CRÂNES DÉFORMÉS DU CERRO DE LAS PALMAS
Le frontal est encore fuyant, mais à un moindre degre que nous ne venons de le voir. La courbe en retrait que décrit cet os se prolonge presque sans interruption jusqu a la suture coronale; à peine saisit-on, un peu au delà de la moitié de cette courbe, un méplat correspondant au point d’appui antérieur de l’appareil déformateur. En revanche, le bord des deux pariétaux est déformé dans toute son étendue; les bosses pariétales sont relativement dilatées et le diamètre transverse moyen atteint làS millimètres. L’occipital s’incurve très rapidement en avant et en bas et présente au niveau des lignes courbes supérieures une dépression transverse, qui correspond au point d’appui postérieur de la déformation. Le diamètre antéro-postérieur se trouve réduit, en moyenne, à 170 millimètres, et l’indice céphalique, qui était de yB.ào dans notre premier tvpe, s’élève à 85 . 2 q dans le second. Le diamètre vertical est aussi un peu plus faible dans le second type que dans le premier, et l’indice correspondant tombe de loi.àà à qà.àS. Les proportions de la face sont peu différentes : l’indice facial égale 78.88 , l’indice orbitaire est de 89.^7 et l’indice nasal atteint Ba.gà.
Les deux têtes féminines que nous rapportons au même type, comparées aux têtes masculines, présentent en moyenne fort peu de dilférence dans leur portion crânienne, et la face n’offre guère à signaler qu’un certain degré d’élévation relative de 1 indice orbitaire qui monte à 92.10.
Le maxillaire inférieur est remarquable par les mutilations que portent ses incisives et ses canines : chacune des incisives a été biseautée en dehors et en dedans sur une hauteur de 3 millimètres environ, et les créneaux ainsi obtenus ont été prolongés sur le bord interne des canines de façon à ouvrir dans la rangée dentaire inferieure cinq petites brèches à peu près égales, tandis que la rangée supérieure demeurait parfaitement intacte.
Troisième type. — Les crânes déformés du Cerro de las Palmas que nous rapportons à un troisième type sont au nombre de deux, lun masculin et 1 autre féminin. Ils se distinguent surtout des autres par leur hauteur, qui dépasse sensiblement leur largeur, et parleur aplatissement vertical en arrière. La diminution du diamètre antero-posterieur, l’accroissement du diamètre basilo-bregmatique modifient les chiffres des indices céphaliques, qui deviennent, pour le seul de nos deux crânes qui soit complet, 8/1.94, 87.95 et 1 O 3 . 5 3 . La face présente à peu près les mêmes proportions; elle est toutefois un peu plus large et l’indice facial descend à 71.22. La mâchoire inférieure est plus robuste et plus volumineuse; ses dimensions en hauteur sont surtout considérables '.
' Mesures du maxillaire inférieur d’une des têtes du se- Mêmes mesures sur une des têtes du troisième type : cond type: Distance biangulaire, 98 millimètres ;angulo- Distance Liangulaire, 98 millimètres; angulo-symphysyraphysaire, 85 ; hauteur de la symphyse, 33; hauteur saire, 91 ; hauteur de la symphyse, 39 ; hauteur de la de la branche montante, lu. branche montante, Sa.
Statuettes du Cerro de las Palmas. — Deux des trois types que nous venons de décrire sont représentés dans la collection de terres cuites recueillies avec les crânes du Cerro de las Palmas'. On y distingue d’abord un certain nombre de statuettes plus ou moins mutilées, dont les têtes, serrées par une sorte de turban qui croise deux fois au sommet du front, se développent étrangement en hauteur. Puis il y a d'autres statuettes dont la face représente un véritable triangle. De plus en plus dilatées du menton jusqu’aux tempes, ces figures sont surmontées de bandeaux on de bonnets de formes variées. L’obliquité des yeux est souvent exagérée chez les uns comme chez les autres.
Les mieux conservées montrent le corps large, trapu et singulièrement vigoureux. Des ornements de nez ou d’oreilles, des colliers, des brassards, des jarretières composent tout le costume. Le tronc est presque entièrement nu chez la femme comme chez l’homme : à peine de ci de là un bout d’écharpe vient-il se draper sur une épaule ; les seins sont courts, coniques et très écartés l’un de l’autre, et le pubis est particulièrement saillant
Sommaire. — Cuextecatl et les Guextèques ou Huaxtèques. — Leurs caractères physiques. — Les Totonaques, leur dualisme elhnique. — Squelettes de l’île de SacriQcios. — Crânes du Cerro Montoso. — Crâne de Tolonaque moderne. — Têtes de Medellin et d’Estanzuela.
Le'gende de Cuextecatl. — Les Huaxtèques sont un des peuples^ compris dans la migration de Tamoanchan dont le nom nous a été conservé. On les distingue même |)lus clairement que tous autres au milieu des récits confus recueillis par Saliagun. Cuextecatl, qui les représente dans la légende, s’est enivré du pulque que Alayauel vient de découvrir. 11 se montre mi, comme d’ailleurs sont nues nos figurines du Cerro de las Palmas. On veut le châtier de son impudeur; il prend la fuite avec ses sujets et tous ceux qui parlaient sa langue et retourne à Panuco, d’où il était venu, c’est-à-dire dans les territoires habités par les Toucijome ou Touampouan , nommés ensuite Cuexteca ou Huaxtèques, du nom de leur chef et seigneur.
' Ces statues, qui présentent, au double point de vue des procédés de fabrication et de la morphologie , des différences fort accusées, suffiraient à montrer la juxtaposition, dans la vieille nécropole que nous étudions ici, de populations bien différentes. L’insuffisance des renseignements archéologiques recueillis sur leurs conditions de gisement interdit malheureusement une classilication chronologique détaillée. Tout ce que nous pouvons assurer, c’est qu’elles appartiennent pour la plupart à une époque ancienne où l’ornementation se pratiquait à l’aide d’un pastillage gros-
sier et où certains détails de facture , tels que le modelage des yeux, étaient obtenus par des procédés très primitifs et très spéciaux tout ensemble.
^ riusieurs de ces petits personnages ont l’attitude dite howïdhique, que nous retrouverons dans les œuvres d’art des Toltèques, mais qui fait constamment défaut chez les statues et les statuettes d’époque postérieure.
^ La légende de Tamoanchan (voir p. 79) contient des passages où l’on retrouve des souvenirs concernant les Toltèques et d’autres jieupies encore plus anciens.
Caractères physiques des Hiiaxtècjues. — Parmi les caractères physiques attribués à ces Huaxtèques par Sahagun en interviennent précisément deux de ceux dont nous avons parlé à propos du Cerro de las Palmas. Les habitants de la Huaxtèque, dit en effet le savant franciscain, cont le front large et la tête aplatie et ces traits de physionomie étaient si bien considérés comme caractéristiques de leur type, que, lorsque les chanteurs royaux de Mexico et de Tlaltclolco devaient entonner, sur l’ordre du roi, le chant des Cuexteca, ils prenaient pour leur areyto les ornements que ce chant demande et se faisaient en particulier des masques avec cria tête haute et large, comme les CuextecaS.
Sahagun relève en outre chez les Huaxtèques une autre habitude, que nous avons constatée a las Palmas, celle à'aiguiser leurs dents en pointe^. Mota Padilla, au xviii® siècle, signale à son tour cette meme mutilation dentaire chez les habitants de la province de Panuco'*, et M. Pinart nous apprend qu’il existe encore aujourd’hui quelques Huaxtèques purs, vivant isolés loin des routes fréquentées par les voyageurs, qui ont persévéré dans la coutume que les fouilles de Doutrelaine nous ont fait connaître. D apres la description que M. Pinart a bien voulu nous transmettre, la mutilation moderne correspond exactement à la description que nous avons donnée plus haut®.
Les Tolonaqucs, leur dualisme ethnique. ■ — ■ Crânes du Cerro Montoso. — J’ai déjà fait observer que, suivant le témoignage de plusieurs voyageurs modernes, les habitants de certains villages où se parle encore la langue totonaque offrent des caractères morphologiques qui les rapprochent bien plus des peuples primitifs étudiés plus haut que de toute autre population mexicaine.
Les deux crânes exhumés par M. Hermann Strebel des anciens tombeaux du Cerro Montoso, près de Jalapa®, et que j’ai eu l’occasion d’étudier au Muséum fur Volkerkunde de Berlin, ressemblent à de vrais crânes d’Otomites. Ils sont très brachycéphales; le premier mesure i6ù millimètres de long et 1/19 de large’’, et a par conséquent
pour indice céphalique 90.86; le second a pour diamètre antéro-postérieur maximum 161 millimètres et pour diamètre transverse 1 5 o, par suite son indice s’élève à 98.16. Le développement en hauteur étant représenté par des diamètres basilo-bregmatiques de 1 28 millimètres pour l’un, de 126 pour l’autre, les indices correspondants égalent qS.oh et 86.90 d’une part et de l’autre 78.26 et 88.99.
Les faces sont moins identiques, quoique les indices nasaux soient exactement les
‘ Sahagun, Irai, cit., p. 670.
® Ibid., p. haS.
’ Ibid., p. G70.
M. de la Mola Padilla, Histona de la Conquista de h provincia de Nueva Galkia, escrita en iqbfi, publicada por la Soc. mexic. de Geogrûlia, MGxico, 1870, in-/i°, p. 1.
* E.-T. Hamy, Mutilaliom dentaires des lliiaxi'cquos mo-
dernes {Bull. Soc. d’anthrop. de Paris, 3 ” série, t. VI, p. 6 /i 4 et 645 , i 883 ).
' II. Strebel, Alt Mexico. Archœologische Beitrâge iur Kulturgescliichte seincr Bcwolmer, Hamburg, i 885 , in -4 , s. 49 U. 62.
’ Krause, Berichl über zwei Scbâdel ans Totonacapan (Strebel, op. cil., s. 101-106, taf. VIIl).