I. ALIMENTATION
1. Les aliments sont-Us principalement animaux ou végétaux? — R. L'alimentation est principalement végétale. L'Indien ne mange de viande que rarement, quand une bête de l'un de ses troupeaux crève [mouton , llama, alpaca) ou dans de grandes fêtes ; il mange aussi de la vigogne et du guanaco, quand il parvient à s'en procurer. Il ne tue une bête de ses troupeaux qu'entre le lever et le coucher du soleil : eu tuer une la nuit porterait malheur.
2. Quelles sont les espèces végétales et animales qui font la base de l'alimentation ? — R. La base de l'alimentation végétale , c'est la pomme de terre. La pomme de terre (Solanum tuberosum) est , on le sait , originaire de l'Amérique du Sud. Lorsque Pizarre fit la conquête du Pérou , il constata que cette plante constituait une des principales ressources des Indiens. Cieza de Léon fut le premier à en faire mention en 1550 dans sa Chronique espagnole du Pérou; il lui donne le nom de papa, nom qui lui est resté dans l'Amérique du Sud. La culture en a créé un très grand nombre de variétés dont nous citerons seulement quelques-unes. Les Indiens leur ont donné des noms qu'il ne m'a pas toujours été possible d'identifier avec les noms scientifiques , savoir : ancanoca, occa, pomme de terre commune; achacana, pomme de terre arrière avec filets rouges; camote, pomme de terre douce; papa lissa (solanum stoloniferum), pomme de terre qui, au lieu d'être recouverte d'une peau qu'on est obligé d'enlever, l'est d'une pellicule si mince qu'on se dispense de Voter. Le goût eu est excellent; la feuille, très épaisse , résiste parfaitement aux gelées.
Mais la pomme de terre n'est pas seulement pour les Indiens un aliment frais ; elle constitue pour eux la base de leurs provisions annuelles. Ils lui font subir une préparation destinée à en assurer la conservation ; elle prend alors le nom de chuno.
« Le chuno est une pomme de terre gelée et séchée. Pour l'obtenir, on expose les pommes de terre sur le sol; elles y gèlent la nuit. Le jour suivant , lorsque le soleil les a chauffées, on les frotte ensemble; elles se pèlent, puis on les laisse sur le sol jusqu'à ce qu'elles soient entièrement sèches , et, dans cet état, on les vend sous le nom de chuiîo. Suivant le mode de préparation , le chuno est noir ou blanc. Le chnilo blanc ou tonto est le plus apprécié.
Pour le manger, on le met tremper dans l'eau froide , puis, le lendemain, on le fait cuire comme les pommes de terre ordinaires. C'est un mets assez médiocre.)) [D'Orbigny, t II, p. U51.)
A titre d'expérience , mon ami M. Conrty a planté aux environs de Paris, dans le terrain argilo-ferrugineux de la Beauce , des pommes de terre qu'il avait personnellement rapportées d'Oruro, sur les hauts plateaux boliviens. Les tiges atteignirent un développement extraordinaire de 1 m. 20. De plus, tandis que les pommes de terre plantées avaient une forme allongée, celles qui furent ré-
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coltées avaient une forme arrondie ; elles avaient en même temps diminué de grosseur. La force de la végétation s'est particulièrement portée sur la tige aérienne, à tel point que les tigelles étaient pourvues de petits tubercules. Enfin, malgré l'époque tardive à laquelle M. Courty arracha ses pommes de terre (24 octobre 1906), elles étaient encore enjleurs. Lors de la récolle de 1907 , on constate que les tiges sont moins hautes , moins abondantes , plus grosses que l'année précédente. Les tubercules sont toujours arrondis, gros, mais peu abondants. M. Courty a bien voulu donner quelques échantillons de ces pommes de terre à mon neveu M. Ernest Thironin-Durand. Celui-ci les a semés dans sa Ferme des Folies, à Lisses, près Corbeil (Scine-cl-Oise) , et les résultats ont été identiques : végétation extraordinaire et forme arrondie des pommes de terre.
Après la pomme de terre, le maïs est la substance alimentaire la plus communément employée.
A citer encore : pasacana, espèce de grosse fève avec pépins A l'intérieur; yuyu , (Agave americana) ; mani (Arachis hypogea); yuca, manioc doua (manihot aïpi , euphorbiacée) ; pacay (Silica quadrangula, pois sucrins du Pérou); aji, gros piment. L'aji est un piment long terminé en pointe; il est rouge, vert ou jaune. Le gros piment se nomme locoto ; il est également rouge , vert ou jaune. Dans ces deux classes de piment, il existe une variété qui est à la fois rouge, verte et jaune ; ce sont de beaucoup les plus forts , on les appelle mulatos. Outre les piments dont nous venons de parler, il existe un petit piment rond de couleur verte, de la grosseur des grains de cassis, qui se nomme ouloupica; c'est le plus fort de tous. Ajipa, racine ayant à peu près la forme du radis noir; elle est sucrée et on la mange après l'avoir pelée; et enfin le quinoa (Chenopodium quinoa), graine amylacée d'une petite plante herbacée très abondante, qui est la base de la nourriture des indigènes. On a distingué de tout temps le quinoa à feuillage coloré du quinoa à feuillage vert et à graines blanches. Le quinoa blanc donne une graine très recherchée. Les feuilles sont un légume analogue à l'épinard.
A citer encore la canagui ou caiïagua, selon les localités , graine d'une espèce non décrite de Chenopodium, voisine du Ch. quinoa.
Comme animaux, les Indiens mangent le mouton et la poule et rarement le llama, la chèvre et le porc.
3. Mange-t-on de préférence ou indifféremment les aliments crus ou cuits? — R. Presque toujours cuits. Crus : les fruits et certaines racines, comme l' ajipa, ainsi que l'ankanoca et la pasacana.
li- Les aliments cuits sont-ils de préférence grillés ou bouillis? Quelques détails sur la cuisson. — R. Les aliments sont ou grillés on bouillis. En général, la viande est coupée en tranches et grillée sur la braise; les graines sont grillées ou bouillies dans des poteries. Le maïs et les fèves grillées se nomment tostado ; bouillies , elles prennent le nom de mote. On mange cru ou bouilli le maïs laiteux alors qu'il n'est pas encore à maturité; on le nomme choclo.