‹ Anthropologie bolivienneChapitre 69 sur 199 · IV. - VIE FUTURE. — RELIGION · texte numérisé non relu

IV. - VIE FUTURE. — RELIGION

A. — Vie future.

1. Croit-on à l'existence des ombres des morts? Si oui, les craint-on, les vénère-t-on? Cherche-t-on par certaines pratiques à se les concilier? Quel culte leur est rendu? — R. L'Indien est très supcrtitieux, il croit aux ombres des morts , qu'il craint et qu'il vénère. En temps de sécheresse surtout, il attribue le manque d'eau, qui est très souvent excessif et qui fait crever ses troupeaux de faim et de soif, à l'irritation des mânes des ancêtres , qui se vengent pour une cause quelconque en retardant les pluies. L'Indien, pour la Toussaint, ne manque pas d'offrir aux morts sur leur tombe leurs mets préférés, qu'il mange ensuite, du reste, avec force pleurs et absorption de liquides variés. On met également une petite croix sur le toit de toutes les maisons, afin d'inviter les mânes des morts à s'y reposer lorsqu'ils passent.

2. Si on croit à la vie future, la croit-on éternelle? Comment se la iigure-t-on? ■ — R. L'Indien croit à la vie future , puisqu'il croit aux mânes des ancêtres et à leur influence.

3. Croit -on à l'existence d'une vie future pour tout le monde ou seulement pour certaines classes sociales? — R. On croit à une existence future pour tous; du reste, c'est ce que leur enseigne leur curé, quils écoutent avec beaucoup d'attention.

k. Croit-on les ombres des morts matérielles ou immatérielles? — R. Immatérielles, surtout celles de leurs ancêtres, les anciens Chulpas. On croit quelles possèdent le pouvoir de faire le bien ou le mal, par reconnaissance ou par vengeance. C'est ainsi que des fouilles faites dans des tombeaux sont considérées par les Indiens comme ayant causé la sécheresse dans la région.

5. Croit-on à la mort naturelle? — R. On croit à la mort naturelle.

B. — Religion.

1. Y a-t-il des fétiches, des gris-gris, des idoles? Y a-t-il des légendes à leur sujet? — R. Il n'y a ni fétiches, ni gris-gris, ni idoles. L'Indien est catholique et vénère les saints, surtout saint Jacques, qui est son grand patron. Aussi portent-ils souvent [surtout les mineurs qui ont plus de dangers à courir) un médaillon contenant l'image dn saint sous la protection duquel ils se mettent.

2. Y a-t-il des idées religieuses? — R. Oui. L'Indien a adopté avec fanatisme les croyances religieuses catholiques, qui lui ont été inculquées par les Espagnols , avec adaptation du reste à son caractère pour ce qui concerne les pratiques extérieures du culte [mascarades , scènes burlesques à l'église, etc.).

204 QUESTIONNAIRE WTHROPOLOGIQl E.

3. Adore-t-on les objets ou les phénomènes naturels (animaux, arbres, ii\ ières)? — R. Les Indiens n'adorent ni objets, ni animaux, ni phénomènes nutarels, niais ils vénèrent le soleil , la terre et certains animaux.

h. Y a-t-il des devins, des guérisseurs ou des pratiques de sorcellerie?

- — R. Certains oiseaux [yaca-yaca], certaines plantes et certaines pierres possèdent des vertus. La majeure partie des plantes médicinales viennent des Yungas de Bolivie rapportées par des Indiens guérisseurs, nommés Calliahuallias (voirfig. i îG), qui connaissent les vertus de chacune. Quelques-uns voyagent à pied, une besace sur le dos, et vont à Buenos- Ayres , au Chili et jusqu'à llm de Janeiro pour vendre les racines et les herbes médicinales. Il y a des racines pour quérir les douleurs de tête, de ventre, pour les fièvres, pour se faire aimer ou pour guérir les maladies vénériennes , qui sont très fréquentes. Quant aux pratiques de sorcellerie, elles n'existent pour ainsi dire plus. M. Louis Galland a cependant entendu dire, et cela plusieurs fois, que, quand un vol a été commis chez les Indiens, pour trouver le voleur, il faut azotar el quirquincho, c'està-dire fouetter le quirquincho ou tatou. Pour cela, on prend un tatou, que l'on frappe jusqu'à ce que la pauvre bête se plaigne; d'après les Indiens, le tatou prononcerait le nom du voleur. Il y a aussi, mais rarement, des envoûtements.

5. Les idoles sont-elles considérées comme des êtres ayant une personnalité ou comme des emblèmes? — R. Comme nous l'avons dit, il n'y a pus d'idoles.

6. Croit-on à des génies et auxcruels? — R. On croit au génie du feu, de l'eau, et aux dieux lares pour la maison. On croit surtout aux mauvais génies, qui généralement sont représentés parmi diable, supaï en quechua. Lediable, dans les mines, se nomme Anch-ancho; c'est lui qui, selon la croyance, est chargé de mettre du minerai dans les filons. Aussi , pour que la mine ne perde pas sa richesse, ne faut-il y laisser entrer ni curé, ni femme. Le curé, parce que, avec son caractère ecclésiastique, il met en fuite le diable , qui ne peut plus remplir ses fonctions, et la femme, parce que, distrait par elle, il les oublie également.

7. Se figure-ton les génies comme des êtres matériels? — R. Les diables ou génies sont immatériels; M. Galland a entendu dire à des mineurs , qui étaient persuadés d'avoir vu /'Anch-ancho, qu'au moment de le loucher il avait disparu.

8. Croit-on à un plus grand nombre de dieux, personnifiant les grands phénomènes de l'univers? Si oui, cruels sont-ils? Que représentent-ils? Les regarde-t-on comme matériels? — ■ R. Comme catholiques, ils croient en Dieu et ont une qrande vénération pour les saints, cela mélangé avec d'anciennes pratiques païennes, qui leur viennent des ancêtres. Ainsi, quand on relève les postillons et que le gouvernement change de maître de poste, ce qui se fait tous les ans à une époque fixe , le nouvel Indien qui prend la poste pratique une série de cérémonies, dont l'une est de teindre les angles des murs des chambres des bâtiments de la poste avec du sang de llama , cela pour conjurer le mauvais sort. Dans les

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