CONDITIONS ORGANIQUES DES SENSATIONS
Les conditions organiques de la sensation sont les nerfs, qui se divisent en deux grandes classes, du moins suivant Bichat, ceux de la vie organique, et ceux de la vie animale ou de relation.
Les nerfs de la première espèce sont : l*' l'encéphale; 2° la moelle épinière, 3" et les nerfs proprement dits, qui se ramifient et vont se perdre
dans toutes les parties du corps, pour y porter le sentiment et le mouvement.
L'encéphale se compose du cerveau, du cerv'elet, et de la moelle alongée qui unit l'un à l'autre, en se continuant par le grand trou occipital. On distingue dans le cerveau des circonvolutions et des anfractuosités dont le nombre est très-variable. La faux du cerveau en sépare les lobes en haut; le corps calleux les unit en bas. Les lobes se divisent ensuite en lobules antérieurs, temporaux, et occipitaux.
On distingue la substance du cerveau en grise et en blanche : celle-ci est fibreuse, et non pulpeuse ni médullaire. Il en est autrement de la grise, qui est l'origine des fibres nerveuses; elle recouvre en général la blanche. Le cerveau parait n'être qu'une grande membrane plissée; c'est pourquoi les hydrocéphales peuvent jouir de toutes leurs facultés. Chez eux , le cerveau n'est pas altéré dans sa substance; il n'est que déplissé et rempli d'eau.
Suivant Gall, le cerveau est plutôt un groupe de systèmes nerveux qu'un système unique. M. de Blainville y voit comme la moelle de plusieurs vertèbres qu'il compare aux vertèbres sacrées.
Le crâne se moule sur le cerveau.
Les nerfs sont des cordons de même nature que l'encéphale, et qui sortent du cerveau ou de la moelle épinière; les plexus et les ganglions sont des paquets et des rentlements nerveux.
Les nerfs se divisent en encéphaliques et en spinaux. Tous les nerfs encéphaliques sortent de la
moelle alongée. Le système nerveux, pris en masse, a plutôt, la forme d'un réseau que celle d'un arbre. Les nerfs varient de forme, de volume, de consistance et de couleur.
Les trente paires qui sortent des vertèbres se rendent en partie au grand sympathique, et vont en partie se répandre et se perdre dans le parenchyme des organes. Les extrémités visibles des nerfs affectent différentes formes, suivant les organes : leur nombre varie aussi d'après les organes. Ils se composent d'une matière fibreuse et du névrilème qui l'enveloppe.
Le nerf grand sympathique préside, dit-on, aux fonctions de la vie purement organique, vie dont les fonctions s'accomplissent sans volonté et sans conscience. Nous en parlerons ici pour ne point séparer ce que nous avons à dire sur les nerfs. Le grand sympathique se compose de cordons et de ganglions ou renflements nerveux, que les uns ont considérés comme autant de petits cœurs, d'autres comme de petits cerveaux, et dont les fonctions sont peu connues. Ces nerfs (ou le grand sympathique) sont de trois sortes : ceux qui unissent les ganglions entre eux, ceux qui unissent les ganglions aux trente paires de nerfs spinaux, et ceux enfin qui se distribuent aux organes. Ces derniers s'attachent aux artères, et les suivent dans tout leur trajet. Les nerfs du grand sympathique paraissent insensibles.
Le nerf vague est plutôt encore un nerf de la vie organique que le grand sympathique : car il augmente ou diminue dans l'échelle zoologique
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suivant l'augmeiitatioii ou la diminution de la vie animale.
La fibre nerveuse primitive est et sera probablement toujours inconnue. Ni l'analyse chimique, ni l'analyse microscopique, n'apprennent rien de la nature interne, et surtout des fonctions sensibles ou vitales des nerfs. On ne connaît intimement ni la substance blanche, ni la substance grise; seulement, il est certain que la blanche est fibreuse.
Ce n'est que dans les animaux supérieurs que les nerfs de la vie organique paraissent subordonnés à ceux de la vie animale : car des grenouilles et des tortues ont survécu des mois entiers à la décapitation; mais peut être aussi que dans les degrés inférieurs de l'animalité, le centre cérébral est ailleurs que dans la tête, ou même qu'il n'y a pas de centre pareil.
Aucun nerf ne nait d'un autre, mais il lui est uni.
On admet en général qu'il y a plusieurs groupes de nerfs; Gall en distingue quatre : le système du thorax et de l'abdomen (grand sympathique); celui des mouvements involontaires et des sensations tactiles (moelle spinale); le système nerveux des sens (moelle alongée); celui de l'esprit (cerveau et cervelet). Mais par le fait que la langue, par exemple , est un organe assez exquis du toucher, cette classification n'est -elle pas vicieuse à certains égards au moins?
Non-seulement les nerfs du sentimentet du mouvement sont distincts, mais encore les nerfs moteurs président chacun à des mouvements spéciaux.
Puisque le système nerveux n'est pas un , il ne peut guère être homogène; c'est même la diversité de nature des nerfs qui explique celle de leurs fonctions.
On appelle innervation l'action organique des nerfs. Les auteurs ne sont d'accord ni sur les limites de l'innervation, ni sur les nerfs qui la dispensent, ni sur sa source, ni sur sa nature. Elle est d'autant plus grande, plus étendue, que la vie organique est plus manifeste. Elle parait, du reste, commune à tous les êtres vivants et à toutes les fonctions. Si le grand sympathique n'en est pas l'unique dispensateur, il en est du moins le principal ; il la distribue particulièrement aux viscères thorachiques et abdominaux.
Presque tous les physiologistes placent la source de l'innervation dans les grands centres nerveux, l'encéphale et la moelle spinale, et ne considèrent les nerfs que comme de simples conducteurs.
On ignore complètement la nature de l'action appelée innervation. On a fait plusieurs hypothèses à ce sujet, entre autres celle des esprits animaux, du fluide électrique, galvanique, etc.
Suivant Cabanis, les nerfs, quoique étant la condition organique du mouvement musculaire, sont eux-mêmes incapables de mouvement ; les irritations les plus fortes ne leur font pas éprouver la plus légqre contraction.
Des physiologistes ont admis, 1° que les nerfs n'étaient pas les seuls instruments de la sensibilité, puisqu'on trouve des organes dépourvus de nerfs qui sont sensibles ; 2^ qu'il y a des nerfs in-
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sensibles. Mais d'autres observent que, dans le premier cas, il peut se faire qu'il existe des filets nerveux qu'on n'a pas aperçus; et dans le second, que tout nerf est probablement sensible, mais pas à toute espèce d'irritation, ou dans toute condition; qu'il suffirait par conséquent de trouver les conditions propres pour qu'un nerf qui paraît insensible cessât de l'être.
Ce qui prouve que les nerfs sont les conditions organiques de la sensibilité, c'est,
l*' Qu'une partie quelconque du corps dont on coupe les nerfs est privée de sensibilité et de mouvement ;
2*^ Que la compression graduée du cerveau est suivie de l'affaiblissement proportionnel du sentiment et du mouvement;
3° Que la ligature d'un nerf ou d'un membre produit l'engourdissement dans la partie libre du membre ou du nerf;
4° Que la section partielle d'un nerf, ou son irritation, produit une grande douleur, avec des mouvements convulsifs de l'organe auquel il aboutit.
La section des nerfs, leur paralysie, leurs maladies, produisent aussi l'atrophie des parties du corps auxquelles ils appartiennent.
Ces faits, et d'autres qu'on pourrait citer, prouvent encore la subordination des nerfs au cerveau. On sait de plus que si le cerveau ne peut ^gir, soit parce qu'il est lésé ou comprimé, soit parce qu'il est engourdi au moyen de l'opium, soit parce que son activité semble être toute consacrée à la production de la pensée, la sensation n'est pas pro-
duite dans les organes, quoique l'impression ait lieu.
Il faudrait ajouter à ces faits celui de l'activité cérébrale dans l'attention, dans les rêves, etc., comme conditions de la perception ou même de la production de la sensation, s'il était démontré d'ailleurs que le cerveau intervient dans ces deux fonctions.
Tous nos organes ne sont pas sensibles au même geni'e d'irritation; il y en a qui paraissent l'être à tous , d'autres ne le sont qu'à quelques-uns. Il en est enfin qui ne sont sensibles que dans l'état de maladie.
Mais il ne faut pas dire, avec des physiologistes, que si un organe ne manifeste pas toujours de la sensibilité, bien qu'il fonctionne et soit soumis à l'irritation, c'est que la sensibilité est alors locale et latente, mais qu'elle n'est point perçue parle sensorium commune, ou par le moi; car une sensation latente n'est qu'une hypothèse contradictoire. Mais on peut très-bien appeler la cause inconnue des mouvements organiques, irritabilité.
D'après les expériences de Rolando et de Flourens, il paraîtrait que l'intervention des hémisphères cérébraux, jusqu'à l'endroit ou les tubercules quadrijumeaux adhèrent à la moelle alongée, est nécessaire à la production de la sensation.
Les sens externes sont placés à la périphérie du corps; ils sont symétriques ou formés de deux organes semblables composés d'une partie nerveuse, et destinés à nous faire connaître les propriétés des corps qui nous intéressent. Ce sont les sens de relation.
Tableau des conditions organiques générales de la sensation et de la perception.
Sensibilité
et perception
Structure k Du grand sympathique et du nerf vague (pneumo-gastiiquc). -générale ) Nerfs de la vie organique ou végétative.
du < système 1
nerveux fDes nerfs de la vie animale ou de relation. I Innerva- /"Ses limites,— indéterminées.
,*'"".) Organes qui la dispensent, —indéterminés, sympa- J^^* sources, —indéterminées, lliique vSon espèce, — indéterminée.
/Peau.
Sa
< Membranes
, Fonctions; \des nerfs.
/Les cinq
sens
externes,
'Toucher / structure ^ muqueuses.
J Ses fonctions, ou sensa- \ tions et perceptions.
^Structure.
l Fondions et résultats.
( — Saveurs.
Goût
I Odorat
/ Structure.
Sensations externes, i
Sensations.
Facultés intellec tuelles
Fonctions etc.-Odeurs.
f Structure.
i Fonctions etc. -Son.
( Structure.
] Fonctions etc. ~ Lu-
( mièrc.
Autres sens externes, non morbides.
Ouïe
.Vue
morbides.
Plaisir — Douleur.
Cerveau — Sa structure.
Son action -Phrénologie.