DE L*EXPRESSION DES SILHOUETTES
La silhouette exprime plutôt les dispositions naturelles que l'état actuel du caractère. Le contour du front jusqu'au sourcil, et l'intervalle entre le sourcil et la racine du nez, retracent le plus souvent et avec le plus de certitude le jugement , la force active et passive de l'homme ; le nez indique particulièrement le goût et le sentiment; les lèvres, la douceur ou l'emportement, l'amour ou la haine; le menton désigne l'espèce ou le degré de sensualité; le cou, la nuque, et l'attitude de la tète en général, indiquent la lâcheté, la raideur, la droiture du caractère. Dans le sommet de la tête, on reconnaît moins la force que la richesse de l'esprit; dans l'occiput, on distingue le caractère mobile, irritable, celui qui a de l'énergie et du ressort.
PHYSIONOMIE DES TEMPERAMENTS.
Lavater admet les quatre tempéraments vulgairement reconnus, division fondée sur la distinction de quatre fluides, le sang, la bile, la
lymphe ou pituite, et la prétendue humeur mélancolique, et sur la prédominance de l'un d'eux. Il faut ajouter à cela les tempéraments mixtes, où il y a une sorte d'équilibre entre les quatre principes ci-dessus, ou bien dans lesquels deux ou trois de ces éléments, dans des proportions à peu près égales, l'emportent sur le reste.
Le tempérament sanguin ride plus les traits du visage que les autres; le bilieux ou colérique les courbe et les aiguise; le flegmatique les affaisse et les relâche; le mélancolique les creuse et les contracte.
A l'occasion de la physionomie des tempéraments, Lavater agite la question de la ressemblance entre les parents et les enfants. Tout ce qu'il a dit à ce sujet pour expliquer le fait se rattache à l'action vraie ou fausse de l'imagination des père et mère au moment de la conception , et à celle de la mère pendant la grossesse. II explique de la première manière la ressemblance des enfants adultérins avec leurs pères légaux, qiios nuptiœ démons ùant. Mais cette ressemblance estelle bien avérée? Il admet, avec Bonnet et Hal- 1er (qui avait d'abord été d'un autre avis), la préexistence des germes dans la femme. Il fait observer que ce sont les ligures extraordinaires qui se perpétuent de la manière la plus constante dans les familles. Moreau partage aussi l'opinion de Bonnet, de Hallcr, de Bibiena, de Jacobi, et de Spallanzani , sur la préexistence des germes dans l'ovaire de la femme. Il l'appuie des observations de Linnée sur les plantes : ce naturaliste célèbre
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a reconnu par plusieurs expériences que les plantes hybrides, qui tiennent, constamment de leur mère pour les organes de la fructification, les organes du premier ordre dans la nature végétale, reçoivent du père les caractères moins importants, la forme, la couleur des fleurs ou du feuillage et des autres parties. On sait de plus que la dégradation des espèces commence et s'effectue principalement par lez femelles; que parmi les maladies héréditaires, celles qui sont le plus profondes et le plus funestes paraissent se transmettre par la mère; et que dans les haras où l'on cherche à perfectionner ou à créer de nouvelles races , on a principalement égard à l'état de l'étalon pour tout ce qui concerne la beauté du poil et des formes, la force et le ressort de toutes les parties, l'activité et la bonne conformation des sens, en un mot toutes les dispositions et qualités qui se rapportent à la vie de relation. — Dans l'espèce humaine, les pères semblent influer plus directement sur l'élégance et la beauté que les mères, qui transmettent plus ordinairement les principaux traits du tempérament, les penchants, les passions dominantes, et tout ce qui se rattache à la disposition des organes internes et des grands foyers de vitalité.
Sans accorder autant que Lavater à l'imagination au moment de la conception , Moreau reconnaît cependant que la disposition des parents dans ce moment décisif peut avoir une très-grande influence sur l'enfant. Il en donne même des exemples dont j'aime à révoquer en doute l'aulhenticité
(t. vm, p. 189); ce qui n'est pas une raison de nier le principe.
Lavater rattache naturellement à l'action de l'imagination des mères les taches ou marques, les difformités, que les enfants apportent en naissant. Il est ainsi conduit à parler des monstruosités dans la forme humaine, et par suite des géants et des nains.
Il dit que les difformités des monstres, excepté peut être celle des six doigts, s'étendent toujours plus ou moins à leur physionomie, et par suite sur l'esprit. Il cite plusieurs faits, qu'il croit bien avérés, et qu'il regarde comme le produit de l'imagination de la mère: c'est une as de pique dans l'œil d'un enfant, le poignet d'un autre séparé de l'avant-bras, etc. (P. 192 et suiv.)
Moreau voit dans les monstruosités une conséquence accidentelle des lois de la nature, plutôt que l'effet de l'imagination, et surtout du hasard. Il cherche à classer les monstruosités suivant qu'elles sont par excès ou par défaut de volume, par transposition ou par défaut de certains organes, par vice de conformation total ou partiel, par épigénésie, etc. (V. t. vni, p. 199-208.)
Lavater consacre ensuite un article spécial à la physionomie de quelques maladies, article auquel l'éditeur donne un supplément plus curieux (p. 243 et suiv.). Il y fait entrer quelques physionomies de maladies intellectuelles , ou de certaines folies. (P.227-241.)