‹ Anthropologie spéculative générale (volume 3)Chapitre 7 sur 69 · IV · texte numérisé non relu

IV

UtUlM et dignllé &m la Psycliologie.

Il est utile de se copnaitre soi-même , puisqu'on ne peut connaître ni surtout comprendre sa destinée qu'en la dérivant de notre propre nature. Et cependant le souverain bien pour l'homme, comme pour tout être, est d'accomplir sa destinée; mais on ne peut le faire si on ne sait ni le but de l'existence , ni les moyens les plus propres à l'atteindre , non plus que la manière d'employer ces moyens. Sans la connaissance de l'homme , point donc d^application intelligente des règles de la f»rudence, ni de celles de la morale , point même de connaissance réfléchie de ces règles.

L'histoire, la législation, la jurisprudence, Téeonomie politique même , et surtout la pédagogie , ont aussi leur raison dernière dans la connaissance de l'homme.

La grammaire générale, la' linguistique, ne sont pas possibles sans une profonde connaissance des

8 INTRODUGTlOIf.

lois de la pensée. — La littérature et la critique tittéraire supposent également la connaissance de Fhomme.

Les beaux arts ne peuvent pas s^en passer davantage.

Les sciences physiques^ mathématiques ellesmêmes s'y rattachent encore. Auront-elles , sans la philosophie, une connaissance claire de leurs idées fondamentales? une intelligence scientifique de leur méthode? La* médecine en particillier peutelle se passer de la psychologie? Moins peut-être que la psychologie de la physiologie*

D'aiUeurs, la psychologie ne serait pas aussi utile qu'elle Test réellement sous tî)us ces rapports, qu'elle le* serait encore directement en ce sens , que l'étude des matières dont elle s'occupe élève l'ame et l'ennoblit.

L'homme est, de toutes les créatures que nous connaissons , la phis noble. Pouvons - nous donc employer plus dignement notre temps qu'à l'étude de nous-mêmes!

mtttkenUém de rëtode de la Psyeliolosle*^

Mais cette étude est loin d'être aussi facile qu'on pourrait le croire au premier abord. Le» difficultés sont de trois sortes absolument: les unes qui tiennent à l'ame , les autres au corps , les trorsiêmes au rapport du physique et du moral.

Outre ces difficultés absolues , il y en a de re^ iatives qui dépendent du défaut d'instruction (dans.

HfTHODVGTlON. 9

quelques parties au moins) de celui qui entreprend de les vaincre.

I. Difficultés du premier genre. V La réflexion est un état de contrainte^, et même de violence y un état auquel nous ne sommes point accoutumés par la direction de nos premières pensées.

2^ Les phénomènes ne sont pas toujours d'une intensité frappante.

3^ Ils sont très -compliqués, et se dénaturent bien facilement par t'analyse.

4^ Ils disparaissent souvent dès qu'on a l'idée de les étudier : en sorte qu'il n'en reste phis que le souvenir.

5® Tous les phénomènes premiers, ceux de Fenfance, ou plutôt l'excitation première de nos capacités, le premier développement de nos facultés, tout cela est en dehors die toute expérience directe possible. Il en est de même de l'extinction de nos facultés par la mort

6® L'expérimentatiou n'est pas toujoiurs facile , ni même permise, en psychologie. De plus, la conscience ne peut être fortifiée par des moyens aussi efficaces que ceux qui fortifient les sens- extérieurs.

7^ L'activité humaine, qui parait n'exister qu'à un degré déterminé, partagée entre la production du phénomène et la réflexion, donne naissance à des faits moins intenses, ou à une attention moins^ énergique, que si elle était toute consacrée à Im^ production des premiers, ou à l'observation des^ faits externes.

8? La vie intellectuelle anormale ^ qui constitue

rimbécillité, la démence, la manie et la folie, a'est observable qu'imparfaitement et par induction.

D'un aulre côté, le secours d'autrui est très-peu utile , parce que

a) On ne peut observer plusieurs ensemble le même phénomène directement dans un seul sujet;

6) On n'est pas toujours sûr d'observer le même fait chacun au -dedans de soi, alors même qu'on en conviendrait : car ce fait peut être diversifié par une foule de circonstances accessoires qui ne sont pas les mêmes pour tous les individus ;

c) De plus , l'observation des autres exige, pour être comprise , que nous la retrouvions jusqu'à un certain point au-dedans de nous ;

d) Il faut pouvoir en donner une idée par le langage ; et malheureusement celui de la philosophie n'est pas encore fixé, et ne le sera pas tant qu'on emploiera des termes de la langue usuelle, qui n'ont aucune précision scientifique , et qui ne peuvent, par conséquent, servir qu'à signaler le gros des phénomènes tels qu'ils apparaissent à la conscience sans réflexion, sans analyse. Ce lan^ gage est d'ailleurs essentiellement fondé sur la trompeuse analogie qui existe entre les phénomènes physiques et ceux de la pensée. Aussi induit^il très-souvent en erreur par cette raison.

IL Difficultés du second genre. On ne connaît, 1^ Ni la force vitale ou organique en soi; â^ Ni son mode d^action; 3^ Ni le début ni la fin d^aucun phénomène dans les derniers éléments de l'organisme; 4^ Ni toujours les phénomènes intermédiaires ;

5^ Ni le début de l'ensemble des fonctions vitales naissantes;

6® Ni la cause dernière de la cessation de cet ensemble ;

T Ni les phénomènes intérieurs dont l'observation entraînerait la mort.

III. Difficultés du troisième genre. Difficulté de connaître ,

1*^ V influence du fhysique sur le moral,

A Dans l'état de santé physique :

a) La sensibilité par l'organisme;

6) Le défaut de sensibilité naturel ou accidentel;

c) Son degré excessif;

d) Son aberration;

e) VintelUgen>ce, sa faiblesse» son degré supérieur;

f) Ses aberrations (manie, folie, fureur, démence, imbécillité.

B Dan$ l'état dé maladie physique. — Les espèces d'altérations de la sensibilité et de l'intelligence sont très-nombreuses et très-variées dans ce cas; mais la raison de ce phénomène est peut-être à jamais inconnue : cependant des médecins observateurs croient avoir découvert et classé les af^ fections organiques qui entraînent ces sortes de désordres.

2^ Du moral sur le physique, A Dans l'état de santé de l'esprit :

a) Dans les émotions : la joie , la tristesse subite, la colère, la terreur, l'enthousiasme, l'extase ^ etc. ;

12 INTEODrCTIOir.

6) Dans les affections lentes : la bonne humeur habituelle, la tristesse, la mélancolie, etc.;

c) Dans les caractères divers : la Vanité, Torgueil , rhypocrisie, la ruse, Favarice , la gourmandise, etc., etc.;

d) Dans les mouvements musculaires involontaires ou volontaires.

B Dans Tétat de maladie de Fesprit : figure et contenance des sourds -muets, des aveugles, de& idiots, des fous, etc.

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