‹ Anthropologie spéculative généraleChapitre 61 sur 72 · CHAPITRE Vï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vï

Origine de TAme.

La naissance est le commencement du rapport de l'ame et du corps qu'on appelle la vie ; c'est le commencement de leur commerce. Mais est-ce le commencement de l'ame? D'où vient l'ame? Estelle éternelle et distincte de Dieu? ou bien est-elle éternelle comme partie de Dieu? et son incarnation n'est-elle qu'une émanation? ou bien, enfin, a-t-elle été créée, et à quelle époque?

L'éternité de l'ame est une hypothèse au moins toute gratuite, et peu admissible à plusieurs égards, quand même Dieu aurait encore sur elle une action. L'ame n'est pas en eiïet pure substance; c'est de plus une personne. Or, la personnalité de l'ame

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ne date, pour nous, que du moment de la réflexion en ce monde.

Dans le système de l'émanation, le même inconvénient se rencontre : ce n'est pas l'ame qui est éternelle, c'est une partie de Dieu. Et comment, d'ailleurs, concevoir Dieu ainsi fractionné? Le système de l'émanation n'est donc qu'un matérialisme déguisé; le mot ne présente aucun sens concevable en parlant des esprits. Les philosophes ont été dupes ici, comme en beaucoup d'autres endroits , de leur imagination , des mots. Dans ce système, le moment de l'émanation pourrait déjà être regardé comme un acte de la création de l'ame : l'hypothèse de l'émanation rentre donc à certains égards dans celle de la création.

La création de l'ame se conçoit de plusieurs manières, suivant qu'elle précède la conception, qu'elle l'accompagne, ou qu'elle la suit.

Si elle la précède, on peut se demander alors, 1® si les âmes ont été créées dès le commencement avec le monde; 2*^ si, dans cette hypothèse, elles ont toutes été créées distinctes, ou si elles ont été comme incorporées, unies à celle d'Adam, et si elles se transmettent par génération; 3° si elles ont été créées subséquemment, mais chacune avant la conception. La première hypothèse est possible; l'emboîtement des âmes, leur agglutination ou superfétation , etc., n'est qu'une figure matérialiste : car chaque ame doit être distincte , comme chaque personne , et ne peut être conçue en commerce physique avec une autre. Il est donc absolument impossible de concevoir comment elles se

transmettraient par génération, à moins que la semence ou les ovaires ne reçussent l'ame avant la génération. La troisième hypothèse est possible, mais peu vraisemblable. Quant à celle de la naissance de l'ame même, de sa création au moment de la conception, c'est l'hypothèse qui nous parait la plus rationnelle et la plus conforme aux faits. A quoi bon isoler en effet la vie végétative et animale du principe de la vie intellectuelle, si l'on ne veut pas reconnaître trois âmes au moins comme Platon? Mais alors il faut admettre l'animation de l'embryon à l'instant même de la conception, puisque à ce moment a lieu un premier acte de vie. Peu importe la difficulté que les théologiens rencontreraient à concilier cette hypothèse avec le dogme du péché originel. Car, d'abord, la difficulté est plus grande encore dans l'hypothèse matérialiste de l'emboîtement des âmes; il y a une difficulté métaphysique de plus. Quant à la difficulté morale, elle est la même dans tous les cas; et ce dogme qui , suivant Pascal, sert à expliquer tant de choses, est, par malheur, plus difficile à admettre que ce qu'il doit expliquer : en sorte que c'est expliquer le plus connu par le moins connu. Cependant, quand on réalise l'humanité, qu'on fait de cette idée générale, de cette abstraction, un être, alors cet être fictif se trouve dans Adam et dans tous les hommes, et le péché originel est concevable. Mais ne faut- il pas reconnaître cependant qu'il ne tombe que sur une abstraction? Ce n'est pas le seul cas où le réalisme a servi de base aux croyances chrétiennes : celle de la ré-

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