CRÂNES DE DÜRANGO, DE SANTA-MARIA (RIO GRANDE) ET DE CHALCO
La voûte du crâne fe'minin (coll. Domenech, n“ 3â, cat. Muséum, ii“ âg63) est très mutilée et permet seulement de reconnaître, chez le sujet auquel elle a appartenu, un peu moins d’aplatissement d’avant en arrière, plus d’ampliation occipitale et moins de développement frontal que n’en présentent les têtes masculines de la même provenance.
Staluellos et bas-reliefs de Téotihuacan, Tula, Xochicalco. — Nous avons dit que la région où les Toltèques ont établi et maintenu pendant quatre siècles et demi leur domination continue n’avait pas donné, jusqu’ici, de restes humains qui pussent être étudiés par les anthropologistes. Cela tient presque exclusivement à l’usage de la crémation, qui s’était généralisé dans la nation après son établissement d<fimtif en Anahuac.
Les tombes toltèques sont des caissons de basalte, de lave, d’albâtre, etc., plus ou moins volumineux, plus ou moins ornementés, et dans lesquels on ne trouve que des cendres.
Mais, à défaut de squelettes, on rencontre en plus ou moins grand nombre dans les ruines des cités toltèques, Tula, Téotihuacan, Xochicalco , des représentations humaines en pierre ou en terre cuite assez soignées dans leur exécution pour pouvoir servir à fixer, dans une certaine mesure, les caractères morphologiques du peuple qui les confectionna jadis.
Hâtons-nous de faire remarquer que leur étude confirme en tous points les résultats de l’examen des crânes de Durango que nous avons décrits plus haut. Elles nous montrent en effet des masques en terre cuite ou têtes de statuettes funéraires assez élargis par l’aplatissement factice pour former un triangle isocèle à base supérieure qui peut suffisamment se dilater pour égaler les deux autres côtés * ; ou bien ce sont des sculptures de profil dont le front fuit presque à la façon de celles des bas-reliefs palenquéensL Dans les deux catégories de monuments, le nez est droit et gros, les yeux sont de moyenne largeur, taillés en amande et encadrés de paupières souvent un peu épaisses. La bouche est plutôt forte, cernée de lèvres charnues, et le menton, plus ou moins arrondi, est quelquefois un peu en retrait. L’ensemble de la face est triangulaire ou subtriangulaire, avec un front plus large que les pommettes, relativement efPacees. L’expression, douce et triste, contraste étonnamment avec celle des têtes riantes et cruelles de l’Estanzuela dont nous parlions au précédent chapitre
éliquelé : Durango Cave (M. Ten Kate). Voici les mesures principales que lui attribue M. Otis (p. 9®)' ttap- cran., i4oo centimètres cubes; d. a.-p., i8i millimètres; d. Ir. inax., )35 miUimètres; ind. cèpb., 7^.58; d. bas.-bregin. (c’est un maximum), 1 4o millimètres; cire, horiz. , 5oa millimètres; d. bizygomat., i33 millimètres.
* M™* Zélia Nuttall a consacré à ces tètes de Téotihuacan une monographie intéressante (Z. Nuttall, The TerracoUa
Heads of Téotihuacan [^American Jouriml of Archmologu, vol. II, 1 886], Baltimore, 1 886, br. in-8“, avecpl. et lig.), et dont M. le D'' S. Hansen a rendu compte dans la Revue d’ethnographie de 1887 (t. VI, p. 9^7). Cf- Musée d’ethnogr., coll. Pinart et Clianiay.
’ Cf'. A. Peüafiel , Moimmcntos del arte mexteano antiquo , ch. VIH et pl. CLX.XX 'a GCVI, Berlin, 1890, in-P.
® Voir plus haut, p. 9 A.
il7
Crânes de Tuyalimlco\ — Le Musée national de Mexico possédait, depuis 1868, un crâne de Tuyahualco fort analogue à ceux de Durango, tpn avait été exhumé par une commission archéologique envoyée dans cette localité par le Ministre de l’instruction publique^. M. Batres^ vient d’en publier un autre de la même nécropole, qui paraît devoir remonter aux premiers temps de Félablissemenl des Tollèques^ et qui, comme ceux de Durango, rappelle de très près notre type n° 9 du Cerro de las Palmas.
Ce crâne, très caractéristique, figuré sur la dixième planche du rapport de M. Batres. a été rencontré dans une fouille exécutée eu i884. Suivant MM. Mendoza et Sanchez, on a trouvé une cinquantaine d’autres têtes pareilles dans la même nécropole de Tuyahualco, et ces deux ethnologues concluent logiquement de cette circonstance «qu’il n’est pas possible d’attribuer un tel défaut de conformation k un vice de l’organisation, comme l’ont supposé quelques personnes w, mais qu’il faut l’attribuer à la coutume d’une race qu’ils qualilient de préhistorique, «de pratiquer sur les nouveau-nés la déformation artificielle, telle qu’on la rencontre chez d’autres nations de l’Ancien et du Nouveau Monde
Crâne de Chalco. — Après l’elfondrement de la puissance toltèque, vers le milieu du xf siècle de notre ère, quelques débris de la nation ® se maintinrent dans un certain nombre de localités de l’Anahuac et des régions voisines*^. Chalco, en particulier, recueillit les fugitifs^. Ils y constituèrent une petite principauté qui était déjà florissante au moment où les Chichimèques arrivèrent à leur tour dans le pays**.
Ces Néo-Toltèqiies avalent conservé l’usage des déformations crâniennes que leur
‘ U s’agil bien encore de la même localit(! que nous avons sign.alée à l’occasion d’anciennes fouilles de M. l’abbe' Fischer (p. 98 cl 3i); niais ce n’est pas la même nécropole ipii a fourni les pièces dont il va être question.
^ G. Mendoza y J. Sanchez, Calâtogo de las colecciones histôrica y arqueolô/jica del Museo naciomtl de Mexico, Mexico, 1882, in-16, p. 57. — Nous avons reçu de M. .1. M. Vclasco, par l’enlremise de M. Dugès, un dessin de cette pièce, on l’on observe nettement, outre la déformation déjà décrite, la torsion dn col dn maxillaire inférieur, signalée aussi plus liant.
L. Batres, Informe que rende el fuspector y Conservador de los moHumenlos arqueologicos de la Repùblica, de los trahnjos elevados à cabo desde et g de oclubre de 1 88ô al 3 O de abril del présente ano [Memoria que. . . présente al V.ongresso. .. et C. Licenciado Jonquvi Barranda), Mexico, 1887, 1 vol. in-8°, p. 391-393 et pl.).
' Nous avons déjà dit qu’au temps de leur splendeur les Tollèques bridaient leurs morts et ne tes enterraient point. D’autre part, les Chichimèques et les Aztèques, aux-
quels on pourrait être tenté de nqiporter cette nécropole, en la rajeunissant, ne déformaient pas les crânes de leurs nouveau-nés.
“ ffSans compter ceux qui se réfugièrent dans des provinces éloignées, dit Ixtlilxochitl , il ne restait plus dans le pays que mille six cent douze Toltèques de tout âge et de toutsexe.5) (Ixtlilxochitl, Histoire des Cbichinièques , trad. cil., 1. 1, p. aâ.)
“ «Quand leurs ennemis se furent retirés, ils se divisèi'enl en cinq bandes, dont quatre se dirigèrent vers les quatre points cardinaux; la cinquième, qui se composait de quatre cents et quelques personnes , resta dans le pays, r (Ixtlilxochitl, trad. eit., l. I, p. 9/1.)
’ «Le peu de Tollèques qui survécurent, dit encore Ixllilxochitl, se réfugièrent dans les montagnes les plus escarpées, dans les forêts et dans les marécages qui avoisinent le lac de Culhuacan. (Ibid.) C’est dans cette dernière région qu’ils relevèrent leur pouvoir sous Xuihtemoc. Cf. II. H. Bancroft, op. cit., vol. V, p. 999, etc.
“ Ixtlilxochitl, trad. cit., p. 89, etc.
avaient lég'ué leurs pères, tout en l’atténuant quelque peu, sans cloute sous l’influence (le croisements répétés avec les Chichimèques ’, qui n’admettaient point cette pratique.
Le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède un crâne ancien (pl. IX, fig. i à 5) trouvé dans une fouille praticjuée en 1867 à Chalco, Etat de Mexico. Le sujet était inhumé sous un tumnlus, dans une caisse en pierre dure ornée d’hiéroglyphes; il était accompagné d’un beau iecpall en obsidienne linement taillé, qui est conservé au Musée d’ethnographie du Trocadéro.
Les diamètres et les indices crâniens de ce vieux crâne de Chalco sont presque les mêmes que ceux des deux hommes de l’ancien cimetière de Durango. Ce crâne est seulement un peu plus développé en tous sens, et sa déformation, un peu oblique seulement d’avant en arrière et de droite à gauche, refoule à peine légèrement l’axe transversal de la tête; si bien que les deux plans de déformation restent l’un et l’autre presque exactement verticaux (pl. IX, fig. 1). Le prognathisme est naturellement moindre et la projection postérieure est beaucoup réduite. Les rapports généraux de la face restent d’ailleurs les mêmes; l’indice orbitaire et l’indice nasal augmentent cependant tous deux de 2 à 3 centièmes.
SoMHAiBE. — Dispersion des Toltèques, traces que l’on en peut suivre en diverses directions. — Crâne du Rio Grande. — Nécropole de Vicksburg. — Crânes de Natchez, etc. — Anciens crânes de Milia et de Ueisacatlan.
Dispersion des Toltèqnes. ■ — L’une des bandes qui s’étaient dispersées après la chute de l’empire toltèque^ avait, disent les traditions, traversé le Michoacan et gagné, sous les ordres de Huetzin, les confins de la province de Jalisco^. Serait-ce à ces émigrés que se rattacheraient les Indiens de l’Ouest, du Sinaloa en particulier, c[ui ont conservé jusqu’aujourd’hui l’habitude de se déformer le crâne de la même façon que les Toltèques des premiers âges?
Crâne du Rio Grande. — Notre planche XIII représente, sous cinq aspects dilférents, un de ces crânes déformés du Sinaloa, recueilli dans l’église du village indien de Santa-Maria, sur le Rio Grande, par M. Gabriel .lacob, alors aide-major au 62® régiment de ligne, et présenté au nom de cet officier à la Commission scientifique du
‘ txllilxochitl, trad. cit., p. 89, eto.
C’est en tout cas celle des bandes mentionnées plus haut qui a gagné l’ouest.
* Ixtlilxochill, ibid., p. 71. — Cette tradition, qui a manifestement pnur but de raftacber la raigrîition aztèque
du Jalisco aux anciens Toltèques et de créer ainsi une sorte de noblesse aux derniers venus d’entre les immigrants en Anabuac, cette tradition, disons-nous, est historiquement sans valeur, et nous ne la rapportons ici qu’à titre de renseignement.
Mexique par M. le baron Larrey (cat. Mus,, n° 9082). Ce crâne, tout moderne et fort bien conservé, ne diffère par aucun caractère de quelque importance des crânes cunéiformes que nous avons décrits un peu plus haut; il en exagère même la plastique spéciale, L’aplatissement d’avant en arrière et la dilatation transverse sont si accusés, que le diamètre transverse l’emporte de 2 centimètres sur l’antéro-postérieur et que, par suite, l’indice céphalique atteintle chiffre de ii3.A2. Très élargi du haut, le crâne se rétrécit rapidement et les mesures transverses de la face tombent au-dessous des mesures moyennes des crânes de Durango.
Nous donnons les mensurations détaillées du crâne déformé de Santa-Maria du Rio Grande dans la colonne 3 du tableau précédent (p. 1 1 5). On pourra, en les comparant à celles des pièces de Durango et de Chalco, apprécier les particularités qui lui sont propres et se rendre un compte détaillé des ressemblances qu’il offre avec ses similaires.
En poursuivant plus au nord encore nos investigations, nous arriverions aux territoires de la Colombia, qui nourrissent encore aujourd’hui de nombreuses tribus remarquables par des mutilations crâniennes analogues à celles de Durango, etc.; mais ce serait nous écarter trop de notre centre de descriptions que d’entrer dans le détail des nombreux faits que nous avons recueillis sur la matière au Muséum de Paris. 11 nous suffira d’appeler ici l’attention d’une manière très générale sur ces analogies morphologiques.
Crânes de Nalchez. — Ce n’est pas seulement dans le nord-ouest que l’on constate l’usage persistant des déformations crâniennes dont la pièce de Santa-Maria vient de nous fournir un si remarquable spécimen. On le retrouve encore en différents jioints (le la basse vallée du Mississipi, et l’on est en droit de se demander, étant données les traditions locales, si ce n’est point à une autre des bandes émigrées du Mexique, après la chiite de l’empire toltèque, que ces déformations doivent leur origine.
Les Natchez, dit Nuttall, ont le souvenir très net de leur migration de la côte du golfe du Mexique au Mississipi à deux époques distinctes'. Or Morton a publié sous ce nom de Natchez, dans les planches XX et XXI des Crania amencana’^, un crâne qui rappelle, en les exagérant, les particularités du crâne de Chalco.
Il est fâcheux que les dessins de W. Byrd Powell, reproduits par Morton, aient été exécutés sans précision , et que les attitudes données à la pièce aient été choisies pour mettre uniquement en évidence certains caractères jp/tréno/og-i^rMcs. Morton n’a d’ailleurs
' Th. Nuttall, k Journal ofTravels iiilo ihe Arkansa Terr. during lhe year iSiQ, vt'ilh occasional Observ. on the Manners qf lhe Aboiigiiies , Philadelphia, iSat, iii-8°, p. 97a.
^ Ces deux figures sont reproduites réduiles au quart dans notre planche XIII (fig. 6 à 8). — Cf. Morton, Crama amerlcaiia, p. lüo et pl. XX, XXL
fourni aucune mesure, et tout ce que l’on peut assurer, c’est que l’ensemLle rappelle bien le type dont nous achevons ici l’e'tude.
Nécropole de Vickshurg. — Les tumulus méthodiquement fouillés en si grand nombre par MM.E, Swift, etc. sur les deux rives du Mississipi, à la hauteur de Vickshurg, dans l’ancien territoire des Natchez, appartiennent à des périodes différentes ou ont été utilisés à diverses reprises par des tribus de types extrêmement variés. Les restes humains qu’on y a rencontrés présentent des variations fort étendues, et la collection du Musée de l’armée de Washington^ juxtapose dans ses vitrines des têtes de cette provenance dont l’indice varie de à 116.78 et parcourt par conséquent presque tous les
degrés de l’échelle craniométrique.
Une bonne partie de ces pièces doivent l’exagéra lion de leur brachycéphalie à un aplatissement artificiel d’avant en arrière^, et nous avons déjà vu qu’il est quelquesuns de ces crânes déformés qui rentrent dans le type général des Mound-Biiilders et du Sciolo-Mound en particulier.
Mais il en est aussi dont l’ancienneté relative n’est pas bien déterminée et qui reproduisent exactement les formes anormales dont il vient d’être question^. Otis a offert au Muséum de Paris une des têtes ainsi exhumées à Vickshurg; elle est fort mutilée, mais très intéressante; 011 en trouvera la norma verlicalls dans la planche XI de notre atlas (fig. 8).
L’aplatissement antéro-postérieur a réduit à 1/17 millimètres le diamètre antéropostérieur, qui tombe en arrière à peu près au milieu de la suture sagittale; par contre, le diamètre (ransverse s’est développé jusqu’à atteindre t68 millimètres, et l’indice céphalique s’élève à 11 à. 28, dépassant quelque peu celui de la tête du Sinaloa. Le front, large en haut (d. front, max. , 120 millimètres), se rétrécit considérablement en bas (front, min., 91), puis s’élargit de nouveau (d. biorb. externe, io5) pour s’épanouir en un visage relativement dilaté. Nous ne savons malheureusement rien des dimensions de cette tête en hauteur; tout porte à croire cependant qu’elles étaient sensiblement au-dessous des deux autres dimensions et offraient, par suite, des rapports analogues à ceux que nous avons calculés à la colonne 3 du précédent tableau'*.
Autres crânes de la basse vallée du Mississipi. — Morton® n’a rien dit de précis des autres crânes déformés, analogues à ceux des Natchez, dont la découverte lui a été
‘ Cf. George A. Otis, Clieck List of Préparations and Oljects in lhe section of II aman Analomy of the United States Army Muséum, Washington, 1876, in-8°, p. ai-aS.
Otis relève cette déformation, en termes vagues {Jlattencd posteriorly) , sur onze des crânes de la collection Swift. Les indices de ces onze crânes s’échelonnent de 97. à 1 08.1 o.
^ M. J. Jones a recueilli des crânes ainsi déformés sous les mounds de la rivière Cumberland, dans le Tennessee. (Cf. J. Jones, Explorations of the aboriginal Remaim of Tennessee [Smithson. Contrib. to Knowledge, n° 269 , Washington, 1876, in-A", p. 110].)
‘ Voir plus haut, p. 1 15.
^ Morton, Crania atnericana , p. 161.
signalée clans les mêmes parages; il ne donne pas plus de détails sur une tête tirée d’un mound de TAlabama et cpii lui paraît appartenir au même type, et il se borne à grouper quelques textes qui tendent à démontrer que les Clioctaws ^ et les Waxsaws pratiquaient sur la tête de leurs enfants les mêmes manœuvres que les Natchez.
Il ajoute, en terminant, que les Katawbas et les Attapakas avaient le même usage ‘A Cette dernière assertion n’est pas exacte : le Muséum de Paris possède en effet un crâne ancien d’Attapaka très normalement conformé.
Les Chetimaches, qui étaient une branche des Natchez, suivant Le Page du Pratz^, ne s’aplatissaient point non plus le crâne, et Morton, s’appuyant d’ailleurs sur Gallatin, en conclut que les affinités entre les deux nations étaient seulement d’ordre social.
En résumé, la déformation cunéiforme, répandue autrefois dans une notable partie de la Louisiane^ et en particulier chez les Natchez®, ajoute un argument à ceux que l’ethnographie a depuis longtemps fournis à l’appui de l’origine méridionale de ces peuples, émigrés vraisemblablement du Mexique cà une époque ancienne et lentement parvenus jusque dans les territoires où ils se sont éteints au commencement du siècle®.
‘ Le Mus(!um de Paris possède deux crânes de Choclaivs. Un seul est déformé, d’une façon d’ailleurs toute dilïérente de celle qui altère les formes crâniennes des Natchez. La défoi'malioo porte exclusivement en arrière et un peu à droite, déterminant un très large aplatissement oblique qui refoule en Ijas et en arrière la protubérance occipitale devenue relativement très pointue et détermine , sur toute la moitié postérieure des pai'iétaux et l’écaille occipitale supérieure, un large méplat quadrangulaire de 1 9 centimètres de large et i3 de haut.
■ Morton, Crauia umen'cuna, p. lôr et 162.
Le Page du Pratz, Histoire de la Louisiane, Paris, 1758, in-19, t. Il, p. 93o. — Cf. Morton, op. cit., p. 16a et pl. XIX.
* En parlant des Chal-Kas, appelés T êtes- Plaies , Le Page du Pratz écrit : eJe ne sais trop pourquoi on leur a donné ce nom plutôt qu’aux autres, puisque tous les peuples delà Louisiane l’ont aussi plate ou peu s’en lautn (Le Page du Pratz, op. cil., t. II, p. 217), et il ajoute qu'il n’est naturel h aucune nation d’avoir la lêle plate : Cf cette forme de leur lête provient de la manière de les attacher dans le berceau.»
Bartram a donné d’intéressants détails sur les procédés que les Choctaw's mettent en usage pour déformer ainsi la tête des enfants, procédés qui doivent se rapprocher de ceux qu’appliipinient les anciens habitants du Mexique, Huaxtèques, Toltèques, etc. p Aussitôt que l’enfant est né, dit ce voyageur, la nourrice le reçoit dans un berceau de bois ci'eusé à cet elfel, où elle le place sur le dos, la tête prise dans la partie supérieure du berceau,
ZOOLOGIE BU MEVIQUE. — l" l'AlïTIE.
qui a la forme d’un moule à brique. Le nouveau-né est assujetti dans cette machine portative. Sur son front pèse un sac rempli de sable, et, parle moyen de cette compnssion douce et continuelle, la tête prend la forme d'une brique, depuis les tempes jusqu’en haut, ce qui leur donne un front élevé dont le derrière offre une coiqie oblique.» (W. Bartram, Voyage dans les parties Sud de l’Amérifiue septentrionale , trad. fr. de B.-V. Benoist, Paris, an IX, in-S", t. II, p. 4i6.) — Cf. Lalitau, Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps, Paris, 1794, in-4°, t. I, p. SqS. — J. Adair, The llislonj of lhe American ïndians, parlicularly tliose Nations adjoining to the Mississipi, etc., London, 1775, in-4', p. 9 84. — Etc.
* Voici comment Le Page du Pratz décrit les pratiques des femmes natchez en ce qui concerne femmaillotenient dos enfants ; pQn fait une couche légère de barbe espagnole, sur laquelle ou pose fenfant; la mère lui attache les jambes, les cuisses et les hanches et laisse le ventre et l'estomac libres, les bras et les épaules sont aussi attachés; la tôle est posée sur un petit coussin de peau rempli de barbe espagnole, le(|uel n’excède pas le dessus du berceau, en sorte que la tête est aussi basse que les épaules et tient h ce coussin par des attaches qui sont des bandes de [loau de chevreuil en double sur le front; c’est ce qui leur rend la tête plate. . . » (Le Page du Pratz, op. cil. , Paris, 1758, in-19, t. 11, p. 3io et 3ii,)
' Les derniers Natchez vivaient vers 1829 sur les bords de la rivière Tallipoosee, en Alabama, gouvernés par un chef nommé Coweta. (Th. Nuttall. op. ci/., p. 234 et 282.)
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IMl’mMEr.IE N.A'l lO'.ALK.
Orâne ancien de Milla. — TouIg CGtle histoirG cIgs rnouvGniGiits cIg pouplGS f|ui ont suivi Igs désastrGS cIg TGnipirG toltèquG est plcinG (l’obscuritos et l’on iig pont s’y avancer qu’avec une très grande prudence. Certaines migrations sont indiquées par les annalistes; comment les suivre sans les confondre avec celles qui ont conduit tant d’autres tribus errantes dans la même direction?
La linguistique^ nous interdit, il est vrai, presque toute orientation directe vers les contrées occupées par les peuples mayas-quiebés Mais pouvons-nous rattacher à l’un des courants émanés de Tollan ou de Cholollan tel ou tel document isolé, découvert à Mitla ou à Hueisacatlan, par exemple?
Un crâne de jeune sujet, le seul qu’on ait rapporté de la nécropole de Mitla, est Incomplètement déformé et tend vers le type de ceux que nous venons de faire connaître. Cela sulïit-il pour reproduire ici le peu que nous savons de ses caractères? Mitla, Micllan, la ville sainte où avaient été transportés les rites de Cholollan^ a dû recevoir maintes sépultures des sectateurs de Quetzalcoatl", et par cette origine historique, tout au moins, l’aplatissement crânien méconnu par BertliokP peut être rattaché à la déformation toltèque sur la pièce qu’il a décrite**.
Tout ce que l’auteur allemand nous dit de vraiment utile à noter c’est que la tête (qu’il prend pour une tête d’adulte de aâ ans et qui certainement vient d’un adolescent) est petite, relativement haute et large, proportionnellement courte et étroite du front. Les protubérances pariétales y sont fort accentuées, et un sillon profond que le dessin
' Los Toltèqiies appartenaient à la laniille nalioa, lanclis que les Mayas, etc., forment (nous l'avons vu p. looio5), aveC les Hnaxlèques, la famille hnaxtèqne-maya- (juiché.
- Les Toltèques ne constituent au Vueatau que la troisième couclie etlino, graphique (la première est celle des brachycéphales anciens, la deuxième est la couche maya) et le uombre restreint des termes géojjraphiques h forme nahon que l’on peut relever sur les cartes des deux provinces yucatèques, le peu de mots nahoas introduits dans la langue maya, les symboles très spéciaux qui figurent sur les monuments prouvent que ces immigrants n’ont jamais été que par petites troupes dans le pays et que leur influence civilisatrice, d’ailleurs incontestable, s’y est particulièrement exercée sur un terrain bien limité, le terrain religieux, et en faveur d un culte spécial, celui de Cuculkan-Qnetzalcoatl. (E.-T. Hamy, Bulletin Soc. de gèogr., i88/i, p. 377.)
^ Cf. Doutrelaine, Rapport à Son Ëxc. M. le Ministre de f instruction publique sur les ruines de Mitla [Arch. de la ('.onirniss. scicnlif. du Mexique, t. 111, p. 1 oè-i 1 1 , pl. I-IV, i865).
'* Nous avons déjà signalé dans la Haule-Mixtèque,
d’après M. Lucien Biaii, un élément ethnique spécial rapporté par ce voyageur au peuple toltèque (p. 38).
A. Bei'thold, Ueber einen Schâdel nus den Gràhern der alleu Palàste von Mitla (^Nov. Act. Acad. Cæ.s. Leop. Carol. Nat. Cur. , t. XIX, p. 2, i8èa). — Ce mémoire, relativemeal ancien et bien suranné, a été traduit en espagnol et republié dans le tome 111 des Anales del Museo nacional de Mexico. 11 eût été bon de prévenir les lecteurs qu’ils avaient sous les yeux une notice datant de plus de quarante-quatre ans. (Cf. Descripcion y estudio de un crdnco c.xtraido de las tumbas de uno de los palacios de Mitla [Anales del Masco nacional, t. 111, p. ii5-i2o, 1886].)
“ M. Spengel range également cette pièce parmi celles qu’il distingue comme de Naturliche Form, ce qui donne tout au moins des doutes sur l’exactitude de la planche de lîcrthold. (.l.-W. Spengel, Die von Blumenbach gegriindete anlltropologisclie Saininlung d,er Unioersilàt Gôltingen uufgeuoinmen in Jahre 18 jà [Die Anlhminlogischen Smnmlungeii Deutschlands IL Gôltingen. Braunschweig , 1880, in-è“, S. 06, 67].)
’ Prescpie tous les caractères qu’il expose sont des caractères presque infantiles.
représente, mais dont l’auteur ne parle pas, sépare les pariétaux du frontal. L'indice céphalique déduit de la comparaison des deux diamètres horizontaux mesurés par M. Spengel (d. a.-p., i 6o millimètres; d. tr. max., i 89 millimètres) atteint presque 87 (86.9)'.
Crâne de Ueisacallan. — Une autre pièce, bien plus caractéristique, vient d’une caverne de la vallée de Ghovel, à 3 lieues de Ueisacatlan ou San-Cristobal-de-las-Cases, dans le Chiapas. M. Gosse, qui l’a décrite dans les Bulletins de. la Société d'anthropologie pour t86i prend bien soin de faire observer qu’elle reproduit la déformation de Natcbez et non celle de Sacrificios et c’est ce qui nous autorise à en placer ici la description.
Encroûté d’une stalagmite très dure d’un gris brunâtre, le crâne de Ueisacatlan porle encore, adhérents au pariétal gauche et vers la base, des fragments brisés d’autres os; une vertèbre est notamment fixée au zygonia du meme côté. L’examen anatomique en est donc nécessairement incomplet, et tout ce qu’il est possible de bien constater, c’est que le crâne est fuyant, que le frontal, un peu excavé, se décompose en deux méplats concaves, de chaque coté de la ligne médiane, puis se relève vers le bord supérieur; que les pariétaux, séparés du frontal par un sillon transverse surtout bien accusé au-dessus des arcs temporaux, sont très fortement excavés; enfin, que l’angle lambatique est quelque peu relevé et correspond au plus grand diamètre crânien antéropostérieur.
Les diamètres antéro-postérieur et transverse maximum égalent, l’un 177 millimètres, l’autre i5o, et l’indice céphalique s’élève à 8A.7A. Les diamètres frontal minimum, frontal maximum, biauriculaire et bitemporal atteignent 96, 1 19, 12A et 1A6 millimètres; les courbes frontale et pariétale sont de laA et de lai; la transverse supérieure et l’horizontale antérieure, de 3i/i et de 280.
La face est large et massive; les diamètres interorbitaire, biorbitaire externe, bimaxillaire minimum et bizygomatique s’élèvent à 29 et 11 A, 70 et 187 millimètres. Les dimensions en hauteur sont représentées par 102 millimètres pour la bailleur totale, décomposée en sous-cérébrale du front 3o, nasale 5o et intermaxillaire 2 1 . La
‘ M. Spengel fait observer que la mâchoire supérieure est courte et prognathe, et la voûte palatine arrondie, que les sutures sont simples, que la crête nasale manque, et il termine en a.ssurant que c’est là rrun petit crâne arrondi de type asiatique» {op. ch., p. 66).
^ Gosse père, Présentation d’un crâne déformé de NaJtoa trouvé dans la vallée de Glmel [Mexique) [Bull. Soc. anlkrop. Paris, t. II, p. 567, 1861]. — Voici l’étiqueUe de la pièce rédigée par Brasseur de Bourbourg ; «Tète trouvée en i858 dans une caverne remplie de stalactites, dans les
monts deMixton, à 3 lieues environ de la ville de San- Cristobal (ou Giudad-Real de Cliiapas), à l’extrémité de la vallée de Ghovel, Etat de Chiapas, Confédération mexicaine, au nord-ouest de Guatémala. Elle m’a été donnée pardon Carlos Borduin, docteur en médecine de cette ville, lequel l'avait i-eçue de M™' veuve Croquer propriétaire de ladite caverne. Celte caverne était remplicdecadavres humains empilés les uns sur les autres, et les slalactiles avaient pris en quelque sorte racine par-dessus.» [ILid., p. 569.)
’ Ihid. , ]). .574-.077.
hauteur de la pommette est de 2 5 millimètres et l’orbito-alvéolaire de 44. L’indice nasal est de 54 (larg. nez, 27 millimètres); l’indice orbitaire (haut., 87 millimètres, !arg., 4o) s’élève à <j2.5o.
Ce crâne, si semblable à ceux dont le tableau de la page ii5 renferme les mesures, appartient vraisemblablement à quelqu’une des tribus du Sud que des traditions respectables rattachent à la migration toltèqueU
Il ne saurait, en aucun cas, être considéré comme chiapanèque, puisque le peuple de ce nom est exclusivement localisé dans la ville de San-Cristobal et n’a point fait sentir son action au dehors^. Les Chiapanèques, comme les Wawis de l’isthme de Tehuantépèque, se disent d’ailleurs venus du Sud et originaires des bords du lac de Nicaragua.
' Cf. H. H. Bancroft, op. cit., t. V, p. aag , 387, etc. — Orozco y Berra mentionne parmi les gens du Sud, ainsi rattaches aux Toltèques, les habitants de Gojutepeque, de San-Pedro-Mazagua , de Texistepecjue (Guatemala), qui
parlent encore un dialecte archaïque qu’on rapproche de celui des Toltëques. (Gf. Geogrdjîa, p. 11, etc.)
^ Gf. T. Maler, Mémoire sur l’Etat de Chiapa {Revue i’ethnogr., t. III, p. agS, i884).