‹ Anthropologie spéculative générale (volume 2)Chapitre 22 sur 70 · ABSTRACTION · texte numérisé non relu

ABSTRACTION

On entend par abstraction :

1** La faculté d'abstraire;

2" L'action même dabstraire, de considérer une chose indépendamment d'une autre, à laquelle pourtant elle se rattache naturellement [ahstrahere ex aliquo) : c'est ici l'action de séparer par la pensée deux choses qui, dans la nature, sont inséparables, par exemple, la longueur de la largeur, la profondeur de la solidité;

3*^ Le résultat de l'abstraction (abstractum);

A^ Le contraire d'une idée qui correspond à une réalité objective; c'est dans ce sens qu'on dit quelquefois en mauvaise part : C'est une abstraction ;

5** Enfin, le contraire de donner son attention

à une chose ; c'est dans ce sens qu'on dit : Faire abstraction d'une chose (ab s ti^ahere ab aliquo).Mals pour que cette locution soit juste, il faut que ce dont on fait abstraction ait une liaison étroite avec ce que l'on considère, quel que soit ce dont on l'abstrait : car autrement on n'en ferait pas abstraction, seulement on n'y penserait pas. On ne dirait pas, par exemple, que l'on fait abstraction de la lune dans l'examen microscopique d'un ciron.

L'abstraction, considérée dans son objet, n'est que le terme de l'attention, son résultat nécessaire : car nulle attention possible à une chose sans détourner l'esprit de ce qui s'y rattache étroitement. Mais lorsque l'attention n'est qu'un résultat secondaire, qu'elle n'est qu'un moyen pour détourner sa pensée de quelque chose , pour en faire abstraction, alors l'abstraction devient une opération positive, qui exige souvent beaucoup de force d'esprit, de fermeté, de volonté et de caractère; rien n'est souvent plus difficile, en effet, que de se soustraire à l'obsession de certaines idées.

Une même idée complexe peut être susceptible d'un nombre plus ou moins grand d'abstractions, suivant le nombre des idées élémentaires qui entrent dans sa composition. L'abstraction et la concrétion ne sont donc souvent que relatives. Il n'y a que les intuitions rapportées à leurs sujets, ou les sujets conçus avec toutes leurs déterminations intuitives, qui soient des connaissances complètement concrètes.

L'abstraction est ou spontanée, ou volontaire.

Observations. 1 * C'est mal à propos que des au-

teurs ont confondu l'abstraction avec la généralisation, bien qu'elle en soit une condition. Une intuition peut être abstraite , et n'être pas encore une idée (générale).

2° L'abstraction peut être plus ou moins profonde : telles sont les abstractions successives, 1° de corps en général, 2° de solide, 3° de solidité; — 1° de table, 2*^ de frêne, 3^ de bois, A^ de corps, 5° de matière, 6" de résistance, 7° d'étendue; — 1'^ d'individu humain pris indéterminément , 2** d'homme, 3° d'humain, 4° d'humanité, 5"^ d'humanitaire.

Tous nos vocabulaires de la langue usuelle sont remplis d'abstractions , parce qu'ils n'indiquent que des idées (générales).

3° Il faut distinguer les locutions : faire abstraction de quelque chose, abstraire cjuelque chose, abstraire de quelque chose. — Ces deux dernières expressions indiquent deux points de vue corrélatifs de la même opération. Il faut observer cependant que les qualités rationnelles secondes ou de rapport, par exemple celles qui concernent l'usage d'un objet, ne s'abstraient pas de ce à quoi elles s'appliquent , parce que l'essence d'un objet ne contient pas ses rapports, quoiqu'elle en sqit le fondement ou la raison.

4^ On ne peut pas dire avec Laromiguière , l** que l'abstraction ne soit pas quelquefois difficile, ni 2° qu'elle ne soit que l'attention. La première de ces assertions n'est vraie que pour les intuitions, mais non pour les abstractions d'abstractions; la seconde n'est vraie dans aucun sens:

seulement, rattention intervient quelquefois dans l'abstraction, mais elle n'est pas l'acte d'abstraction lui-même, acte qui n'est qu'une manière de concevoir l'activité intellectuelle relativement à deux idées données.

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