‹ Anthropologie bolivienneChapitre 9 sur 199 · OPINION DE SIR CLEMENTS R. MARKHAM · texte numérisé non relu

OPINION DE SIR CLEMENTS R. MARKHAM

On sait, dit Sir Cléments R. Markham (1), que, pendant les trois derniers siècles, la langue des habitants des bords du lac Titicaca a été désignée sous le nom à' Aymara, et que, en deux cents ans, ce terme s'est étendu a tout le peuple qui la parle dans le pays connu sous le nom de Collao. Cependant, dans le cours de mes études sur les écrivains espagnols primitifs, le fait de n'avoir jamais rencontré dans leurs écrits la moindre allusion au mot Aymara a vivement frappé mon attention, d'autant plus que les habitants de celte région sont à chaque instant désignés sous le nom de Collas.

En persévérant dans mes recherches , j'ai acquis la certitude qu'aucun des écrivains contemporains de la conquête espagnole ayant écrit sur les habitants du Collao n'a jamais mentionné le mot Aymara.

J'ai étudié les écrits de sept auteurs contemporains de la conquête espagnole qui mentionnent le Collao; aucun ne prononce le mot Aymara. Ce sont : Francisco de Jerez, 1 5 4 7 , secrétaire de Pizarre; Polo de Ondegardo, i55o, ancien gouverneur de Charcas; Gomara, 1 553 , compilateur, qui ne vint jamais au Pérou, mais vivait à Séville où il avait à sa disposition tous les documents désirables; Cieza de Léon, 1 5 5 4t , l'auteur fameux de la Chronique du Pérou; Zarate, 1 5 5 5 , qui visita le pays; Levinus Apollonius, 1 5 6 y , compilateur, qui publia son ouvrage sur le Pérou à Anvers; enfin Fernande/ el Palentino, 1 5y 1 , chroniqueur du Pérou. Si maintenant on consulte les

(1) « Position géographique des tribus qui Société royale de géographie de Londres, lormaientiempiredesIncaSjavecunappen- 10 juillet 1871 (Jonrn. of the Royal Geogr. dice sur le nom A ymara. » Mémoire lu à la Soc. , vol. XLI, p. 281 -338. London, 1871).

principaux auteurs qui ont écrit sur le Pérou pondant la génération qui suivit la conquête espagnole, on voit crue les uns désignent cette région sous le nom de Collao et ses habitants sous le nom de Collas et ne prononcent jamais le mot Aymara; tels sont: Miguel Cabello Balboa, i586; Acosta, 1090; Fernando Montesinos, 1 6 5 *2 ; les autres donnent également le nom de Collao à la région du lac Titicaca et, par surcroit, parlent des Aymaras, mais de telle manière qu'on voit que les Aymaras n'ont aucune affinité avec les habitants de la région du Titicaca; tels sont : Herrera, 1G01 ; le grand historien Garcilaso du la Voga, 1609, l'auteur des Coinmcnkrires royaux; Alonso Ramos, 1020, l'historien de Copacabana ; enfin Cal an ch a, iG53, qui naquit et mourut au Pérou et écrivit l'histoire des Augustins.

Ceci établi, M. Markham entre dans des considérations historiques et géographiques très détaillées et très minutieuses, qu'il faut lire dans le texte, et finalement il conclut que les Aymaras sont originaires de la province actuelle d'Aymaraes. Les Aymaras formaient donc, d'après M. Markham, une petite. tribu de la nation Quechua et habitaient la partie supérieure du rio Pachachaca dans la vallée d'Abancay, très près voisins des Uma-Suyus, des Gotapampas et des Cotaneras. Ils n'avaient aucune connexion avec les habitants du Collao, sinon qu'ils étaient Quéchuas comme eux, de ces Quéchuas dévoués et soumis aux Incas, et qu'ils faisaient usage de la langue quechua, parlée encore aujourd'hui par leurs descendants.

Reste à déterminer les circonstances qui ont fait donner improprement le nom d'Aymaras aux habitants du Collao.

M. Markham dit que ce sont les jésuites qui, pour la première fois, donnèrent le nom d'Aymara ta la langue du Collao. Les Jésuites s'étaient établis vers 1577 dans un petit village nommé Juli, situé sur les bords du lac Titicaca, et y avaient fondé un collège et quatre églises; ils se consacraient à l'étude des langues indigènes.

Or ce village de Juli était habité par des descendants d'émigrants, venus depuis longtemps des différentes parties du Pérou. Les plus nombreux de ces colons de Juli étaient des Aymaras, et la langue qu'ils parlaient, bien que basée sur celle du Collao, était cependant très adultérée. Les Jésuites donnent

le nom d'Aymara à la langue qu'ils apprirent à Juli, et, comme ils arrivaient à se faire comprendre par les autres Indiens des bords du lac Titicaca, ils donnèrent, par extension, le nom d'Aymara à la langue parlée par les habitants du Collao.

Telles sont, en résumé, les explications de Sir Cléments li. Markham à l'appui de sa thèse cpie les Aymaras, avant et après la conquête, formaient une tribu entièrement distincte de celle des Collas, parlaient un idiome différent et vivaient dans des régions éloignées du Pérou.

On me permettra toutefois de dire que, malgré tout le soin avec lequel j'ai étudié les documents historiques excessivement intéressants versés au débat par Sir Cléments Markham, je ne suis pas encore arrivé à comprendre pourquoi les Aymaras des rives du Pachachaca, qui, d'après le savant président de la Société royale de géographie de Londres, appartenaient à la nation Quechua, parlaient une autre langue que leur langue maternelle.

Je dois à la vérité de rappeler que M. David Forbes, dont je parlerai plus loin, non plus que M. Manuel V. Balliviân, dont j'aurai plus d'une fois à citer le nom avec éloge, ne partagent pas l'opinion de M. Markham.

J'ai eu sous les yeux récemment, dit M. V. Balliviân W, des documents ([lion peut considérer comme contemporains de la conquête espagnole et qui constatent que , longtemps avant l'établissement de la mission de Juli , on donnait déjà le nom d'Aymara à la langue parlée à l'heure actuelle par près d'un demi-million d'indigènes en Bolivie et une partie du Pérou sur les rives du Titicaca.

Mais on verra plus loin la solution donnée par l'anthropométrie.

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