‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 26 sur 69 · Satisfaction · texte numérisé non relu

Satisfaction

Tels sont les nombreux moments de la passion complète, de la passion idéale. Mais plusi^irs observations importantes se préSntent :

1^ Tous ces moments se partagent Baturelle-* ment en deux séries qui ont leur point de jonction dans la jouissance i la première série est le phénomène ascendant de la passion; la seconde, ïe phénomène descendant. Ce sont pour ainsi dire deux passions contraires relativement au même objet: c'est la peine qui succède au plaisir, comme pour obliger Fhomme à exercer constamment son activitéy^ et à se développer indéfiniment.

2^ La sensation et la connaissance ne sont guère quJIa condition du jeu de la passion pi^prement dite. Mais il eM certain qu'il faut besoin^ connaissance du moyen propre à le satisfaire, et par aonséquent expérience antérieure , ou tout au moins iinpulsion instinctive très-prononcée , pour que l'amour et tous les autres phénomènes soient possibles : Ignoti nulla cupido. Il y a, du reste, deux degrés de connaissance ici, Tun déterminé et Tau-* tre indéterminé. C'est ainsi que daiis l'appétit ^ avant toute expérience de la jouissance attachée à l'acte de la procréation, il'est nécessaire qu'il y ait au moins connaissance d'êtres de sexes différents , sans quoi il n'y aurait que pur instinct et non passion; mais, avec cettç connaissance, Vin^

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stinct fait le reste, et Tamour $inst que le désir sont possibles.

3^ Il y a cette différence entre Fappétit e|. le désir, que Fappétit est plus instinctif, inintelligent, et le désir plus éclairé : l'animal appète, il ne désire jamais; Phomme appète et désire. On appète encore lorsqu'on ne désire plus, ou qu'on n'a jamais désiré. — Si Ton appète avec (fonscience, on fait un souhait

V^ L'espoir suppose Tintelligence de la possibilité d'obtenir par soi ou par d'autres l'objet qu'on désire. L'espoir appartient à l'avenir et au présent. — Le désespoir n'est possible que quand on a possédé et perdu, ou du moins quand on a cru pouvoir posséder, quand on a espéré : il est en raison du prix qu'on attache au bien dont on sait devoir êtare privé, au degré de conviction qu'on a que cette perte est irrévocable, à la vivacité de l'idée qu'on se fait de l'avenir avec privation de l'objet auquel il faut renoncer. Le désespoir peut porter sur l'avenir seul , ou sur le passé et le présent, sans songer à, l'avenir, et alors il prend le nom de regret; ou bien encore sur le passé et l'avenir, sans songer au présent. Nous reviendrons plus tard sur la passion considérée par rapport au temps. L'espoir est toujours mêlé d'une certaine crainte : dans le cas où l'on serait certain d'obtenir ce que Ton désire, il n'y aurait pas proprement espoir, mais impatience dans l'attente.

5** Sans l'espoir, il ne peut pas y avoir d'efforts. Du reste, l'effort est en raison de la vivacité du dé^ir, et l'idée de triompher d'une résistance est

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déjà une jouîesaace. Voilà peut - être pourquoi nous faisons ce qui est défendu avec un secret plaisir < nous avons alors une conscience plus vive de notre liberté , conscience qui est à elle seule une jouissance.

La résistance étant une occasion de plaisir , on conçoit que la valeur des choses peut souvent être d'autant plus grande qu'elles nous ont plus coûté , qu'elles sont plus rares , et par conséquent plus difficiles à obtenir. L'opinion leur donne un prix de <;onvention : le luxe s'en emparera pour âe distinguer» et on les préférera quelquefois au nécessaive. *

Si, out<re la diffmulté, il y a péril à se procurer certaines choses, notre valeur personnelle n'en est que plus irritée; et, pour peu que nous ne jagions pas que nous devons nécessairement succomber dans la lutte, nous éprouvons le besoin d'affronter le danger. Ce J)esoin est d'autant plus ardent, du reste, que l'intérêt pour lequel nous avons à' combattre est plus vif, ou le dreit plus évidemment sacré. Cest ici .qu'une ame noble s'exalte, et que le courage moral peut aller jusqu'au dévouement

6^ La jouissance est souvent moins vive et moins pure que le plaisir éprouvé dans la lutte pour se «procurer l'objet du désir : la jouissance est déjà une sorte de repos après l'aetion. Mais ee n'est pas l'inertie qui nous convient; au contraire, c'est l'action. Aussi, dans la jouissance même, il y a encore action, ne serait-ce que pour goûter le plaisir qu^elle procure. L'animal ne peut savourer

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