‹ Anthropologie spéculative générale (volume 2)Chapitre 13 sur 70 · DE L'ODORAT · texte numérisé non relu

DE L'ODORAT

Les sensations de l'odorat sont celles que nous rapportons à l'organe de ce nom ; elles ne peuvent être définies.

Ces sensations sont en très-grand nombre; elles varient sans doute suivant les organisations différentes. Elles n'ont rien d'absolu; ce sont des modifications particulières de l'ame, qui dépendent tout à la fois de l'organisation et de son rapport avec les objets extérieurs.

Elles sont maintenant rapportées à l'organe de l'odorat, et accusent quelque chose d'extérieur qui les occasione. Mais frimitivement elles n'ont pas dû avoir ces deux caractères, du moins ils ne nous étaient pas connus d'une manière réfléchie. Ce n'est que peu à peu que l'éducation de ce sens s'est faite à l'aide de la vue et du toucher, de la mémoire et de l'induction.

Les odeurs sont en nombre indéfini ; on n'a pas même pu les classer autrement qu'en agréables et en désagréables.

Les conditions 'physiques des sensations d'odeur sont : V des corps odorants; 2** des molécules qui s'en détachent; 3** un milieu qui les transmette. Ce milieu est l'air, et l'eau pour les poissons.

Tous les corps ne sont sans doute pas odorants; mais quelques-uns qui ne le sont pas pour nous, peuvent l'être pour d'autres organisations plus délicates ou différentes.

Un corps qui n'est pas inodore dans de certaines circonstances, peut d'ailleurs le devenir s'il est soumis à d'autres influences , telles que la chaleur, la lumière, le frottement, l'humidité, l'électricité, la fermentation, etc.

On a nié que les odeurs fussent le résultat de l'aclion moléculaire sur l'organe de l'odorat ; mais des expériences laissent cependant peu de doute à cet égard. (V. Adelon, Physiologie, tome 3, page 318).

On ne sait pas d'une manière certaine quelle est la force qui détache les molécules odorantes des corps : on suppose que c'est le calorique.

Ces molécules sont lancées avec plus ou moins de force, suivant la nature des substances, dans le milieu où le corps qui les fournit se trouve placé; néanmoins, elles ne semblent pas s'y comporter à la façon de la lumière, mais bien à la manière d'un liquide qui se mêle avec un autre.

Quoique moins subtiles sans doute que les atomes lumineux, puisqu'elles ne traversent pas le verre comme eux, les molécules odorantes sont cependant d'une si grande ténuité, que la plupart des corps ne perdent sensiblement pas de leur poids par cette déperdition, lors même qu'elle dure long-temps. D'après des calculs de Boyle et de Nollet, 2 grains de musc se sont divisés en 22,658,584,000 molécules.

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On ne sait point comment les molécules agissent sur l'organe , ni pour quelle raison elles produisent des sensations différentes suivant les différents corps.

Quoi qu'il en soit, il est certain quelles n'ont absolument rien de commun avec les odeurs qui leur correspondent.

Les conditions organiques des odeurs sont les nerfs olfactifs répandus à la surface de la membrane pituitaire qui tapisse les fosses nasales. Les cornets, les méats, les sinus, semblent destines à fortifier l'organe de la sensation; mais c'est surtout dans la partie supérieure des fosses nasales qu'elle s'accomplit. Les vibrisses sont un moyen mécanique d'arrêter certains corps étrangers qui seraient entraînés par l'air qu'on respire. Le mucus de la membrane a le même usage ; il sert aussi à conserver l'humidité nécessaire à cette membrane pour qu'elle puisse être impressionnée par les molécules odorantes.

La moiteur de la membrane pituitaire en favorise la sensibilité.

On s'est demandé si ce sont les mêmes nerfs qui sont affectés par les différentes odeurs, ou s'il y a autant de nerfs différents qui soient mis en jeu séparément, qu'il y a d'odeurs diverses?

Dans le premier cas, les mouvements seraient*ils aussi différents, ou seraient-ils les mêmes?

S'ils étaient différents, comment s'exécutent-ils? ou en quoi consiste cette différence? S'ils sont les mêmes, comment les odeurs peuvent-elles être diverses?

PROPREMENT DITE. 4î

Comment , en tous cas , les sensations d'odeur peuvent-elles être la conséquence de mouvements quelconques?

La plupart de ces questions seront sans doute éternellement insolubles.

Il y a des odeurs dont l'action est très-puissante : elles causent des migraines, des assoupissements, des convulsions, des nausées, etc. D'autres exercent une influence alimentaire; mais alors ce n'est pas comme odeurs qu'elles agissent, c'est comme substances nutritives absorbées par l'acte de la respiration.

Les impressions des odeurs sont quelquefois très-persistantes. Eiïes ont une influence particulière sur les organes génitaux et le cerveau.

Les avertissements de l'odorat, organe qu'on a dit être la sentinelle avancée du goût et de la respiration, sont d'autant moins sûrs que les animaux sont plus élevés dans l'échelle zoologique. La nature a plus laissé à faire à l'intelligence de l'homme qu'à celle des animaux, quoiqu'il soit encore mieux partagé sous le rapport de l'odorat que beaucoup d'entre eux.

L'odorat est susceptible de se perfectionner par la culture, surtout chez les aveugles. On en cite un qui reconnaissait à l'odorat la moralité de sa fille. C'est au perfectionnement de l'odorat qu'on doit de pouvoir distinguer les éléments d'une odeur complexe : il faut avoir étudié chaque élément de cette odeur séparément. Encore la distinction n'est-elle pas toujours facile.

La cause physique de l'odeur et l'odeur même

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ont un nom commun. De là l'ambiguité qui règne quelquefois dans le discours; mais en général le nom s'applique à la cause physique occulte qui produit la sensation, et non à la sensation ellemême. La raison en est que la cause nous intéresse plus que l'effet, quoiqu'elle ne nous intéresse qu'à cause de son effet, et que c'est sans doute une loi, aussi bien qu'une habitude de notre nature , de nous occuper plutôt des causes de nos sensations que des sensations mêmes, quoique encore à cause des sensations.

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