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CHAPITRE IV

Condition actuelle de l'Ame, ou Union de l'Ame et du Corps.

Qu'on admette l'existence de deux principes de nature différente, c'est-à-dire l'un matériel, l'autre immatériel; ou que l'on ne voie dans la dénomination de matériel, et ^immatériel ou de spirituel, que l'indication de la diversité de deux ordres de phénomènes, qui peuvent et doivent même se rapporter à des principes ontologiquement de même nature, c'est-à-dire à des substances ou forces, marquées chacune des caractères d'unité, de simplicité et d'identité, mais douées de qualités inconnues, différentes pour chaque ordre de phénomènes, et qui, placées

CONDITION ACTUELLE DE l'amE. 383

comme intermédiaires entre les attributs ontologiques communs ^ et la diversité des phénomènes, servent à expliquer cette diversité; toujours est-il qu'il y a, ou qu'il parait y avoir une dépendance étroite entre l'un et l'autre ordre de phénomènes, entre la cause des uns et la cause des autres.

Suivant que l'on admet que cette influence est réelle, ou qu'elle n'est qu'apparente, on a deux manières d'expliquer les faits. De ces deux manières, l'une a pris, dans l'histoire de la science, le nom à'influx ou d'influence physique (Euler). La seconde s'est subdivisée en deux points de vue: l'un qui consiste à faire intervenir Dieu pour opérer sur l'ame ou sur le corps, à la suite de ce qui se passe dans le corps ou dans l'ame; c'est le systhne de V assistance , ou des causes occasionelles (Descartes); l'autre qui consiste à dire qu'il n'y a point d'influence réciproque entre ces deux pièces de l'homme, que Dieu n'intervient pas non plus, mais qu'il a monté, dès l'instant de la création même , chaque ame et chaque corps de manière à ce qu'ils fussent en parfaite harmonie, quoique sans aucune communication réciproque, quoique assortis cependant l'un à l'autre; c'est le système de Vharmonie jjréétablie.

^ Il ne faut pas croire que les attributs ontologiques soient réels, c'est-à-dire qu'ils soient des manières d'être des choses: non; ce sont des manières d'être conçues des choses par nous, et qui sont esseutielleraent fondées sur la forme ou la loi de notre intelligence. Il n'y a donc rien dans les substances qui soit l'unité, la simplicité, etc. Si c'est là ce que Kant a voulu dire, sa thèse est incontestable. Mais s'il a voulu dire que nous n'appliquons pas fatalement ces conceptions aux choses, c'est une erreur.

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