CH0R0T1S
les fibres de la plante Chaguar (Bromelia Serra), laquelle est très commune dans le Chaco. De petits sacs de même matière sont généralement portés par les hommes, qui y renferment divers menus objets, tels que pipes à tabac et ustensiles pour produire le feu par friction. Les ustensiles à produire, le feu des Chorotis consistent en deux bâtons de différente longueur, coupés à une certaine espèce de liane de la famille des Asclépiadacées. Quand on a besoin de feu, le petit bâton, qui n'a généralement que 5 centimètres de long, est introduit dans le bois d'une flèche; après quoi l'autre bâton , géné-
Cliché de M. J.-B. Van.l
Fig. g5. — Campement d'Indiens Chorotis à l'endroit appelé Patinai situé entre Caïza et Jacuiba
(Grand Chaco bolivien).
Voir sur les cartes, pages 83 et io<), la situation géographique de l'almar : au-dessus du parallèle 11.
Observations. — Huttes rondes en branchage avec une porte toute petite.
ralement environ trois fois aussi long, dans lequel il y a plusieurs petites concavités (et, comme c'est l'habitude dans l'Amérique du Sud, toujours avec une entaille ou encoche d'un seul côté), est appuyé fortement contre le. sol avec le pied gauche. Le petit bâton est alors placé tout droit dans une des petites concavités, après quoi on fait tourner adroitement la hampe (le bois) de la flèche entre les mains. La fine poussière produite et destinée à être enflammée par les deux bâtons est réunie dans l'entaille latérale et sert de mèche ou amorce. De l'herbe sèche est placée sur la poussière-
AMHROI'OLOGIE BOLIVIENNE. — I. lO
> WHISALL.
CHOBOTIS.
Cliché .In M. \.,„.l.v
l'ig. yij. — llultu d'Indien Cliorotis à Galpon (C.haco). Voir sur la carte, page 83, la situation géographique du Galpon : au-dessus du parallèle 22.
Observations. — Indienne accroupie écrasant des graines dans un mortier. A remarquer autour d'elle le luxer et divers vases de terre servant à la cuisine. A l'entrée de la butte, on \uil suspendue une sacoche Gon tenant une provision de niais. Les flèches servant à lâchasse sont piquées, à droite, dans les bran- ■ liages du sommet de la hutte. Les Chorolis couchent sur le sol, sur un lit lait de branches de bambous recouvertes d'herbes sèches.
CHOROTIS.
Fig. 97. — Groupe d'Indiens Chorolis photographiés à Caïza, département de Tarija, où ils étaient de passage.
Observations. — Celui qui est debout à gauche, et dont les membres inférieurs soûl enveloppés dans une couverture, a ramené sur son Iront, pour les bien montrer, deux loulles de cheveux attachées 1res serré en forme de queue de cochon et qu'il porte habituellement sur ses épaules pour se parer. Ils ont tous de longs colliers de coquillages. Les trois nommes accroupis ont la tête couverte de mouchoirs de fabrication européenne, qu'ils reçoivent en pavement de leur travail dans les fermes de l'Argentine. Celui qui est accroupi au milieu et celui qui est debout, à droite, sont borgnes. A remarquer qu'ils ont une large poitrine et des seins très développés. Les habitants du Cliaco, qui se nourrissent presque exclusivement, mais liés abondamment, de poisson, sont tous gras.
mèche ardente et s'enflamme. De celte manière, les Chorotis font du feu dans 3o secondes environ.
Les Chorotis vivent de chasse et de pêche et recueillent des racines comestibles et des fruits trouvés dans les bois. Le fruit de la plante Chaguar [Bromelia Serra), dont il a déjà été parlé, est un article de nourriture particulièrement important chez ces Indiens. Je ne crois pas que les Chorotis puissent fabriquer de boisson enivrante, mais leurs voisins, les Chiriguanos. sont experts dans la fabrication de la boisson alcoolique chicha.
Cliché Je M. J.-B Vaml
Fig. ()S. — riiorotis photographiés à Caïza, département de Tarija (Grand Chaco bolivien).
Observations. — Ces Indiens aiment à se parer de longs colliers de coquillages. Us ne portent pas la lembeta ; mais Us ont les oreilles traversées par des tarugos (voir fig. <j3 et (jà )•
Le seul article d'agrément dont fassent usage les Chorotis est sans doute le tabac, qu'ils fument dans des roseaux droits ou des tubes de bois cylindriques ressemblant à des porte-cigares. Le poisson ne peut être pris que dans les plus grands cours d'eau, comme, par exemple, le rio Pilcomayo, puisque, dans le Chaco, tous les petits cours d'eau tarissent dans la saison sèche. Les engins employés pour la pêche sont généralement des filets faits de fibres de chaguar. On pêche aussi à l'hameçon et à la ligne (ou à la corde), quoique plus rarement. Puisque les Chorotis ne font usage ni de bateaux ni de canots, ils sont obligés soit de passer à gué, soit de se mettre à la nage quand ils placent leurs filets. Ils s'exposent ainsi à être cruellement déchirés ou mutilés par un poisson aux dents aiguës, qui infeste les plus
CIÏOROTIS.
grandes rivières du Chaco. Ce poisson (un Serrosalmo, appelé par les colons « Palomètre ») enlève fréquemment, en les mordant, des morceaux ronds de chair aux corps des Indiens, et un grand nombre d'Indiens portent de larges cicatrices après de telles morsures. L'espèce d'alligator, Caïman sclerops , qui est le plus fréquent dans le Chaco, attaque rarement les hommes.
A la chasse, l'arc et la flèche sont exclusivement employés. L'arc, qui a une longueur de i m. 70, est fait d'un bois très dur; il est muni d'une corde de cuir tressé. Les flèches sont longues et manquent fréquemment de
CKclàé de M. Eric von Ros>
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Kig. 99. — Chorolis jouant une espèce de jeu d'osselets avec des morceaux de bois. Les comptes sont tenus en enfonçant des flèches dans le sol.
plumes pour les diriger. S'il y en a, il n'y en a que deux, courtes et larges et consistant chacune en la moitié d'une plume placée sur le côté. Les têtes sont en fer ou en bois, et, dans ce cas, elles sont faites d'un bois très dur (boisdetchounta) et fréquemment pourvues de barbes. Pour chasser les petits mammifères et les oiseaux, on fait usage de flèches à tètes en bois en forme de massue émoussée, qui évitent d'abîmer la peau du gibier. Ces flèches ont en outre l'avantage de ne pas s'enfoncer dans les troncs ou les branches des arbres, et ainsi elles ne sont pas perdues. On ne fait pas usage de flèches empoisonnées. L'arc et la flèche sont les armes les plus importantes et, afin de se protéger contre les flèches, les Chorotis, quand ils vont à la guerre,
GR \M) CHACO BOUYIKY
portent une sorte de chemise de maille faite de fibres de chaguar. Ces chemises sont très lourdes et, comme elles sont tressées très serré, elles empochent les flèches de pénétrer dans le corps. Des chemises semblables, bien que plus claires comme qualité, sont en usage parmi plusieurs tribus du Chaco, mais on ne les porte exclusivement que comme protection contre le froid.
Il est tout à fait commun, parmi toutes les tribus du Chaco, de mettre le feu aux villages de l'ennemi en lançant des flèches enflammées. Dans les
C]irlii: de M. Eric von lîosen.
Fig. 100. — Enfants Cliorotis jouant uni' espèce de jeu de hockey.
combats corps à corps, les Chorotis font usage de courtes massues d'une espèce de bois lourd, qu'ils savent manier avec une grande adresse. Toutefois les Chorotis ne peuvent guère être appelés braves, puisqu'ils s'efforcent d'éviter de combattre des ennemis d'une force égale à la leur. Cependant, s'ils sont assez nombreux pour qu'il n'y ait pas de doute sur la victoire, leur esprit guerrier se réveille , mais ils tentent toujours d'abord d'endormir l'ennemi dans la sécurité, de manière à le surprendre et à remporter une facile victoire. C'est ainsi que les tribus Chorotis et Tobas avaient continué avec la Mission Crevaux les échanges de la manière la plus amicale et la plus paisible, jusqu'à ce que, à un signe convenu d'avance, ils s'armèrent de leurs massues et commencèrent le massacre jusqu'à l'anéantissement de l'expédition.
CIIOROTIS.
Tous les travaux fatigants sont faits par les femmes, tandis que les hommes passent le temps à chasser, à pêcher ou à jouer. Un jeu très commun consiste à lancer quatre petits morceaux de bois rectangulaires sur le sol. Ces morceaux sont plats d'un côté et convexes de l'autre. Le nombre de morceaux qui tombent le côté convexe en l'air indique le gagnant ; les comptes sont tenus en fichant des flèches dans le sol. Un très grand nombre d'hommes prennent part au jeu à la fois. Un jeu ressemblant au hockey est aussi très commun. Les crosses sont des côtes de feuilles de palmier
Clirlié <\p M. J.-B. V.-H1.1
Fie. ioi. — Campement de Chorotis. Colonie, Crevaux (Grand (lliaco bolivien).
Observations. — Au milieu, une femme préparant la cuisine; autour d'elle, les enfants. Les hommes de droite revenant <le la chasse et tenant leurs flèches sont debout ; à gauche, ceux qui sont allés à ta pèche et dont on voit les lilets.
courbées et les boules sont faites en bois de palmier. Les enjeux sonl généralement des colliers de disques de coquilles de mollusques. Au Chaco, ces colliers sont le présent légal habituel et servent comme une espèce d'unité de valeur parmi les Chorotis.
Le talent pour la musique n'est pas très développé parmi les Chorotis. Leurs instruments de musique, à l'exception d'une espèce de tambour magique, ne consistent qu'en flûtes en os et en bois. Sur ces instruments ils peuvent produire quatre ou cinq notes différentes, mais je n'ai jamais pu
152 (JRAND ciiaco bolivien.
distinguer une mélodie particulière. Une espèce de sifflet en bois en forme de disque se porte comme ornement sur la poitrine, et ils en tirent des notes très aiguës qui s'entendent au loin.
Les Chorotis croient aux bons et aux mauvais esprits. Mais les bons esprits, qui sont considérés comme inoffensifs, reçoivent très peu d'attention, tandis qu'on témoigne un grand respect aux mauvais esprits, parce qu'ils causent, à ce que l'on croit, des maladies et autres malheurs. Pour écarter ces importuns esprits, on organise des danses magiques. A cet effet, les hommes de la tribu s'assemblent pendant la nuit autour d'un feu dans le village et dansent en s'accompagnant d'un chant monotone. Ils font autant de bruit que possible avec des grelots et des tambours magiques, pour effrayer ces esprits. Les grelots sont faits en écorce de calebasses, fréquemment ornées de ciselures, dans lesquelles sont placées des pierres, des morceaux de métal et des graines. Dans presque tous les grelots que j'ai examinés, j'ai trouvé ces trois articles, que l'on suppose probablement avoir quelque influence magique. Les tambours magiques consistent en un pot de terre couvert d'une peau , et ce pot est généralement rempli d'eau en partie pour donner au tambour le son désiré.
Quand un membre de la tribu meurt, on l'enterre dans une fosse près du village, ordinairement dans une posture assise, et il est d'usage de placer à côté de lui un bol d'eau et un bol de nourriture, pour qu'il ne manque pas de viatique. Après l'enterrement, on exécute des danses mortuaires pour protéger le défunt contre les mauvais esprits. Tout ceci concourt à prouver que les Chorotis croient à une vie future.
Leurs voisins, les Chiriguanos, dont les coutumes ont été décrites par plusieurs explorateurs, croient que lame après la mort va au Royaume du Grand Esprit, Tumpà, où il lui est donné de jouir de tous les plaisirs terrestres , mais à un degré bien plus élevé. Mais nulle joie ne dure éternellement. Quand l'esprit a vécu quelque temps avec Tumpà, il est obligé de revenir sur la terre et d'errer ça et là sous la forme d'un renard. Quand le renard meurt, l'esprit est transféré à un rat, et quand enfin le rat meurt aussi , l'esprit prend possession d'une branche d'un vieil arbre de la forêt. L'arbre enfin tombe de vieillesse et, la branche déclinant lentement, l'esprit en même temps perd conscience et il est mort pour toujours. Il est possible que les Chorotis aient une conception similaire de la vie future.
. . .Contrairement aux Matacos, les Chorotis ne paraissent pas être une race apathique ou dégénérée : au contraire. J'ai eu l'occasion de les observer pendant leurs travaux domestiques, dans leurs chasses, tandis qu'ils jouaient leurs jeux, et ils m'ont toujours paru grandement éveillés et intéressés.
Quant à l'avenir, il n'est pas probable qu'ils forment jamais une partie constitutive importante de la population du pays, quand la civilisation aura
CHOROTIS. 153
pris pied dans cette partie du Ghaco. 11 est vrai que les chasseurs indiens ont réussi à amener les Indiens Ghorotis dans les plantations de sucre, pour y couper la canne h sucre ou servir les blancs de quelque autre façon. Mais il est alors arrivé que cette tribu, connue tant d'autres aborigènes, n'a adopté que les mauvaises qualités des blancs, et il est presque certain que, par les effets de l'alcool et des maladies contagieuses, ils iront s'éteignant graduellement.