CHAPITRE VIL Immortalité de i'Ame
On ne peut prouver l'immortalité de l'ame en partant de sa nature spirituelle : car, bien qu'elle ne puisse être détruite alors par la dissolution des parties, il reste toujours à savoir si dans ce cas elle pourra penser naturellement sans le secours du corps, en un mot, si elle aura vie et forme. En supposant même que l'ame puisse vivre après la mort, il ne s'ensuit pas qu'elle vive nécessairement, ce qui serait cependant logiquement indispensable pour pouvoir affirmer son immortalité : car, en dehors de l'expérience, il faut la nécessité, et non la simple possibilité, pour pouvoir conclure la réalité. Or, en matière de fait et de réalité, rien n'est nécessaire en soi. On est donc obligé de prendre un détour, et de recourir aux attributs divins. On dit donc que Dieu peut conserver l'ame dans des vues de récompense et de châtiment. Mais alors la vie future ne serait que contingente, et il pourrait venir un temps où l'ame cesserait de vivre; tandis que si elle est immortelle de sa nature, elle doit vivre toujours et nécessairement: c'est ici la preuve métaphysiquede l'immortalité de l'ame. Et d'abord, quant à son essence, on conçoit qu'il est de sa nature d'exister toujours, puisque les corps eux-mêmes ne périssent point, mais se dissolvent simplement.