LES TOLTÈQUES
Sommaire. — Les Toltècjiies, leur origine et leurs migrations. — Momies des Casas Grandes de Chiliualiua. — Ne'cropole de Durango. — Statues et bas-reliefs de Téotiliuacan , Tula, Xocliicalco. — Crânes de Tuyahuaico et de Chalco.
Origine el migration des Toltèques. — Iztac Mixcoatl eut, selon Mendiela, de Chiinalman^ sa seconde épouse un fds Quetzalcoatl, le serpent emplumé. Cet enfant issu d’un deuxième mariage, plus jeune parconséquent que ses frères consanguins, représente, dans la vieille légende de l’Analiuac, un nouveau peuple superposé à ceux qui descendaient des fils du premier lit du père commun des peuples du Mexique. Il est nettement distingué de ses aînés par son origine maternelle, mais sort, comme eux, des régions septentrionales que symbolise Iztac Mixcoatl, la blanche couleuvre nébuleuse.
Qtietzalcoatl, c’est la personnification du peuple toltèque, l’inventeur supposé des sciences et des arts qui vont en illustrer le iiom^ Il n’apparaît cependant qu’assez tard dans la légende toltèque. S’il faut en croire IxtlilxochitP, les Toltèques auraient en effet existé en corps de nation à une date bien antérieure à l’ère chrétienne'*. Leur histoire positive ne commence toutefois que vers le v** siècle de notre ère et leur marche vers le sud coïncide de la manière la plus frappante avec les grands mouvements des peuples qui signalent dans l’ancien monde cette période vraiment extraordinaire de l’histoire de l’humanité.
* Chhnal «boucliers; chmalman (tsur le bouclier».
^ frC’est lui qui surgil un jour myslérieusemeut, entouré de quelques compagnons, au milieu de populations encore barbares et leur impose l’idée monolliéisle, qui lait le fond de sa doctrine; la suppression des sacrilice.s liuniains, qui en est la manifestation extérieure la plus importante; le célibat dc.s prêtres; uii monacliisnie qui rappelle étroitement celui des bouddhistes , etc. C est lui qui apporte à ses néophytes la culture du mais, l’art du constructeur, la fonte des métaux, le tissage de certaines étoffes, le travail des pierres dures, des plumes», etc. (E.-T. Ilamy,
Les Toltèques, Paris, i88a, br. in-8°, extr. du Bull, de l’Assoc. scient, de France, 1882 , n° 1 18.)
Cet annaliste écrivait, il ne Luit point l’oublier, au commencement du xvn' siècle; mais il possédait des documents presque tous disparus aujourd’hui et provenant pour une certaine part des rois de Tezcuco , ses ancêtres.
'' Cf. Ilisloire des Cldchimèqucs ou des anciens rois de Tezcuco, par don Fernando d’Alva Ixllilxochitl, trad. sur le manuscrit espagnol (Ternaux-Gompans, Voyages, Relations et Mémoires jmur servir à Tlnstoire de la découverte de l’ Amérique). Vm'u, 1 84o , in-8°, p. 10.
Sous l’empire de causes générales qui sonl demeurées en grande partie inconnues et dont la rencontre et le choc des Goths et des Huns furent l’un des premiers effets , les Barbares se jettent sur l’Europe et anéantissent en quelques années la civilisation de l’Occident. Pendant ce temps, à l’autre extrémité du vieux monde, des évènements de même ordre refoulent d’autres flots de barbares qui se précipitent vers le nord-est en chassant devant eux d’autres barbares encore, autrefois établis dans ces
parages.
C’est alors que les Eskimos se mettent en mouvement vers l’Amérique pour parvenir quelques siècles plus tard au Groenland, extrémité orientale de leur habitat circompolaire. C’est alors aussi que se prononce le mouvement vers le Mexique et l’Amérique centrale des [)euples de types divers que l’on désigne sous le vocable commun de Tol- Irques.
On les voit abandonner, sous la direction de Clalcatzin et de six autres chefs \ une région de Huehuellapallan , à peu près indéterminable sur la carte et gagner, après un siècle environ de voyages^ et par une série d’étapes dont quelques-unes seulement nous sont connues^', Tollantzinco et enfin Tollan, dont le nom se rattache intimement à celui qui leur est resté dans l’histoire Toliecas, TuUecas signifiant primitivement gens de Tollan ou de Tula, Ce n’est que plus tard que ce nom, détourné do sa signification géographique, est devenu, pour tous les peuples qui ont reçu la civilisation des mains des Toltèques, le synonyme de bâtisseurs, (Y architectes, à^arlisles, tant ces Toltèques ont en effet laissé, sur le sol de l’Amérique, de monuments vraiment extraordinaires.
Comme toutes les migrations de même nature, la migration Toltèque amenait sur les hauts plateaux mexicains des tribus d’origines diverses, mais ayant en commun un certain nombre de traits, dont le plus remarquable est l’usage, déjà signalé dans le précédent chapitre, d’aplatir, suivant un certain type, la tête des enfants
‘ Les autres chefs de la migration toltèque sont Tlacaniichtzin, Ehecatl, Coliuatzon, Mazacohuatl, Tlapalluiitz et Huitz. (Cf. Orozeo y Beira, Ilist. anliff. y de la conqvista de Mexico, t. lit, p. a3.)
■ Ixtlilxocliitl, éd. cil., [>. lo et ii.
^ Ils seraient partis de Iluohuetlapallan en 544 de notre ère et arrivés à Tollantzinco en 645. (Cf. Orozeo y Berra, op. cit., t. III, p. 23, etc.)
' Ces étapes sont Tlapallantzinco, Ilucyxallan, Jalisco, Chimalliuacan- Atenco, Toxpan, Quiahuitlan-Anahuac, Zacallan, Totzapan, Tepctla, Matzatepec, Ziuhcohuatl, Iztachuczucha, et enfin Tollantzinco et Tollan ou Tula. (Ixllilxoehitl, cd. cit., p. ii et 12.) C’étaient autant de colonies qu’ils laissaient sur leur route. De Jalisco à Tula , l’itinéraire suivi est généralement d’ouesf en est, et c’est ce qui explique que quelques pages plus loin (p. 27) Ixtlilxocliitl nous dise qu’ils venaient du couchant.
° Sahagun dit qu’ils vécurent un grand nombre d’années dans la ville de Tullantzinco, rr ainsi qu’en rendent témoignage un grand nombre d'antiquités et, entre autres, un temple appelé en mexicain Tlapalcalli, qui dure encoi'e et qui a résisté au temps , parce qu’il a été bâti avec du roc et des pierres. De là, ils furent s’établir sur les bords d’une rivière près de la ville de Xocotitlun, qu’on appelle aujourd’hui Tullan ou Tula. On peut assurer qu’ils y vécurent longtemps réunis en voyant les nombreux travaux qu’ils y tirent,)) etc. {Trad. cit., p. 655 et 656.) La fondation de Tollantzinco date de 645 de notre ère, celle de Tula de 661.
® Les seuls caractères ethniques que signalent les chroniqueurs , quand ils parlent des Toltèques , se rapportent à leur taille et ’a leur vigueur, grâce auxquelles ils avaient acquis une aptitude toute particulière à la course : Les decian tlancuaccmillmiqve , que corrian an dia entero sin descanso.
Les louilles de M. Charnay a Tula et à Te'otihuacan n’ont malheureusement fourni presque aucun document anthropologique *. Les ruines de Huexutla (Hidalgo), de Zacatlan (Puebla), de Quiahuitlan (Vera-Cruz), de Tochpan ou Tuxpan (Michoacan), de Jalisco (Jalisco), les seules stations toltèques qu’on ait pu identilier, n’ont été jusqu’à présent l’ohjet d’aucune recherche sérieuse. Enfin, on ne sait presque rien de positif sur les nécropoles antiques qui jalonnent dans le Nord ^ la seule route qu’aient pu prendre les immigrants toltèques entre la Sierra Madré ^ et le Bolson de Mapimi pour gagner par Durango le littoral de Jalisco.
Momies de Casas Grandes de C/iihuahua. — M. Guillemin-Tarayre a bien donné la description rapide d’anciens tombeaux ouverts par MM. Müller, Roger-Dubos et Yrrigoyen aux abords des célèbres Casas Grandes de Cbihuahua^, mais il n’a pu se procurer
aucune des momies accroupies rencontrées
' Le seul crâne trouvé â Tiila est le crâne d’Olomite dont il a éld question plus haut (p. 34). .M. Charnay a envoyé' de Tdolihuacan une caisse d'ossements liuraains, presque tous brisés , les uns d’aspect très ancien , les autres tout modernes, exhumés de ses fouilles et provenant des remblais qui avaient recouvert les ruines qu'il venait de mettre au jour. Il y avait dans cet envoi, entre autres |)ièces : une clavicule brisée de très gfi-atide taille; deux humérus incomplets, remarquables à la fois par leur gracilité et leur longueur; un tibia volumineux, quelque peu aplati eu travers ; cinq fragments de maxillaires iid'érieurs, tous remarquables par la saillie plus ou moins forte de l’angle mandibulaire , transformé en un véritable talon; un débris d’une face à la fois basse et large; un frontal entier fort dilaté en largeur (front, min., io4 millimètres; front, niax. , 126) et d'un prolil régulier, mais relativement court (courbe frontale tôt., 191 millimètres); une face entière, tout h la fois plus étroite et bien plus élevée et semblant avoir appartenu à une tète acrocéphale par déformation postérieure. Le nez n’a que 48 millimètres de hauteur pour 97 de largeur et les orbites mesurent 36 millimètres de large pour 4o de haut. La collection de Téotihuacan comprenait encore un crâne mutilé de la base , mais presque complet de la voâte, avec sa mandibule. Ce crâne est de forme normale, brachycéphale à 84.09 (*!•
17C millimètres; d. tr. niax., i48) avec un méplat pariéto-occipital très prononcé et des bosses pariétales très saillantes. La face est large (d. bizyg., i4o millimètres), mais relativement haute (haut, fac., io4 millimètres); le nez est long et mince (haut. lot. , 55 millimètres, larg., 95) et les orbites sont presque carrés (haut., 87 millimètres, larg., 3i). Le prognathisme sous-alvéolaire est très sensible, et la mandibule puissante, rentrée de dedans, en ar-
ZOOLOGIE Dü MEVIQÜE. 1 " PARTIE.
dans ces sépultures.
rière, se termine en avant par un menton massif et arrondi (d. bigon., 94 millimètres; angulo-symph., 86; branche mont. ; haut., 6i, larg., 38; haut., 2' mol., 82; épaiss. , 17; haut, symph., 36; épaiss., 16).
Il est absolument impossible, étant donnés les mélanges qu’atteste la série d’ossements des fouilles de M. Cbarnay, de se faire une idée quelconcpie de fâge bistorique des sujets qu’il a ainsi très incomplètement exhumés.
* Nous admettons en effet, avec Orozeo y Berra, qui a très sérieusement étudié la question (t. III, p. 95, etc.), ([Lie les arguments invoqués par Brasseur et quelques autres pour faire venir les Toltèques des régions méridionales n’ont pas assez de poids pour l’emporter sur le sentiment commun des écrivains indigènes et castillans qui ont puisé au xvi" siècle aux sources des traditions nationales : Es el comun sentir de les esentores indiffenos, de los castellanos que leyeron las untiguas piiiluras ij bihieron en las Iradicioncs imcinnales.
“ (T Le développement rectiligne de la Sierra Madré, dit très justement M. Guillemin-Tarayre, a certainement guidé toutes les migrations venant du nord. C’est toujours dans les vallées qui s’étendent parallèlement à la chaîne que Ton rencontre les établissements anciens.)!. . . Et un peu plus loin il ajoute que » l’intérieur de la Siei-ra ne contient pas de luines anciennes)). (Guillemin-Tarayre, Riipp. cil. \Arch. delà Commiss, scient, du Mexique, t. III . p. 355].)
’ ((Les tombeaux, dit M. Guillemin-Tarayre, offrent la forme de caves en maçonnerie sèche; la section horizontale est une ellipse La dépouille, enveloppée d’une
étoffe tissée des fibres seirées d’un végétal qui rappelle Tagavé, est accroupie, comme l’indique la figure,)) (/ifd., p. 349.)
IMPRIMEIUB NATfOX.il.B.
îlâ
Nous sommes heureusement mieux renseignés sur la grande nécropole découverte à Diirango à peu près vers la même époque et dont’quelques crânes fort curieux sont parvenus entre nos mains.
Crânes de la ne'cropole de Durango. — C’est à M. Ernm. Domenech que nous en devons la connaissance; il était arrivé à Durango au cours du voyage d’exploration dont nous avons fréquemment mentionné les résultats dans les pages qui précèdent, et l’on venait justement de fouiller aux abords de la ville un certain nombre de tombeaux fort analogues à ceux de Chihuahua. Les sujets y étaient ensevelis, comme aux Casas Grandes, dans une attitude accroupie, les jambes ramenées contre la poitrine et le menton appuyé sur les genoux; autour des corps, on trouvait des poteries brisées, des flèches en jaspe et des haches polies à gorge
Trois têtes seulement ont pu être sauvées par M. Domenech et par lui rapportées au Muséum de Paris. Ce sont deux têtes d’hommes assez bien conservées et une voûte incomplète de crâne de femme (pl. X).
Le premier crâne (coll. Domenech, n® 1 1, cat. Muséum, n° Û960) ne diffère, dans sa morphologie crânienne, du type déformé n° 2 du Cerro de las Palmas (pl.VIII, fig. 1 à 5) que par un plus grand aplatissement de la région frontale au niveau des bosses^, le sillon post-coronal plus marqué et la dépression occipitale plus sensible. La face, plus massive, est un peu plus courte (haut, face, 9 3 millimètres) et beaucoup plus large (diam. bizygomatique, t/i5 millimètres, bimaxill. minim., 72). La racine du nez est épaisse (interorbit. , 29 millimètres), le squelette nasal est large (29 millimètres) pour sa hauteur (52 millimètres) et l’indice que donnent ses deux dimensions dépasse 55. La projection alvéolaire fait descendre à 5û degrés l’angle facial correspondant^. La mandibule est à la fois plus élargie des angles, plus haute de branche montante et plus basse de symphyse'*.
Le deuxième crâne de la vieille nécropole de Durango (coll. Domenech, n“ i3, cat. Muséum, n° Û9Û2), déformé dans le même sens que le premier, est toutefois moins refoulé en arrière et a bien moins de dépression frontale et de sillon post-coronal; mais le dernier tiers de la suture sagittale est profondément encavé, et la pièce, vue d’en haut, tend à prendre le contour cordiforme qui caractérise la plupart des vieux crânes de File de Sacrificios. L’ossature de la face est moins lourde et la mâchoire supérieure notablement moins massive ^
‘ Plusieurs de ces haches sont au Musde d’ethnographie du Trocadéro.
^ Cette pièce esl, à ce point de vue, l’intermédiaire entre le type n° 9 du Cerro de las Palmas et le type n" 1 de Sacridcios , dont nous l’avons rapproche'e sur notre planche.
^ Voir le tableau ci-après.
'■ Pi incipales mesures de la mandibule du crâne n° âgâo : D. biangul. , 87 millimètres; angulo-symphys. , 87; haut, branche montante, 47; haut, symphyse, 39.
^ J’ignore si le crâne masculin n° 978 de YArmy medical Muséum vient de la même fouille que les noires. Il est