COMPARAISON
Comparer, c'est, comme le mot l'indique, rapprocher mentalement deux idées pour en saisir un rapport ou un autre : car la comparaison peut se faire sous plusieurs points de vue. La comparaison est l'antécédent obligé de tout jugement qui exige un peu d'examen. Mais aussi, dès que le jugement est porté, dès que la conception de rapport frappe l'esprit, la comparaison cesse. — Y a-t-il comparaison jusque dans les jugements les plus faciles, par exemple dans les jugements analytiques , tels que ceux-ci : Un triangle rectiligne est une figure terminée par trois lignes droites; L'homme est une intelligence qui se sert d'organes, etc.? Dans les jugements analytiques, l'attribut est, à la vérité, renfermé dans le sujet, mais l'esprit ne peut l'affirmer qu'après l'avoir aperçu, abstraction faite du sujet : en sorte que le jugement analytique lui-même devient une synthèse par l'affirmation, et suppose un rapprochement antérieur opéré par l'esprit. Or, ce rapprochement est -il autre chose qu'une comparaison rapide comme la pensée? — Et si l'on pénètre jusqu'à l'opération première, vraiment analytique, et qui précède le jugement dont nous venons de parler, y aura-t-il
aussi comparaison ? Avant de porter ce jugement, l'esprit n'aperçoit pas encore deux points de vue abstraits dans un objet, ou du moins ne les distingue pas. Mais tout-à-coup la diversité de l'objet en lui-même et de ses caractères ou attributs vient à le frapper; cette aperception première et soudaine de la diversité est- elle donc comparaison? Il nous semble que non, puisque auparavant il n'y avait qu'unité confuse de points de vue, et qu'il est nécessaire qu'il y ait dualité pour que la comparaison soit possible. Si donc on appelle jugement cette aperception soudaine et spontanée de la diversité, il y aura des jugements sans comparaison. Mais si l'on pense que dans ce cas le jugement n'est constitué qu'autant que l'esprit, frappé des deux points de vue, vient à réagir et à les poser distincts, sans en affirmer encore le rapport de convenance, mais simplement la diversité; alors, comme cette diversité n'a été posée telle que parce qu'elle a été opposée, et par conséquent rapprochée dans ses éléments, il est vrai de dire qu'il y a comparaison dans tout jugement, si rapide qu'il soit; car, suivant cette théorie, qui nous parait assez vraisemblable, il n'y aurait pas moins de quatre opérations dans un jugement analytique : 1** vue passive et synthétique; 2^ aperception passive encore de la diversité dans l'objet; 3" réaction sur cette diversité, et rapprochement de ses éléments pour les opposer et prononcer réflexivement cette diversité même; 4" retour à Funité par la perception de l'identité substantielle entre le sujet et l'attribut. Je ne compte même ni l'adhésion de
Fesprit, ni raffirmation mentale, ou la proposition pensée, ni, à plus forte raison, la proposition parlée.
On se demande maintenant si la comparaison est une faculté spéciale, ou si ce n'est qu'une détermination particulière d'une autre faculté. L'essence de la comparaison n'est ni dans l'attention donnée à deux idées, puisque cette attention pourrait avoir lieu sans qu'il y eût comparaison, ni dans la perception de l'idée de rapport qui la suit, mais bien dans le fait unique du rapprochement des idées avec intention de saisir un rapport. Sans doute qu'il faut donner son attention à ce que l'on veut comparer, à ce que l'on compare même ; mais l'attention n'est pas plus pour cela le fait de comparaison, qu'elle n'est toute autre opération qui ne peut s'accomplir sans son ministère : car l'attention n'est pas autre chose que l'activité intellectuelle , spontanée ou volontaire , en tant que cette activité se porte sur une connaissance, une idée quelconque. Rapprocher deux idées n'est donc point uniquement y donner son attention; ou si c'est cela, c'est plus particulièrement autre chose encore. La comparaison est donc une opération complexe qui se compose : 1** accidentellement de l'attention et de la mémoire : car, en passant d'une idée à une autre pour les rapprocher, il est nécessaire que la première idée persiste dans l'esprit quand on s'occupe de la seconde , pour qu'il y ait ensuite unité de conscience entre ces deux idées ; 2** essentiellement d'un rapprochement d'idées, et d'une intention d'appliquer entre ces deux
idées une conception de rapport déterminée ou indéterminée à l'avance. Or, l'intention rentre dans le domaine de la volonté : reste donc le seul fait du rapprochement comme essence de la comparaison. Or ce fait, entendu largement, présente en apparence quatre moments consécutifs: d'abord, celui d'avoir deux connaissances en même temps; celui d'avoir l'idée de les rapprocher; celui du fait même de leur rapprochement; enfin, le rapprochement consommé. Quant au premier fait, celui d'avoir deux idées en même temps, il suppose une capacité, et non une faculté; et cette capacité même n'est peut - être pas autre chose que celle de connaître, puisqu'on ne connaît qu'en distinguant, et qu'on ne distingue qu'entre ce qui se présente en même temps à l'esprit. Le fait d'avoir l'idée de rapprocher deux connaissances, tient à des rapprochements spontanés, antérieurs, et au souvenir de ces rapprochements, à la confiance instinctive que l'on a de pouvoir faire encore la même chose ; mais il n'est point nécessaire à la comparaison, puisqu'il n'a pu faire partie des comparaisons primitives; il n'est donc qu'accessoire. Le fait du rapprochement dans le sens strict, c'està-dire l'essence de la comparaison, n'est rien en lui-même : il se résout nécessairement dans tout ce qui précède, et dans le rapprochement consommé, qui n'est que l'unité de la conscience actuelle de deux idées; ou, si l'on veut, la simultanéité de deux pensées, de deux idées, ce qui ne suppose autre chose qu'une capacité. La comparaison n'est donc point une faculté spéciale : elle
serait tout au plus une fonction particulière d'une faculté.
GÉNÉRAI.ISATION.
La généralisation est la faculté intellectuelle qui sert à donner à nos idées le caractère qui les rend susceptibles d'être appliquées à toutes les choses revêtues des qualités que ces idées semblent représenter dans notre esprit. Si nous prenons, par exemple, l'idée générale de couleur bleue, nous concevons que cette idée, comme son objet, s'applique à tous les corps qui peuvent la faire naître lorsqu'ils frappent nos regards. C'est précisément la conception de cette possibilité d'appliquerune idée à plusieurs autres idées, de la même manière qu'une même qualité physique se retrouve avec plusieurs autres dans les mêmes corps, ou dans des corps différents , qui en fait la généralité. La généralité des idées s'appelle aussi leur forme; le reste en est la matière.
Toute idée générale se compose donc de deux éléments intellectuels : l'un qui est la matière , le fond, l'essence même de l'idée, ce par quoi elle se distingue de toute autre idée; l'autre, la forme. La matière varie pour chaque idée, la forme est la même pour toutes. En effet, si la matière était la même pour toutes les idées, il n'y en aurait pas plusieurs, mais une seule; et, d'un autre côté, si la forme était diverse , on distinguerait plusieurs espèces de généralités dans les idées , et l'on ne pourrait pas dire de toutes indistinctement qu'elles
sont générales : la différence dans le degré de généralité n'est point une différence essentielle, mais seulement une différence de degrés, ce qui n'empêche par conséquent pas l'identité de la forme.
La forme ou la généralité des idées ne peut assurément pas rester dans notre esprit sans la matière : car il ne peut y avoir de généralité pure ou abstraite dans notre intelligence sans quelque idée qui soit générale; mais il n'est pas aussi évident au premier abord que la matière de l'idée ne puisse pas exister sans la forme de la généralité. La détermination parfaitement circonstanciée d'une idée est, en effet, une autre forme qu'elle prend dans ïintuition. L'intuition est une idée non générale, mais considérée comme l'expression intellectuelle d'une ou plusieurs qualités, telles qu'elles s'offrent à l'expérience. L'intuition d'une couleur bleue, c'est la vue même de cette couleur dans quelque corps déterminé occupant un endroit plutôt qu'un autre, étant de telle espèce, et tel individu de cette espèce, etc., etc. Cette couleur est aussi d'une intensité , d'une étendue visuelle déterminées , et ainsi de suite.
Si nous concevons cette couleur bleue que nous voyons comme étant une des qualités du corps déterminé qui nous la présente, notre intuition est concrète; si au contraire nous pensons à cette qualité seule sans songer au sujet qui la revêt, notre intuition est a65^m^7e. Elle est abstraite encore, si elle se présente à notre esprit avec plus ou moins de netteté, plus ou moins circonstanciée, en l'ab-
sence même de la chose. Mais elle n'est point encore générale.
Pour qu'elle le devienne, il faut: 1*^ que l'esprit lui conçoive un rapport avec d'autres corps que celui qui l'a suscitée pour la première fois; 2" il faut par conséquent l'avoir observée dans plusieurs corps ; 3° il faut l'avoir reconnue commune à tous ces corps : car si elle n'avait été qu'observée tantôt ici, tantôt là, sans comparaison et sans les con-^ ceptions réciproques d'identité et de diversité appliquées l'une à la qualité, l'autre aux choses qui revêtent la qualité, il n'y aurait pas de généralisation possible. Avec ces trois conditions, l'idée a le caractère de générale. Mais elle sera plus générale encore si l'on conçoit la qualité qu'elle représente comme commune non-seulement aux corps dans lesquels on l'a trouvée, mais encore à beaucoup d'autres que l'on n'a pas vus. Le plus haut degré de généralité d'une idée est donc celui où elle est considérée en elle-même, sans aucune détermination des individus auxquels elle s'applique ou peut s'appliquer, mais avec la conception qu'elle peut s'appliquer à un nombre plus ou moins grand qu'on ne songe pas à déterminer.
Ce résultat de l'abstraction et de la généralisation serait d'autant plus difficile à tenir présent à l'esprit, à contempler, à se rappeler, à combiner avec d'autres idées, qu'il s'éloignerait davantage d'une intuition, et d'une intuition susceptible d'être imaginée. Le langage, le nom donné aux idées abstraites et générales, remédie à cet inconvénient. Un mot est par lui-même quelque chose de
sensible, et qui nous frappe beaucoup plus que ne le ferait l'idée qu'il exprime. Il est beaucoup plus facile à rappeler, et par conséquent à manier.
Du reste, s'il a été primitivement utile de voir plusieurs choses de même espèce, ou plusieurs qualités semblables dans différents individus , pour se former des idées générales, il n'en est pas de même maintenant : car, en voyant un objet dont nous ne connaissons pas de pareils, envisagé sous un certain point de vue, rien ne nous est plus facile que de lui en imaginer, et de rendre ainsi commune la qualité par laquelle il se distingue de tout ce que nous connaissons. Mais il est toujours d'autres points de vue par lesquels l'idée que nous en avons est générale.
Une idée générale peut l'être plus ou moins, suivant qu'elle convient à un plus ou moins grand nombre d'individus. Ce nombre est en raison directe des abstractions qu'on opère sur cette idée. Mais comme il vient un moment où l'idée est incomplexe et ne peut par conséquent plus supporter l'abstraction, il vient un moment aussi ou la généralité ne peut plus augmenter. La généralité d'une idée a donc une sphère déterminée absolument. Mais la restriction de cette sphère, qui devient de plus en plus stricte à proportion que l'idée devient elle-même plus concrète, plus déterminée par d'autres idées, a aussi sa limite dans
l'espace et le temps C'est ainsi, d'une part, que
l'idée générale de couleur bleue devient plus générale si elle perd sa détermination de bleue; il ne reste plus d'elle alors que l'idée d*^ couleur. Si nous
faisons l'idée de couleur égale à celle de perception visuelle, et que nous retranchions la détermination de visuelle, il ne nous reste plus que celle de perception. Si nous traduisons l'idée de perception en celle d'exercice de la capacité de percevoir, et que nous retranchions cette dernière détermination, il ne nous restera plus que celle d'exercice d'une capacité quelconque, etc.
D'un autre côté, si à l'idée de couleur bleue, nous ajoutons la détermination de ciel en général, l'idée en devient plus concrète, et par conséquent moins générale. Si à cette idée bleu de ciel nous en ajoutons encore une autre, celle-ci : bleu de ciel de ce corps , elle devient moins générale encore. Elle serait enfin restreinte à son dernier terme, si le bleu d'une intensité déterminée n'était plus considéré qu'en un point du corps bleu. Je n'ignore pas pourtant qu'on pourrait partir de ce point, et le considérer ensuite dans des rapports sans nombre : ce qui mènerait la détermination, la concrétion de l'idée, à l'infini. Mais il faut remarquer qu'on changerait alors la série des idées: de sensibles ou empiriques qu'elles étaient, elles deviendraient rationnelles et mathématiques. Il suffit de comprendre que les idées sont plus ou moins générales, suivant qu'elles sont employées d'une manière plus ou moins abstraite, suivant que leur compréhension est plus ou moins simple , que leurs éléments diminuent ou augmentent. Mais il faut bien faire attention qu'en abstrayant sur une idée comme en la concrétant, on lui enlève dans un cas une partie d'elle-même, et que, dans
l'autre, on lui ajoute quelque chose de nouveau. Dans les deux cas donc on la change jusqu'à un certain point, quoiqu'il y ait un fond qui reste toujours le même, qui est comme le noyau de l'idée, et qui lui vaut de conserver le même nom malgré les abstractions et les concrétions.
C'est avec les idées générales qu'on fait les idées de gem^e et d'espèce. Les idées de genre sont plus générales ou moins concrètes; les idées d'espèce, moins générales ou plus concrètes. Du reste, la même idée conçue par rapport à une idée de même famille plus générale, ou par rapport à une autre de même famille encore, mais moins générale, est tout à la fois idée d'espèce et idée de genre, suivant qu'on la considère par rapporta l'idée supérieure, ou par rapport à l'idée inférieure. C'est ainsi que l'idée d'Asiatique est espèce par rapport à l'idée d'homme, et genre par rapport à l'idée dilndieyi. On voit par-là que la compréhension de l'espèce contient celle du genre, plus des déterminations qui ne sont pas dans ce genre. Quand donc on dit que le genre contient l'espèce, il faut l'entendre en ce sens, que l'idée de genre s'applique aux individus formant les espèces de ce genre, mais non pas que l'idée distinctive d'une espèce est aussi comprise dans l'idée de genre : autrement, il n'y aurait pas de genre, ou ce genre ne pourrait contenir deux espèces; ce qui répugne. Nous pouvons donc dire, en formulant notre pensée d'une manière plus scientifique et plus précise, que l'espèce est comprise extensivement , mais non point com'préliensivement, dans le genre. On appelle
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extension d'une idée le nombre, quel qu'il soit, des individus réels ou fictifs auxquels elle s'applique. La compréhension s'étend, au contraire, du nombre des idées particulières qui forment une idée quelconque. Ainsi, l'extension do l'idée d'homme, ce sont tous les hommes; sa compréhension, ce sont les idées d'animal et de raisonnable, si, comme dit l'école, l'homme est un animal raisonnable. Il est clair par-là que l'extension et la compréhension sont en raison inverse l'une de l'autre.
Puisque les idées de genre et d'espèce sont comme on les fait, et qu'elles servent de types pour classer les êtres, il importe beaucoup de les former convenablement, c'est-à-dire comme elles demandent à l'être : car, si l'on y fait entrer un élément qui ne convienne point, ou si l'on en retranche un d'essentiel, on sera exposé à des erreurs de spéculation et de pratique plus ou moins graves.
Le sens des mots dépendant des idées qu'on leur fait signifier, et ces idées, comme on voit, pouvant être plus ou moins concrètes, il n'est pas étonnant que les mêmes mots ne signifient pas toujours la même chose pour tous ceux qui en font
usage.
Il ne faut pas s'abuser non plus sur la valeur objective des idées générales. Les uns ont voulu qu'elles n'en aient aucune, puisqu'elles ne correspondent pas à des individualités réelles; d'autres, au contraire, ont cru qu'elles avaient un objet propre tout comme les intuitions; d'autres, enfin, ont pensé qu'il y avait là dispute de mot, et ont
tenté d'expliquer ce mal-entendu. Les premiers ont été appelés nominalistes , les seconds récdisies, les troisièmes conceptualistes. Suivant la première opinion, il n'existe rien, par exemple, qui réponde à l'idée générale d'homme; suivant la seconde, au contraire , Vhumanité existe si bien , que chaque individu de l'espèce humaine n'est tel que parce qu'il participe de l'humanité, qu'il en a les caractères; suivant la troisième, enfin, il n'existe point d'homme au général, ni d'humanité en particulier. Mais ce sont là cependant des idées dont la matière première existe dans les intuitions qu'on a de tel et de tel homme; et c'est en détachant par la pensée les qualités spécifiques de notre espèce de tous les individus qui les portent, en les considérant abstraitement, en les concevant comme communes à tous les hommes, en les nommant enfin , que l'esprit humain en fait des êtres de convention. Voilà donc dans quel sens l'objet des idées générales existe et n'existe pas tout à la fois; voilà, par conséquent, la conciliation du réalisme et du nominalisme.
Une idée générale peut être singulière ou collective; par exemple, l'idée générale d'ar6re, de fo- ?^é^ Elle peut aussi être partitive, si elle est prise indéterminément : tin arbre, des arbres en général.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que des idées générales dont la matière est fournie par l'intuition ou l'expérience. Il en est d'autres pourtant, les idées de raison pure, maisqui sont une simple forme de l'esprit humain, c'est-à-dire une manière de
concevoir les choses, mais qui ne correspondent à aucune qualité expérimentale ou réelle. Ces idées ne se forment point par les procédés lents et successifs dont nous avons parlé; elles sont un produit immédiat et subit de la raison placée dans les circonstances propres à la faire agir. Telles sont les conceptions de cause et d'effet, de substance et de mode, et toutes les idées de rapport.
Les signes des idées générales ou des conceptions de la raison, c'est-à-dire les mots qui les expriment, peuvent souvent, dès qu'une fois leur signification a été arrêtée, être employés, surtout dans le raisonnement, comme des signes algébriques dans la détermination d'une formule, c'està-dire sans penser à leur valeur, jusqu'à ce qu'enfin la conclusion soit obtenue. C'est ce qui explique pourquoi des dialecticiens, ou plutôt des disputeurs scholastiques, peuvent paraître très-habiles, sans avoir cependant un esprit vraiment logique, tout en manquant surtout de sens et de jugement.
Observations. 1° On distingue trois lois auxquelles doivent satisfaire les idées de genre et d'espèce dans la même série d'idées :
a) L'homogénéité du genre (principium homogeneitatis, loi de la généralisation);
b) L'hétérogénéité des espèces [principium heterogeneitatis , loi de la spécification);
c) La continuité dans la série des genres aux espèces ou des espèces aux genres , et par conséquent l'intercalation d'idées nouvelles entre un genre et ses espèces, qui lient ces deux extrêmes plus étroitement, par exemple l'idée d'oiseau entre
celles d'animal et d'aigle; l'idée d'arbre entre celles de plante et de chêne; l'idée de métal entre celles de minéral et d'or (principium cognationis , continuitatis logicœ, loi de continuité logique).
2** La généralisation est une des conditions de toute classification, et, d'un autre côté, les classifications sont la condition de l'unité intellectuelle dans la connaissance du monde. Sans la généralisation, nous ne pourrions ni donner l'unité à la diversité des choses , ni raisonner, ni par conséquent prévoir ; nos connaissances seraient purement intuitives; nous n'aurions, de plus, que quelques vagues associations d'intuitions, sans conscience claire de leur rapport.
3" C'est à la généralisation qu'est dû le langage figuré, métaphorique, qui est une source féconde de beautés dans les ouvrages d'esprit, les associations d'idées par analogie, par ressemblance, etc. Par conséquent l'art et même l'industrie seraient impossibles sans la généralisation.
4" Le langage parlé serait également impossible sans la généralisation : car il ne pourrait y avoir que des noms propres, et le nombre en serait infini; puis il faudrait en donner non -seulement à chaque individu, mais encore à chacune de ses qualités, et de différents pour les qualités identiques des divers individus. La description des individus serait même impossible.
b^ Sans la faculté de généraliser, on n'aurait pas l'idée de nombre, puisqu'on ne somme que des choses de mêjyie nature. On ne pourrait donc distinguer plusieu?'s instants dans la durée; on n'au-
rait donc pas les conceptions d'identité et de diversité, ni par conséquent celle de personnalité; on n'aurait pas une conscience claire de soi-même.
6** Les idées générales s'appellent aussi des idées abstraites, quoiqu'elles puissent être complexes, et par conséquent former entre elles concrétion; mais à la rigueur les idées ne sont ni abstraites ni concrètes, seulement elles sont employées concrètement ou abstraitement : encore cela n'est-il vrai que d'une vérité relative, puisque telle idée peut être abstraite, considérée par rapport à telle autre, et concrète quand on l'envisage relativement à une troisième; par exemple, une idée générale considérée successivement par rapport à ses espèces ou à son genre, en supposant que l'idée élémentaire dernière est la plus générale.
7** Les esprits sont plus ou moins philosophiques, suivant qu'ils sont plus ou moins portés à la généralisation; mais dans la pratique il faut tenir compte de tout ce qu'il importe de connaître relativement à l'effet qu'on veut obtenir : à cette condition seulement, la spéculation devient trèsbien pratique. Les idées supérieures, en tout cas, sont des idéaux sans lesquels le perfectionnement serait impossible.
8° La généralisation n'est pas un acte volontaire proprement dit, c'est une intuition de la raison frappée de la conception de la communauté d'une propriété, d'une qualité commune à plusieurs choses réelles ou fictives. La généralisation n'est pas moins naturelle que l'attention et l'abstraction.
DE LA MÉMOIRE; DE l' ASSOCIATION DES IDEES; ET DE
l'imagi>ation.