tobas dansent en se tenant la main par groupes de vingt ou trente; une femme les conduit , armée d'un petit bâton quelle tient sur la hanche, perpendiculaire au flanc. Us se meuvent avec beaucoup de légèreté et de rapidité, chantent et crient en exécutant une combinaison de mouvements des plus divertissants et des plus comiques. La nuit est surtout réservée à ces exercices.
Ces Indiens aiment fort certains jeux d'adresse : de janvier à mars, sur les bords du Pilcomayo, ils s'amusent du matin au soir aux petits bâtons des Chiriguanos, appelés chucarili; de juin à fin août, dans la saison froide, ils jouent aux boules, armés d'un long bâton à pointe recourbée.
Quand un des leurs est sur le point de mourir, on l'assomme à coups de makana, ou on l'enterre vivant. Si c'est une femme laissant un nourrisson, on ensevelit l'enfant dans la même fosse.
Le Toba n'a aucun respect pour son épouse, qu'il traite en esclave, mais sans jamais la battre. La femme, au contraire, insulte et frappe son mari; mais celui-ci, lorsqu'il est trop impatienté, riposte par un coup de makana, ou de lance, et la lue.
Très habiles pêcheurs, ils poursuivent à la nage le poisson qu'ils prennent dans de petits filets triangulaires, au-dessus des immenses barrages qu'ils font dans le Pilcomayo.
Ils ne sont point anlbropophages et possèdent de nombreux troupeaux de moutons, de bœufs, vaches, chèvres, chevaux, etc. Us ne se servent pas de flèches empoisonnées.
CHOROTIS.
3. Pour terminer l'étude des populations du Chaco bolivien, je dois dire quelques mots des Chorotis, dont j'ai la bonne fortune de posséder plusieurs excellents clichés photographiques.
Les Chorotis touchent les Tobas au Sud-Est et occupent la rive gauche du Pilcomayo entre Cabayu repoti et Piquiranda. Ils constituent la population la plus nomade et la moins civilisée du Chaco.
Je profite de l'occasion pour rendre hommage à la célèbre mission dirigée par M. le baron Erland Nordenskiold qui les a visités en 1901-1902 en empruntant, au Rapport préliminaire publié par M. Eric von Rosen(1)les renseignements ethnographiques suivants sur les Chorotis qui confirment absolument nos documents photographiques et nos renseignements particuliers.
Les Chorotis sont plutôt grands. Il semble résulter, des quelques mensurations que j'ai faites, que la taille moyenne des hommes est de 1 m. 70, et celle des femmes d'environ 1 m. 5s. Les crânes sont dolichocéphales, et le professeur Retzius, qui a bien voulu se charger d'étudier les squelettes et les crânes recueillis par l'expédition, affirme qu'aucun crâne chorote ne présente de [races de déformation. Hommes et femmes sont les uns et les autres fortement constitués, quoique la poitrine paraisse rentrée et l'abdomen un peu gros. Les individus les plus âgés sont fréquemment tout à fait gras. Les cheveux sont grossiers et noirs de jais, les yeux brun foncé et la peau brun chocolat, considérablement plus foncée chez les individus âgés que chez les jeunes.
Les deux sexes se développent de bonne heure et les biles sont considérées comme nubiles vers i3 ans, les garçons vers i5 ans. La polygamie ne se rencontre que chez les riches, aussi les caciques ont-ils plusieurs femmes. Les parents semblent porter un grand attachement à leurs enfants, qui, quand ils sont petits, sont portés sur le dos par leur mère, dans une étoffe mise en écharpe. Gomme signe que l'enfant a atteint la puberté, on lui perce les oreilles et on introduit dans les trous des chevilles ou morceaux de bois
() The Chorotes Indians in the Bolivian XIV"' International Congress nf America- Chaco. A preliminaiY Report dedicated to the ni<l*, al Stuttyart, 1 go4- Stockholm , 1 go4-
CHOROTJS. 141
cylindriques. Plus tard, on les remplace par d'autres de plus en plus grands; c'est pour cette raison que les lobes des oreilles des vieillards atteignent fréquemment d'énormes dimensions; les chevilles aux oreilles sont exclusivement réservées aux hommes. Le tatouage est également considéré comme, un signe de puberté; il se pratique presque entièrement sur la figure. Il est de différents modèles et s'exécute au moyen d'épines de cactus ou d'alênes en os aiguës. Le pigment employé est de la suie. Hommes et femmes sont fréquemment fardés. La couleur habituelle, est rouge; elle est préparée avec des graines de Cœsalpinia melanocarpa. Pour appliquer le fard, on se sert fréquemment d'un morceau de nageoire d'un siluroïde.
Les hommes vont presque nus. Une ceinture de cuir garnie de franges ou une couverture de laine portée autour des reins est le vêtement ordinaire. Par les temps froids cependant, ils s'enveloppent dans de grandes couvertures de. laine rayées de. différentes couleurs. Les femmes portent une étoffe légère , habituellement bleue , ouverte sur tout un côté et retenue à l'épaule avec une épingle de. cactus. Les jeunes garçons et les jeunes filles vont toujours nus. Quoique les Chorotis n'aient pas beaucoup de goût pour les vête menls, ce qui s'explique aisément par le fait qu'ils vivent dans un climat extrêmement chaud et sec, ils aiment tous les ornements quels qu'ils soient. Je ne crois pas qu'aucune tribu du Chaco puisse rivaliser avec eux sous ce rapport. Mais , contrairement à ce, qui est le cas en Europe , il semble que les hommes seulement soient passionnés pour les ornements. Si un ornement est trouvé sur une femme, il est de la nature la plus simple, car il faut, hélas! reconnaître que cette simplicité des femmes chorotes a son origine dans le caractère plutôt égoïste des hommes. Ils ne peuvent se résigner à abandonner à leur femme un ornement qui pourrait rehausser leur parure. Parmi les ornements employés, il faut mentionner les bandes frontales en peau d'oiseau ou en laine, sous lesquelles sont insérés des bouquets déplumes d'autruche ou d'autres plumes. Ces bouquets de plumes sont fréquemment taillés de différentes façons. Il a été impossible de savoir si les différents modes de tailler ou couper les plumes ont une signification symbolique ou non. Ce sont, en outre, des bonnets à réseau et des coiffes, fréquemment garnis de morceaux de coquillage ciselés, des colliers atteignant jusqu'à i5 mètres de long, consistant en disques enfilés de coquilles de mollusques, des colliers avec des paillettes de nacre prise dans les moules de rivière, des bracelets et des anneaux de cheville en cuir ou en duvet et des bagues de peau de lézard. Ces bagues sont fabriquées d'une manière originale. Une tranche d'environ 2 millimètres d'épaisseur est coupée de la queue d'un lézard , à l'endroit où elle est de la même grosseur que le doigt qui doit porter l'anneau. Après que la chair a été enlevée de la tranche , la bague est faite.
En ce qui touche la propreté, les Chorotis ne sont point, à beaucoup
CHOROTI.
Cliclié de M ! B Vawlr
Fig. gj. — Indien Choroti photographié à la Colonie Crevaux (drand Chaco bolivien).
Observations. — Ses cheveux sont maintenus par une bande de tissu en laine. Les lobes des oreilles sont percés et ornés d'éuorrucs rondelles en bois de bobo. Un collier fait de rondelles des moules de rivières et de dents de poisson entoure son cou. Il porte au coté un petit sac lissé en libre de la plante Chaguar [Bromelia Serra), qui renferme tout ce qu'il a de plus précieux. Enfin il porte pour tout costume une ceinture de cuir garnie de franges également en cuir.
Lorsqu'ils sont jeunes, les Gliorotis se percent le lobe de l'oreille d'un petit trou de 2 à 3 millimètres, avec uu os bien pointu, pour y placer un morceau de bois de même diamètre. Avec le temps, ils augmentent le diamètre du morceau de bois ou tamyo, jusqu'à atteindre souvent 3 ou h centimètres. Le lobe de 1 oreille se développe d'une façon exagérée, ce qui a fait donner à ces Indiens le nom i'oteiones «oreillards».
Cliché .le M. J.-B. Vaodiy.
Fig. o/i. — Indien Choroti de la Colonie Crevaux,
Agrandissement de la tète du sujet ci-contre, pour bien montrer les rondelles de bobo dont sont ornées ses oreilles.
près, aussi sales que leurs voisins les Mataeos, niais la fréquente disette d'eau dans le Chaco fait que la propreté, des Ghorotis est en proportion directe de la quantité d'eau existante. Ils prennent un soin spécial de leur chevelure, mais ils ont évidemment beaucoup de difficulté à la conserver débarrassée de vermine. Ils la peignent cependant soigneusement avec des mâchoires de poisson garnies de leurs dents, qui tiennent lieu de peignes fins. Ils se servent également de peignes de bois et d'éclats ou éclisses de bambou. La barbe, croit très peu et tous les poils des lèvres, du menton et des autres parties du corps sont soigneusement arrachés. Les femmes portent les cheveux libres et pendants. Tel est généralement aussi le cas pour les hommes, qui, cependant, ont fréquemment l'habitude de réunir leurs cheveux sur le derrière du cou et de les attacher très serrés sur une longueur d'environ 20 centimètres, de sorte qu'ils forment une espèce de queue de cochon. C'est aussi une coutume très commune que d'insérer sous le bandeau frontal une tresse de cheveux d'un ennemi vaincu.
Les Ghorotis vivent ensemble dans des villages, et chaque village a son chef, mais ce chef est subordonné à un chef de tribu commun à tous les villages. La qualité de chef est héréditaire, et les chefs semblent être l'objet d'une grande estime et être investis d'une autorité étendue. Ainsi, par exemple, il est seulement nécessaire d'obtenir le consentement du chef pour que les membres de la tribu puissent exécuter tout travail qu'ils désirent. Gomme les Ghorotis sont une tribu nomade, leurs huttes sont de nature très simple. Quelques branches d'arbre d'environ 3 mètres de long sont fichées en terre, le gros bout en bas, de manière à enclore un cercle de 3 mètres de diamètre. Les extrémités des branches sont alors attachées ensemble, de sorte qu'un assemblage est fait en forme de ruche, d'abeille, et, quand ce travail d'assemblage est couvert de feuilles de palmier et d'herbe, la hutte est finie. L'ouverture de la hutte est assez large pour qu'une personne puisse s'y introduire en rampant. Les huttes sont fréquemment bâties si près les unes des autres, qu'elles peuvent être réunies au moyen d'un court passage couvert , et plusieurs buttes sont quelquefois ainsi unies. Les Ghiriguanos, qui sont sédentaires, ont des huttes plus belles, tant pour la grandeur que pour la construction.
Dans les huttes des Chorotis, on trouve peu d'ustensiles de ménage : quelques vases de calebasse, des mortiers de bois de palmier avec des pilons du bois dur comme de l'os du Balnesia Sarmienti, des coquilles de moules employées comme cuillers et quelques vases grossièrement façonnés d'argile cuite. Les vases d'argile sont dénués d'ornements et ne peuvent être comparés à la belle poterie des Chiriguanos. Pour transporter les ustensiles de ménage, quand on change de campement, les femmes, qui d'ordinaire sont chargées de ce soin , font usage de grands filets en forme de sacs , faits avec