‹ Anthropologie spéculative générale (volume 2)Chapitre 15 sur 70 · DE L'OUIE · texte numérisé non relu

DE L'OUIE

L'ouïe est comme l'intermédiaire entre les organes de sensation pure et ceux de perception ; mais elle se rapproche cependant plus des seconds que des premiers. Les sons ne sont encore, il est vrai , que des modifications du moi, mais ces modifications sont peu affectives par elles-mêmes.

Ils sont en nombre indéfini.

Outre la qualité générale qui en fait des perceptions d'une espèce particulière, ils en ont une autre qui les fait distinguer entre eux, et qui sert

même à les classer. C'est ainsi qu'on peut les distinguer en bruits, en cris, et en sons articulés. Tout son est bruit, si par bruit nous entendons toute affection de l'ouïe; mais tout bruit n'est pas son. Il y a cette différence entre le bruit et le son, que le son est dû à des vibrations successives régulières ou isochrones d'une certaine durée, et qu'il est susceptible de se combiner d'une manière régulière aussi avec d'autres sons; tandis que le bruit ne présente pas ces caractères, ou du moins pas d'une manière percevable à notre ouïe. Mais on prend souvent le mot son dans une acception s» générale , qu'il signifie aussi le bruit : alors il est synonyme de sensation de l'ouïe. On voit que nous manquons d'un terme pour indiquer ce qu'il y a de commun entre le son et le bruit; ce qui fait que ces deux mots sont pris alternativement pour genre suprême de ces deux espèces, et alors ils ont deux acceptions, l'une générique et l'autre spécifique. Aussi dit-on : J'entends quelque chose, quand on ne peut pas dire si c'est un bruit ou un son. (V., sur la distinction musicale du bruit et du son, Condillac, Traité des sensations, chap. 8, §2.)

La propriété la plus générale de la perception de son est précisément son rapport avec l'organe qui lui est propre , c'est-à-dire d'être son.

Ses autres qualités ne sont encore que différentes manières de le concevoir :

1** Quant aux différents corps qui le rendent, c'est le timbre.

2° Quant à la force avec laquelle il se fait entendre , c'est l'intensité. Elle dépend de la force de

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la perception, de la distance, de la susceptibilité de l'organisation.

3^ Quand à la gravité ou à l'acuité du son , indépendamment de son intensité, c'est le ton.

4° Quant à l'unité de durée qu'on prend pour le mesurer, unité qui ne doit être ni trop longue ni trop courte, parce qu'autrement on ne pourrait pas, dans le premier cas, apprécier l'égalité de plusieurs temps, et dans le second les saisir et moins encore les diviser, c'est le temps; le temps comprend aussi les silences.

5^ Quant à la distinction des différents temps, et à la manière dont ces temps sont remplis par la succession plus ou moins rapide d'un certain nombre de sons qui ne doivent pas être trop considérables, afin qu'on puisse en saisir le rapport, c'est la mesure.

Q^ Quant à l'espèce de combinaison des sons d'une mesure uniforme ou variée par rapport à la durée et au ton, et interrompue par des silences, c'est le rhythne et ses retours.

7^ Quant à la combinaison symétrique et périodique d'un certain nombre de rhjthnes, c'est la Qnélodie.

8*^ Quant à la simultanéité et à l'accord de plusieurs mélodies, c'est Iharmonie.

9" Quant à la combinaison régulière des sons c'est la consonnance.

Toutes ces définitions sont données à priori; elles peuvent paraître d'autant moins justes à quelques personnes, que les définitions ordinaires sont plus arbitraires, plus vagues, et que les différents

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sens de cliacuu de ces mots sont plus nombreux. Il serait possible de traiter à pinori ce sujet d'une manière plus rigoureuse encore, en déterminant d'abord tous les caractères simples des sons, et en les combinant ensuite de toutes les manières possibles \

La versification est le retour d'un certain nombre

^ Voici , du reste, comment Rousseau définit la plupart de ces mots dans son Dictionnaire de Musique. Le f on est le degré d'élévation du son. Le temps est la mesure du son quant à la durée. La mesure est la proportion des temps; la division de la durée ou du temps en plusieurs parties égales assez longues pour que l'oreille en puisse saisir et subdiviser la qualité, et assez courtes pour que l'idée de l'une ne s'efface pas avant le retour de l'autre, et qu'on en sente l'égalité. Chacune de ces parties égales s'appelleaussi mesure. Elles se subdivisentend'autresaliquotes qu'on appelle temps , et qui se marquent par des mouvements égaux de la main ou du pied. La durée égale de chaque temps, de chaque mesure, est remplie par plusieurs notes qui passent plus ou moins vite. Le rhythme est en général la proportion qu'on met entre les parties d'un même tout. C'est, en musique, la différence du mouvement qui résulte de la vitesse ou de la lenteur, de la longueur ou de la brièveté du temps. La mélodie est la succession de sons tellement ordonnés selon les lois du rhythme et de la modulation , qu'elle forme un son agréable à l'oreille. La mélodie vocale s'appelle chant, l'instrumentale, symphonie. L'harmonie est une succession d'accords. Un accord est l'union de deux ou plusieurs sons rendus à la fois.

Ces définitions semblent souffrir d'assez grandes difficultés. Mais c'est surtout dans un traité de musique qu'il conviendrait de les discuter : elles ne sont ici que d'une importance secondaire. Il est clair, en tout cas , que ces différents caractères des sons se réduisent à des manières de les concevoir, et ne sont par conséquent pas des perceptions ni des sensations; que toutes les fois qu'il est ici question de degrés , ils sont un peu arbitraires , et que leurs extrêmes sont séparés par un nombre indéfini d'autres degrés , etc.

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de rhythmes plus ou moins considérable, mais qui n'excèdent pas, en général, la longueur d'une phrase qu'on peut débiter sans reprendre haleine et sans effort, de la même manière que l'unité de temps ordinaire de la mesure semble être prise de l'intervalle de deux battements de cœur.

Les cris des animaux ne sont que très-imparfaitement articules; ceux de la parole humaine seuls présentent ce caractère à un très-haut degré. Il y a deux sortes d'articulations: l'une imparfaite, qui est celle des lettres voyelles; et l'autre en général plus tranchée , et qui est celle des lettres consonnes. (Voir la théorie du langage. )

Une faut pas regarder ces qualités rationnelles, ces manières d'être conçus des sons, comme faisant partie du son lui-même. Il y a donc dans un son, considéré quant au timbre, à l'intensité, au ton , à la durée, etc., deux éléments, dont l'un, sensible, est la matière du son; tandis que l'autre, qui est rationnel, en est la forme. Les animaux manquent vraisemblablement de cette dernière qualité du son, ou tout au moins ils ne la conçoivent pas abstraitement. Beaucoup d'hommes sont sans doute dans ce cas.

Il ne faut pas s'imaginer non plus, avec M.Paffe, que ces qualités purement rationnelles ^ du son représentent quoi que ce soit : ce sont des conceptions de l'esprit qui n'ont par conséquent point d'objet qui leur corresponde immédiatement; ce

^ Nous expliquerons ailleurs ce que nous entendons par raison comme capacité intellectuelle spéciale.

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