‹ Anthropologie spéculative générale (volume 2)Chapitre 18 sur 70 · SENSATIONS INTERNES · texte numérisé non relu

SENSATIONS INTERNES

Les sensations internes sont toutes celles qui ont lieu au-dedans du corps, et toutes les sensations maladives.

Mais parmi ces sensations il en est de vagues, d'obscures, dont les organes de la poitrine, du bas -ventre (y compris ceux de la génération), sont le principe et le siège principal. C'est un fait que Cabanis a mis hors de doute. (Voy. Histoire des Sensat, t. 3, p. 122, 12 5 et suiv. , OEuvr. compl.)

Les affections morbides des viscères de cette région ont aussi une influence très -marquée sur l'imagination et l'ensemble de nos facultés. Ce qu'on appelle l'humeur bonne ou mauvaise, est souvent la conséquence de l'état de santé ou de maladie de ces organes. Mais à leur tour ils ressentent l'influence des passions et de l'imagination (ib., p. 124 et suiv.). C'est à ces organes, sans doute, qu'il faut attribuer certains songes, certaines rêveries, les manies, etc.

Il est remarquable que ces sensations, et toutes celles qui leur sont analogues, ont une étroite liaison avec l'instinct; elles en sont l'élément pas-

sif. Ce sont elles qui portent à la conservation de l'individu et à celle de l'espèce. Les phénomènes animiques consécutifs à la mutilation et à certaines maladies, confirment encore cette observation.

Les sensations internes sont périodiques ou accidentelles, suivant qu'elles reviennent régulièrement au bout d'un certain temps, comme la faim et la soif, ou qu'elles ne sont que l'effet de circonstances particulières, comme les maladies.

Elles sont universelles ou locales , suivant qu'elles affectent tout le corps , comme la sensation de la santé, de l'existence physique, --== ou seulement quelque partie.

Dans les sensations internes, même particulières, la localisation n'est pas aussi précise que dans les sensations externes : les physiologistes en donnent pour raison la diversité des nerfs disséminés dans le parenchyme des parties.

Les causes des maladies sont physiques ou morales; les dernières envahissent en général l'économie animale d'une manière plus complète , c'est-à-dire sur une plus grande échelle que les premières.

Le nombre des sensations internes douloureuses est impossible à déterminer : il faudrait pour cela connaître toutes les causes possibles de souffrance, et les combiner avec le genre de susceptibilité propre à chaque organe ou à chaque partie du corps.

Les folies, lesépilepsies, les affections extatiques qui ne sont dues à la lésion d'aucun autre organe

que du cerveau, ne sont pas proprement des sensations internes, et il n'est pas sûr que leur cause première réside dans l'organe nerveux lui-même, comme le dit Cabanis^ : car cette cause peut provenir des idées. INous croyons, en d'autres termes, que les idées, les sentiments, ont leur influence sur l'organisme, qu'ils peuvent engendrer des perturbations physiques, lesquelles en produisent à leur tour dans le moral. Les hallucinations, les manies, etc., peuvent en être la conséquence.

Du reste, il est juste de reconnaître avec cet auteur, ^omme autant de lois qui régissent la localisation des sensations internes, 1° que les impressions reçues par une des parties du système nerveux peuvent se concentrer dans une de ces parties; 2" que les impressions reçues par une de ces parties peuvent tantôt devenir générales, et mettre en jeu tout le système; 3^ tantôt passer, par voie de sympathie, d'un point à un autre, et produire leurs derniers effets ailleurs que dans le siège où réside la cause , ou dans le lieu de son application (p. 183.)

La sensation externe ne peut avoir lieu sans que les organes soient stimulés, c'est-à-dire sans impression. Saunderson, devenu aveugle à l'âge d'un an, qui expliquait fort bien les lois de l'optique, qui connaissait la grandeur d'une chambre dans laquelle il entrait pour la première fois; Morre, qui n'était pas moins habile sous ce dernier rapport; M"* Paradis, qui, bien

1 Cabanis, t. 3, p. 171 et suiv.

qu'aveugle, reconnaissait si elle passait en face d'une maison, d'un jardin, ou d'un cimetière, et qui pouvait dire même quelle était la matière de la clôture du jardin; des aveugles qui reconnaissent sans les toucher et sans les entendre la présence des corps extérieurs et leur distance (pourvu qu'elle ne soit pas trop grande), et qui se dirigent avec la plus grande habileté dans les rues de Paris, où ils vont seuls depuis Bicètre, sans tâtonner; Metcolf, autre aveugle, qui tirait des plans trèsexacts de sur une hauteur: ces faits, et tous leurs analogues, loin de détruire l'assertion précédente, la confirment dès qu'ils sont expliqués comme ils demandent à l'être.

Mais il n'est pas aussi évident que les sensations internes soient également causées par des stimulants. Cependant, si l'on considère que ce sont aussi des effets animiques qui doivent avoir leur cause physiologique, on admettra que ces sensations sont dues à quelque changement dans la partie du corps où elles sont rapportées, que, du reste, cette partie du corps souffre idiopathiquement ou sympatlijquement. Toutes les humeurs, toutes les parties du corps qui sont en rapport avec d'autres, peuvent jouer le rôle de stimulants, et les impressionner de manière à produire la sensation; mais nous ne pouvons pas toujours dire d'une manière déterminée comment s'opère cette impression. Dans tous les cas où il s'agit de la présence d'un corps extérieur dans le nôtre, la chose n'est pas difficile. Mais dans une foule d'autres sensations morbides, dans la faiblesse, la prostration des

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forces, dans la sensation de repos après la fatigue, dans celle de la fatigue après le travail, dans celle du besoin d'action après le repos, dans l'épuisement général des forces qui se fait sentir après une très-grande contention d'esprit si elle a été soutenue; dans les sensations de la faim et de la soif même, surtout si l'on considère que la première de ces sensations s'apaise un peu quand l'heure accoutumée de la satisfaire est passée ; dans la sensation du sommeil et dans celle de l'insomnie, de la crampe, du hoquet; dans toutes les sensations spasmodiques et con\ulsives,etc., il est plus difficile d'assigner le stimulant de l'organe, particulièrement quand la cause paraît être tout intellectuelle, par exemple dans les émotions de la colère, de la frayeur, etc. Il est certain, dans ces derniers cas et dans tous les cas analogues, que la cause première du phénomène physique est animique, et qu'il y a ici une influence fatale de l'ame sur le corps, analogue à celle de la volonté, mais qui n'est pas plus explicable.

Il y a une chose digne de remarque encore: c'est que les sensations agréables ou désagréables semblent souvent être dues aux mêmes causes, à la même espèce de mouvement, et ne différer que par le degré, comme, par exemple, la satiété et le dégoût.

On peut, du reste, diviser l'état sensitif de l'ame en deux séries opposées qui ont leur point de départ commun dans l'état d'indifférence. Cet état, plus idéal que réel, peut cesser d'être, 1^ par une sensation désagréable, à laquelle peut succéder

une sensation négativement agréable (absence de la précédente, indolcntia); ou une sensation positivement désagréable, sans que la transition soit sensible; 2" ou bien par une sensation positivement agréable, qui peut être suivie d'une autre négativement désagréable, ou positivement désagréable encore.

L'état de santé et de bien-être physique exige un degré de stimulation médiocre, sans quoi il y a faiblesse ou surexcitation. L'état des muscles est analogue à celui des nerfs, et forme avec eux une espèce d'équilibre ; l'énergie ou la mollesse des mouvements trahit la vivacité ou l'hébétude de la sensibilité; seulement, des sensations trop fréquentes, trop rapides et trop vives, nuisent à la persistance et à la vigueur des mouvements. L'équilibre dont nous venons de parler s'entend surtout de l'état sain. Il faut remarquer cependant qu'il est des maladies où la force musculaire est momentanément bien supérieure à celle de l'état de santé. L'excès des jouissances , surtout de celles de l'amour, affaiblit moins, suivant Cabanis, par les pertes qu'il occasione , que par l'ébranlement nerveux qu'il excite. L'excès du travail intellectuel épuise peut-être plus le système nerveux que le travail corporel. Suivant Boerhaave , le mathématicien qui se fatigue une heure ou deux à la solution d'un problème, en sera certainement plus fatigué que s'il était appliqué toute une journée à un travail mécanique.

Tous les organes ne sont pas susceptibles d'être excités de la même manière par les mêmes agents.

Il en est de même encore des différents tissus ou systèmes. Cependant il ne faudrait pas conclure que ce qui affecte les nerfs dans un organe ne les affectera pas du tout, ou les affectera tout différemment dans un autre : c'est en quoi péchait un peu l'ancienne médecine, qui avait des remèdes différents pour tous les organes, pour toutes les maladies de ces organes.

Le centre d'action des remèdes généraux est l'estomac. Ils exercent de là leur influence d'une manière plus spéciale, les uns sur une partie du corps, les autres sur une autre. Il en est de même de la plupart des substances énergiques qu'on introduit dans l'économie animale : ainsi, certains miasmes détruisent la sensibilité du système cérébral; d'autres s'attaquent directement à la force musculaire. La morsure du serpent à sonnette engendre un état de dissolution putride générale; celle du naïa produit des convulsions et une espèce de gangrène sèche dans la partie lésée; celle de l'aspic ou vipère d'Egypte occasione un sommeil profond. Les affections idiopathiques d'un organe peuvent être suivies d'autres affections sympathiques, ou simplement consécutives, dans d'autres organes, suivant certaines lois que l'expérience seule fait connaître.

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