RECUEILLI ET IVOTE PAR M. PAÏEN
BAILE DE PUNATA.
M1, de Mazurka
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FIN
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190 QUESTIONNAIRE ^NTHROPOLOGIQl E.
Dans la séance du 6 décembre 1906 de la Société d'anthropologie de Paris, M. Adrien de Mortillet a eu la bonne idée de donner une audition des nombreux phonogrammes rapportés par la .Mission.
A cette occasion, notre regretté collègue M. Edouard Fourdrignier, dont la compétence musicale est bien connue, a fait différentes observations dont nous avons le plaisir de reproduire ici certains passages.
« L'audition de différents morceaux de musique recueillis parmi des indigènes de Bolivie, au moyen du phonographe, nous a conduit à plusieurs observations.
« Il y aurait d'abord deux parts assez distinctes à faire dans les phonogrammes que nous avons écoutés. La première comprend les airs chantés. Ce sont, pour la plupart, des mélopées à mouvement lent, d'un accent triste, soutenues par quelques accords d'instruments à cordes pincées. Pour la seconde, les morceaux ont une allure différente et plus animée. Ils sont exécutés par des instruments de cuivre de facture européenne , qui rappellent ceux de nos fanfares.
« Le premier groupe, considéré comme étant d'inspiration indigène, possède plusieurs particularités. En dehors d'une tonalité fort peu différente de la nôtre, ces airs se caractérisent surtout par leurs mouvements. Tout en appartenant aux mesures à trois temps, qui, selon les règles, comprennent un premier temps fort, un second faible et un troisième moyennement fort, il arrive souvent que le premier temps fort est déplacé et qu'il se retrouve au second temps, pour produire alors une syncope avec le troisième. Puis le mouvement à trois temps, par sa lenteur, devient indécis, et la mesure passe en deux temps toujours assez vagues. Ces mesures alternent alors et se réunissent pour composer des dessins qui s'enchaînent et forment la phrase mélodique, à la manière habituelle des stances d'une poésie ou des vers d'un quatrain.
« Nous n'avons que peu à nous préoccuper des modes et des tonalités de cette musique, parce que, sous ce rapport, elle procède de la même manière que la nôtre. Quant aux accords qui accompagnent les motifs, ils rentrent aussi dans les règles de l'harmonie qui nous est enseignée , à part quelques surprises assez audacieuses de cadences auxquelles nous sommes moins accoutumés.
« Ce n'est donc ni dans leur harmonie , qui est une conception assez moderne, ni sous le côté mélodique que nous pouvons retrouver une origine. Ce que l'on peut remarquer sous ce rapport, c'est qu'à des airs plus anciens, sans doute indigènes, il y a eu des adaptations de l'harmonie importée. Quand les accords étaient trop compliqués, on les a simplifiés, voilà tout.
«Ainsi, dans une cadence de sous-dominante puis de dominante pour
MUSIQUE. lui
tomber sur la tonique , il est rare que l'accord de sous-dominante n'ait pas disparu.
« Par exemple , au lieu de la marche harmonique avec accords sur la basse : fa, sol, do, nous les trouvons sur celle de : 50/, 50/, do.
« Enfin le passage aux tons relatifs du majeur ou mineur est comme interverti par des alternances de quintes, ce qui produit des effets bizarres.
« 11 est encore à remarquer pour la musique en fanfare que les accompagnements reproduisent servilement ceux qui conviennent seuls aux instruments à cordes pincées, types guitare; c'est une imitation constante du pizzicato. Pour les airs du premier groupe, dits indigènes, les quelques accords toujours en pizzicato n'indiquent pas non plus que les instruments à archets, tels que les violons, aient été en grande faveur.
«Quant aux autres instruments à vent, comme les flûtes, les hautbois, plutôt destinés à jouer un chant qu'à faire de l'accompagnement, quelques anomalies qui consistent en notes que rationnellement on devrait trouver diésées ou bémolisées et qui persistent à rester naturelles, elles font préjuger de ce qu'ils étaient précédemment. C'est que, la tablature de ces instruments ne permettant pas de faire la note accidentée, on s'est servi alors du doigté de celle possible d'à côté.
« Le premier groupe de morceaux indigènes, étant le moins influencé, attire donc plus particulièrement notre attention.
«Ces airs n'ont pas, comme notes, une très grande étendue; la plupart ne comprennent, au plus, qu'une quinte presque toujours à tierce mineure. C'est dans l'agencement par exemple des cinq notes: ré, mi, fa, sol, la, que nous les retrouvons tous cantonnés. Si le ton du morceau est plus ou moins haut, l'ordre des intervalles reste toujours dans ce sens. Mais il ne s'ensuit pas, comme notre règle musicale nous y invite, qu'un morceau commencé dans un ton s'y termine.
« Ainsi, un des premiers phonogrammes entendus commence pour les deux premières mesures en la mineur, retombe soudain en fa majeur et repasse en la mineur. Comme finale, il se termine à la quinte eu ré naturel mineur avec l'accord de ré, fa, la sur le la; nous ne sommes pas habitués à cette finale étrange, qui nous laisse dans l'attente, comme si la phrase musicale n'était pas finie.
«Dans une complainte quechua, d'un mouvement en A/8 alternant avec triolet de mouvemenl ternaire et un temps de deux notes en i/h, le thème commencé en ré majeur passe dans son relatif si mineur, puis, après modulations semblables, se termine par un accord de quinte augmentée sur le ré [ré, fa (dièse), la (dièse)] pour cadencer en si naturel mineur [si, ré (naturels/a (dièse)].
« Cet accord [ré, fa (dièse), la (dièse)] avec son ré naturel pourrait être.
considéré en réalité comme un renversement de l'accord indiqué de septième sur le fa (dièse), avec sa quinte augmentée, ré (naturel) pour d» (dièse). « Mais ici mous pouvons reconnaître que c'est un instrument qui en esl cause ;
car sur les flûtes primitives , sans la clef spéciale pour donner un de (dièse) , elles ne descendent qu'au ré naturel, qui a été substitué pour tourner la difficulté.
« D'autres exemples de ce genre seraient encore à produire. Ils indiquent les influences d'une musique étrangère et la persistance d'instruments plus anciens comme usage.
« Comme nous l'avons déjà fait observer plus haut, ces mélodies, au lieu de se composer normalement de dessins réguliers alternant pour former la règle musicale, finissent, par suite du mouvement lent, par avoir leurs mesures à trois temps qui se confondent avec les mesures à deux temps. Et alors les dessins n'ont plus de régularité.
«Ainsi, pour transcrire une complainte quechua, on peut, d'après son audition, former son premier dessin de deux mesures à trois temps, puis de deux à deux temps. Mais cette régularité n'est pas exacte, car, en se rapportant au phonographe, on trouve chronométriquement, en décomposant par temps, une mesure à trois temps suivie de trois mesures à deux temps. C'est ce qui montre bien l'indécision difficile à saisir pour certains passages.
« Dans une autre complainte [Vcrdc limoncito), le premier dessin est de cinq mesures et le second de quatre, toutes à deux temps. Mais on peut remarquer que, si ces mesures à deux temps sont décomposées et battues à quatre temps, le temps fort tombe sur la deuxième de ces subdivisions et se lie avec la troisième pour former syncope. Cet effet rythmique particulier est bien connu, il est vrai, mais nous pouvons observer qu'il est très fréquent dans la musique espagnole à mouvement ternaire.
« Puis, dans plusieurs de ces morceaux, ce sont des enjolivures de notes, des gruppetti ternaires et binaires qui compliquent encore, ce qui contribue à donner au chant réel un indécis dans le rythme et à laisser, comme dans le vague, la mélodie et même la peu près des accords qui la soutiennent.
« L'influence de la musique espagnole est de toute évidence dans les morceaux interprétés par les instruments en cuivre. Nous y retrouvons de nombreux motifs empruntés à son répertoire. Le type boléro, fandango, la manière de l'orchestrer, les mêmes effets très particuliers aux instruments à cordes pincées que s'efforcent d'imiter les instruments à vent, cuivre et bois, qui cependant sont destinés à jouer une musique n'y ayant pas rapport.
« Ce crue nous avons retenu de cette audition , c'est que la musique bolivienne, si certainement elle conserve encore plusieurs caractéristiques rappelant un art déjà existant avant l'occupation, a subi depuis des modifications profondes qui tendent de plus en plus à la rapprocher de celle qui est usitée en Europe.
H. — Arts graphiques et plastiques.
1. Y a-t-il dos arts graphiques et plastiques, rudimentaires ou non? Quels sont-ils:' — R. Les arts graphiques ou plastiques sont 1res rudimentaires chez les Indiens, si l'on peut appeler art les quelques objets sculptés ou dessinés par eux.
2. Les objets sculptés sont-ils en bois, en pierre, etc.? — \\. Les objets ouvrés, plutôt taillés que sculptés par les Indiens, sont des vases en bois en forme d'écuelles, au milieu desquels est figuré un taureau; ces vases, d'une contenance d'environ 1 litre , servent à boire la chicha; le même vase, mais alors beaucoup plus petit et en argent, toujours avec un taureau dans le milieu, sert à boire l'alcool dans les fêtes. Comme autres objets façonnés par les Indiens, il y a des serrures en bois que les Indiens mettent à la porte de leurs ranchos, et qui la plupart du temps représentent un quirquincho ou tatou.
3. Dessine-t-on au trait? Quels sont les sujets des dessins;1 — R. Certains Indiens, assez rares d'ailleurs, dessinent rudimentaircment au trait et en couleur ; leurs dessins représentent toujours des maisons, des arbres, des hommes ou des animaux.
4. Sait-on rendre les ombres? — R. Aucun de leurs dessins ne porte des ombres.
5. Y a-t-il une peinture? Si oui, sait-on rendre le modelé? Connaît-on plus ou moins la perspective? — R. La peinture n'existe pas.
6. Quels sont les sujets habituels des sculptures et des peintures? — R. Comme dessins, outre des bandes de papier sur lesquelles sont représentés des soldats, des chiens, des Hamas, des oiseaux, etc., il y a des jeux de loterie qui se jouent avec des dés. Ce sont des carions avec douze compartiments représentant une maison, une église, une cloche, un llama, etc.; chacune des douze figures est gravée assez grossièrement sur les deux dés. Chaque joueur place l'argent de sa mise dans le compartiment représentant la figure sur laquelle il veut jouer. On lance alors les dés, et les figures qui tournent sont les gagnantes.
7 . Quel sexe s'occupe de préférence des beaux-arts? — R. Ce sont les hommes qui font ces rares travaux.
(Se reporter aux documents pris sur place par la Mission.)
ANTHROPOLOGIE BOLIVIENNE. I.
)'Mi QUESTIONNAIRE ANTHROPOLOGIQUE
A. — Caractère, moralité.
1. Est-Qn habituellement gai ou triste, expansif ou concentré? Rit-on facilement? — R. Caractère renfermé , peu expansif , excepté lorsque l'Indien est sous l'action de l'ivresse; il devient alors très loquace et aussi très désagréable à force de servilité. Rarement il rit.
2. Pleure-t-on facilement? Noter sous ce rapport les différences sexuelles.
— R. L'Indien ne pleure que très rarement, excepté aux fêtes de la Toussaint, au cimetière sur la tombe de l'un des siens. Les femmes poussent des cris à propos de la mort d'un membre de la famille, même lorsque celui-ci est mort dans un endroit éloigné. Mais c'est à peine si elles ont des larmes dans les yeux.
3. Est-on lâche ou courageux? — R. Peureux pour les dangers qui ne sont pas familiers , mais courageux pour ceux qui sont connus. Ainsi les Indiens ne craignent pas les orages terribles de la Cordillère, qui cependant en foudroient beaucoup toutes les années; ils ne craignent pas non plus le passage des torrents dangereux en temps de pluie , où beaucoup se noient.
4. Le caractère est-il mobile ou persévérant? — R. Très persévérant dans ses actions comme dans ses idées. Quand il entreprend une chose , l'Indien la mène généralement à bonne fin; il y met souvent beaucoup de temps, mais il finit toujours ce qu'il a commencé. S'il construit par exemple une habitation (rancho) , il élèvera un ou deux murs la première année, fera les deux autres l'année suivante, et ce sera seulement la troisième qu'il la couvrira; mais il finira sa maison. Il en est de même pour les canaux d'irrigation , qui quelquefois vont prendre l'eau à de grandes distances; l'Indien commencera son canal une année et le finira plusieurs années après, mais il le finira.
5. Y a-t il des jeux de. hasard!' Quels sont-ils? Quels sont les enjeux?
— R. Le jeu le plus fréquent est celui de la thava, jeu qui vient de la République Argentine; c'est le jeu de l'osselet; il est joué avec l'os du genou du bœuf; cet os a deux faces très distinctes : l'une d'elles est suerte, gagne; l'autre, culo ou cul, perd. Deux adversaires jouent pendant que les parieurs se mettent dans l'un ou l'autre camp. Deux raies distantes de 7 à 8 mètres séparent les
joueurs , qui , à tour de rôle, lancent la thava au delà de la raie de l'adversaire jusqu'à ce que l'os tombe sur l'une des deux faces; s'il fait suerte, «7 gagne; si c'est culo qui sort, il perd ainsi que ceux qui ont parié sur lui. Il y a encore le jeu des loteries dont il est parlé plus haut. Les Indiens ne sont pas mauvais joueurs. Les enjeux comportent un objet ou un ornement quelconque.
0. Se met-on facilement ou difficilement en colère? — R. L'Indien se met
rarement en colère, excepté en cas d'ivresse, cl supporte même les mauvais traitements sans se fâcher.
7. Le mensonge et la ruse sont-ils blâmés ou approuvés? — R. Le mensonge est toujours blâmé; la ruse est employée avec les étrangers, (/ni souvent surprennent les Indiens, cependant très méfiants. C'est à ces surprises que l'on doit le mauvais vouloir de l'Indien pour l'étranger ; aussi quand on arrive chez lui sans être connu, on peut être sur qu'il vous répondra maria, qui veut dire « non », ou manacancho « je n'en ai pas » , à tout ce qu'on lui demande.
8. Quelles qualités ou imperfections morales sont estimées ou méprisées? Quelle idée a-ton du bien, du mal, du juste, de l'injuste? Par quelles expressions les désigne-t-on? — R. Les qualités morales sont estimées; les imperfections méprisées. L'Indien a une idée très exacte du bien et du mal, du juste et de l'injuste , et, à part la boisson qui est son vice favori, il n'a guère d'imperfections. Ses qualités principales sont l'attachement à sa famille et aux traditions des ancêtres , le respect des vieillards, le travail et la force physique chez l'homme , la soumission complète chez la femme. Le vol est très réprouvé : l'Indien ne ferme
jamais sa porte et se contente de mettre un bâton en travers de la porte, lorsqu'il, s'en va, pour indiquer qu'il n'est pas là.
9. Tient-on ses engagements? — R. Toujours; la parole donnée est suffisante. Quand on lui a manqué de parole, l'Indien devient très méfiant, et il est très difficile de le faire revenir de cette méjiance.
10. Le sentiment de l'amitié est-il connu? Esl-il énergique . ? — R. Non seulement le sentiment de l'amitié est connu, mais il est très énergique même avec les étrangers, surtout avec ceux qui les protègent. M. Galland m'a dit : «Dans les nombreux voyages que j'ai faits dans la Cordillère, j'ai été plusieurs fois mal reçu par les Indiens, la première J'ois que je me présentais chez eux. A mon second voyage, j'ai toujours été bien accueilli; j'ai été leur ami et souvent parrain de leurs enfants; alors ils mêlaient tout dévoués. »
11. Y a-t-il un mot pour désigner ce sentiment? — R. En quechua, il y a des mots pour exprimer l'amitié, en parler et même l'exalter.
12. Y a-t-il des exemples de dévouement pour un ami? — R. Les exemples de dévouement pour un ami ne sont pas rares. Les Indiens parcourent des distances énormes pour voir un ami, même étranger, pour se mettre à sa disposition et lui être utile. Il est vrai que l'Indien compte la distance pour rien , mais on voit à l'expression de sa physionomie qu'il est coulent de revoir une personne qu'il aime.
l'a. Quelles sont les formules et les pratiques habituelles de la politesse? — R. Les cadeaux mutuels sous forme de provisions, objets, tissus, etc. L'Indien et l'Indienne aiment beaucoup les salutations. Entre eux, ils se saluent avec le chapeau tenu dans les mains; avec les étrangers qu'ils estiment, de la première manière d'abord, puis en leur embrassant les genoux, les mains et les pieds.
\h. Connaît-on le sentiment de la compassion? Le désigne-t-on par un
mot? — R. Oui. Le sentiment de la compassion est très connu chez les Indiens; ils ont un mol pour l'exprimer, et le pratiquent couramment cuire eux. Ils sont très compatissants pour les pauvres, les vieillards, les veuves, les orphelins et les infirmes.
15. L'hospitalité est-elle exercée? Gomment? — R. Entre eux, les Indiens pratiquent très largement l'hospitalité ; il est vrai quelle consiste en peu de chose, une place à leur foyer, le manger de leur maigre nourriture et le coucher dans leur rancho en cas de mauvais temps. Avec l'étranger, ils pratiquent l'hospitalité en lui fournissant contre remboursement, bien, entendu, les vivres dont il a besoin : mouton, poulet, fromage fait avec du lait de brebis ou de chèvre, œufs, pommes de terre, etc. , et le coucher dans l'un de leurs ranchos qu'ils mettent à sa disposition et qu'ils nettoient en son honneur.
16. Los faibles sont-ils habituellement opprimés ou secourus!' — R. Les faibles ne sont jamais opprimés et sont toujours secourus lorsque cela est nécessaire.
17. Les malades sont-ils soignés, abandonnés ou mis à mort? — R. Soignés dans la mesure du possible. Les amis les visitent et font des prières pour qu'ils guérissent, et leur apportent des médicaments. Les médicaments employés sont généralement très primitifs; certaines plantes, l'urine souvent mélangée avec de la poudre noire, la graisse d'autruche et de condor en sont les principaux éléments.
18. Comment sont traités les animaux domestiques, s'il y en a? Ces animaux sont-ils vraiment domestiqués ou simplement apprivoisés ? — R. Les animaux domestiques sont très bien traités par les Indiens , surtout la llama, l'alpaca, le mulet, l'âne, le mouton, la chèvre, le chien, la poule, le canard, etc., qui lui rendent service. Il s'occupe de leur nourriture, de les soigner quand ils sont malades, et ne fait travailler ses animaux que suivant ce qu'ils peuvent rendre, surtout dans les années de sécheresse, ou les pâturages manquent et où les animaux sont maigres et plus vite fatigués. Il soigne également les animaux apprivoisés : exemple, le furet pour la chasse au chinchilla. Il est très patient avec ses animaux; ainsi il arrive souvent que, dans un troupeau de Hamas en marche , l'un d'eux fatigué se couche avec sa charge et ne veut plus avancer. La llama est très têtue, et l'Indien sait qu'il n'en obtiendra rien par la force ou la colère. Pour obliger la bête à marcher, il remplit sa poche de petites pierres et en lance fréquemment une par une sur l'une des oreilles de la llama, qui secoue la tête. Au bout de quelque temps de ce manège, la bête, agacée de recevoir des pierres sur les oreilles, se relève d'elle-même pour rejoindre le troupeau.
19. Y a-t-il des traditions d'anthropophagie? Est-on encore anthropophage ? Si oui , mange-t-on de préférence les enfants , les femmes , les vieillards? Mange-t-on les membres de la tribu ou seulement les étrangers, les
prisonniers de guerre, les criminels? — R. Jamais les Indiens quéchuas et aymaras n'ont été anthropophages ; en cas de révolte, ivres d'alcool, ils sont sanguinaires, et il leur arrive de mutiler leurs victimes, de boire leur sang et de manger leur cœur; mais cela par vengeance. (Voir t. I, Introduction , p. x\xiv, les faits de Mohoza.)
B. — Des enfants.
1. Les parents aiment-ils leurs enfants? — R. Les parents aiment beaucoup leurs enfants, et tous au même degré; la mère surtout s'en occupe avec une grande sollicitude. Tant que l'enfant est trop petit pour marcher seul , lanière le porte suspendu dans le dos, installé dans son quipe.
2. Les caressent-ils? Jouent-ils avec eux? — R. Les Indiens jouent avec leurs enfants et les caressent, la mère surtout. Dès l'âge de 6 ou 7 ans, le petit Indien accompagne son père; la fille reste avec sa mère, gui lui apprend à fier et tisser la laine, à garder les troupeaux et à préparer la nourriture.
3. L'infanticide est-il en usage? Si oui, est-il approuvé ou blâmé? Celui des fdles est-il plus fréquent? — R. L'Indien est toujours heureux d'être père; on n'a jamais entendu parler d'infanticide chez lui.
k. S'occupe-t-on de l'éducation des enfants? Qui s'en occupe ? Que leur enseigne-ton ? A quel âge finit l'éducation ? Y a-t-il des cérémonies d'initiation? — R. L'éducation de la mère va jusqu'à 6 ou 7 ans; alors la mère s'occupe de la fille, et le père, du garçon. Le père et la mère leur enseignent ce qu'ils savent eux-mêmes.
5. Jusqu'à cruel âge les parents s'occupent-ils des enfants? — R. Jusqu'à l'âge adulte, au mariage, les parents s'occupent d'eux; même après , le père et la mère étant toujours très respectés et écoutés.
6. Les parents ont-ils le droit de vendre leurs enfants? — R. Non, pas d'exemple connu. Jamais les parents ne vendent leurs enfants; cependant, dans les familles indiennes trop pauvres, le père et la mère, connaissant des personnes dans lesquelles ils ont toute confiance, cèdent quelquefois un de leurs enfants, qui est élevé et prend le nom de celui qui l'adopte. Il en est souvent de même pour les orphelins de père et de mère, qui ne peuvent être élevés par les parents ou les voisins.