C. — Des vieillards et des parents
1. Les enfants aiment-ils leurs parents? — R. Les enfants aiment et respectent beaucoup leurs parents auxquels ils obéissent et sont entièrement soumis. Les petits Indiens exécutent immédiatement les ordres que leur donnent le père cl la mère.
2. A I âge adulte a-t-on du respect pour ses parents? — R. A tout âge les Indiens ont du respect pour le père et fa mère; plus ils sont vieux, plus le
respect est grand. Les Indiens vivent souvent très vieux, et il est souvent touchant de voir combien ils s'occupent des vieillards.
3. Pour la mère autant crue pour le père, ou inversement? — R. Davantage pour le père. Ils respectent davantage le père, qui représente le chef de la famille. Les Indiens appellent le vieux tataï et la vieille mamaï.
II. Les vieillards infirmes sont-ils bien ou mal traités? Ne sont-ils jamais mis à mort? — R. Jamais les vieillards ne sont mis à mort ni maltraités quand ils sont infirmes; au contraire , ils sont bien soignés et très bien traités.
D. — Condition des femmes.
1. Quel est le degré d'assujettissement des femmes? — R. Les femmes doivent la soumission complète à leur mari. Elles leur sont fidèles jusqu'à la mort; il n'y a pas de concubines , sinon parmi les Métisses ou Cholas. Il est rare de voir un jeune Indien abandonner sa fiancée.
2. Les femmes sont-elles asservies, maltraitées ou plus ou moins indépendantes et respectées? — R. Les femmes ne dépendent que de leurs maris; elles sont respectées par tous. L'Indien est en général peu brutal avec la femme, excepté en cas d'ébriété.
3. Quels sont les travaux dévolus aux femmes? — R. Les travaux qui incombent à la femme sont : la cuisine, le lavage , la filature et le tissage de la laine sur des métiers à bras [voir fig. 122 et 123), la garde des troupeaux de Hamas et alpacas femelles ainsi que les moutons, la fabrication de lachicha; elles aident aussi aux travaux de la terre et à l'arrosage ou irrigation des chacras, champs qui sont étages.
k. Les femmes peuvent-elles être vendues ? — R. Non , jamais.
E. — Guerre.
1 . Comment sont traités les vaincus , les prisonniers ? Guerroie-t-on ouvertement ou fait-on surtout la guerre d'embuscade ? Y a-t-il des lieux d'embuscade? Y a-t-il une stratégie? Y a-t-il des lieux fortifiés, des armes offensives et défensives? Y a-t-il des castes guerrières, des troupes permanentes, des costumes de guerre, des insignes, des décorations? Comment se recrutent les guerriers ? — R. Les Indiens ne sont pas belliqueux, en général; ils ne connaissent pas la guerre de conquête ; ils se révoltent quelquefois contre les Blancs, à propos de vexations quelconques. Lors de la dernière insurrection ( 1899) , on a signalé quelques atrocités, à Mohoza notamment (voir t. I, Introduction, p. xxxiv), mais elles ne sont pas habituelles. Les Ayma ras passent pour plus cruels que les Quéchuas.
L'Indien est d'autant plus cruel que son ébriété est plus grande; il devient alors une véritable brute. Il s'enivre pour se donner du courage. Il combat sans aucune
stratégie, mais il tend des embuscades; il n'a pas de lieux fortifiés , que d'ailleurs le gouvernement bolivien ne tolérerait pas. Les Indiens s'appellent et se réunissent en faisant des signaux, [en général, ce sont des Jeux de paille disposés au sommet des plus hautes montagnes environnantes), ou en soufflant dans des cornes de bœuf, instrument qu'ils appellent poutoulou. Leurs armes sont offensives et tout à fait primitives; ils emploient surtout des bâtons, des matraques, des perches ou bambous munies de pointes de fer, des frondes (voir fig. i \G). Il n'existe pas de caste guerrière, et même peu d'Indiens sont soldats. Les soldats boliviens sont surtout recrutés parmi les Métis on cholos.
Fig. 1 13. — Colonel indien, Luciano Vilca.
Aymara très intelligent et très courageux. Ayant mis, dans différentes révolutions, de 1SG8 à 1870, sa grande influence sur les Indiens de sa race au service du Président Mariano Melgarejo, celui-ci le lit nommer colonel. Depuis celte époque, à chaque révolution ou pronunciamiento, on voit apparaître un Indien généralement Aymara, se disant d'origine incasique, et prenant, avec le nom de Vilca, le titre de général ( voir lig. 1 1 !\ et 1 1 5 ).
Le gouvernement entretient une petite armée de 2,400 hommes en temps de paix, dont les généraux et les colonels sont nommés par le Congrès et les officiers subalternes par le Président de la République. Les soldats boliviens sont surtout d'excellents marcheurs, d'une endurance extraordinaire à la fatigue et aux privations. Comme récompense de ses services, le soldat bolivien blessé reçoit une petite somme d'argent et une médaille d'argent ou d'or avec un ruban tricolore [aux couleurs de la nation); mais il n'y a pas de décorations.
Fig 110. — Général Yilca, clie.1 indien des Aymaras pendant la révolution de 1898-1899.
202 QUESTIONNAIRE ANTHROPOLOGIQl E.
F. — Rites funéraires.
Les morts sont-ils abandonnés:' Gomment? Sur le sol, dans les arbres, dans des grottes, etc.? Les fait-on manger de préférence par tels ou tels animaux? Sont-ils inhumés ou bridés? Y a-t-il une cérémonie funéraire, des monuments funéraires et lesquels? Le clergé, s'il y en a, intervient-il dans les funérailles? Y a-t-il des ollrandes, des sacrifices ou des mutilations funéraires? Dans quel but? — R. Les morts ne sont pas abandonnés , mais on les enterre sans cérémonies. Les voisins se réunissent, les femmes enveloppent le corps dans une toile cousue appelée habito. Les morts sont chargés sur des branches disposées en forme de brancard et portés sur les épaules par quatre Indiens de la famille en général, qui se relayent fréquemment et vont en courant. Le mort est étendu la face en haut, habillé de ses vêtements ordinaires et ligotté sur la civière pour éviter qu'il ne tombe. Les femmes suivent en courant, pleurant le mort et portant sur le dos des poteries pleines de chicha, destinée au rafraîchissement des porteurs. Arrivé à l'église la plus proche, le mort est posé par terre, à l'entrée de l'église, où le curé accomplit les rites habituels, très simplifiés d'ailleurs. Le mort est ensuite porté au cimetière, où on l'enterre directement dans la terre à 50 ou 60 centimètres de profondeur. Les cimetières sont placés en dehors des centres de population. Quand ces cimetières desservent plusieurs estancias oh villages indiens de peu d'importance , ils sont généralement placés à éqale distance de chacune d'elles et, autant que possible, dans un lieu élevé. Après l'enterrement, la famille se livre à des libations variées à côté de la tombe; les parents les plus proches vont porter une offrande en nature au curé; enfin, entre pleurs des femmes et libations générales, tout le monde arrive à l'ivresse complète et s'endort n'importe où, pour rentrer le lendemain par groupes à leurs cases respectives. Huit jours après, les parents font dire une messe chantée, qui est l'occasion de nouvelles libations. Si le défunt a laissé des enfants on des parents, ils élèvent tous les ans, à la Toussaint, dans l'église voisine, de petits autels où ils représentent des têtes de mort et des os humains , et payent le curé pour qu'il chante un office (responsos), et se livrent ensuite à des libations. Dans les villes, les parents veillent les morts, les placent dans les cercueils et les portent au cimetière, où se prononcent souvent des discours. Huit jours après, on dit une messe pour le repos de l'âme du défunt.
A noter que, si c'est un enfant qui meurt , au lien de pleurs ce sont des chants, des danses , sans oublier les libations.