DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR PHYSIQUES
Le plaisir et la douleur sont les deux déterminations extrêmes de la sensation; rindifférence tient le milieu entre elles. L'un et l'autre se rapportent au besoin, suivant qu'il est ou n'est pas contenté. Le besoin est le signe d'une capacité qui n'est point satisfaite, ou d'une faculté qui ne remplit point sa destination.
Ce qui détermine le plaisir est ce qui le distingue d'un autre, ce qui lui donne sa qualité, particulière. Son degré de vivacité forme son intejisité.
Le plaisir est souvent voisin de l'indifférence, ou même de la douleur; il suffit pour cela d'une certaine durée ou d'une augmentation d'intensité. La douleur se change moins facilement en plaisir, mais elle peut au moins s'affaiblir par la durée.
Le plaisir a sa raison dans la douleur, puisqu'il est la satisfaction d'un besoin , et que tout besoin est privation, douleur. Une vie sans peine serait donc aussi une vie sans jouissance; il n'y aurait pas même de raison pour que nous fussions actifs alors , et cependant l'activité c'est la vie. La douleur, ou du moins la peine, serait-elle donc la condition de la vie?
De même que nous pouvons restreindre ou étendre jusqu'à un certain point le nombre et l'intensité de nos besoins, de même nous pouvons étendre ou restreindre le nombre et l'intensité de nos peines et de nos jouissances.
On ne sait point comment se comportent les nerfs dans la douleur et dans le plaisir, mais on a fait des hypothèses sur leur contraction et leur dilatation. Ce qui a fait croire qu'il en est ainsi , c'est que le tissu érectile se modifie de la sorte dans les sensations des organes dont il fait partie.
La douleur a un champ plus vaste que le plaisir, puisque certaines parties du corps, insensibles dans l'état de santé, deviennent sensibles dans l'état de maladie.
La sensibilité, par rapport à l'organisation, est comparable à une quantité déterminée de liquide dans un vase : si elle prend son cours vers un point, elle abandonne d'autant tous les autres. C'est ce qui est très-sensible dans les affections violentes, mais surtout dans les extases. C'est sur ce phénomène qu'est fondée la thérapeutique par dérivation.
§ IL De l'Entendement.
DE l'entendement EÎÎ GÉNÉRAL.
Nous comprenons sous le nom à^ entendement les différentes opérations de l'esprit sur les intuitions. Elles servent à les abstraire, à les rappeler isolément ou par séries (association), à les combiner diversement, à les comparer, à les juger, à les 9enéraliser, à les induire (induction et analogie), et à les déduire. La déduction et le jugement sont aussi communs aux conceptions.
Toutes ces opérations se rapportent, comme on voit, aux trois modes logiques de la connaissance, l'idée, le jugement, et le raisonnement. Elles sont naturelles, et s'accomplissent par conséquent, ou spontanément, ou avec réflexion. D'où nous concluons que la spontanéité et la réflexmi ne sont pas des opérations spéciales, mais seulement des manières différentes de concevoir l'activité intellectuelle par rapport à la conscience , et par suite à la volonté. Nous parlerons plus tard de l'une et de l'autre. L'attention n'est pas non plus une opération particulière, mais simplement l'inverse de l'abstraction, entendue dans un certain sens. Elle peut être aussi un caractère de toutes les autres opérations. La distraction est l'opposé contradictoire de l'attention.
Quant à la synthèse et à V analyse, ce n'est qu'un double point de vue logique de tout jugement. Nous disons que c'est un point de vue logique, parce qu'en effet on n'y considère que le rapport des idées entre elles. La définition, la division et la classification appartiennent également à la logique. Il en est de même de la croyance ou adhésion plus ou moins grande de l'esprit à un jugement (foi, opinion, conjecture, certitude, doute, probabilité et vraisemblatice).
Nous ne traiterons donc ici que de V abstraction j^ de la mémoire, de V association des idées, de Vimagination, de la comparaison et du jugement, de la généralisation, de X induction et de V analogie, et enfin de la déductioyi.
Ces différentes opérations ou fonctions intellec-
tuelles s'accomplissent, suivant toute apparence, à l'aide d'un organe. Mais on s'est sans doute exagéré ici l'influence du corps sur le principe pensant. Quoi qu'il en soit, les principales raisons qui ont porté à reconnaître cette influence, sont :
1° La lassitude corporelle à la suite des travaux intellectuels ;
2^ La diversité des talents et des sentiments suivant les personnes, bien qu'une ame humaine soit identique à une autre. — (Ce qui n'est cependant pas sûr);
3° La prépondérance de certaines facultés et de certains goûts sur d'autres dans le même individu.— (La chose serait possible encore sans l'influence physique; cette condition ne fait du moins que reculer la difficulté);
4** La multiplicité même de ces facultés dans une même ame. — (Même observation que toutà-l'heure, 3^);
b° L'influence des choses physiques extérieures sur notre esprit et notre humeur. — (C'est démontrer l'influence physique par elle-même, si l'on admet l'intervention du corps, comme c'est nécessaire);
6*^ La différence des sexes, des âges, des tempéraments, de l'état de santé ou de maladie, etc.;
7** Certaines maladies mentales, qui s'expliquent mieux par les désordres physiques que sans eux;
S^ Les différences constantes de caractères animiques dans les différentes espèces d'animaux. — (Elles pourraient s'expliquer par les différences intrinsèques des aines).
L'organe qui joue ici le rôle principal, qu'il agisse directement ou par suite de la stimulation d'autres organes, est l'encéphale. Ce qui le prouve, dit-on, c'est :
l** Que le sentiment de l'effort ou de la fatigue dans un travail intellectuel se fait sentir dans la
tète (La tête n'est pas le seul organe qui souffre
d'une application trop prolongée);
2° Que les lésions et la compression du cerveau ont toujours une influence sur l'exercice des facultés.— (Les hommes de l'art ne sont pas d'accord là-dessus. V. Cab., t. 3, p. 188, et autres);
3** Que la force intellectuelle est en raison directe de la quantité et de la qualité de cet organe.— (La quantité paraît moins nécessaire que la qualité : il ne s'agit pas ici de mécanique; la pensée n'est pas comparable à une masse qu'il s'agisse de mettre en mouvement);
4° Que la pensée se développe et se fortifie dans la même mesure et pendant le même temps que le cerveau; qu'elle décline également avec lui. — (Ne pourrait-il pas y avoir coïncidence dans ces phases sans influence, quoique le contraire soit plus vraisemblable?);
5** Que l'intelligence augmente dans l'échelle animale, suivant le volume du cerveau. — (Qu'entend-on par volume? Est-ce volume absolu ou comparé au reste du corps, ou au reste du système nerveux? De quelque manière qu'on envisage la question, elle ne paraît pas être sans exception. V. Adelon, Physiologie).
Quant aux modes d'action, Gall a pensé que
l'encéphale est un organe complexe dont chaque partie correspond à une fonction intellectuelle particulière. Il fonde cette opinion :
l^'Sur la diversité psychique des animaux, et sur la correspondance de certains caractères animiquesavec certains caractères physiques. — (Cela n'est pas démonstratif, puisque le fait serait encore possible dans l'hypothèse de la seule diversité des aptitudes de l'ame);
2° Sur la multiplicité même des facultés intellectuelles.—-(Pas démonstratif, et par la même raison que ci -dessus. D'ailleurs, la difficulté n'est que reculée : il faut bien qu'enfin l'ame soit capable de correspondre à ces différentes conditions organiques, à moins qu'on ne se jette dans le matérialisme; mais la théorie n'y serait pas plus à l'aise);
3° Sur la variation de ces facultés , suivant les races, les variétés, les sexes, dans la même espèce.— (Même observation que plus haut);
4^ Sur la différence dans l'époque de l'apparition et de la disparition ou de la mort de ces facultés, et dans leur énergie respective, le tout comparé à l'époque du développement de certaines parties de l'encéphale. — (Il peut y avoir seulement coïncidence; mais lors même qu'il y aurait influence , on ne démontre pas de quel côté part l'initiative. Cette remarque est importante, et peut s'appliquer à plusieurs autres cas);
5** Sur ce que le changement d'action produit le délassement — (Il n'est pas impossible de l'ex-
pliquer dans l'hypothèse contraire. — Et puis, difficulté reculée. V. 2°);
6*^ Sur le caractère partiel de quelques folies, idioties, et de toutes les manies.— (Difficulté reculée; possibilité d'expliquer aussi le fait dans l'hypothèse contraire);
7^ Sur les altérations partielles des facultés par suite de certaines plaies du cerveau. — (Ce cas est plus frappant, sans être cependant décisif; mais il faudrait s'assurer, par des observations bien faites et nombreuses, de la loi de ce phénomène. Encore cela ne prouverait- il qu'une plus grande intervention d'une certaine partie du cerveau dans une opération intellectuelle déterminée, mais non pas que la masse du cerveau n'intervient pas);
8° Sur ce qu'enfin les autres systèmes nerveux ont plusieurs centres divers. — (Raison équivoque, et d'un faible poids en tout cas.)
Du reste, Gall et tous les phrénologistes conviennent que, pour déterminer le nombre et la nature des fonctions de ces parties du cerveau, il faut commencer par fobservation animique, ou du moins qu'elle doit être menée de front avec l'observation physique de l'encéphale. Ils paraissent de plus s'accorder en ce point, que les différents organes du cerveau ne correspondent pas à des facultés abstraites, mais bien aux facultés appliquées à tel ou tel ordre de phénomènes ou d'idées.
Il y aurait beaucoup d'observations à faire sur tout cela; mais, comme nous examinerons cette question d'une manière spéciale dans le volume
suivant, nous y renvoyons. Seulement, nous remarquerons :
1° Qu'un grand nombre des raisons précédentes à l'appui des trois opinions principales que nous venons de faire connaître, ne sont rien moins que démonstratives ;
2^^ Que les instincts ont été trop multipliés, qu'ils convergent tous vers deux fins seulement; que si l'on veut les distinguer en partant de leur objet immédiat, et non de la fin dernière à laquelle ils tendent, il aurait, au contraire, fallu en augmenter le nombre;
3" Les sentiments animaux ne sont que des conséquences de l'instinct. Quant aux sentiments moraux, les phrénologistes ne les distinguent pas des idées qui leur correspondent, et confondent ainsi deux ordres de phénomènes très - distincts quoique consécutifs ;
4° Que le nombre des facultés a été déterminé arbitrairement ou sans méthode; qu'elles ont été également trop ou trop peu multipliées : trop, d'abord, si l'on ne fait pas attention à leurs objets, ou qu'on les considère abstraitement; trop peu, au contraire, si on les considère par rapport à ces objets. Il est nécessaire alors de sortir d'une demiabstraction, et de descendre à une application réelle, positive et dernière des facultés;
5'' Puisqu'un des principes des phrénologistes est que les organes des facultés qui se prêtent un mutuel secours, ou qui ont de l'analogie entre elles, sont en général placés les uns près des autres, nous craignons que la distinction qu'ils ont faite
des compartiments du cerveau ne s'écarte quelquefois de ce principe.
Mais un fait qui semble encore porter une grande atteinte au système, c'est que, suivant le docteur Lélut, le crâne des idiots n'a pas constamment une périphérie moindre que celui des hommes intelligents, il y a de nombreuses exceptions. Une règle plus positive que celle-là, dit le même auteur, c'est que les imbécilles ou les idiots ont la partie frontale, cette partie qui est supposée devoir être le siège des facultés les plus éminentes, plus grande de trois ou quatre millièmes que chez les hommes supérieurs; il y a bien plus encore, c'est que la différence qui sépare les idiots les plus inférieurs des êtres médiocrement intelligents, est de douze à quinze millièmes en faveur des premiers. Or, les idiots ayant, terme moyen, une stature plus petite de 58 millimètres que celle des hommes d'une intelligence ordinaire, le développement du crâne des idiots est en réalité plus grand de quatorze à quinze millièmes que celui des sujets médiocrement organisés. Quant au développement de la partie frontale des idiots, la différence est en leur faveur de 17 à 18 millièmes. (V. Rev. fr. et étr., t. 3, p. 352.)
Nous ne savons pas si ces observations méritent une parfaite confiance ; mais si elles sont bien faites, il en résulte une conséquence que nous étions déjà fort porté à reconnaître pour vraie, savoir, qu'il y a de grosses tètes qui ne sont pas excellentes, et de petites qui sont fort bonnes.
Quoi qu'il en soit, la phrénologie est logique-
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ment possible; c'est-à-dire qu'on ne voit pas que sa thèse fondamentale implique contradiction. Mais cette possibilité logique, qui est purement négative, n'entraine pas la possibilité physique : celle-ci ne peut être admise que par suite de la réalité. Or, cette réalité ne peut être connue à son tour qu'à la condition que la science elle-même soit faite ou en voie de se faire : autant donc de faits bien constatés, autant de progrès dans la science ellemême.
Nous ne croyons donc la phrénologie possible qu'autant,
1^ Que l'on aurait constaté, par de nombreuses observations, que tels sujets, qui avaient telles facultés, les ont constamment perdues par suite de certaines lésions organiques du cerveau, surtout si ces lésions physiques attaquaient les deux parties correspondantes du même organe;
2° Que des observations analogues nombreuses et bien faites s'étendraient à toutes les facultés;
3** Qu'elles seraient conhrmées par des observations semblables pour les facultés auxiliaires ou antagonistes. Il faudrait voir, lorsqu'une faculté succombe, quelle influence bonne ou mauvaise en reçoivent celles qui restent. Mais pour guider l'observation dans une pareille matière, il faudrait connaître parfaitement le rapport animique des facultés entre elles, ce en quoi les phrénologistes paraissent peu avancés;
A^ Il serait essentiel de s'assurer si les différentes parties du cerveau ne peuvent point tenir indistinctement lieu les unes des autres, si les mêmes
lésions physiques aniènent toujours les mêmes lésions intellectuelles, sauf la différence en degrés;
5° L'observation sur le vivant pourrait aussi être mise à profit; mais il faut qu'elle ne se fasse que sur des sujets exceptionnels sous le rapport physique et animique : autrement, on risque trop de voir et de trouver ce qu'on désire trouver et voir. — Elle devrait aussi être faite à rebours ou à contre-épreuve.
La cranioscopie ne doit venir en général qu'après la phrénologie; elle doit s'attacher à l'étude des particularités très-sensibles que présente l'organisation extérieure sous les rapports positif et négatif, et faire des observations analogues sur l'intelligence. On peut même s'aider d'expériences sur les animaux pour certaines facultés;
6^ Mais, pour que toutes ces observations se fissent d'une manière régulière, il faudrait se guider d'après une table bien faite des facultés de l'ame, connaître leurs divisions et subdivisions, leurs rapports de concomitance et d'auxiliarité ou d'opposition : car le moyen d'examiner des facultés qu'on ne connaît pas? Or il n'y a qu'un médecin philosophe qui puisse satisfaire à ces nombreuses et délicates conditions;
7° Il devrait s'informer aussi de toutes les circonstances importantes au milieu desquelles le sujet a vécu, de l'influence qu'elles ont dû exercer sur son développement;
8® De cette manière, on arriverait, avec le temps , à faire voir :
a) Ou que l'exercice de telle faculté dépend essentiellement, sinon exclusivement, de telle partie de l'organe encéphalique;
b) Ou qu'il dépend indifféremment de plusieurs parties, dont l'une peut remplacer l'autre dans l'état ordinaire (soit qu'elle fonctionne ou ne fonctionne pas toujours avec elle, auquel cas il y aurait vicariat des parties entre elles), et que ce vicariat existe ou n'existe pas pour toutes les facultés;
c) Ou qu'il dépend du tout;
d) Ou qu'il ne dépend essentiellement ni des parties, ni du tout (Ahrens, Psych., t. i, p. 348);
c) Ou qu'il y a des facultés qui sont dans quelqu'un des cas précédents, et d'autres qui n'y sont pas.
D'où il suit qu'il s'agit de faire voir, l*' si le cerveau fonctionne dans l'exercice des facultés intellectuelles, ou s'il ne fonctionne pas; 2° et dans le premier cas, comment il fonctionne; si une partie seule fonctionne pour toutes les facultés et dans tous les états, ou si elle ne fonctionne que pour une seule ou pour quelques-unes ; si plusieurs parties coopèrent d'une manière secondaire à l'exercice direct et principal soit d'une seule, soit de plusieurs, soit de toutes les autres; si toutes les parties interviennent auxiliairement et réciproquement dans l'exercice soit d'une seule, soit de plusieurs, soit de toutes.
Quand on aura fait ce travail, la phrénologie sera faite, ou bien elle sera démontrée sans fondement. Il n'entre pas dans notre objet de faire
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ici la statistique des travaux phrénologiques, ni d'apprécier la force des raisons pour ou contre la phrénologie; nous le ferons ailleurs. Nous nous bornerons à faire remarquer ici que M. Flourens a démontré, suivant G. Cuvier( Leçons, t. 3, p. 322, note) : « 1" Que le cervelet est l'organe régulateur des mouvements de locomotion, et non point le siège de l'amour physique , comme Gall l'a prétendu, puisque l'animal auquel on a enlevé le cervelet n'en manifeste pas moins, lorsqu'il est guéri, l'amour physique; 2** que les diverses facultés de l'homme ont pour siège les hémisphères cérébraux, et non pas toutes les parties de l'encéphale, comme Gall l'a soutenu , puisque l'ablation des hémisphères cérébraux fait seule disparaître le jugement, la mémoire et la volonté. Ces deux découvertes renversent la plus grande partie du trop fameux système de Gall. »
Du reste, il ne faut pas confondre l'imperfection de ce système avec sa fausseté : toutes les classifications qu'on a faites jusqu'ici seraient fausses, qu'il ne s'ensuivrait point que l'idée mère de la phrénologie fût fausse.
Si jamais la phrénologie se réalise, le spiritualisme et le libre arbitîr. n'ont rien à redouter, 1** parce que les choses seront toujours ce qu'elles sont; seulement nous connaîtrons un peu mieux les rapports du physique et du moral ; 2^ parce que dans le système de la pluralité des organes encéphaliques, plus encore que dans celui de leur unité collective, un centre de passion et d'action
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devient nécessaire pour expliquer les phénomènes de la pensée.
D'un autre côté, les instincts, les penchants, les inclinations, ne seront pas différents de ce qu'ils sont maintenant, et n'auront pas plus d'empire sur la volonté; seulement leur cause occasionelle sera reconnue organique plutôt que psychique. Et comme l'énergie initiale du moi, la volonté, ne manque à personne, la protubérance qui correspond à cette faculté étant comme un balancier dont cette faculté se sert pour maintenir l'équilibre entre les autres, en exerçant de préférence celles qui sont faibles ; la phrénologie , loin de prêter à des conclusions fatalistes, donne un moyen d'exercer plus utilement sa liberté au profit de la morale ou du perfectionnement de soi-même et du bien-être des autres. Les tendances bonnes ou mauvaises, se trahissant physiquement, seront beaucoup plus faciles à reconnaître, et l'on saura bien plus tôt ce qu'il convient de faire , et que faire réellement pour rendre aux facultés leur équilibre , afin d'assurer à l'intelligence son développement plus égal , et à la liberté une indépendance plus entière. La phrénologie ne prête donc au matérialisme et au fatalisme qu'en apparence; une logique saine et sévère n'en tirera ni l'une ni l'autre de ces doctrines. Mais cette apparence a son danger.
OBSERVATIOXS.
1** Gall admet plusieurs degrés dans le développement des facultés; ce qui explique pourquoi l'on ne trouve pas dans sa nomenclature quel-
ques-unes de celles qui pourraient d'ailleurs y figurer.
C'est ainsi qu'il fait du sentiment, de la mémoire, dujugeme7it, de V imagination ou du génie, quatre degrés successifs d'intensité correspondant à chaque faculté intellectuelle.
Il regarde de même V inclination , la velléité, la volonté, le désir, Vinipulsion , le penchant, la passio7i, le délire , comme autant de degrés appartenant tous à chaque espèce d'appétit. (V. Demangeon, op. cit., p. 147-1 GO.)
Même chose pour Vinstinct, V entendement , la liberté et la conscience : tous ces termes n'expriment que des modifications de la spontanéité et de l'excitation communes à tous les organes. (Op. cit., p. 343-351.)
Nous n'examinerons pas ici jusqu'à quel point cette double théorie, surtout en ce qui regarde les facultés intellectuelles, est vraie.
2** Les conditions organiques de plusieurs opérations spéciales de l'entendement, telles que l'attention, l'abstraction, ne sont pas signalées dans Gall, par la raison sans doute qu'il considère chaque organe comme fonctionnant aussi dans le travail de l'entendement sur le produit particulier de cet organe.
Après avoir vu quelles sont ou peuvent être les conditions organiques des facultés intellectuelles, nous allons les étudier séparément.
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