PropoiHions chez les Italiens
L'époque de la Renaissance fut signalée par un retour vers les sciences qui ont un rapport intime avec les beaux-arts , et spécialement avec la perspective, l'anatomie et la théorie des proportions du corps humain. Parmi ceux 'qui donnèrent cette utile impulsion, on remarque Léonard de Vinci, en Italie, et Albert Durer, en Allemagne ; tous deux surent se placer au premier rang des géomètres et des peintres de leur temps. Déjà le célèbre Giotto, né en 1276, Ghiberti, l'auteur de deux des plus belles portes 'du baptistère de Florence, et Dominique de Ghirlandajo, le maître de Michel Ange, avaient inauguré cette brillante époque, et avaient tourné leurs études vers la connaissance de l'homme considéré sous le rapport physique ; malheureusement leurs écrits ne sont point parvenus jusqu'à nous ^
Le premier qui, sous ce rapport, laissa des traces durables de son passage, est le statuaire Léon-Baptiste Alberti : il était né en 1398, et mourut à l'âge de 77 ans. Florentin, ainsi que la plupart des génies les plus originaux de cette époque, il se distingua à la fois comme statuaire, architecte, mathématicien, littérateur et théologien. On a de lui un grand nombre d'ouvrages; celui sur
> Giotto mourut à Florence en 1336. Ghiberti, né dans cette même ville, en 1378, termina ses jours, paraît-il, en 1456. Quant à Dominique Ghirlandajo, dont le vrai nom était Curadi, il était né en 1449 et il mourut en 1493.
PROPORTIONS DU GOBJM^ÏÏUMAIN. '^7
la peinture et la'~'lfal-uâiV^' "'cofa^îènt âè'ôiiïfients' =dii plus grand intérêt concernant les proportions du corps humain. Alberti .prend soin d'indiquer la marjche qu'il a>' suivie pour arriver à ses déterminations : il a choisi un grand nombre de modèles, réputés beaux et régulièrement construits ; il les a mesurés et comparés entre eux ; il a négligé tout ce qui était excès en plus ou en moins, et il s'est elforcé d'arriver à une moyenne parmi les parties les plus belles : Tn questo medesimo modo ho io sciolti molti corpi, tenuti da coloro che piii saimo, hellissimi, e da tutti ho cavale le loro misure e proporzioni; délie quali avendo poi insieme fatto compàrazione , e laseiati da parte gli eccessi de gli estremi, se alcuni ve ne fossero che super assino, 0 fossero superati dagli altri, ho prese da diversi corpi e modeli, quelle mediocrità, che mi son parse le più lodate ^
Le savant artiste prend pour module le sixième de la hauteur totale de l'homme, et ce module il le nomme pied, à cause de la conformité de sa longueur avec celle du pied humain. Le pied se divise ensuite en dix parties égales ou onces; l'once à son tour se subdivise en dix parties égales ou minutes ; en sorte que chaque minute forme la six centième partie de la hauteur de l'homme.
Nous remarquerons en passant l'emploi de deux théories à peu près inconnues à cette époque dans l'histoire des sciences , celle des moyennes et celle du système décimal. Ces théoriespà' la vérité, n'apparaissent ici que d'une manière confuse et incomplète, mais on recomiaît que le savant Florentin en avait apprécié déjà tous les avantages ; et ce qui pourra paraître plus significatif encore^ t'est' quë ses succès^eiirs ont plutôt reculé qu'avancé
• Délia piit'ura ôt deùa statua ditéoné-Battista Alberti, p. 129. Milano, dalla Società tipogr. de' classici italiani, 1804 ; in-8».
. K i 1 /. JiiKTHROPOMÉTRIE .
les limites qu'il avait fixées à cettô blranche intéressante des sciences qu'on nommait alors symétrie.
Alberti avait compris qu'il existe un type dans la nature ; que, pour parvenir à le saisir, il devait recourir aux principes de l'observation et recueillir des mesures prises sur un grand nombre d'hommes : il sentait le besoin d'éliminer ce qui pouvait n'être qu'accidentel, même parmi les hommes réputés les mieux conformés. La plupart de ses successeurs ont abandonné cette marche sûre, et ont substitué le produit de leur imagination et des valeurs conventionnelles à ce type des proportions humaines ; ou bien, quand tife biit cru devoir recourir à la nature, ils se sont bornés à citer les proportions d'individus qu'ils considéraient comme bien conformés : de là les discordances nombreuses et choquantes que l'on trouve dans les nombres qu'ils ont donnés. " '
|-J-'ai rapproché, autant que je l'ai pu, les grandeurs assignées par Alberti, de celles prises d'après les plus belles statues antiques ; je les ai comparées également à celles que j'ai déduites de mes propres mesures, et généralement je leur ai trouvé le caractère de la plus scrupuleuse exactitude. Une seule m'a paru défectueuse, et il est à remarquer que c'est justement celle qui sert de base à sa nomenclature. Alberti suppose la longueur du pied égale à la sixième partie de la hauteur de l'homme, comme l'avait fait Vitruve; c'est son module, son unité; et il la définit ainsi qu'il suit : La lunghezza-che è dal dito grosso al calcagno. Or, il en résulterait qu'en prenant pour unité la hauteur de l'homme, la longueur du pied, ou le sixième, aurait pour valeur 0'"167 ; j'ai trouvé, d'après mes propres mesures , 0'"154 , et, d'après plusieurs statues antiques , 0'"149 seulement. Alberti.semble s'être écarté de la vérité dans cette circonstance , afin d'établir un rapport facile-
PROPORTIONS DU G0RP3 HUMAIN
ment saisissable. Partout ailleurs les nombres eancordbnt ' dans des limites si étroites, que deux mesures suceessives, prises pour une même partie du corps, pourraient présenter des différences faibles. On verra sans doute avec intérêt le tableau des proportions données par Thabilev sculpteur florentin ; nous avons traduit ses indications aussi fidèlement que possible ; cependant quelques-unes peuvent laisser du vague, mais il ne dépendait pas de nous qu'il en fût autrement. Ses mesures, comme nous l'avons fait remarquer déjà, sont données en pieds, onces et minutes ; nous les avons traduites en prenant pour unité la hauteur de l'homme, afiji de rendre plus faciles les comparaisons avec les nombres de la dernière colonne.
Tableau des proportions de V homme diaprés Léon-Baptiste Aiherti [né à Florence en 1398, mort en 1475).
PARTIES DU CORPS
VUTEUI
La hauteur
totale prise pour
unité.
Belges j
de 18 à 30
ea
ans.
Au-dessus du sol.
Hauteur totale de l'homme
Jusqu'au cou-de-pied
Hauteui^ de la saillie du talon
— de la rentrée du talon ....
jjusqu'au-dessous du mollet . . . . .
^Jusqu'au retrait sous le condyle intérieur.
Jusqu'au muscle du genou, du côté exté-
rieur
Jusqu'au pli, au-dessous des fesses. . .
PARTIES DU CORPS
ad
AUTEU
ai
GA OJ
La
hauteur totale prise ponr
Belges
de 18 à 30
unité.
ans.
Jusau'au orocés xinhoïde et les boiit,«? des
Jusqu'à l'enfoncement au-dessus des cla-
Jusqu'au nœud de la gorge
Jusqu'au menton
— la naissance des cheveux . . .
— l'extrémité du doigt (le bras pen-
— la naissance de la main (le bras pendant)
— l'angle le plus élevé des épaules.
Largeur mesurée de droite à gauche.
Plus grande largeur du pied
~~ â,u-dGSsnn<5 Hf»cî «5^ il lies du talon . .
Le rétrécissement au-dp<5'?n<ï rin toinn
Diamètre de la jambe au-dessous du
Plus grande largeur de lajambe au mollet.
Le retrait sous le condyle du genou
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