I. II
duire, ni le tact physiognomiqùe, tact nécessaire, mais qui n'a rien de mystérieux, car il résulte de la délicatesse des sens, de leur impressionnabilité, de la vivacité de l'imagination, de l'association des idées, etc.
5** Nous craignons que Lavater n'ait donc souvent généralisé beaucoup trop tôt — Nous craignons de plus que, frappé d'un caractère animique, intellectuel ou moral, il ne l'ait rapporté, sans y être autorisé par un assez grand nombre de faits, à un caractère physique saillant comme à sa cause ou simplement comme à son signe. Dans le premier cas, il a dû tomber dans l'espèce de faux raisonnement appelé cum hoc ercjo frcpicr Jwc. Dans le second cas, il a dû regarder comme unies par la nature des 'choses qu'elle ne présente ensemble qu'accidentellement.
Aussi lui arrive-t-il souvent de dire, après avoir donné tels ou tels caractères physiques comme signes de tels ou tels caractères animiques, que cependant ces derniers peuvent se trouver sans les premiers (p. ex. t. vni, p. 24). D'où nous concluon?, l** qu'il n'y a ici aucun rapport fixe de causalité, ni même de signification; 2^ qu'il faudrait chercher des signes physiques constants, ou s'assurer qu'il n'y en a pas; 3*^ qu'il faudrait bien s'assurer si ceux qu'on donne comme éventuels ne sont au moins jamais menteurs. Alors ils seraient de véritables signes; seulement leur absence ne prouverait rieiî, ou ne prouverait que suivant un certain degré de probabilité, contre l'existence des qualités qu'ils signifient.
• 6*^ Par suite de l'existence du libre arbitre, tout ce que Lavater dit des signes moraux, surtout de ceux qui sont pris du système osseux, ne peut être, dans le cas scientifique le plus avantageux , que probable. Il serait donc à désirer que l'on tint un compte exact de ses observations, en indiquant les professions, les conditions auxquelles appartenaient les sujets sur lesquels ces observations ont été faites; on pourrait finir par avoir ainsi des probabilités d'un degré assignable et plus ou moins fort.
7® Lavater n'attache pas assez d'importance à la mimique pour déterminer la valeur des formes ou des dispositions volontaires momentanées ou habituelles des parties molles.
S** On pourrait tirer un bien plus grand parti de la physionomie moyenne et des caractères animiques connus des races et des nations : cette partie de la science pourrait être exécutée au moyen de l'anatomie humaine comparée et de l'histoire universelle. Lavater n'a presque rien fait à cet égard.
9" La partie de la méthode qui regarde la forme ne laisse pas moins à désirer dans le livre de Lavater que celle qui regarde le fond. Outre que son ouvrage ne se compose que de fragments dont la disposition systématique ne semble pas avoir beaucoup préoccupé l'auteur, chacun de ces fragments est exécuté sans ordre. La disposition des matières en est trop fortuite. Ajoutons que l'auteur tombe très-souvent dans la prolixité, la déclamation, et le vague.
Des mots dont le sens précis est très-importaitt à connaitre,et qui n'indiquent souvent que des abstractions et non des opérations ou des facultés réelles, tels que ceux de jugement, de raison, d'esprit, de génie, ne sont pas définis : en sorte que le lecteur peut se tromper très-facilement.
L'auteur emploie trop souvent des expressions qui n'ont qu'un sens relatif sans précision, telles que celles-ci : long , court, oblique, courbe, trop , trop •peu, etc.
Quant aux résultats obtenus par Lavater, il faut convenir que s'il en a donné beaucoup , il en est dans le nombre de fort contestables, tels, par exemple, que ceux de la physionomie osseuse des jésuites. Il en est d'autres qui peuvent être plus vrais; mais ils manquent ou de précision, ou de garanties scientifiques pour être admis à titre de lois. D'autres encore sont contredits par l'expérience, par exemple les trois lignes courbes parallèles dans les joues, et se dirigeant obliquement vers le milieu de la base du menton. Ces lignes , suivant Lavater, indiquent l'imbécillité; et cependant on les voit dans la figure de saint Charles Borromée, auquel l'auteur reconnaît une intelligence pratique supérieure.
En somme , le livre de Lavater n'est réellement qu'un essai, où le tact, l'emp'irisme, a eu plus de part que la logique et la raison : en sorte que nous croyons vrai de dire que la science physiognomiquc est encore à faire. Mais il est juste d'ajouter que Lavater aura ouvert une multitude de perspectives à l'observation physiognomique, et qu'il aura
DU PHYSIQUE ET DU MORAL. iSl
rendu sous ce rapport un service signalé et incontestable. •